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09 juillet 2018

Peindre ou faire l'amour















Dans la plaine, l’été brûle les moissons épicées de coquelicots, taches de sang éclaboussant épis et chaumes. Un été bleu de mirabelles.
 Mes pas me mènent jusqu’au pied de Sainte-Victoire éternelle, là où le feu du zénith fend les pierres en éclats de poudre. Le ciel blanc comme un regard d’aveugle coule sur les oliviers centenaires, détrempe les calcaires des dentelles de roche, ravive l'argile des coteaux quand tombe la foudre sèche de ses rayons.
Il flotte un parfum de cannelle et d’arbousier. J’emprunte la passerelle au-dessus du vallon des Ombrées, la ritournelle des cigales lancine l’air.
C’est un matin tiède de promesses. Les oiseaux lancent leurs voyelles stridentes et mystérieuses, corbeaux et guêpiers dansant au-dessus des champs de blé. J’ai croisé Vincent là-haut. Il me dit qu'il va venir. Je rentre au mas.
On l’attend pour le repas.
Sur la stèle de craie, à l’entrée, Elle a fait naître une aquarelle du bout de son pinceau. Dans sa salopette à bretelles elle ressemble à une adolescente. On a acheté, elle et moi, ce mas perdu, lové au creux de la colline. Un coup de cœur partagé. On y reçoit les amis, ils y viennent en ribambelles, de leur pas lent de randonneurs. La fontaine chante sans bruit son murmure d’eau glacée.
Je l’observe quand elle peint. Elle est belle. Sur la table, un pot à eau joue avec l’ombre des feuilles, jaunes et vertes comme le limbert qui avachit son ventre froid sur le muret de pierres grises. Le ciel claque de chaud.

Peindre ou faire l’amour ...la question se pose à chaque instant où les corps vibrent.
Alanguie dans la balancelle, le pied traînant dans un cresson ni frais ni bleu, je sens le souffle de Paul sur ma nuque fébrile. Il m’embrasse. Il a accroché son chapeau à une branche du pin courbé. Pour l'heure il est infidèle à ses huiles et ses pinceaux, il continuera plus tard son tableau : la Victoire dominée par le Mistral, cabrée comme un gros animal sous un azur beau à mourir.
L’âme des pierres suinte... 
Mais on ne ne boira pas l’absinthe. Et puis quoi encore ? On nage déjà dans en plein cliché pagnolesque et cézanien, vous ne voudriez pas qu'en plus on se déchire le ventre à coup de fée verte...
Nous irons écarteler le temps dans la moiteur lente des persiennes, Elle avec Vincent, Paul avec moi, ou peut-être l'inverse...Arrêter le temps, le sublimer, l'onduler dans nos draps de toile et de lavande. Le laminer comme une tresse de métal. Oublier que rien ne dure. Saisir l'instant comme on peint, tour à tour artistes et modèles.
La chatte, trop maternelle, a mangé un de ses petits. 
« Meurtre à Aix » titre bizarrement le journal, abandonné sur une chaise. 
Allez, on va déjeuner en paix.
A l’ombre du vieux figuier,  avec un bruit mat, tel celui de la chair entamée par une lame, quelques illusions ont chu sur l'herbe grillée. Tout est bien.


***





 Quelle bonne idée a donc eue l'ami Mind The Gap de faire revivre un instant les Plumes d'Asphodèle, qui ont eu tant de succès à une époque ! Il fallait donc inclure ces quatorze mots dans un texte. Des rimes en ailes comme Asphod'aile, bien sûr ! De quoi s'envoler haut et loin... Merci Mind.

Aquarelle, Voyelle, Mirabelle, Maternelle, Stèle, Eternel, Bretelles, Ribambelle, Infidèle, Dentelle, Cannelle, Passerelle, Balancelle, Ritournelle.

(Le titre est emprunté à ce film des frères Larrieu.)


Edit du 10 juillet

Mon ami Xoulec, qui n'a pas (encore) de blog, s'est essayé à l'exercice, et ma foi, c'est réussi. Mais je vous laisse juger.

C'était dans une brocante qu'il la vit pour la première fois. Elle était debout près d'un scribanc, belle! fut le premier mot qui lui vint à l'esprit. Assurément , elle l'était.
Sur ce stand, tenu par un vieux monsieur, tout était en désordre. Objets hétéroclites disséminés çà et là. Sur une balancelle d'un autre âge, trônait un violoncelle avec son étui, un piano à bretelles côtoyait des aquarelles, de la vieille vaisselle, des livres, des napperons en dentelle.
D'un vieux magnétophone sortait un air qu'il reconnut instantanément : RENAUD, le chanteur s’éraillait la voix sur "marche à l'ombre"...
Sur ce,  vieille bourgeoise bêcheuse, maquillée comme un carré d'as, FAUDEL fit son apparition, enfin, son nom, écrit en grand avec des clous dorés plantés sur le cuir d'un blouson que cette fille était en train d'enfiler.
Cinq euros, dit-le marchand !
En partant, elle le frôla et il sentit un doux parfum de cannelle ou de mirabelle l'envahir. Il était troublé. Il l'a suivi jusqu’à la passerelle, où exposait un artiste peu connu : Henri Tournelle. Spécialisé dans les paysages languedociens aux tons pastel.
Homme affable qui s'exprimait dans sa langue maternelle, en avalant un peu les voyelles ; pour faire plus rustique, plus authentique, comme il aimait à le dire. Le visage empreint d'une éternelle jeunesse quand il s'exclama, en la voyant :
-Ah, te voilà, ma fille !
Elle s’appelait Anna, belle ! Elle l'était encore plus et il craignit pour le coup d'être infidèle...

01 août 2014

Etrange syndrome


Dernières plumes de l'été, déjà...Et le thème de l'Eternité, c'est grand, c'est beau, Miss Aspho
Merci pour tout.




Vacances  scolastique – immortalité – seconde – mémoire – longueur – ange – douleur -oubli – repos – cercle – passion – péché – chemin – vampire – jour – cathédrale – lassitude – liane – lucarne.



***




Vous êtes en vacances à Perros-Guirec et vous rêvez à longueur de temps de cimes escarpées...ou bien vous cherchez l'oubli et le repos dans les alpages du Queyras et la mer vous manque soudain impérieusement.

Vous étudiez avec passion la scolastique à la Sorbonne, le mythe des vampires en Transsylvanie, ou la notion d'immortalité dans les mythologies antiques ou précolombiennes, et vous vous prenez à regretter de ne vous être pas lancé dans une recherche effrénée des conjectures non résolues de Gilbreath ou de Bouniakovski. Ou dans l'étude de la composition quantique des pulsars énergétiques dans le nuage de Magellan...

Vous contemplez avec lassitude et amertume la cathédrale de vos rêves se diluer comme un château de cartes sur du sel.

Vous n'êtes jamais vraiment là où vous êtes, votre esprit flottant comme une liane dans les cercles concentriques de votre pensée torturée, tel un ange démoniaque qui vous laisse entrevoir constamment le champ des impossibles.

La vie vous semble une lucarne étroite vous privant à chaque seconde de l'immensité d'un panorama que vous devinez rageusement grandiose et somptueux. Et c'est une douleur pour vous de penser à tout ce que vous manquez, aux chemins que vous n'avez pas pris, aux péchés auxquels vous n'avez pas succombé, douleur qui vous empêche de jouir pleinement de ce qui s'offre à vous au moment présent. Vous n'êtes que mémoire et regret des choses anciennes, projection et attente hypothétique des choses futures. Ne cherchez plus: vous êtes sans doute atteint du syndrome de FOMO, Fear Of Missing Out, la peur constante de louper quelque chose de mieux.

Enfin, quand je dis " vous" c'est une litote. Ça m'arrive aussi de temps en temps. Mais de moins en moins, à mesure que ma vie me le confirme:  rien ne vaut le plaisir profond de l'instant. Et plus que jamais, de prendre le jour comme un cadeau en lui insufflant son rêve.



Ce qui est passé a fui; ce que tu espères est absent; mais le présent est à toi.      Proverbe arabe




Gnossiennes by Erik Satie on Grooveshark

18 juillet 2014

Chaud les marrons et froid (bi)polaire


Chut! Asphodèle se plaît à nous faire aimer le silence cette semaine.
Pour l'occasion, et pour donner suite à mon dernier billet, j'ai concocté deux textes.
A vous de choisir...ou pas!





Essentiel, réserveregard, félicité, observer, musiqueminutenuit, agneau, son, muet, méditationapaiser, angoissantjustesse, jacaranda, jouer.



***



Gentille

Il est un lieu où j’aime aller m’asseoir. C’est un petit rocher rond et pointu à la fois, propice à la méditation, un promontoire émergeant des sapins comme un caillou posé sur un brocart vert. On l'appelle le rocher du trou du Diable.  Là-haut, il n’y a jamais personne. Sans doute parce que pour les randonneurs aguerris, il est dépourvu de charme et trop facile d’accès, mais qu'il est bien trop ardu pour les simples promeneurs. J’aime la justesse de cet équilibre, moi qui balance sans cesse entre deux pôles, sur le fil ténu de mon funambulisme naturel.
 Je le crois surtout méconnu, insoupçonné, car non-indiqué sur les cartes. Peut-être parce qu'il ne mène nulle part. J'y ai pourtant fait de grands voyages intérieurs, depuis le temps!
Au regard d'un monde trop balisé, c’est une chance inespérée, de posséder un tel endroit (presque) secret. Enfin, quand je dis posséder, ne vous méprenez pas : c’est plutôt lui qui, par sa magie unique, me possède toute entière, quelle que soit l’heure où je monte, des étincèlements de l’aube à la nuit qui s'effondre dans un concert d'étoiles. En vingt minutes chrono, je me retrouve juchée au bord du monde, à écouter la musique de mon cœur s’apaiser, pour me délivrer le son clair et émouvant de l’authentique silence. Déjà, enfant, adolescente, j'aimais à m'y retrouver seule face à moi-même, plus par défi que par pur besoin contemplatif à l'époque. Mais déjà, il y avait cette envie de prendre de la hauteur, de m'extraire du monde pour me prouver quelque chose.
Il se joue là comme l' acte essentiel d'un petit théâtre personnel, le moment d'examiner mes décalages, mes blocages, mes pataugeages pitoyables.
 Tel un vieux chef Navajo sous son jacaranda, qui sort de sa réserve (hi hi!), j’observe mes tremblements d’agneau et mes faims de loup s'entrecroiser, cohabiter, se jauger, se toiser, et finalement s'accepter. Pas facile! Mais indispensable pour avancer. C'est toujours ainsi que parmi les herbes hautes de mon existence, je retrouve mon chemin. Et que je tente d’aplanir, de chasser, de classer sans suite, de vains tourments et d’angoissants songes creux,  pour goûter à cette félicité muette de l’instant : je suis vivante,  libre et aimante, je suis moi, je m'aime comme je suis, qui m'aime me suive et tout le reste n’est que lie, et ratures, comme j’aime à le répéter à ceux qui voudront l’entendre. 
Pour les autres, j’ai envie de leur dire gentiment de passer le leur, de chemin.



Méchante 

Franchement, vous l'avez trouvé bien, le texte gnan-gnan ci-dessus? En tous cas, moi, faudrait vraiment que j'ai rien d'autre à foutre pour jouer à ce jeu idiot. Les Plumes de l'été...je vous demande un peu. Feraient mieux de se les fourrer quelque part, z'auraient l'air moins cons. Aligner des phrases pour concocter des textes qui se veulent spirituels, à partir d'une réserve de mots hétéroclites proposés par une bande de blogueurs qui se croient fins alors qu'ils ont l'esprit tordu...Un truc comme "jacaranda" par exemple. Comment voulez-vous le placer de façon naturelle? Ne comptez pas sur moi pour porter un regard complaisant sur ces fadaises. Je préfère observer de loin: il y a ceux qui produisent un truc en quelques minutes, d'autres à qui il faut bien la semaine pour pondre leurs dix phrases,  et encore, bancales bien souvent. Enfin, l'essentiel c'est qu'ils y croient, sans doute... Pfff..Ça me laisse muette de navritude ce truc, (oui, je sais, ça n'existe pas et alors? je dis ce que je veux!) 
C'en est angoissant tellement c'est pétri d'auto-satisfaction et de prétention. Certaine rajoute même une musique aux sons sirupeux à souhait, comme si le texte ne dégoulinait pas assez déjà. Après,  il y a le supplice de la visite aux autres textes. Quand on s'est bien absorbé l'indigeste lecture d'une vingtaine d'insipides productions pseudo-littéraires et capillo-tractées, jusqu'à la nausée et une heure avancée de la nuit, qu'on a bien félicité, flagorné en tous sens sans oublier personne, ça repart pour une nouvelle collecte. Ah mes agneaux! la dernière fois, j'ai frôlé de justesse l'apoplexie,  c'est pas possible un truc pareil...et pour m' apaiser, pas la peine de me proposer de la méditation transcendantale, je trouve ça tellement ridicule, de bayer aux corneilles,  les yeux fermés et les bras en pot de fleurs...Allez, je ne vous salue pas!













Sonate pour flûte et harpe en fa majeur : Romanze by Jean-Pierre Rampal, Lily Laskine on Grooveshark










04 juillet 2014

Les champs de blé






Séparation, revoir, froid, embrasser, larmes, famille, fête, ripaille, allégresse, bilan, amour, quai, adieu, joie, ami, inquiétude, irréparable, intensément.



***

Tout mène toujours aux champs de blé. La Bastide tremble sous le poids des ans, et frémit de sentir des pieds de cabris et de biquettes faire craquer ses vieux planchers. Les saisons impriment leur ronde, celle du temps irréparable et fou. Et chaque fois, après l’inquiétude jaunissante des automnes, et le froid piquant des hivers,  l’été et son cortège d’allégresses et de ripailles reviennent faire rougir les joues et mûrir les fruits.
Les arbres revêtent leurs habits de plumages jacassant et piaillant. Les balançoires rythment les repas de famille comme autant de petits pendules interrogeant en tous sens l’avenir incertain.  
Jardin. Odeurs sucrées. Seringat. Citronnelle. Lampes-tempête. 
On va se revoir, s’embrasser. Petites silhouettes vives, cris, gâteaux, chamailleries, confitures et querelles sous le châtaigner.
 « Comme il a grandi ! Comme elle est jolie ! » Ce sera la fête. La joie allumera des incendies au cœur des soirs. 
Tiens, Elsa n’est plus une enfant, elle porte un bébé dans son ventre. Et Julie qui va se marier...c'était une enfant... Ethan porte la barbe, c’est un homme maintenant. Les jumeaux ne se ressemblent plus! Tu ne trouves pas que la tante Marceline a pris un coup de vieux? Il paraît qu’Albert est très malade...Les vignes donneront bien cet automne.
Marie divorce. 
Silence gêné. Toux maladroites. 
On remplira les verres. On s'en foutra. On vivra des amours folles, intensément, passionnément. On lèvera nos verres de Bordeaux aux amis et au bonheur. A la vie, à la mort. Au temps qui passe. 
Viendra toujours trop vite celui des séparations, des adieux, quai morose, larmes humectant les mouchoirs.
Viendra toujours trop vite celui de mourir.

Là-bas, Grand-père fera le bilan. En parcourant les champs de blé, l’œil bleu de lin vissé sur l’horizon clair. En pensant qu'un jour, c'est là qu'il veut qu'on répande ses os. A la Bastide, il fera nuit. Il fera vide. Jusqu’aux prochaines retrouvailles. Qui auront toujours ce même goût de bonheur teinté d'amertume. 
Tout mène toujours aux champs de blé. 









Retrouvailles était le maître mot d'Asphodèle.



Goldberg Variations, BWV 988: XXXII. Aria da capo by Johann Sebastian Bach on Grooveshark

30 août 2013

Ado...rables?



 Et voilà, chère Asphodèle  , tu nous as régalés avec les Plumes de l'Eté, et maintenant, il est temps de raccrocher le porte-plume...Je garderai un souvenir inoubliable de ces rendez-vous hebdomadaires...

ados.jpg
photo du net




Gens, survivre, univers, découverte, terre, partage, bonheur, macrocéphale, cultures, tour, astral, grandeur, mer, extraterrestre, envahisseur, animal, mappemonde,  journal, pluriel, couleur, parallèle, fin, guerre, nymphe, néant, négliger.
***

Cet été, par un temps de chaude langueur où je lézardais mollement au bord de la mer, avec cet entrain de bulot macrocéphale et anémique que confère l'oisiveté prolongée en position parallèle au sol, toute velléité de bouger anéantie sous une couche d'écran total indice soixante-cinq, j'ai longtemps regardé s'ébattre quelques jeunes gens aux couleurs assorties, purs produits de nos cultures cosmopolites, tapant chacun à son tour dans un ballon mou avec des grâces animales, poussant des hurlements d'envahisseurs extraterrestres qui se livreraient une guerre astrale et sans merci pour survivre dans un univers hostile avant d' être aspirés dans le néant sidéral, alors qu'ils étaient tout simplement en train de faire une partie de beach-volley, je vous le rappelle...

Et là, mue à la fois par une noire pulsion métaphysique et une association d'idées saugrenue, et agacée par leurs cris de sauvages réduisant à néant mes espoirs de sieste, je me suis prise à rêver d'un monde sans ados! Ah, quelle tristesse sans nom ce serait, de rayer de la surface de la terre ces êtres délicieux pratiquant avec un bonheur sans partage le borborygme matinal et la monosyllabe intempestive, la moue  expressive et le haussement d'épaules exaspéré, tout en déversant dans leur journal intime une haine logorrhéique des adultes, tous devenus des vieux cons sous leur plume intransigeante, écriture script et  points sur les i n'allant pas sans rappeler les comédons séborrhéiques dont ils sont affligés, certes moins qu'avant, grâce aux progrès certains de la cosmétique.

Comment concevoir de supprimer de la mappemonde ces êtres étranges  dont  la voix qui mue évoque toujours, chez les spécimens de type mâle, dans les aigus, le doux timbre indicible du  frein humide qui crisse et, dans les basses, le grognement délicat  du gnou en rut...
Comment ne pas déplorer la fin de la mèche  revenant gracilement sur l'œil (torve de préférence), du slip dépassant généreusement du jean débraillé, et de cette nouvelle prothèse prolongeant le bras de l'ado et lui servant à communiquer au moyen de Signes Méchamment Secrets? 

Comment se passer de cette douce nonchalance négligée et indolente des garçons, alliant le charme et l'élégance aérienne d'un éléphant égaré dans le rayon vaisselle d'Ikea et de celle, plus affectée, des Lolitas partant à la découverte fébrile de leur séduction, cuisses de nymphes, mini-shorts et bustiers ravageurs, petits seins qui piquent et qui mordent, œillades encharbonnées par trois tonnes de mascara chouré à la supérette du coin, mines alanguies et  textos sibyllins où l'on se console au féminin pluriel d'avoir peur du masculin singulier.
"-T'es trop belle!
-Nan, chuis moche, Kevin m'a même pas regardée!
-Nan, sérieux t'es trop la classe, c'est lui qui est trop moche!"

Eh, les gens, sérieusement, vous voyez d'ici l'immense perte que ce serait pour  la grandeur de l'Humanité et de Facebook réunis? Non mais allo, quoi...
Un monde sans ados ? Tout simplement inimaginable.













23 août 2013

Embruns

Les Plumes de l'été amorcent leur lente décélération,  Asphodèle nous emmène à la dérive...Profitons-en, le soleil décroît lui aussi, c'est la fin août...



Merci à Andiamo pour ce Corto plus vrai que le vrai





espérer, flotter, perdition, cap, sillage, bouteille, iceberg, vent, déambuler, bateau, continent, flots, amiral, génétique, sentiment, débarquer, faille et myrte, malhabile, muraille.


***






" Il n'importe que vous soyez malhabile si vous êtes sincère". 
Tels  furent les premiers mots que prononça le directeur de l'Ecole  Normale, où j'entrai après avoir obtenu ce qu'il appelait évidemment par son nom complet  le "Baccalauréat" avec une grande émotion dans la voix. Je garde encore en mémoire les accents vibrants de son discours de bienvenue dans "La Grande Maison" ...
Ses mots m'ont marquée profondément comme on peut l'être lorsque l'on a dix-sept ans et la fièvre au front. Oui déjà. Des mots qui s'adressaient à notre coeur bien plus qu'à notre cerveau. Qu'il en soit remercié à jamais!
Pour lui, le talent d'enseigner était  celui d'espérer. Pas de problème qui fût insoluble, pas de bouteille à l'encre. Nous n'avions pas besoin de grandes théories. Juste d'une foi inébranlable et quasi génétique en l'homme et en sa faculté de s'améliorer. Un discours qui aurait dénoté de nos jours, où certaines valeurs sont en perdition, et où l'on a bien du mal à les maintenir à flot dans la fameuse "Grande Maison".  
Cet homme sans faille, que tout le monde appelait  l'Amiral, déambulait dans les couloirs et les jardins, parmi les massifs de myrtes, sous les magnolias qui entouraient l’édifice bicentenaire. D'un pas tranquille. Sans jamais perdre jamais le cap, les yeux rivés sur quelque mystérieuse ligne bleue imaginaire, un horizon idéal ...C'est sans doute lui qui sans le savoir, m'a donné le goût des métaphores marines. Oui, comme vous le savez, j'aime parler de mon école comme d'un bateau dont les  élèves seraient les moussaillons...
Parfois, l'immensité de ma tâche m'apparaît comme une de ces vagues gigantesques, qui se transforment en véritables murailles d'eau. C'est très effrayant.  Je me demande si je vais réussir à faire flotter ce rafiot, ou s'il va sombrer en entraînant dans son sillage près de trois cents élèves. Je sens des vents contraires faire trembler la coque de toutes parts, je redoute quelque iceberg imprévu. Ce n'est pas toujours facile, ce poids sur les épaules. Ça me donne une sorte de vertige, aux alentours de la fin des vacances...Et des nuits un peu agitées. Les fameux cauchemars que font peu ou prou tous les enseignants avant la rentrée... Et cette impression (fausse bien sûr) de ne pouvoir compter que sur moi-même...
Ce soir je repense à mon directeur et à son regard bleu, à sa tranquille assurance  de loup de mer. Je me dis qu'il devait avoir, lui aussi, ses moments de doute.
 Et puis comme chaque année, je serre les poings et je  décide que je réussirai à emmener ce bâtiment d'une rive à l'autre, pour débarquer sur le nouveau continent avec le sentiment apaisant du devoir accompli.
Incorrigible optimiste moi? A ce niveau-là, c'est carrément irrécupérable!