Dans la plaine, l’été brûle les moissons épicées de coquelicots, taches de
sang éclaboussant épis et chaumes. Un été bleu de mirabelles.
Mes pas me mènent jusqu’au pied de Sainte-Victoire éternelle, là où le feu du zénith fend les pierres en éclats de poudre. Le ciel blanc comme un regard d’aveugle coule sur les oliviers centenaires, détrempe les calcaires des dentelles de roche, ravive l'argile des coteaux quand tombe la foudre sèche de ses rayons.
Mes pas me mènent jusqu’au pied de Sainte-Victoire éternelle, là où le feu du zénith fend les pierres en éclats de poudre. Le ciel blanc comme un regard d’aveugle coule sur les oliviers centenaires, détrempe les calcaires des dentelles de roche, ravive l'argile des coteaux quand tombe la foudre sèche de ses rayons.
Il flotte un parfum de cannelle et d’arbousier. J’emprunte
la passerelle au-dessus du vallon des Ombrées, la ritournelle des cigales
lancine l’air.
C’est un matin tiède de promesses. Les oiseaux lancent leurs
voyelles stridentes et mystérieuses, corbeaux et guêpiers dansant au-dessus des champs de blé. J’ai croisé Vincent là-haut. Il me dit qu'il va venir. Je rentre
au mas.
On l’attend pour le repas.
On l’attend pour le repas.
Sur la stèle de craie, à l’entrée, Elle a fait naître une aquarelle
du bout de son pinceau. Dans sa salopette à bretelles elle ressemble à une
adolescente. On a acheté, elle et moi, ce mas perdu, lové au creux de la colline. Un coup
de cœur partagé. On y reçoit les amis, ils y viennent en ribambelles, de leur
pas lent de randonneurs. La fontaine chante sans bruit son murmure d’eau glacée.
Je l’observe quand elle peint. Elle est belle. Sur la table, un pot à eau joue avec l’ombre des feuilles, jaunes et vertes comme le limbert qui avachit son
ventre froid sur le muret de pierres grises. Le ciel claque de chaud.
Peindre ou faire l’amour ...la question se pose à chaque instant où les corps vibrent.
Peindre ou faire l’amour ...la question se pose à chaque instant où les corps vibrent.
Alanguie dans la balancelle, le pied traînant dans un cresson ni frais ni bleu, je sens le souffle de Paul sur ma nuque fébrile. Il m’embrasse. Il a accroché son chapeau à une branche du pin courbé. Pour l'heure il est infidèle à ses huiles et ses pinceaux, il continuera plus tard son tableau : la Victoire dominée par le Mistral, cabrée comme un gros animal sous
un azur beau à mourir.
L’âme des pierres suinte...
Mais on ne ne boira pas l’absinthe. Et puis quoi encore ? On
nage déjà dans en plein cliché pagnolesque et cézanien, vous ne voudriez pas qu'en plus on se déchire le ventre à coup de fée verte...
Nous irons écarteler le temps dans la moiteur lente des persiennes, Elle avec Vincent, Paul avec moi, ou peut-être l'inverse...Arrêter le temps, le sublimer, l'onduler dans nos draps de toile et de lavande. Le laminer comme une tresse de métal. Oublier que rien ne dure. Saisir l'instant comme on peint, tour à tour artistes et modèles.
La chatte, trop maternelle, a mangé un de ses petits.
Nous irons écarteler le temps dans la moiteur lente des persiennes, Elle avec Vincent, Paul avec moi, ou peut-être l'inverse...Arrêter le temps, le sublimer, l'onduler dans nos draps de toile et de lavande. Le laminer comme une tresse de métal. Oublier que rien ne dure. Saisir l'instant comme on peint, tour à tour artistes et modèles.
La chatte, trop maternelle, a mangé un de ses petits.
« Meurtre à Aix » titre bizarrement le journal, abandonné sur une chaise.
Allez, on va déjeuner en
paix.
A l’ombre du vieux figuier, avec un bruit mat, tel celui de la chair entamée par une lame, quelques illusions ont chu sur l'herbe grillée. Tout est bien.
A l’ombre du vieux figuier, avec un bruit mat, tel celui de la chair entamée par une lame, quelques illusions ont chu sur l'herbe grillée. Tout est bien.
***

Quelle bonne idée a donc eue l'ami Mind The Gap de faire revivre un instant les Plumes d'Asphodèle, qui ont eu tant de succès à une époque ! Il fallait donc inclure ces quatorze mots dans un texte. Des rimes en ailes comme Asphod'aile, bien sûr ! De quoi s'envoler haut et loin... Merci Mind.
Aquarelle, Voyelle, Mirabelle, Maternelle, Stèle, Eternel, Bretelles, Ribambelle, Infidèle, Dentelle, Cannelle, Passerelle, Balancelle, Ritournelle.
(Le titre est emprunté à ce film des frères Larrieu.)
Edit du 10 juillet
Mon ami Xoulec, qui n'a pas (encore) de blog, s'est essayé à l'exercice, et ma foi, c'est réussi. Mais je vous laisse juger.
C'était dans une brocante qu'il la vit pour la première fois. Elle était debout près d'un scribanc, belle! fut le premier mot qui lui vint à l'esprit. Assurément , elle l'était.
Sur ce stand, tenu par un vieux monsieur, tout était en désordre. Objets hétéroclites disséminés çà et là. Sur une balancelle d'un autre âge, trônait un violoncelle avec son étui, un piano à bretelles côtoyait des aquarelles, de la vieille vaisselle, des livres, des napperons en dentelle.
D'un vieux magnétophone sortait un air qu'il reconnut instantanément : RENAUD, le chanteur s’éraillait la voix sur "marche à l'ombre"...
Sur ce, vieille bourgeoise bêcheuse, maquillée comme un carré d'as, FAUDEL fit son apparition, enfin, son nom, écrit en grand avec des clous dorés plantés sur le cuir d'un blouson que cette fille était en train d'enfiler.
Cinq euros, dit-le marchand !
En partant, elle le frôla et il sentit un doux parfum de cannelle ou de mirabelle l'envahir. Il était troublé. Il l'a suivi jusqu’à la passerelle, où exposait un artiste peu connu : Henri Tournelle. Spécialisé dans les paysages languedociens aux tons pastel.
Homme affable qui s'exprimait dans sa langue maternelle, en avalant un peu les voyelles ; pour faire plus rustique, plus authentique, comme il aimait à le dire. Le visage empreint d'une éternelle jeunesse quand il s'exclama, en la voyant :
-Ah, te voilà, ma fille !
Elle s’appelait Anna, belle ! Elle l'était encore plus et il craignit pour le coup d'être infidèle...


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