27 janvier 2026

Le chant des forêts

Photo Hervé Parmentelat







 J'étais avec Simon, Vincent et Michel, les yeux écarquillés sur la beauté sauvage de cette forêt brumeuse des Vosges. 
J'ai entendu le chant de la grive musicienne et celui, étrange, du grand tétras. Surpris le renardeau, le lynx et la chouette, planquée dans mon affût, grelottant de froid et d'émerveillement à la fois.
J'étais avec eux dans cette incroyable cabane de bûcheron, émergeant d'une clairière de mousse, à la fenêtre ouverte sur la nuit dans l'éclairage tremblotant des bougies. Une vraie cabane de dessin animé, au coeur de la forêt. Une cabane de conte pour enfants.
J'ai suivi le cerf et sa biche, au milieu d'un étang miroir, dans la lumière laiteuse d'un soir d'automne, quand le brame puissant troue le silence de ses échos.
Est-ce cela qui me touche absolument ? Cette immersion dans ce qui fait notre essence. Cette simplicité qui ne recherche pas les grands effets. Ce rythme ralenti qui oblige à réfléchir.
Ce grand-père, ce père et ce fils, trois générations unies dans une superbe histoire de transmission. Partageant leur passion pour le vivant. Foulant l'humus d'un même pas grave, et conscients de la fragilité de ce monde. 
Et si notre première responsabilité était d'emmener nos enfants en forêt ? De leur faire toucher, sentir, écouter, voir, goûter vraiment, ce monde que l'on dit sauvage, alors qu'il est le substrat de notre intelligence ?
Les mêmes gestes authentiques, marcher dans la neige, fermer les yeux pour mieux humer le temps, construire un abri, tailler un morceau de bois avec un canif, retenir son souffle quand l'animal est si près qu'on pourrait le toucher.
Des gestes vrais, loin de la vanité artificielle. Certains y voient de l'ennui. De la lenteur. Mais c'est ça, les gars, une sortie naturaliste en forêt. Vous croyez quoi ? Des heures de patience pour capter une image fugitive de blaireau ou de pic-épeiche. Se souviennent-ils d'où nous venons tous, ces fanfarons ivres d'action, de couleurs clinquantes et de bruit ? Ici, pas d'images retouchées. Pas de spectaculaire affecté.
Un moment de respiration pure et de silence, comme une parenthèse, dans la folie humaine. Une goutte d'espoir. 

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Michel,Vincent, Simon... et les autres



Le Chant des forêts
De Vincent Munier
Sorti le 17 décembre 2025

21 janvier 2026

Humanus pingouinus



L'humour sauve de tout, comme disait mon père.
Mieux vaut donc en rire, comme disait Confucius.
Et pardon aux vrais pingouins, manchots, et autre animaux pour qui j'ai le plus profond respect. J'avais d'ailleurs écrit ICI sur leur sens inné de la solidarité.









Malgré ma bienveillance naturelle, dont nous devisâmes abondamment dans mon dernier billet, deux ou trois choses m'agacent quand même prodigieusement en ce bas monde. 
Et notamment, cette propension qu'ont les pouvoirs publics à nous prendre pour des jambons. Ou des enfants incapables de pourvoir nous-mêmes à nos besoins. Une vraie manie, ont-ils, de constamment nous abreuver de bons conseils, sensés nous éviter des problèmes de toute sorte. 
Hydratez-vous, mouchez-vous, fermez les volets, éteignez les lampes, mettez une petite laine, roulez à droite, attendez le feu vert, lavez vos draps régulièrement, mangez cinq fruits et légumes par jour, pas trop de gras, pas trop de sucre, pas trop de sel, marchez dix mille pas, lavez-vous les mains, buvez et fumez avec modération, aérez votre maison, mettez un casque, mettez un masque, éternuez dans votre coude (beurk, entre nous, je préfère ne pas voir l'état de certains coudes enrhumés...) 
J'en passe : la liste ne cesse de s'allonger. Tous azimuts. La semaine dernière, un journal tout ce qu'il y a de plus sérieux expliquait aux gens comment marcher comme un pingouin sur la neige. Mais si. Mais non, ce n'était pas le Gorafi. Il est vrai que la démarche altière et conquérante qui en résulte fait rêver...
Et je ne parle pas des notices d'utilisation, stipulant qu'on doit enlever le bébé de la poussette avant de la replier... Ni de celles accompagnant le moindre médicament : on vous soigne pour un panaris, mais attention, vous pouvez faire un choc anaphylactique, attraper des bubons, la vérole ou le scorbut, c'est vous qui voyez.
On pourrait en déduire que les concepteurs de ces messages hautement intellectuels se basent sur un postulat simple : « Le peuple est con. Désolée, il n'y a pas d'autre mot. Le peuple est sale, inculte, ignorant, ridicule, incapable d'anticiper ou d'adapter ses réactions à une situation imprévue, et même prévue, telle la neige en hiver. Le peuple ne sait pas que la neige ça glisse, qu'il fait froid en hiver, qu'il fait chaud en été, que l'eau ça mouille et que le feu ça brûle.
Le peuple ne comprend rien, heureusement qu'on est là pour lui dire ce qu'il doit faire, ce qu'il doit aimer, ce qu'il doit acheter, pour qui il doit voter. » 
Voilà mes amis. Nous qui nous pensons citoyens éclairés du monde, on nous apprend quotidiennement que nous ne sommes que de vulgaires humanus pingouinus qui n'ont pas la lumière à tous les étages. Ça rend humble, finalement.






06 janvier 2026

Bienveillance













J'ai eu la joie, dernièrement, de partager un moment d'exception avec Lucia* et Damien*, deux anciens élèves des tout premiers temps de ma carrière. J'avais parlé de l'un d'eux ICI
C'était bien loin d'aujourd'hui, autant dire qu'ils sont devenus des adultes depuis longtemps. Sensibles, accomplis, émouvants dans leurs fragilités comme dans leurs forces. Et ils en ont beaucoup, de la force, pour traverser les écueils de l'existence.
A l'évocation de leurs souvenirs de CM2, admiratifs et sincères, je me suis prise à penser que j'avais eu raison, somme toute, d'être une maîtresse d'école exigeante et bienveillante. Deux qualités qui ne sont contradictoires qu'en apparence.
Ah ! La bienveillance... Dans les arcanes de l'Education Nationale, on n'a plus que ce mot-là à la bouche. Mais on en a fait une sorte d'indulgence molle proche de la capitulation, qui incite les professeurs à ne plus rien exiger de leurs élèves, par peur de passer pour des tortionnaires. 
Ou les jeunes parents à faire de leurs enfants des rois capricieux et névrosés.




Le dictionnaire, lui, dit que la bienveillance, c'est un « sentiment qui porte à vouloir du bien à autrui ». Ce qui ne veut pas dire que l'on doit tout accepter d'autrui. Là est toute la nuance.
Une nuance subtile... tendre pléonasme. Une nuance est toujours subtile, et inaccessible aux esprits binaires. J'ai toujours voulu le bien de mes élèves, les aider, les comprendre, les accompagner, mais aussi les émanciper, les pousser pour qu'ils trouvent le meilleur d'eux-mêmes, ce meilleur souvent enfoui sous des monceaux d'idées reçues et de préjugés négatifs.

Les pousser, oui, mais sans jamais avoir à hausser le ton, à menacer, à humilier, à faire mal, a montrer une autorité abusive. 
Comme l'a très bien dit Lucia, qui vit en Italie, les Italiens ont deux mots pour désigner l'autorité. La Autorità, conférée par un titre ou un grade, exercée par le commandement ou la contrainte et à laquelle on obéit. Et la autorevolezza, crédit ou confiance que les autres vous accordent, en raison de votre sagesse, votre compétence ou votre intégrité. L'autorité naturelle en quelque sorte, que l'on a envie de suivre librement.
Je crois pouvoir dire que je possède cette autorevolezza. Comme innée en moi. Elle s'appuie sur un profond amour des gens. Et continue à m'animer, dans chaque moment de ma passionnante vie, même si je n'enseigne plus. (quoique...) Je pense aussi avoir été une « mère veilleuse ». Ni copine, ni démissionnaire, ni injuste. 
J'apprends aussi, depuis quelques années, à être bienveillante avec moi-même. 
Pas le plus facile !

Il y a du merveilleux dans cette bienveillance-là. Dans cette mansuétude qui prend soin. 
Qui « veille sur » sans « surveiller ». Qui panse les blessures avec des gestes ou des mots pleins d'humanité. Qui secoue sans bousculer. Qui respecte.
Certaines personnes croient être sincères et franches, mais ne parviennent qu'à blesser l'autre dans son amour-propre et sa confiance en soi. C'est contre-productif en diable. Un simple mot d'elles peut piquer comme un dard empoisonné. Leurs œillères les empêchent d'élargir et d'adoucir leurs jugements. Cette violence larvée, sans doute inconsciente, cache certainement des failles narcissiques. A moins qu'elles ne reproduisent ce qu'elles ont subi.
Vous voyez, ma bienveillance me pousse à leur trouver des excuses...mais je ne recherche pas leur compagnie. 
La vie est trop courte pour être petite.


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* J'ai changé les prénoms, mais ils se reconnaîtront...





01 janvier 2026

2026


« On ne réussit que ses rêves. C'est l'intensité de la vie, plus que sa durée, qui compte. »
Jacques Brel










Avec les années, qui s'égrènent de plus en plus vite, on engrange les leçons de vie comme autant d'épis de blé nourrissant l'âme. 
Vous l'avez remarqué, on demande toujours aux personnes très âgées quel est leur secret de longévité.
Mais la longévité commence sans doute bien plus tôt, quand on est encore en pleine jeunesse. Apprendre à grandir de ses erreurs en tâchant de ne pas les reproduire. Faire une force de chacune de ses faiblesses.  Se forger des règles personnelles, ou plutôt des outils précieux, qui permettent d'accueillir la vie sous toutes ses formes. Qu'elle soit clémente et nous réjouisse,  ou féroce quand elle nous blesse.

Depuis mon premier souffle, mon chemin a suivi des crêtes joyeuses, des rebords vertigineux, des déserts ingrats, des étangs boueux, des sentiers parfumés, des tunnels funestes, des anses lumineuses, des ciels maussades. J'ai tout écrit. Depuis toujours. Ecrire m'a aidée à aller de l'avant, à chaque fois que je m'enlisais. Ecrire m'aide encore à fixer mes instants de vie. Surtout ceux, merveilleux, que je vis depuis quelques années.
Nos écrits passés nous aident à mesurer le chemin parcouru. Nous en sommes convenues, Mathilde et moi. 
Mathilde, c'est une chouette amie de coeur. J'aime parler avec elle.

Alors voilà quelques uns de mes petits grains de blé. Je te les offre. Oui, à toi qui passes par ici, en ce début d'an tout frémissant de givre et de bulles. Ni conseils prétentieux ni bonnes résolutions. Juste quelques petits brins de sagesse. Je te souhaite de te les approprier.
C'est cadeau :

    Ne sois pas envieux. Réjouis-toi plutôt de ce que la vie t'a donné.
    Ne laisse pas les idées sombres prendre le dessus. 
    Sois conscient, mais confiant.
    Ne te plains pas de tes petits bobos. Rigole de tes contrariétés. 
    Aime les instants de grâce légère où les épreuves font une pause, où s’envolent les soucis, les blessures, les aversions. 
    Juste un moment. 
    Le temps d'une parenthèse d'étoile. 
    Aie toujours un projet en tête. Cela fait pétiller le cerveau.
    Souris. Remercie. Pardonne. Admire. Etonne-toi. Emerveille-toi. 
    Réfugie toi dans la nature, grande consolatrice, merveilleuse bibliothèque toujours nouvelle, à coeur ouvert.
    Crée de tes mains. C'est source de joie.
    Et surtout, ne crains pas de cultiver l'amour. 
    Dans ce monde cacophonique, l'amour remet de l'harmonie.

Très bonne année 2026, mes chers lecteurs que j'aime.

Votre 


           e    S     t

        l                      i

    é                         n  

 C                                    e¸¸.•*¨*• ☆ 














22 décembre 2025

Le chalet aux mille bonheurs





Quand j'étais enfant, mon rêve de Noël ressemblait à ça. 
Je rêvais d'habiter un chalet de bois, dont les fenêtres brillaient au creux de la nuit glacée. 
Cette chaude lumière signifiait qu'il y avait de la vie. Chaque chalet était comme un coeur battant dans la vallée noyée d'ombre. Sous la splendeur infinie d'un ciel d'hiver. Il y avait bien sûr une belle cheminée et un grand sapin tout étincelant de paillettes. Et des enfants, assis devant, l'espoir au front, attendant la venue du gros joufflu à la hotte en chantant des christmas carols ...
Mon imagination de fillette rêveuse, transformait notre appartement citadin, trop petit pour une famille de sept, en ce somptueux chalet. Le sapin était petit, lui aussi, mais il exhalait cet incroyable parfum de résine que je n'ai plus jamais retrouvé depuis. Toute la forêt dans un salon. Mon père sortait les santons, et fabriquait son décor, jamais le même, avec du papier spécial, solide, couleur marron glacé. La magie pénétrait dans les lieux au moment précis où il éclairait la crèche. L'ensemble trônait sur le buffet de la salle à manger. On posait les rois mages loin sur une étagère, et chaque jour il nous faudrait les faire avancer un peu plus vers la crèche. Jusqu'au 6 janvier. Tout était jeu pour nous. 
Chacun à son tour accrochait à l'arbre une guirlande, une boule ou une étoile. On dessinait sur les vitres. On allumait des bougies aux fenêtres et c'était beau. Dehors, dans leur flamme tremblante, l'air vibrait d'une senteur inimitable. Indicible. Je l'appelais le parfum de Noël. 
Mon père nous emmenait faire une promenade nocturne, emmitouflés comme autant de lutins derrière un géant de sept lieues. Mes frères allumaient des pétards, des feux d'artifice, on mettait un joyeux bordel dans le quartier. Le dabe s'amusait autant que nous. Les hivers fastes, on avait même droit à un peu de neige, et là c'était la folie des batailles.
Ma mère restait à la maison, en rouspétant après lui qu'il allait nous faire attraper la mort. Mais quand on rentrait, rouges comme des lumignons, sur la table en formica elle avait dressé une belle nappe, avec des huîtres, du boudin blanc, des escargots, du saumon, des oeufs en gelée, et du gâteau roulé à la framboise. Tous ces mets que l'on ne mangeait qu'une fois par an. 
C'était le seul soir où on avait le droit de veiller jusqu'à minuit passé, en se bourrant de papillotes et de mandarines, et en jouant au monopoly. Mon père lançait le Golden Gate Quartett sur le tourne-disques. Joshua fit the battle of Jericho, Jericho, Jericho... 
C'était chouette.
On repartait quelquefois à la messe de Minuit, pour voir la crèche vivante. Mais l'heure de se coucher finissait toujours par arriver et je n'en avais pas envie. Mes yeux clignotaient d'excitation. Un jour... Je le fis. 
Je voulais tellement apercevoir le traîneau, et vérifier de visu si les rennes allaient vraiment boire le lait et manger les carottes qu'on laissait pour eux dans une écuelle à côté de nos souliers... C'était un peu avant l'âge où le scepticisme s'insinue en soi, comme un venin, alors que l'on aimerait y croire encore. 
Quand il n'y eut plus de bruit dans la maison, mon oreiller sous le bras, je me mis en faction dans le couloir. De là, je ne pouvais pas louper son entrée. J'attendis longtemps, guettant chaque bruit suspect, avec ma tête de mule de bélier.
Aux dires de ma mère, car je ne m'en souviens pas, elle me trouva à quatre heures, dormant en boule comme un chat sur le carrelage glacé. Et le matin, avec leur magie régulière et énervante, les cadeaux étaient là. Je n'avais rien vu.
Je réalise que mon père Noël, celui qui me mettait des étincelles et du baume au coeur, c'était essentiellement mon père.
Mes noëls d'enfant étaient heureux. 
Plus tard, ils le furent moins. Parfois même, plus du tout. Ainsi va la vie, n'est-ce pas ? Du fiel et des confitures, des caresses et des griffures. 
Aujourd'hui, je me sens réconciliée avec la fête. Le chalet de mes rêves est là. Sur la colline aux écureuils. La vie me couvre de cadeaux.
Les enfants vont arriver, les yeux brillants. On va manger, rire, danser, lire des histoires, ouvrir des paquets. Malgré tous les malgré, ce sera un noël heureux.
Je vous le souhaite aussi, du fond du coeur.
Joyeux Noël, mes amis.

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*♥Paix ♥ Amour♥*
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*♥ .Joyeux. ♥*
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*♥ ***Noël*** ♥*
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17 décembre 2025

Qui veut un câlin ?

« L'amour est la distraction préférée de l'humanité ».
Claude Lelouch









Si seulement Lelouch avait raison...


Il fait gris. Une petite pluie crachine et fait briller les pavés devant le funérarium. A la sortie de la cérémonie, les gens se prennent dans les bras, se serrent fort, les mains caressent longuement le dos de ceux que le destin a privés d'un être cher. Les larmes sortent, mais les étreintes durent assez longtemps pour que le bienfait en soit tangible. 
De pâles sourires se mêle aux mercis.
Rien de mieux que cette chaleur humaine dans les moments de tristesse. C'est un peu comme si la mort faisait tomber en un instant les barrières, les préjugés idiots, la peur du jugement, du ridicule, et tous ces freins que l'on nous a posés pour juguler nos élans, nos pulsions, nos besoins.
Mais pourquoi attendre un tragique événement pour câliner son prochain ? C'est tous les jours, et même plusieurs fois par jour, que l'on a besoin de cette douce compensation au froid sidéral existentiel.
Au cours de yoga, la prof nous a invités à caresser le dos d'une autre personne. Après la séance, celle que j'ai caressée est venue me remercier. Elle en avait les larmes aux yeux. « Cela fait si longtemps que l'on ne m'a pas touchée » m'a-t-elle confié. J'ai réalisé combien certaines personnes sont isolées au point de n'avoir personne qui puisse leur apporter un peu de cet élixir de joie profonde. Ni compagnon, ni enfants, ni petits-enfants, ni amis, ni voisins, ni parents. Cela m'a serré la gorge. Je n'ai pu m'empêcher de la prendre dans mes bras, pour un gros hug, tel que ceux que certains offraient spontanément dans la rue quand la mode était au « free hug ». Je ne sais pas si ça existe toujours...
On a même vu fleurir des « bars à câlins », des « bars à chats »... Quant aux espaces bien-être avec massages, ils ont le vent en poupe même si beaucoup de personnes prétendent encore ne pas aimer être massées.
Bien sûr que l'on a un besoin vital d'être touché·e·s.
La câlinothérapie se base sur ces faits scientifiquement démontrés : le câlin est aussi indispensable que l'air et l'eau. Il active les défenses immunitaires, réduit la tension et le stress, facilite le sommeil, améliore la peau, donne confiance en soi, fait baisser le cortisol, et augmente l'ocytocine, une des hormone du bonheur et de l'attachement. Son effet est immédiat. Et à double sens : nos mains, nos corps ont aussi besoin de toucher un autre être vivant. Toucher et être touché… Un chat, un lapin, chauds et doux doudous… ou le petit corps d'un bébé contre soi. Quel bonheur nous envahit dans ces étreintes où circule l'énergie vitale ! 

Pour les besoins du film Un+Une, de Lelouch, Jean Dujardin et Elsa Zilberstein font en Inde l'expérience d'Amma, la dispenseuse d'amour universel. Ils en gardent un souvenir ébloui. Emu. Difficile à mettre en mots. Depuis le covid, le câlin est devenu suspect, dans un monde désincarné ou le sans-contact n'est pas que sur les cartes bancaires.
Et pourtant, Amma fait la chose la plus simple qui soit : elle câline le monde. Dans une grande sérénité. Sans parti-pris, ni crainte d'aucune sorte.
Allez, câlinez vous bien, les amis. Et pas seulement sous une branche de gui.

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02 décembre 2025

La femme qui murmurait à l'oreille des bégonias

  




Tistou découvrit ce jour-là pourquoi le vieux jardinier Moustache parlait si peu aux gens ; c’est qu’il parlait aux fleurs. 
-Alors, la rose-thé, toujours gamine ? On joue à garder
des boutons en réserve pour les faire éclater quand
personne ne s’y attend ? Et toi, le volubilis, tu te prends
pour le roi de là montagne, à vouloir t’échapper vers le haut
de mes châssis ! En voilà des façons ! 

Maurice Druon, Tistou les Pouces verts, 1957








Il m'arrive d'être comme le jardinier Moustache : je parle à mes fleurs. Elles me répondent, à leur façon. Elles me témoignent leur gratitude en m'offrant leurs plus belles corolles. Amis cartésiens qui passez par là, ne soyez pas trop critiques : parler aux fleurs, embrasser les arbres, tutoyer les étoiles, ce sont les gestes les plus sensés que je connaisse. Certains feraient bien d'en prendre de la graine, si j'ose dire.

La petite pousse que vous voyez sur la photo a une histoire charmante, et étonnante. Vous voyez l'espèce de chose bizarre dont elle émerge, qui ressemblerait plutôt à une vieille éponge mitée oubliée sous la pluie ?  C'est un morceau de tige de yucca. Je sauvai naguère ledit yucca d'une mort affligeante, puisqu'il fut coupé par un jardinier ignorant, ( c'est à dire ne sachant rien des yuccas) et destiné à la déchetterie. (le yucca, pas le jardinier.) Un coup de vent ou un cahot providentiel firent tomber le yucca de sa remorque bringuebalante. J'étais là. 

Je le ramasse, et décide de lui redonner une chance. Je coupe ses feuilles sèches, sa tige trop longue, et tout en le bichonnant, le consolant, l'arrosant, je le plante avec force terreau et engrais dans un joli pot tout neuf. 
Puis avisant le morceau de tige flétrie, je le plante tout à côté. A tout hasard. Il paraît que j'ai la main verte.
Quelques semaines plus tard, je me dis que non, le morceau de tige ne donnera rien et je décide de l'arracher. Mais un événement imprévu m'obligea à remettre ma funeste décision à plus tard. (bizarre hasard...)
Quatre jours après, comme pour me démontrer que ce n'était pas le bon choix, la vieille souche donna cette merveilleuse petite pousse d'un joli vert tendre. J'imagine très bien ce qui a dû se passer dans sa petite tête de yucca : « Ouh là ! je la vois venir celle-ci, avec son sécateur ... Ne voudrait-elle pas m'envoyer ad patres ? Dépêchons-nous de bourgeonner ou ça ira mal pour mes fesses ! »

Les fleurs communiquent, par des processus chimiques et vibratoires assez complexes, elles s'entraident, les arbres se parlent, il paraîtrait même qu'ils auraient comme un coeur battant. Une orchidée mal en point peut reprendre force, si une de ses congénères la stimule et l'encourage. Les fleurs aiment la musique, certains pépiniéristes diffusent du Mozart dans leurs serres. Certains sons améliorent leur croissance, tels les bourdonnements d'insectes. Certaines plantes ne se supportent pas entre elles, et ce mauvais voisinage les étiole. Un peu comme nous avec les gens toxiques, finalement. 
C'est le mystère du vivant. Passionnant. Intemporel. Fascinant.

J'aurais aimé que vous entendiez mon amie Nat enguirlander mon bégonia parce qu'il s'étalait un peu trop. C'était délicieusement drôle. Depuis, il a redressé ses feuilles et se tient bien droit. Il a compris. Quand je vous dis que les fleurs sont intelligentes...et sensibles. 

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Pour en savoir plus, c'est ICI.

Ou bien LA.




17 novembre 2025

Brume

 





Certains jours d'automne, la colline s'emmitoufle dans une écharpe de brouillard épais, transformant la maison en bateau isolé au milieu de nulle part. Plus rien n'existe, que ce cocon ouaté propice à l'introspection. 
Le fond du jardin est comme noyé dans une sorte d'incertitude. Les formes familières se muent en fantômes silencieux. C'est étonnant.
Les écureuils savent tout de même trouver leur route vers la mangeoire des oiseaux. Leurs panaches trouent la brume comme des feux follets.
Derrière la vitre, je m'interroge.
On peut aimer la clarté, et apprécier le flou qu'apporte la brume. Cette contradiction révèle en fait de façon tout à fait pertinente ce qui fait mon essence : des aspirations contraires et pourtant cohabitant en moi en toute sérénité, depuis que j'en ai pris pleinement conscience.
J'ai un côté autiste assumé : j'aime la précision, les chiffres, les notes de musique, les petits détails, les énigmes complexes, la logique, les explications qui rendent les choses claires, les rayures du zèbre, les équations, les fractales. Je supporte mal les agressions, sonores, lumineuses, olfactives, verbales, les images violentes, le vacarme, la saleté, le désordre, les entassements aléatoires, les discussions oiseuses. 
Me blottir en moi-même. Etre seule. Détester les gens. Ne voir personne. 
Dans le même temps, j'aime la poésie, l'art, les contacts physiques agréables, le mystère, les nuits sans lune, les nuances, les jeux de mots, le second degré, l'imprévu, la philosophie. 
Sortir. Etre à deux. Aimer les gens. Voir du monde. 
Affronter le réel et le fuir, parfois, dans un réflexe d'auto-protection.
Je suis comme un paysage d'automne. 
Parfois baignée de lumière, parfois empaquetée de brume. 


Jean-Claude et Janine


Mes écureuils vus par Lothar,  un lecteur attentif et attentionné...Merci à lui.


02 novembre 2025

L' Arbre Vagabond

Image : Gier

Petite dystopie en chlorophylle majeure.


Par la magie des coïncidences, j’ai été amenée à visiter, grâce à mon ami Gérard, un de ces lieux qui font du bien, où les nourritures de l’esprit et du corps se mêlent adroitement pour un moment paisible et hors du temps. L’Arbre Vagabond, il s’appelle. C’est une librairie au milieu de nulle part, salon de thé, bar à vin, restaurant, où l’on peut errer librement durant des heures. Niché dans un coin paumé entre la Haute Loire et l’Ardèche, vous savez, là où le bruit et la fureur ne parviennent qu’étouffés, ce genre de bulle de sérénité sertie dans les pâturages gras et la rude pierre de là-bas.

Dans le même temps, chez Gier un autre ami de la toile (aux deux sens du terme, car il est artiste et je ne le connais (pour l’instant) que sur le web) je découvre une série de dessins intitulée L’Arbre Vagabond. 

Cette concomitance m’a donné envie d’écrire une petite histoire pour les (grands) enfants que nous sommes.



***


Cette année-là, certains arbres commencèrent à en avoir ras la ramure de l'engeance avec qui ils partageaient la terre depuis le matin des temps. Maltraités, pollués, acidifiés, abattus, calcinés, débités, dépités, ébranchés, écimés, décimés par cette espèce particulièrement néfaste et obtuse, qui ne comprenait toujours rien, malgré son cerveau prétendument développé.

 Les Z'humains.

Ces arbres aventureux décidèrent de s'arracher pour aller voir ailleurs si l'homme était moins con. Mais quand je dis s'arracher, c'est au sens propre. Vous n'imaginez pas l'énergie qu'il fallut à ces mastodontes pour soulever leur gigantesque motte de terre hors du sol, délicatement en somme, sans mettre à nu leurs racines. D'aucuns auraient parlé d'énergie du désespoir, vous voyez... Tout de suite, le phénomène attira les journalistes, toujours avides de sensationnel, les éminentes sommités scientifiques, les milieux autorisés, le gratin politicard, bref, la routine habituelle en cas d'événement inhabituel. On ne parlait plus que de ça.

Par un système de câbles qualifié d'ingénieux, on attacha vite les végétaux épris de grands espaces. Certains virent là l'occasion d'une belle opération financière, ils placèrent tout autour une clôture électrifiée, une guérite à l'entrée et fondèrent le Parc d'attraction des arbres vagabonds. Ce fut un immense succès.


Cependant les arbres grommelaient dans leur for intérieur, et leur colère silencieuse, ( que l'on aurait pu résumer par « mais ils sont vraiment dingues ou quoi ? » ) leur colère donc, par une connexion subtile qu'aucun scientifique ne s'explique vraiment, se répandit tout autour de la planète, et bientôt, ce furent des dizaines, puis des centaines d'arbres qui s'envolèrent, et conséquemment des centaines de parcs d'attraction qui fleurirent un peu partout. Les businessmen et les géographes de tout poil se frottaient la panse à l'idée de produire encore plus de pognon. 


Mais quand une chose devient banale, elle n'intéresse plus les foules et on laissa peu à peu les arbres à leur lévitation. Ce fut un désastre boursier.

Alors, les arbres décidèrent une bonne fois d'en finir avec l'espèce humaine, et voyant que personne n'avait pris la symbolique de leur mouvement de contestation au sérieux, ils n'eurent aucun mal à casser leurs dérisoires câbles et quittèrent la terre tous en même temps, emmenant avec eux la biodiversité qui fait le miracle de la vie. Ils savaient bien que sans eau, ils ne tiendraient pas très longtemps. Mais quitte à mourir, autant le faire avec panache. Ils formèrent un immense nuage vert, qui entoura la planète d'un halo moussu, devenant un manteau de plus en plus touffu obscurcissant l'atmosphère. En trois jours de nuit noire, une épaisse couche de glace avait tout recouvert. Au bout d'une semaine, tout s'arrêta, figé dans un gel quasi absolu. Les quelques survivants (il en faut toujours dans les dystopies) grelottaient à la recherche de pitance, mais la vie animale et végétale avaient déserté la surface, et les billets de banque avaient un goût de fiel filandreux. Leurs os gelèrent en se brisant comme du petit bois sec. Quant à la mer, complètement prise dans les glaces, elle ne nourrirait plus son homme. De toutes façons, il n'y avait plus d'hommes. L'humanité était toute mourue. Foutue. Disparue. Ratatinue.


Bon débarras ! se dit la Terre, qui ébroua ses hémisphères, étira ses méridiens en baillant, et rappela les arbres un à un par leur petit nom.

Flattés, ils redescendirent doucement et ce ballet fut extraordinaire. La vie triomphait enfin, délivrée de cet éternuement cosmique que l'on appelait les Z'humains.

Seul un vénérable chêne millénaire, qui en avait vu passer des vertes et des bien mûres, bougonnait un petit regret : « Dommage, ils étaient pourtant capables de grandes et belles choses... »



Merci à Gier pour son dessin.