30 septembre 2022

Le mystérieux pays des larmes









































Parfois, la vie nous broie juste après le petit déjeuner. On avait bien commencé la journée. On avait médité sur le sens de la vie, projeté d'aller tailler les iris avant la pluie, et souri en voyant les mésanges se taper la cloche dans la mangeoire.
Et puis la sonnerie du téléphone grésille désagréablement, et le message tombe comme un glas dans le brouillard.
C'est fini. Il n'a pas souffert. Les mots semblent toujours les mêmes, on est comme dans du coton quand on les entend.
Il n'a pas souffert, non, mais il avait l'âge de l'espoir, l'âge des printemps qui explosent en milliers de petites graines, l'âge où les rêves fusent. L'âge où on ne meurt pas. Trente-cinq ans. L'âge de mon fils aîné. Mon fils aîné anéanti,  qui perd son cousin, mais c'était plus qu'un cousin, c'était un frère. Presque un jumeau.
Les souvenirs remontent, telles des bulles de joie un peu incongrue. Je les revois juchés sur leurs vélos, ou faire la bagarre dans la pelouse, comme des chiots joyeux. J'ai l'âme au bord des yeux.
Et ce cri mêlé de stupeur, de colère et de déni, coincé au fond de la gorge, parce que la Griffue emporte toujours ses proies sans prévenir, aveuglément. Bim ! On est vivant et hop, on est mort. A quoi bon protester ? A quoi bon lui dire, à cette grande Egalisatrice, qu'en partant il laisse une petite fille et une femme portant un autre bébé ? A quoi bon lui expliquer combien cela va être terrible pour ceux qui restent. La mort ne s'émeut de rien. Elle n'a pas de pitié. 
Ce soir, le vent d'automne a un goût de tristesse absolue. J'avais un peu oublié le pays des larmes, le mystérieux pays des larmes.




A Nicolas

19 septembre 2022

Mes étincelles

L'amour maternel est avant tout un acte de résistance contre la férocité du monde.
Françoise Lefèvre







  Ma prunelle. Ma merveilleuse étoile. La voilà, le jour de son mariage, si belle et si pleine d'amour. Deux ans déjà, c'était hier. Une jolie fête, comme une parenthèse de grâce au milieu du tintamarre covidien, de cette lancinante grisaille médiatique qui n'a pas réussi à entamer sa joie de vivre.
Cette photo m'emplit d'une émotion indicible. Un flot de souvenirs joyeux et nostalgiques en même temps.
Je ne sais pourquoi, je suis toujours terriblement émue, remuée, brassée par ma progéniture. Quel est cet étrange fil qui me lie à eux ? On a beau avoir coupé le cordon, ce lien est indéfectible. Solide comme une racine de chêne. 
Quand ils vont bien, une douce paix m'envahit et je respire plus large. 
Quand ils ne vont pas bien, le soleil brille moins. Telle une perle ternie par la buée. 
Ils me manquent souvent. Je les aime sans conditions. 
Je donnerais tout pour eux, même ma vie. Parfois je pense qu'un jour je ne les verrai plus et la tristesse s'insinue en moi comme un sirop amer.
Mais le plus souvent je suis heureuse et fière de les avoir mis au monde. Et j'exulte quand je les vois, que je peux passer un peu de temps avec eux. 
C'est banal, direz-vous. C'est cliché.
C'est que l'amour maternel ne s'exprime que par phrases toutes faites. Intemporelles. Universelles. Des phrases de mère, de toutes les mères, des phrases qui jaillissent du coeur en étincelles.

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29 août 2022

Un gamin d'Paris

« Ce terrain faisait l’angle de deux rues. Il y poussait un magnifique cerisier qui donnait, chaque année en abondance, des cerises un peu aigrelettes que l’on nomme ici Montmorency, ailleurs c’est peut-être bien des guignes. C’est bon la Montmorency quand, après une chaude journée d’été, encore gorgée de soleil, vous la faites craquer sous la dent, puis en faisant la bouche en cul de poule, vous envoyez valdinguer le noyau dans la tronche du copain ! »
Jean-Louis Ferrera 

(extrait de « Un Gamin de 39 » éditions Librinova-Autres Mondes, 129 p.)








Au cours d'une de mes nombreuses et passionnantes vies, j'ai connu une joyeuse bande de drilles qui sévissaient sur un navire nommé « Blogborygmes ». J'en avais touché deux mots ici. C'était un temps déraisonnable où j'étais sans doute plus Troussecotte que Célestine. 
Dans cet espace irrévérencieux et sulfureux,  je pouvais laisser aller ma plume à des débordements tant sémantiques que lexicaux. Le ton général de l'équipe était léger et souvent coquin, ce qui n'empêchait pas en même temps une belle profondeur, et pas seulement de bonnets.
Tiens en m'y baladant j'ai retrouvé cet article « méridional » que j'avais écrit avec une certaine délectation. 
Bref, c'est à cette époque que je rencontrai Andiamo, vieux loup de mer menant le rafiot avec assurance vers des contrées toujours plus incertaines et infestées de pièges.
Il se trouve que ledit Andiamo, en collaboration étroite avec Françoise Simpère, une auteure talentueuse, vient de rédiger ses mémoires de titi parisien, un petit tour d'horizon savoureux de la vie d'un enfant au lendemain de la guerre. 
Le tout forme un opuscule agréable à lire, que vous trouverez facilement en trois clics adroits, pour la somme astronomique de 4,49 €. Bien situé, le prix, entre un kawa bien serré et une binouze bien fraîche. A vot' bon coeur, m'sieurs dames.
Eh oui, mon poteau fait dans le numérique, comme quoi, on peut dater de l'an quarante et naviguer moderne. Sauf ton respect, mon capitaine ! 
Alors, je compte sur vous, répandez la bonne nouvelle, et mouillez votre chemise, noble aréopage de mes lecteurs chéris, afin de propulser Andiamo sous les feux de la rentrée littéraire. Son livre est drôle et truffé d'anecdotes, il se déguste comme un vieil album photo dégotté dans un grenier.
Même s'il ne vise pas forcément la Pléiade, ce serait dommage de le laisser dans la panade...

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22 août 2022

Ce qui fait sens




« L'amour est une eau fraîche qui coule aux fontaines de l'âme »
Christian Charrière









L'été s'étire comme un chat sur une margelle. Les ombres s'allongent, et les jours commencent à prendre cette somptueuse lumière de septembre si aimée des artistes.
Même l'eau dans la fontaine du village fait un bruit différent, dans le silence de l'après-midi. Un son plus familier, comme un ami qui te salue de loin. Tu reconnais sa voix. Tu l'avais perdue dans le brouhaha de la canicule. 
Le chalumeau céleste s'est arrêté. On revit. Les arbres ont soupiré de soulagement sous les pluies tant attendues. Les forêts meurtries fument encore doucement, comme sur les pentes des volcans. Le soir, on rajoute une petite laine pour réchauffer la peau.

Je peux à nouveau m'installer sur la terrasse et feuilleter le livre de vos vies. Me baladant de blog en blog, je tombe sur cette belle phrase que mon amie Chinou me dédie spécialement. 
« L'amour est une eau fraîche qui coule aux fontaines de l'âme » Quelle jolie attention...
Chinou, c'est mon amie aquarelliste. Je vous l'avais présentée il y a sept ans déjà.
Son dernier billet sur les fontaines, dont elle sait retrouver l'âme dans ses dessins,  m'a rappelé combien je les aime. 
Peut-être parce que j'aime toutes les choses porteuses de symboles. Les choses qui font sens. 
La nature est un temple où de vivants piliers...etc, etc. Correspondances... Le poème de Baudelaire est en moi depuis toujours, oscillant comme un pendule, il a donné un sens à mes perceptions particulières, si difficiles à exprimer, si subtiles, fugaces, et pourtant faisant l'essentiel de mon être. Je suis comme ça. Ma pensée passe d'abord par mes sens.
L'eau. Les arbres. Les blés. Les chevaux. Les étoiles. Voilà quelques exemples d'objets naturels porteurs de symboles, dont la musique chaude, rouge et sonore, entre en résonance avec les mailles serrées de mon cerveau surefficient. Je lis en eux à coeur ouvert.
Parmi les choses humaines, outre les fontaines, comment ne pas penser aux moulins, aux ponts, aux chemins, aux puits, aux portes. Tous ces objets intemporels qui relient, qui rassemblent, qui élèvent, ou qui contribuent à la vie depuis l'aube des temps. 
A vrai dire, la liste est infinie, des choses qui me parlent. On est dans la forêt de symboles chère au poète. 
Quand j'étais enfant, j'avais sans doute déjà cette perception symbolique des choses, puisque j'imaginais toujours la maison de mes rêves de la même façon : il y aurait un escalier, un piano, une bibliothèque et une cheminée. Un amoureux.
Et dans un jardin plein de fleurs, un chat qui s'étire sur une margelle.
Il ne me manque plus que le chat.

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13 août 2022

Les gens







 La maison sur la colline vibre doucement des nombreux passages qui ont émaillé l'été. 
Le bruit reste encore suspendu entre les feuilles, tels des acouphènes légers.  Cris d'enfants sous les arroseurs dans les maïs, sourires et pleurs de bébés, verres qui s'entrechoquent, éclats de rire et de fourchettes. Confidences et confitures. Ami ricoré. Et cette importance des repas, quand on est nombreux, comme si la vie n'était plus rythmée que par la valse des assiettes et des victuailles colorées englouties par des estomacs jamais rassasiés. Des montagnes de melons,  de tomates,  de poulet froid, de sorbets et de basilic. Des rivières de boissons glacées, des stères de pain. Des monceaux de tian de légumes et de salade de riz aux crevettes.

Le calme est revenu. Les cigales arrachent le sec de l'herbe, l'air est tremblant. Le chaud s'est insinué partout. Les après-midi retrouvent la fraîcheur des persiennes closes, on gît sans énergie comme des lions avachis sous leur baobab. Devant quelque épisode de série policière que l'on suit d'un oeil torve.
On repense à tous ces gens qui ont fait de belles escales sous le chêne centenaire. Les amis, les enfants, les cousins, les neveux, les frères et soeurs. Toutes les générations de 3 mois à 99 ans.

C'est fascinant, les gens. Les observer. Creuser leurs particularités, trouver ce qui les meut, ce qui les émeut, et ce qui les laisse indifférents.
Je me régale à étudier les personnalités, affirmée ou en devenir. Avec une passion d'entomologiste. A découvrir, par exemple, comment de jeunes couples pourtant proches peuvent avoir des conceptions  si différentes sur l'éducation. Les écouter échanger, en se gardant d'intervenir. Ou alors juste pour apporter un éclairage différent, discret, tout en nuances, de la part d'une qui a un peu cerné le sujet pendant quarante ans...
Suggérer sans affirmer, proposer sans imposer, car les gens sont chatouilleux quand il s'agit de leur progéniture. 
C'est fascinant, les gens. Un rien fatigant, aussi.
Mais entre deux passages d'oiseaux migrateurs, retrouver la solitude choisie et le silence, la tendre complicité d'un seul être, tel le murmure du ruisseau qui s'enroule sans fin autour d'un galet, c'est un luxe. Et c'est ce luxe qui me fait aimer les gens. 

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01 août 2022

Les lucioles







Les lucioles...Les fées scintillantes de mon enfance. Je n'en ai vu, de toute ma vie, qu'à Saint Martin, dans la tiède douceur des soirs d'été. C'était le temps des tartines, des sources, des bêtes, de l'air qui coulait sur la peau, des genoux graffignés et des cuisses noircies de soleil. 
On dévorait l'enfance.
Le soir, après le repas, mon père tenait à faire son « tour du soir ». On aimait l'accompagner.
C'était un peu toujours les mêmes promenades, en sortant de la maison, on prenait à droite vers Venanson, ou à gauche vers le village. C'était la seule incertitude : à droite ? Ou à gauche ?
Quand on montait vers Venanson, dans l'odeur de résine de la forêt qui tombe de soleil, on s'arrêtait à la Croix, où mon père avait son banc, dans l'ombre bienveillante des pins. De là, il contemplait la nuit nappant le village de brume. Les lumières s'allumaient une à une, et peu à peu, les maisons ressemblaient à ces crèches de Provence blotties dans les églises à Noël. Les montagnes en papier kraft et les santons. Le ciel en manches de nuages ouvrant le soir. L'enfance, encore.
Quand on descendait au village, la route était éclairée par la toute puissance électrique, au niveau des trois maisons, au grand dam de mon paternel qui pestait contre cette maudite lumière de néon qui l'empêchait de voir les étoiles.
Mais après le virage, la route plongeait dans un trou noir. A l'époque, les messieurs des Ponts et Chaussées étaient empreints de sagesse : il ne jugeaient pas judicieux d'éclairer une portion non habitée. C'était un grand bien !
Car dans ce passage aventureux, les lucioles régnaient sur l'été. C'était magique et silencieux. Nous avions interdiction de les attraper. Du haut de mes dix ans, je savourais ce mystère vivant qui pouvait mourir au moindre contact. Ces milliers de clignotants éclairaient la nuit fébrilement. C'était beau. La beauté me serrait la gorge, déjà.

Les lucioles, version ailée des vers luisants, sont hélas en voie de disparition. La dernière fois que j'en ai vu, à Saint Martin, c'était il y a deux ans, chez ma cousine, au bord de l'eau, sous les saules. 
Deux mois plus tard, la rivière emportait tout dans ses flots furieux. Sa maison, les arbres, et l'espoir. Mais les lucioles ?
Peut-être sont-elles toujours là, timides témoins de cette enfance enfuie au goût de miel salé ? J'aimerais bien. Je vous dirai.

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Edit de Mardi 2 août, 17h30

Un joli poème plein de jolies réflexions offert par Chinou.


La Violette, un jour, dit à la Luciole : 
« Ма chère sœur, vous êtes folle
De vouloir éclairer ce brin d’herbe le soir !
A-t-il des yeux pour la lumière ? »

-  « Vous le parfumez la première ! 
Sent-il donc mieux qu'il ne peut voir ?
Des richesses que Dieu nous donne 
Nous ne devons priver personne. 

J'ai la clarté, vous la senteur,
Eh bien! Prodiguons-les, ma sœur, 
Sans demander pour les répandre
Si le brin d’herbe sait comprendre ! »

Alexandre Deplank 1860




24 juillet 2022

Le Baiser






Toute ressemblance...etc...etc




 





Vous ai-je dit que, du temps de ma jeune splendeur, j'ai eu une histoire avec un garçon, étudiant comme moi aux beaux-Arts ? Le jour où je l'ai rencontré, il hantait le Quartier Latin à la recherche d'inspiration. Il avait les yeux sombres, et beaucoup de charme, bien que semblant assez myope. Il n'avait pas ce côté agaçant des blancs-becs qui croisaient souvent ma route. Il avait quelque chose de lunaire, non, de stellaire qui me plut immédiatement. Une étoile dans le regard.
Moi, il me trouvait solaire, éblouissante avec ma peau laiteuse et mes cheveux roux attachés en chignon. 
Tant de coïncidences cosmiques auraient sans doute révulsé un esprit cartésien. Mais nous voguions dans ces sphères étudiantes douteuses, sulfureuses, mêlant philosophie, peinture et mal de vivre, dans ce pittoresque microcosme de sorbonnards et de quat'zarts souhaitant refaire le monde entre deux cigarettes, sur fond de new-jazz. Notre rapprochement allait donc de soi.
Il avait beaucoup de culture, de conversation, et d'humour, un humour caustique qui me jeta dans ses bras comme de la limaille sur un aimant.  Nous devînmes rapidement amants. C'était une époque libre et insouciante.
Dans la semaine qui suivit notre rencontre, il me donna rendez-vous au Musée Marmottan. On y donnait une intéressante rétrospective Klimt. Devant le splendide Baiser, ce kaléidoscope émotionnel d'or et de fleurs qui fit la gloire du peintre,  il me jura soudain, tout de go, n'aimer que moi et vouloir m'épouser. 
Etais-je assez imprudente pour succomber à ce genre de belle parole ? Que nenni. Je le rendis à sa liberté, non sans un léger regret tout de même. 
Mais j'avais eu bien raison de rompre, en fin de compte. Quelque temps après, je l'aperçus, rue Lepic, au bras d'une autre ravissante rousse, qui allait devenir la Lumière de ses Jours. 
Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu'ils soient toujours ensemble, tels les Bonnie and Clyde de la Blogosphère. Heure Bleue et Le Goût des Autres, ils se font appeler.

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Pour l'atelier du Goût, il fallait placer les mots suivants :

Attacher.- Sombre.- Éblouissant.- Kaléïdoscope.- Agaçant.- Douteux.- Imprudent.- Succomber.- Révulser. -Stellaire.



22 juillet 2022

Ikigai

Voiles sur le Lac de Garde, mai 2022





Au hasard de mes errances sur le net, j'ai découvert ce mot japonais. Ikigai. 
Littéralement « raison d'être, joie de vivre ». En gros, ce qui nous meut dans la vie.
Si vous errez à votre tour sur la toile, à la recherche d'explications, vous trouverez tout un tas de diagrammes expliquant de manière très visuelle comment ce concept se retrouve à la conjonction de quatre grandes orientations d'activités dans l'existence. 
Passion, Vocation, Profession, et Mission.
Ou comment concilier harmonieusement nos goûts, nos aptitudes, nos besoins fondamentaux et notre implication dans la société. 
Alors, bien sûr, en réfléchissant, on peut penser à tous ceux qui font un métier qui ne leur plaît pas, ce qui est un doux euphémisme. 
A ceux qui rêvent de se réaliser dans ce qu'ils aiment, et qui restent pourtant englués dans des compromis qu'ils n'aiment pas.
Mais aussi à tous ceux qui consacrent toute leur vie aux autres sans jamais s'occuper d'eux mêmes, en s'oubliant carrément même.
A ceux qui gâchent un talent ou même un don, par fatalité, négligence ou malchance.
A ceux qui, au contraire, ne vivent que de leur passion, au détriment de leur entourage qui ne compte pas plus qu'une poignée de figues.
Autant d'exemples de déséquilibres amenant de l'ennui, des frustrations, des peurs, des regrets, des excès. 
Je suis perplexe. C'est intéressant. Mais tout cela reste théorique et idéal, un peu utopique.  Presque trop mathématique. Je suis toujours un peu circonspecte, de toutes façons,  à mettre la vie en diagrammes. Et combien de Japonais vivent-ils vraiment ce concept, dans leur monde citadin numérisé à outrance ?
La raison d'être, la joie de vivre, c'est tellement plus mystérieux. Exquis. Et personnel. 
Une musique parfumée. Une douceur au réveil, comme le frôlement du vent sur la peau. Le sentiment d'être à la juste place. Une harmonie. L'espérance qui souffle sa pulsation au coeur. La certitude que ce nuage qui passe nous a fait un clin d'oeil, rien qu'à nous. Et que le concert des oiseaux, le matin, comme les sourires des enfants,  rafraîchissent nos rivières intérieures même quand il fait si chaud.
Je suis payée chaque mois,  j'aime écrire et je me trouve assez douée pour cela. Et ce faisant, j'ai le sentiment d'apporter une obole de joie au monde. Je nage en plein ikigai, en fait.


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Pour en savoir plus sur Ikigai

11 juillet 2022

La famiglia


L'amour d'une famille, le centre autour duquel tout gravite et tout brille.

Victor Hugo


***


Où peut-on être mieux qu'au sein d'une famille ? Partout ailleurs !

Hervé Bazin







 Cette année, le quatorze juillet brillera d'un éclat particulier dans mon ciel de vie. Cette année, sur la Colline, ce seront des moments forts autour d'une belle table. De la gaité, de l'émotion, des retrouvailles. On se racontera nos vies, on rira, on jouera. Le vin coulera dans les verres, les mets appétissants orneront la table,  on a tant de choses à fêter... Il y aura des tentes dans le gazon, et de petits pieds qui courront partout derrière les papillons.
Pas question, évidemment, de rivaliser avec la plus grande cousinade du monde, le Guiness Book n'est pas mon livre de chevet...
Mais quelque chose me dit qu'il n'est pas utile de se retrouver à cinq mille pour célébrer cette étrange invention humaine  que l'on appelle la famille. (Humaine ? Quoique...)
Etrange car  tellement complexe, pour ne pas dire, parfois, contradictoire. Il n'est que de lire les citations des grands auteurs à propos de cette vénérable institution. J'avoue que, globalement, je suis assez contente de la mienne. Mais c'est certainement parce que l'on n'est pas comme cul et chemise.
Donc, comme je vous le disais, réunir les frères et soeurs, les conjoints et leur progéniture, ainsi  que la progéniture de leur progéniture, ça commence quand même à former un joli nombre. A l'école, je l'appelais le nombre d'or des groupes : vingt-quatre. Un nombre qui autorise toutes sortes de combinaisons, par deux, par trois, par quatre, par six, par huit, par douze... Un nombre idéal pour un zèbre comme moi, qui aime tant la magie des chiffres. Je n'étais jamais aussi ravie que quand j'avais vingt-quatre élèves... Mais je m'égare.
La famille... Comme c'est passionnant d'observer toutes ces fortes individualités, et la façon dont elles parviennent à s'imbriquer ensemble pour former un groupe cohérent. Qu'est-ce qui nous lie, tous ? Sans doute, en premier lieu, le sens de l'humour cher à mon père, créant une sorte de connivence subtile, souvent basée sur les mots. Le partage, aussi, bien sûr, de quelques valeurs communes, le goût de la Vie, de la Nature, de la bonne chère, des plaisirs simples. Des références communes, culturelles, musicales, sportives. Et le côté nissart par ma mère, empreint de cette sagesse caustique qui émane des dictons qu'elle nous sortait à chaque occasion. 
Enfin, cette solidarité, si importante dans le monde actuel, qui fait que l'on prend des nouvelles, que l'on prend soin les uns des autres, que l'on s'intéresse à ce que devient chacun. Que l'on s'entraide. 
Et c'est un bonheur de voir les « pièces rapportées » (bien que je n'aime pas cette expression, je parlerais plutôt de « valeurs ajoutées » !) se couler assez facilement dans notre modèle. A commencer par mon prince des collines (celui que j'ai pécho avec ma baguette magique, n'est-ce pas, monsieur le Goût)  qui se démène comme un beau diable pour que tout soit prêt le jour J, et qui s'en réjouit autant que moi...
Notre modèle ? Une sorte de cocon non emprisonnant, finalement, dans lequel on a plaisir à se glisser de temps en temps, pour prendre une goulée de félicité familiale.


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05 juillet 2022

L'été, l'après-midi



C'est vrai. J'ai failli rester là-bas, au pays sauvage des landes désolées et des vertes prairies. Profondément bouleversée par cette harmonie que j'ai ressentie avec la terre de là-bas. Attirée par ces racines celtiques si profondes en moi. En quelque sorte ça fait Dublin de changer d’Eire, ha ha ha !
Et puis, quand même, je suis rentrée, il a bien fallu, et là, j'ai été happée par ces températures caniculaires dont j'entendais vaguement parler comme d'une chose lointaine et improbabable. Moi j'étais en pull et en chaussettes. 
Clouée au sol sur le tarmac lyonnais, j'ai été.  Quelqu'un avait laissé le four ouvert. Sur ma colline, tout était grillé, les cigales avaient investi la place.
J'ai fait la danse de la pluie. Ça a marché. Mais voilà ce que c'est que de danser toute nue dans la rosée du soir : on attrape de méchants rhumes. J'ai soigné ma sinusite avec des tisanes de sorcière. Ça m'a abattue quelques jours.
Les orages ont fait reverdir la nature, on a profité des matins frais et des soirées douces. Tout préparé pour la cousinade du quatorze juillet. Fait tomber quelques arbres morts. Taillé, coupé, ratissé. Fait revivre un olivier qui luttait contre sa cochenille avec un léger désespoir. Bonheur de le voir refaire des feuilles !
Reçu les copains du club de sport pour une de ces soirées apéritives qui se terminent au dessert, tellement on est bien, tellement on voudrait que ça dure encore.
Découvert un bon restaurant en bord d'Isère. Bu le thé avec Lucile sous le chêne. Dégusté une paella au bord d'une piscine. Répondu à deux ou trois invitations.
Et les après-midis ? Quand l'astre au zénith invite à rester dans la pénombre tiède des moucharabiehs, j'ai trié les centaines de photos rapportées de nos voyages pour en faire de beaux albums sur papier glacé. Le numérique, c'est bien, mais l'immortaliser sur papier, c'est mieux. Le premier, sur l'Irlande,  est terminé, comme vous pouvez le voir. Cent soixante-dix pages. Un monument.
J'ai fini le deuxième sur les Lacs Italiens, il devrait arriver jeudi. Et là, je suis en train de terminer Venise. Vous voyez,  ce n'est pas que je ne pense pas à vous, lecteurs adorés, mais le temps m'échappe comme l'eau qui file dans l'aube d'un moulin. 
C'est le moulin de mon coeur, alors je sais que vous ne m'en voudrez jamais d'être aussi heureuse. Le bonheur...Vous savez, cette chose éphémère et fragile qui peut s'envoler d'un instant à l'autre.






Merci à tous ceux qui se sont inquiétés de ce que je devenais. C'est adorable.







15 juin 2022

Lettres d'Irlande (8) De Cohb à Kilkenny



 




Un soleil généreux brillait sur le fameux Rock of Cashel quand nous l'avons gravi. Une forteresse monstrueuse perché sur son rocher, empreinte de mille ans d'histoire. Un joueur de tin-whistle  donnait à l'air un son médiéval. C'était méditatif de l'écouter jouer en contemplant le panorama.
Auparavant, nous avions passé de longues heures sur la grande île où se trouve Cohb, la ville du Titanic. J'ai réussi à trouver l'endroit (pas très facilement) d'où a été prise cette photo superbe que l'on voit partout, sur laquelle les maisons multicolores se serrent en enfilade devant la cathédrale. 
C'est à l'intérieur de celle-ci qu'une Terre géante et luminescente, tournant lentement sur elle-même, rappelait aux pèlerins combien notre planète-maison est précieuse.
Tiens justement, en parlant d'écologie, nous fîmes une halte au bord d'un golf. Là, un lac empli d'oiseaux, véritable refuge de biodiversité, était entouré d'un jardin exubérant de fougères géantes et d'arbres centenaires. En Irlande, un golf, c'est logique. Ça ne pompe pas des tonnes d'eau comme dans nos régions assoiffées. L'Irlande est un comme immense green. Leurs gazons me font pâlir d'admiration.
Pour Petrus qui s'en inquiétait,  j'ai quand même réussi, aujourd'hui à photographier trois châteaux, sans compter le Rock of Cashel. 
Ce soir, à Kilkenny, il faisait vraiment bon. Un temps à boire un thé en terrasse au soleil. J'ai même quitté mon pull en mérinos, n'est-ce pas, Biche ?  De jeunes intrépides sautaient dans la rivière en slip de bain. Les fous ! L'eau devait être à quatorze. Alors ça y est, pour les Irlandais, vingt degrés, c'est l'été ! Une grande leçon de relativité...

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