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09 juillet 2026

Oscillations de l'âme

 











Sentez-vous parfois votre âme osciller, tanguer comme une barque sur un remous ? 
J'éprouve depuis quelques jours une fluctuation émotionnelle qui me laisse quelque peu sur le carreau, telle une méduse échouée sur le sable chaud. 
La lecture de Respect, le livre-cri d'Anouk Grinberg, m'a glacée. Son martyre d'enfant, puis d'adulte aux prises avec d'ignobles prédateurs a résonné douloureusement dans mes fibres, au plus profond de ma féminité. Indignation, dégoût, incrédulité. Admiration aussi pour cette femme qui se tient toujours droite malgré les baffes que lui a infligées la vie. Quelle résilience...

Le beau film en deux volets retraçant la Bataille de Gaulle m'a aussi beaucoup secouée. Quelle somme de courage, d'opiniâtreté, d'abnégation et de confiance en un idéal a-t-il fallu aux hommes des heures sombres pour que rejaillisse la lumière... 
Et qu'avons-nous fait de cette lumière ?

J'ai beau travailler d'arrache-corps depuis des années, sur cette sacrée hypersensibilité dont je suis pétrie, elle me rattrape de temps en temps, avec la force d'un ouragan. 
La région de la Drôme où je vis est cernée de violents incendies, du haut de la colline je vois les nuages âcres et noirs qui dévastent les montagnes que j'aime tant. L'été implacable brûle tout sur son passage, sous le soleil-chalumeau les arbres souffrent, mes fleurs dépérissent, l'herbe roussit et les bombardiers d'eau emplissent le ciel de leur sinistre voix de basse mongole. Que d'eau perdue...L'eau si précieuse... 
La nostalgie chemine dans mes pas, comme une ombre. Une photo de ma mère, une pensée pour ma soeur, un souvenir évoqué.

A côté de ces ondes négatives à basse fréquence, je continue de vibrer et de m'émerveiller de tout et de rien. Une pièce de théâtre sous les étoiles, un repas entre amis, une baignade, un morceau de musique que j'arrive à jouer sans fausse note... et la joie s'immisce à nouveau.
Hier soir, un petit renard est venu jusque sur la terrasse, il était tellement mignon avec ses oreilles pointues, et ses yeux qui nous regardaient comme si c'était nous, les bêtes curieuses. C'est sans doute ce que nous sommes, d'ailleurs, nous les z'humains qui nous croyons si supérieurs...
D'étranges imbéciles.

Ma première petite-fille vient de fêter ses huit ans. Quel chemin parcouru déjà ! C'est aussi l'âge de ma rencontre avec Paul. La sécurité affective que j'y ai trouvée est en général un bon thermostat à mes échauffements de boussole intérieure. Mais là, j'ai frisé la surchauffe.
Alors j'écoute doucement mon cœur se calmer, au bord des matins frais.
 Grâce à Pierre, j'apprend le nom des oiseaux. Le bruant zizi, la fauvette à tête noire.
A six heures, devant la fontaine innocente de tout mal,  tout redevient possible à mon âme. 
Même si elle déborde parfois.

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12 avril 2026

Deux

 




Aujourd'hui cela fait un an que nous nous sommes dit oui. Oui à notre vie belle comme un film en technicolor...
Après Sept Ans de Réflexion, nous nous la sommes joué Un Homme et une Femme, Pour le Meilleur et pour le Rire.
Une jolie sculpture en raku de notre amie artiste Laurence Antérion, un petit Prince sur sa planète, avec sa rose, a trouvé sa place dans la maison de la colline. Pour sceller la magie de cette année de coton.
Oui, ces jours-ci, nous avons bien fêté le temps qui passe. 
En Camargue, trois jours dans un écrin venté d'étangs gris-vert et de flamants roses; près d'une mer étincelante et turquoise.
Dans le Vieux Lyon, de traboules et traboules, pour préparer une visite spéciale en vue d'un jubilé dont j'aurai le temps de reparler. 
Dans notre jardin aussi, où, avec le temps sublime de Pâques, notre coin japonais s'est encore embelli. Une explosion de fleurs et de pollen. 
Pardon par avance à ceux qui voudraient mais n'ont pas (encore) trouvé l'âme sœur, à ceux qui l'avaient trouvée mais dont le destin les a cruellement privés,  et aussi à ceux qui pourraient aisément la trouver mais n'en éprouvent ni l'envie ni le besoin : que c'est bien d'être deux ! Le mot le plus beau qui me vient, pour qualifier la force de l'amour, mélangée aux fous-rires et à l'évidence des jours, c'est complicité. 
Une complicité respectueuse qui lie sans entraver, un battement d'âmes qui fait danser le quotidien sans le transformer en mortelle routine.
Une force qui nous entraîne l'un l'autre, dans un cercle vertueux très énergisant.
Avoir des rêves, faire des projets, les réaliser petit à petit, sentir dans tout son corps le poids du travail accompli le soir, quand on se glisse dans les draps, et dormir satisfaits, pleins du bonheur des simples choses.
On a peut-être un peu trop porté de bûches de bois, de poutres, de pavés, de sacs de graviers, ou de terreau. L'ostéopathe va encore nous gronder. « Ménagez votre dos, pendant que vous êtes encore jeunes, saperlipopette ! » 
- Ben voui, madame l'os thé aux pattes, mais nous on aime bien ça, les travaux manuels, la construction, la décoration paysagiste...
Allez, on va partir se changer les idées et voir une belle exposition sur le Japon. Histoire de rester in the mood.





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16 mars 2026

Comme un souffle fragile

Il y a un temps pour tout. Un temps pour naître et un temps pour mourir.
Ecclésiaste, 3-2




Souvenez-vous : j'en avais parlé ici et là. Cette petite dame soufflant fièrement les bougies de ses cent ans, il y a trois ans déjà,  s'appelait Odette, et je l'aimais beaucoup. 
Elle est partie, dans la nuit du 6 mars, emportant dans son calme sommeil d'éternité sa douceur, sa joie de vivre, sa formidable résilience, son émerveillement jamais émoussé.
En épousant l'homme que l'on aime, on épouse aussi ses chagrins. 
Celui de mon aimé fut immense,  de voir partir sa maman de coeur, sa mère adoptive, cette personne unique qui savait toucher de sa grâce tous ceux qui l'approchaient. Je l'ai aidé du mieux que j'ai pu, à traverser cette semaine d'épreuve. 
Misère ! que de démarches à effectuer pour accompagner le départ d'un être cher. Et que de préparatifs pour réunir une famille si grande... J'avais oublié, depuis celui de mes chers parents. Et combien il est doux de partager ces tâches, toujours un peu embuées de larmes.
Parmi les paroles choisies pour la cérémonie, j'ai retenu celles-ci : 
« Comme un souffle fragile ». Elles évoquent si bien la fugacité de la vie. La subtilité des mystères.
Et le silence feutré qu'exige l'écoute de l'autre, le vrai amour.
Il m'a semblé que dans le vent de ce matin, une douce brise de magnolia et de prunus en fleurs, Odette me murmurait à l'oreille : « Merci ! » . Son célèbre merci qu'elle répéta toute sa vie comme un mantra.  

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11 février 2026

Le bal des fantômes

 








Certaines personnes sont des traits d'hirondelles griffant le ciel un matin de printemps. Elles passent et s'en vont sans laisser d'adresse. On a tous en tête l'exemple du type qui part acheter des allumettes dans une rue du Massachusetts, et qui disparaît, comme dans la chanson de Reggiani...Il paraît que des centaines de milliers de personnes disparaissent ainsi dans le monde chaque année. Tels les fameux « Evaporés » japonais...

A un moment donné, ces gens ont été importants dans votre vie. Ou alors c'est vous qui l'avez été pour eux. Bref, une relation s'est nouée.
Et puis un jour, contre toute attente, ils disparaissent. Il en est ainsi de certains blogs, qui se sont arrêtés du jour au lendemain, sans que l'on sache véritablement pourquoi.
Je remercie ceux qui ont pris la peine, telle Adrienne récemment, mais bien d'autres avant elle qui se reconnaîtront, d'expliquer à leur lecteurs les raisons de cet arrêt. Lassitude, fin d'un cycle, envie d'autre chose, peu importe. Il en va d'un certain respect du lecteur. Et en retour, on respecte ce choix.
Dans le cas contraire, on reste dans une sorte d'incertitude préoccupante, allant jusqu'à se demander si la personne n'est pas décédée brutalement. Mais même en ce cas, il arrive souvent que les proches prennent le relais pour expliquer la disparition de la personne.

Il en est ainsi, également, de ces amitiés dites virtuelles, auxquelles, personnellement, j'ai toujours tenté de donner de la réalité : rencontrer la personne, entendre sa voix, voir son image. Faire des choses avec elle, apprendre à mieux la connaître.. 
J'ai ainsi noué avec certain·e·s d'entre vous de très beaux liens de « vraie vie ».

Alors quand un de ces liens se rompt soudainement, que plus aucun signe, appel ou message n'ont de réponse, ni orale ni écrite, on se retrouve désemparé. Alarmé. Très inquiet. 
Remuant dans son cerveau confus des tas d'interrogations. 
Des « pourquoi ? », des « comment ? », des « et si... ? »
Se demandant ce que l'on a fait ou dit. Se remettant en question, vaguement coupable, mais de quoi ? Ne pouvant faire aucun deuil, puisque l'on ne sait pas pourquoi la personne « fait la morte » ni même si elle l'est véritablement. Aucun moyen de le savoir.
Les psychologues utilisent un barbarisme approprié pour cette situation, cette plaie sociétale de plus en plus fréquente apparemment : c'est le ghosting. 
On est ghosté. Fantômisé, en quelque sorte. On n'existe plus. On erre sous un drap blanc tissé de questions sans réponses. C'est désagréable. Et tellement triste. Surtout si l'on évoque tout ce qui a fait notre lien pendant des années. 
On préfèrerait tellement une franche mise au point, une explication, voire des critiques, des reproches, des adieux en bonne et due forme, tout,  plutôt que ce silence mortel. Surtout quand cette attitude irrespectueuse ne ressemble pas du tout à votre ami, toujours enclin à l'indulgence, à la bienveillance, au pardon, bref, à l'amour universel... 
Ah la la, les relations humaines... 
Allez, je vais guetter la première hirondelle au-dessus du champ de luzerne qui fume au soleil. Et me préparer une tasse de thé dans lequel noyer mon désappointement.






Pour en savoir plus, j'ai trouvé un article intéressant sur philosophie magazine.
Parmi des centaines d'autres... 



22 décembre 2025

Le chalet aux mille bonheurs





Quand j'étais enfant, mon rêve de Noël ressemblait à ça. 
Je rêvais d'habiter un chalet de bois, dont les fenêtres brillaient au creux de la nuit glacée. 
Cette chaude lumière signifiait qu'il y avait de la vie. Chaque chalet était comme un coeur battant dans la vallée noyée d'ombre. Sous la splendeur infinie d'un ciel d'hiver. Il y avait bien sûr une belle cheminée et un grand sapin tout étincelant de paillettes. Et des enfants, assis devant, l'espoir au front, attendant la venue du gros joufflu à la hotte en chantant des christmas carols ...
Mon imagination de fillette rêveuse, transformait notre appartement citadin, trop petit pour une famille de sept, en ce somptueux chalet. Le sapin était petit, lui aussi, mais il exhalait cet incroyable parfum de résine que je n'ai plus jamais retrouvé depuis. Toute la forêt dans un salon. Mon père sortait les santons, et fabriquait son décor, jamais le même, avec du papier spécial, solide, couleur marron glacé. La magie pénétrait dans les lieux au moment précis où il éclairait la crèche. L'ensemble trônait sur le buffet de la salle à manger. On posait les rois mages loin sur une étagère, et chaque jour il nous faudrait les faire avancer un peu plus vers la crèche. Jusqu'au 6 janvier. Tout était jeu pour nous. 
Chacun à son tour accrochait à l'arbre une guirlande, une boule ou une étoile. On dessinait sur les vitres. On allumait des bougies aux fenêtres et c'était beau. Dehors, dans leur flamme tremblante, l'air vibrait d'une senteur inimitable. Indicible. Je l'appelais le parfum de Noël. 
Mon père nous emmenait faire une promenade nocturne, emmitouflés comme autant de lutins derrière un géant de sept lieues. Mes frères allumaient des pétards, des feux d'artifice, on mettait un joyeux bordel dans le quartier. Le dabe s'amusait autant que nous. Les hivers fastes, on avait même droit à un peu de neige, et là c'était la folie des batailles.
Ma mère restait à la maison, en rouspétant après lui qu'il allait nous faire attraper la mort. Mais quand on rentrait, rouges comme des lumignons, sur la table en formica elle avait dressé une belle nappe, avec des huîtres, du boudin blanc, des escargots, du saumon, des oeufs en gelée, et du gâteau roulé à la framboise. Tous ces mets que l'on ne mangeait qu'une fois par an. 
C'était le seul soir où on avait le droit de veiller jusqu'à minuit passé, en se bourrant de papillotes et de mandarines, et en jouant au monopoly. Mon père lançait le Golden Gate Quartett sur le tourne-disques. Joshua fit the battle of Jericho, Jericho, Jericho... 
C'était chouette.
On repartait quelquefois à la messe de Minuit, pour voir la crèche vivante. Mais l'heure de se coucher finissait toujours par arriver et je n'en avais pas envie. Mes yeux clignotaient d'excitation. Un jour... Je le fis. 
Je voulais tellement apercevoir le traîneau, et vérifier de visu si les rennes allaient vraiment boire le lait et manger les carottes qu'on laissait pour eux dans une écuelle à côté de nos souliers... C'était un peu avant l'âge où le scepticisme s'insinue en soi, comme un venin, alors que l'on aimerait y croire encore. 
Quand il n'y eut plus de bruit dans la maison, mon oreiller sous le bras, je me mis en faction dans le couloir. De là, je ne pouvais pas louper son entrée. J'attendis longtemps, guettant chaque bruit suspect, avec ma tête de mule de bélier.
Aux dires de ma mère, car je ne m'en souviens pas, elle me trouva à quatre heures, dormant en boule comme un chat sur le carrelage glacé. Et le matin, avec leur magie régulière et énervante, les cadeaux étaient là. Je n'avais rien vu.
Je réalise que mon père Noël, celui qui me mettait des étincelles et du baume au coeur, c'était essentiellement mon père.
Mes noëls d'enfant étaient heureux. 
Plus tard, ils le furent moins. Parfois même, plus du tout. Ainsi va la vie, n'est-ce pas ? Du fiel et des confitures, des caresses et des griffures. 
Aujourd'hui, je me sens réconciliée avec la fête. Le chalet de mes rêves est là. Sur la colline aux écureuils. La vie me couvre de cadeaux.
Les enfants vont arriver, les yeux brillants. On va manger, rire, danser, lire des histoires, ouvrir des paquets. Malgré tous les malgré, ce sera un noël heureux.
Je vous le souhaite aussi, du fond du coeur.
Joyeux Noël, mes amis.

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*♥Paix ♥ Amour♥*
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*♥ ♫.☺Joyeux☺.♫ ♥*
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28 octobre 2025

J'ai roulé










Dans le giron tranquille de ma cage 
de farfadet
J'ai roulé sur les derniers airs de 
Benjamin Biolay
La tête encore étourdie 
Des derniers cris, 
des belles joies explosives
de mes étoiles en apprentissage. 
Elles ont bercé ma vie cette semaine.
Dans leur douceur angevine et leurs regards d'eau claire.
J'ai roulé, j'ai roulé,
Repensant au bonheur comme à cette chose fragile et tendre
Qui va se nicher dans les endroits les plus discrets
Les plus secrets
Les moins attendus
Au fond d'un ciel d'octobre en feu
Une miette sur un pull de laine
Au bord d'une Loire en miroir
Dans la chaleur des bras aimants
 De ceux qu'on appelle ses proches, 
Même quand ils sont loin.
Glissant sur les toboggans de l'enfance 
Tellement là, en moi
Petite fille qui se balance
 abasourdie 
par le bruit 
nauséabond 
du monde

J'ai roulé doucement, sans à-coup et sans hargne,
Laissant filer les pressés, les agités, les mécontents
L'aiguille du compteur sur celui de mon coeur
Apprendre, apprendre,
toujours porter un regard neuf, écarquillé sur l'extraordinaire
en écoutant aussi la voix d'Etienne Klein,
Parler de la magie des nombres 
des arcs-en-ciel de chiffres devant mes yeux
D'un certain Alexandre Grothendiek
Sa théorie des motifs, sa vie en dents de scie, 
son destin ébahi
D'une certaine Ada Lovelace, une femme au cerveau puissant.
Un plus un égale mille
Mille façons d'aimer
Un plus un égale nous.

Dans le giron paisible de ma solitude choisie
J'ai roulé vers toi, mon amour,
J'ai pris mes jantes à mon cou
J'ai couru à toutes roues
Retrouver ma vie, le jardin, ses dentelles d'automne, son air transparent.
Les rhus étincelaient rouge sang 
dans le chemin, 
En bas.
Et le feu crépitait, jaune soleil.
L'âme en éveil, l'esprit troublé, le coeur tremblant, le corps en fièvre
J'ai roulé comme un galet
en pente 
vers 
Une mer vert émeraude
Equanime et mouvante 
à la fois
Cette mer, ces flots, c'est la vie.

La vie toujours là, impérieuse, magnifique,
 malgré les trombes et les gros temps.
Malgré ce fichu temps qui coule en nous
Qui nous tape en sarabande 
comme sur des tambours du 
Bronx. 
Et laisse, parfois, 
sur nos peaux 
des bleus qui s'étalent.







09 août 2025

C'est comme ça !


« Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait... »
Mark Twain







Les héro·ïne·s de mes livres d'enfance avaient un peu tou·te·s le même profil. Intelligents, raisonneurs, rebelles, courageux, obstinés, impertinents, sensibles. Allergique à l'autorité abusive de ceux qui savent mieux que les autres, en se réfugiant derrière leurs galons.
Fifi Brindacier, Fantômette, Anne avec un E, Tistou les Pouces Verts, Le Petit Prince, Zazie dans le métro, Jonathan le Goéland. Ulysse vainquant le Cyclope. Oui, à y bien réfléchir, ce sont des êtres que l'on essaie (sans succès) de faire entrer dans le rang. Des poseurs de questions, qui refusent de se soumettre à une injonction sans en comprendre le sens.
Des êtres impétueux, indignés par l'inertie de ceux qui se résignent à leur condition sans même imaginer qu'elle pourrait changer. Tel l'allumeur de réverbères, enchaîné à sa consigne, avec son encéphalogramme de moule anorexique. Réagis, bon sang !
Je réalise que, comme eux, je détestais déjà le conformisme et les idées toutes faites. Ainsi que la phrase « c'est comme ça » souvent accompagnée de son corollaire « et pas autrement ! ».
La quête de sens n'est pas une élucubration. C'est une vraie philosophie de vie. 
Dans la série des phrases urticantes que j'ai eues à me coltiner, il y a aussi le célèbre « c'est pour ton bien, tu comprendras plus tard ». Même s'il est vrai que l'on met parfois toute une vie à comprendre certaines choses, c'est quand même assez violent de s'entendre dire que « pour l'instant » l'on est trop bête. 
J'ai beaucoup travaillé à dompter ma nature sauvage, à respecter les règles quand elles ne sont pas iniques ou dépourvues de logique. A écouter la parole sage des anciens. A accepter l'inéluctable. J'ai lissé mes scories, calmé mes réparties, adouci mes jugements. Surveillé ce feu de volcan toujours prêt à se réveiller. Me prouvant que se rebeller contre le fatalisme du « c'est comme ça » commence par soi-même. Oui, on peut changer les choses, et notamment améliorer ses propres défauts, surtout s'ils nous ont fait souffrir. Non, ce n'est pas impossible. 
Mon double métier de mère et d'enseignante, me souvenant de ce que j'avais détesté, m'a permis d'éduquer les jeunes âmes dans le souci de cet équilibre subtil entre bienveillance et exigence. Je leur ai appris à ne jamais dire « c'est comme ça » avant d'être bien sûr que ça ne peut être autrement. Oh, j'ai bien dû dire quelquefois : « C'est comme ça, et pas autrement !!! » sur le ton de la daronne à bout d'arguments, c'est humain. On n'est pas le dalaï lama, non plus... Mais dans l'ensemble, j'ai rarement dû avoir recours à l'autoritarisme.
Je leur ai appris à obéir et aussi à désobéir. A croire en des valeurs et aussi à être sceptiques en ne gobant pas tout. Je leur ai appris « mon » sens de la vie. Ce qu'ils en feront leur appartient.






24 juin 2025

L'espérance follement réaliste


L'un de vous m'a remis en mémoire un texte que j'avais commis il y a presque dix ans. 
« Comment je pense à demain », sur une consigne de Queneau et ses 366 réels.
Rien n'a changé : il y a toujours deux façons de penser à demain. Au propre et au figuré. 
Demain, dans vingt quatre heures, je vais partir voir mes petites étoiles qui me manquent, mes Angevines. Demain soir elles seront dans mes bras. J'en suis sûre et pourtant, il y a une infime possibilité que cela n'arrive pas... Mais je vois déjà les superstitieux jeter du sel par dessus leur épaule tout en touchant le faux bois de leur table ikéa. On ne peut jamais rien dire de demain. Et cette incertitude est le sel de la vie.
Alors le grand demain... le Futur de l'humanité...Ce flou nébuleux que l'on appelle l'avenir. Ce qui est à venir. Ce qui arrivera. Ce qui n'arrivera pas. Ce mystère aussi épais qu'un dictionnaire en dix volumes. Qui peut en parler, honnêtement ?
Comme je le disais, on ne peut que supputer.
Soyons réaliste. Le pire est possible. Il est même probable. Les agités du bulbe rachidien qui jouent aux soldats de plomb avec nos vies n'en ont rien à carrer. Ils se trumpent, de toute évidence. Mais se croient au-dessus des lois mystérieuses de l'univers. Chétifs insectes, pauvres excréments de la terre...
Se préparer au pire en tremblant et en érigeant des murs n'est pas forcément très constructif. Mais si cela consiste à renforcer en soi les graines de courage, de résilience, de paix, d'ouverture, de solidarité, c'est faire de son mieux : ce sont ces graines-là qui aident à rester debout dans les tempêtes.
Renforcer en soi l'admiration des belles choses, le respect, la gratitude, le contentement. C'est notre potentiel d'êtres pensants. 
Cultiver en soi l'humilité et la fierté, l'espoir et la vigilance, le rêve et le réalisme, le coeur et la raison. Toutes ces choses en apparence contradictoires, mais qui sont les tenons et les mortaises de tout ce qui s'élève vers le haut, défiant les lois de l'équilibre et les rouages de la peur. 
En plantant mon olivier, il y a deux ans, je semais cette graine d'espérance follement réaliste dont parlait Alain. Pas le philosophe, non. 
AlainX, mon ami blogueur au discernement si fin, si juste.
Mon olivier va bien. Je vais bien. Le monde est rond et bleu comme une orange.
Jusqu'à quand ? On s'en fout, finalement.

Mon olivier en 2023

Mon olivier en 2025


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A Alain.
A Daniel.
A tous ceux qui s'assoient sur le rebord du monde en égrenant des arpèges.






12 mai 2025

Mon petit soleil sur pattes

 






Mon petit soleil sur pattes. C'est comme cela que je l'appelais affectueusement.
 Enfant, elle avait une bouille ronde et les cheveux d'une blondeur de blé. On aurait dit une petite hutte toute illuminée de soleil. Le surnom lui est resté. La Hutte. Ma chère Hutte des Bois... Les plus fidèles parmi vous se souviennent peut-être de son blog « Petit Singe Vert ».
Les tribulations d'un adorable singe en peluche plus vivant que nature. J'adorais sa poésie. Son humour. Son caractère bien trempé. Ses facéties me faisaient souvent rire. Petit Singe Vert, c'était elle, et sa joie ingénue de peluche cachait sûrement des blessures. Peut-être n'ai-je pas su les voir ?
Notre relation n'a pas toujours été simple. Mais je l'aimais, et je l'aime toujours.
Bien sûr, dix ans nous séparent. Je suis l'aînée, elle la benjamine, d'une fratrie de quatre garçons. Rien que pour cette raison, notre sororité nous donnait une complicité qui aurait dû durer toujours. 
  Mais ces dix ans d'écart ne sont rien à côté de l'énorme fossé qui s'est creusé entre nous depuis quatre ans bientôt.  Notre petit fil de sœurettes s'est cassé. Nos chemins ont bifurqué. Je respecte son éloignement, son besoin de ne plus voir personne. J'essaie de comprendre ses raisons, de me dire que c'est passager, que ce n'est pas contre moi, que ça ne peut pas être définitif, et que nous nous reverrons. J'aimerais l'aider, mais peut-être n'a-t-elle pas besoin d'aide, au fond... 
Mais plus le temps file et plus je perds l'espoir. Je tente de maintenir le lien, par de petits messages, des photos, des clins d'oeil. J'ai parfois une réponse, pas toujours. Ou alors un smiley.
Qu'en est-il de toi, vraiment, ma sœur ? Où en es-tu ? Que fais-tu ? Quelle flamme t'anime encore ?
Oui, ma sœurette, j'essaie de me dire que tu vas bien, que tu es toujours un petit soleil sur pattes, mais je ne sais plus rien de toi. Je ne sais pas si tu lis toujours mon blog, parfois je l'espère secrètement, en me disant que nos amarres ne sont pas complètement rompues, et qu'un jour, on se reparlera. C'est quand même trop bête, dans ce monde dingue au-dessus duquel planent les vautours de l'incompréhension et de la violence, de ne pas pouvoir seulement se parler entre sœurs, non ?
Enfin, voilà. Mon bonheur est un grand ciel bleu, avec, tout au fond, un petit nuage gris persistant. Ce soir, il m'a grossi un peu le cœur. 





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01 février 2025

Sale petit bonhomme

« Il y a un temps pour tout... »
L'Ecclesiaste III, 1-8







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La cartomancienne lui avait prédit l’amour. Au creux de sa main, elle avait suivi les lignes délicatement du bout de ses doigts noueux et noirs. Et à seize ans, dix-sept ans à la limite, Laura, dans la fougue de son innocence aventureuse, fut persuadée qu’elle le rencontrerait.
Ni avisée, ni rompue au décryptage des signaux non-verbaux, elle ne vit pas dans les yeux de la Bohémienne cette ombre, cette hésitation de l’âme de celle qui croit savoir mais n'est sûre de rien. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
- Comment le reconnaîtrai-je ? avait-elle demandé.
- Tu le reconnaîtras. Dans ton cœur, là, au plus profond, tu le sauras, avait répondu la femme en regardant au loin, un peu absente.
Depuis lors, forte de cette prophétie, Laura n’avait cessé de guetter dans chaque regard rencontré, dans chaque parole un peu fébrile, dans chaque attitude masculine à son égard les signes de ce grand amour sublimé. Celui que les peintres et les poètes ne cessent de chanter, de plume en pinceaux, avec de grandes envolées d’oiseaux et des fibrillations merveilleuses…

Alors, oui, bien sûr, elle était tombée en amour, plusieurs fois, presque souvent, mais à chaque fois, ce fut d’un bel indifférent. Ou d'un homme impossible. Elle connaissait bien ces trépidations, ces jubilations délicieuses, cette apnée qui emportent, envolent, qui laminent et laissent sans force. Cette envie de crier, d'écrire partout son nom, de se fondre dans l'autre, de le boire, de le respirer. Mais l'autre passait, détaché, insouciant, piétinant son coeur sans le vouloir. A peine navré de ce sentiment à sens unique.
Ou bien, au contraire,  c’était d’un amour transi qu’un de ses admirateurs se mourait. Et le voir ainsi se traîner à ses pieds, en perdre l'appétit et le sommeil pour elle avait quelque chose d'étrange et de déplacé. Presque agaçant. Cette douce folie, pour être acceptable, ne peut se pratiquer qu'à deux. Elle avait essayé de se persuader que oui, elle aimait, mais ce n'était que se leurrer elle-même, dans le désir fou de rencontrer ce Graal promis. Confondant désir et amour, comme beaucoup. Prenant des vessies pour des lanternes. 
Ce que Laura se mit à penser, à force d'échecs, c’est que Cupidon se fait vieux, qu'il n’a plus les yeux bien en face. Il décoche toujours, certes, ses flèches malignes, mais sans méthode, un peu au hasard, et souvent, seulement dans un cœur mais pas dans l’autre.
Un véritable habitué du cinquante pour cent, du mi-temps, de la tâche à demi-bâclée. 
Dans la vie de Laura, il en avait fait une spécialité.
Aimer, être aimée, c’était toujours l’un ou l’autre, jamais les deux en même temps…
Il n’est rien de plus angoissant et triste qu’un amour non partagé. Et Laura observait, dépitée, les égarements du « sale petit bonhomme » ravager son coeur, ou consumer ceux qui, par malheur, croisaient sa route.

Elle avait fini par admettre que la Grande Amour n’était pas pour elle, et surtout, qu'il fallait fuir comme la peste les oiseaux de mauvaise aventure...


J'ai écrit ce texte parfaitement fictif et néanmoins complètement autobiographique il y a dix ans. Jamais publié. Comme disait Louis XIV, Laura c'est moi. (Oui bon, je sais, c'est capillotracté)
Et puis un jour, un jour de palme et de feuillages au front... J'ai pâli, j'ai rougi, j'ai reconnu Venus et ses feux redoutables...
Je l'ai enfin trouvé, cet amour partagé que j'ai cherché toute ma vie. Cupidon n'est pas aussi décrépit qu'on le dit et la prédiction de la voyante était exacte, finalement. Elle avait juste oublié de préciser qu'il me faudrait attendre presque un demi-siècle.

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Librement inspiré de deux chansons de Georges Brassens
 « Cupidon s'en fout et Sale Petit Bonhomme. »
La  "grande amour" est le titre d'une chanson de Marc Lavoine.
Clins d'oeil à Racine, Phèdre, Rimbaud, Aragon
La peinture est de Marc Chagall.