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28 mai 2026

Petits fils d'or invisibles







Même seule, sous le ciel constellé,
 d'Altaïr à Vega, 
humant l'air doux de ce beau soir 
où l'été vient avant l'été
tu sais qu'ils sont là. 
Ils palpitent au fond de toi depuis leur arrivée,
eux qui ont tout chamboulé
vêtus de langes blancs et de fraîche innocence
C'était hier.
Il suffit de fermer les yeux, et tu les vois. 
Tu suis le moindre de leurs pas 
depuis le tout premier, balbutiant, émouvant, fragile...sur les carreaux du souvenir. 
Tu sais tout ce qu'ils font, où ils sont, même loin, 
et même en silence, 
leurs âmes te murmurent
Doucement. Cela ne s'arrête jamais.

Parce qu'ils sont à jamais un morceau de toi. 
Un morceau de choix, un morceau de roi. 
Et tu devins reine.
Tu es ce qu'ils ont fait de toi. Tu es une mère. 
A tout moment
Des fils d'or sortent de tes bras, s'envolent dans la rosée, 
Crèvent les nuages amers
passent au-dessus des étangs, 
des fleuves, des forêts blanches
des routes, des ponts suspendus
Ils te relient solidement à ces êtres devenus grands
Dont tu gardes pourtant sous les doigts 
le soyeux de la peau d'opale
Et cette odeur de nuque tendre, de lait, de miel,
de nuits trop courtes et de longs bonheurs en coton
Oh ferme les yeux encore, et vois
Dans la nacelle, en balancelle
Telles de vivantes hirondelles
Malgré leurs barbes et leurs chagrins
leurs jupes et leurs rires étouffés
leurs joies d'adultes en cascatelle
comme les gosses qu'ils étaient
Ces petits fils d'or sont puissants.
Ils te relient malgré le vent
Malgré les griffures du temps
A ceux qui restent 
Infiniment
Infiniment
Infiniment
tes enfants.

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A ma prunelle qui va devenir maman, 
pour mon plus grand bonheur.

28 octobre 2025

J'ai roulé










Dans le giron tranquille de ma cage 
de farfadet
J'ai roulé sur les derniers airs de 
Benjamin Biolay
La tête encore étourdie 
Des derniers cris, 
des belles joies explosives
de mes étoiles en apprentissage. 
Elles ont bercé ma vie cette semaine.
Dans leur douceur angevine et leurs regards d'eau claire.
J'ai roulé, j'ai roulé,
Repensant au bonheur comme à cette chose fragile et tendre
Qui va se nicher dans les endroits les plus discrets
Les plus secrets
Les moins attendus
Au fond d'un ciel d'octobre en feu
Une miette sur un pull de laine
Au bord d'une Loire en miroir
Dans la chaleur des bras aimants
 De ceux qu'on appelle ses proches, 
Même quand ils sont loin.
Glissant sur les toboggans de l'enfance 
Tellement là, en moi
Petite fille qui se balance
 abasourdie 
par le bruit 
nauséabond 
du monde

J'ai roulé doucement, sans à-coup et sans hargne,
Laissant filer les pressés, les agités, les mécontents
L'aiguille du compteur sur celui de mon coeur
Apprendre, apprendre,
toujours porter un regard neuf, écarquillé sur l'extraordinaire
en écoutant aussi la voix d'Etienne Klein,
Parler de la magie des nombres 
des arcs-en-ciel de chiffres devant mes yeux
D'un certain Alexandre Grothendiek
Sa théorie des motifs, sa vie en dents de scie, 
son destin ébahi
D'une certaine Ada Lovelace, une femme au cerveau puissant.
Un plus un égale mille
Mille façons d'aimer
Un plus un égale nous.

Dans le giron paisible de ma solitude choisie
J'ai roulé vers toi, mon amour,
J'ai pris mes jantes à mon cou
J'ai couru à toutes roues
Retrouver ma vie, le jardin, ses dentelles d'automne, son air transparent.
Les rhus étincelaient rouge sang 
dans le chemin, 
En bas.
Et le feu crépitait, jaune soleil.
L'âme en éveil, l'esprit troublé, le coeur tremblant, le corps en fièvre
J'ai roulé comme un galet
en pente 
vers 
Une mer vert émeraude
Equanime et mouvante 
à la fois
Cette mer, ces flots, c'est la vie.

La vie toujours là, impérieuse, magnifique,
 malgré les trombes et les gros temps.
Malgré ce fichu temps qui coule en nous
Qui nous tape en sarabande 
comme sur des tambours du 
Bronx. 
Et laisse, parfois, 
sur nos peaux 
des bleus qui s'étalent.







12 février 2023

J'aurais pu...

 



J'aurais pu vous conter le ciel bleu sur la Seine
Velum à la Sisley tendu sur l'horizon
Un de ces bleus nimbé de nuages légers
Mêlant les touches de cobalt et de lin blanc
Les gigantesques grues déchirant Notre-Dame
De leurs longs bras d'acier écarlate et safran.

J'aurais pu raconter l'odeur des croissants frais
La fumée du café, l'air froid de la Cité
Et les reflets changeants des quais
Et nos sourires

J'aurais pu aussi bien écrire le velours
Des fauteuils, du rideau rouge de la Gaité
Et les lèvres carmin de la belle Carmen
Ses jambes comme des compas donnant au monde
Son équilibre, et la musique de Bizet.

J'aurais pu dire aussi mes émerveillements
Dans ce musée qui fut une ancienne gare
Ses horloges géantes, 
Ses corridors feutrés recelant des merveilles
Mon coeur battant devant Van Gogh, devant Gauguin.

J'aurais pu vous décrire le coutumier bazar
De la Place du Tertre au coeur du Sacré-Coeur
Les attrape-touristes et les attrape-coeur
Et l'ombre et la lumière de la Butte éternelle
Et tant de souvenirs enfuis

J'aurais pu vous parler de cette Coulée Verte
Comme un trait de nature au milieu du béton
Les premiers amandiers en fleurs
Et les mollets fourbus d'arpenter le bitume
De Vincennes à Wagram et d'Anvers à Raspail

J'aurais pu tracer l'épopée
De l'immense vaisseau tout de verre et d'acier
dressant ses voiles majestueuses
Au jardin d'acclimatation
Et qui m'a laissée bouche bée

J'aurais pu simplement vous raconter Paris
Celui d'Heure-Bleue, celui du Goût, 
Notre rencontre, et le café, et les gâteaux
Le parfum âcre et doux des bistrots parisiens
Le trottoir de nos amitiés

J'aurais pu, mais je n'en ferai rien, quoi qu'on dise
J'ai tout gardé sous mes paupières
comme des éclats de diamant
Le goût de tes baisers comme une Bastille à la menthe
Et ce je-ne-sais-quoi qui flotte et qui nous dit
Revenez-y ! Revenez-y !




























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25 janvier 2021

Armand et Zoé











 
Zoé lit et Armand pêche
En ce doux et frais matin
Chacun trouve son chemin
Et donne un sens à sa vie
Lui se tient droit comme un i
Elle, tassée par ce qu'elle lit
Lui dans l'eau du ruisseau, elle
dans l'eau trouble des nouvelles
Armand pêche et Zoé lit

Armand pêche et Zoé lit
Armand suit des yeux sa ligne
Guette le menu fretin
Jolies truites et beaux goujons
Zoé lit entre les lignes
Magouilles de malandrins
Et forfaits de gros poissons
Armand pêche et Zoé lit

Zoé lit et Armand pêche
Armand choisit la nature
S'enivre de chlorophylle
Zoé préfère la culture
Se déclare cinéphile
Elle connaît Cannes par coeur
Elle condamne les pulsions
d'un cinéaste pédophile
Lui chasse la drosophile
Qu'il accroche à l'âme soeur
Qu'il accroche à l' hameçon


Armand pêche et Zoé lit
L'un présent à la vraie vie
Goûtant la joie de l'instant
Soleil gonflé d'énergie
L'une sombrant dans le néant
De l'information frelatée
L'oeil lointain, les mains glacées
les doigts noircis d'encre et de sang
Ceux d'Armand sentent le brochet
l'herbe folle et les genêts
Zoé lit et Armand pêche

Qui a raison de A à Z ?
D'Armand ou Zoé, qui a tort ?
Zoé lit et Armand pêche
La vie de Zoé se dessèche
à trop lorgner ce canard
infesté de foutues nouvelles
La vie d'Armand est un trésor
L'avide Armand cultive l'art
de se moquer du tiers, du quart
Et aussi de la moitié
L'important est de pêcher
perche ablette saumon plie
parmi ajoncs et canards
Zoé lèche et Armand plie

Zoé lit trop goulument
Se délecte de la chienlit
où l'humanité s'enferre
Armand silencieusement
Fait la carpe au bord de l'eau
Pas barbon, plutôt barbeau
Peut-il la tirer de là
L'attirer au bord du lit
vif argent de la rivière ?
Armand pêche par modestie
Zoé lit par vanité
Qu'est-ce qui peut les rapprocher ?

L'amour, peut-être ? Qui sait ?


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Pour le 65° devoir de Lakévio du Goût.



21 mars 2020

Anne ma soeur Anne






Anne, ma chère Anne,
Tu sais, je pense souvent à toi, ces temps-ci. Toi qui as vécu un confinement absolu, durant deux ans, deux longues années claquemurée dans une cachette exiguë, sans confort, sans ordinateur, sans musique. Dans la promiscuité pas toujours facile de sept personnes... Confinée, non pour te protéger d’un microbe, mais de la haine et de la folie humaines…Avec la peur, la terreur quotidienne nouée à l’estomac.
Je pense à toi, qui n’a jamais perdu ta joie d’enfant, d'adolescente, trouvant dans chaque parcelle de vie un signe d'espoir, te confiant à ton journal comme pour y trouver la sécurité de bras aimants. Faisant des vœux pour que ton petit crayon à mine de plomb ne s’use pas trop vite…et tremblant à chaque bruit suspect. Pendant deux ans, et pour finir si tragiquement...
Je te dédie mon texte aujourd’hui.








Des bruissements d’insectes visitent les talus. A la fenêtre ouverte sur le monde, mes pensées respirent la lumière du petit matin, dont la poitrine bat plus fort. C’est la saison où les fleurs allument des poèmes dans chaque taillis. L’azur étend ses nuages blancs comme on étend du linge. Avec un parfum de frais, de neuf.
Les bourgeons, serrés dans leurs gangues vernies depuis l’automne, explosent à petit bruit.
La campagne est un jardin, un murmure d’eau, un immense nichoir empli de chants d’oiseaux. La vie ruisselle comme une averse de soleil. La vie répand son onde de créativité. Elle invente des cabanes, des huttes, des terriers, des nids douillets. Le coucou fait son kot dans celui des autres, rien ne change de l’immuable ligne naturelle qui célèbre l’éternel retour des saisons.
Et là, au milieu de ces mille verts, du tendre au soutenu, je respire fort. Au profond de l’air. Sans courir. Sans me presser. Juste en cueillant une brindille d’espoir dans cet instant magique.
Rien ne courbe le cou des arbres. Rien n’alourdit les pierres. Les chevaux brillent, protégés par leurs robes soyeuses. L’âme vraie discerne le bon grain, même quand le blé est en herbe. Elle n’a rien d’un métronome, d’un pâle sentiment, d’une pendule trop bien réglée. L’âme vraie accueille l’instant, et se débarrasse des miasmes factices, illusoires. Elle sait que le ruisseau est ourlé de patience originelle.
La carcasse d’un vieux prunier que l’on croyait mort resplendit d’une ultime et rayonnante floraison.
Les pigeons se cocoonent, se lovent,  dans leur danse de blanches parures.

Les cœurs menottés retrouveront-ils un jour cette sublime évidence d’un matin de mars sur la terre ? Verront-ils les diamants qui brillent dans chaque pierre du chemin ?
Entendront-ils, enfin...


***

Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie.
Il fallait utiliser les mots suivants :
CRÉATIVITÉ – JARDIN – PROTÉGER – SÉCURITÉ – COURIR – PENSÉE – CLAQUEMURER – NICHOIR – COCOONER – CABANE – BRAS – BON – KOT (merci à Adrienne de m'avoir appris ce mot)–

16 janvier 2020

Amour velours


Photo Pastelle




L'amour doux. Le vrai. Celui qui, plein de confiance, laisse le champ libre à l'oiseau. Celui qui n'enferme pas, qui éblouit par son innocence, comme s'il était inventé à l'instant, au carrefour de deux routes de soie vers l'éternité. 
L'amour qui prend soin, qui s'inquiète sans s'angoisser, sans déstabiliser, qui éclaircit, qui nettoie, qui comble. L'amour qui réchauffe quand on a le coeur de givre, et qui rafraîchit la peau brûlante.
L'amour qui transcende, qui sublime, qui respecte. L'amour tendresse. Rembourrage de satin contre les piquants de sel.
L'amour fort, évident. Qui grandit.
Celui qui arrive, irrésistible, après un long chemin mutuel.
Celui qui est là, tapi en nous, comme un écho dans la montagne qui trouve un écho en miroir.
Celui qui donne envie. Qui fait comprendre. Qui désire et qui apaise. Qui propose sans imposer.
Celui qui rime avec velours, avec humour, avec Cabourg...
Celui qui veut le bien de l'autre, parce que ce bien fait du bien.
L'amour qui n'est pas urticant, qui ne blesse ni en actes ni en paroles. L'amour lac. L'amour plage. L'amour prairie. L'amour foyer, sans chaînes ni sans cage.

L'amour doux. L'amour très doux.


***



Merci à vous tous pour vos mots de réconfort, d'amitié, d'amour sur mes derniers billets.
Merci à Pastelle dont j'admire tellement le talent, allez visiter son univers...
Pardon à Emilie d'avoir loupé les premières Plumes de l'année.




Merci à Olivia qui reprend, à ma grande joie, son atelier.

Avec les mots imposés : proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

11 septembre 2019

Lettre de Toscane





Je t'écris de Toscane. Tu n'imagines pas la douceur de ce lieu. Le ciel pleure une lumière liquide, transparente, laissant l'oeil voguer à l'infini, et les fontaines nous murmurent des secrets à l'oreille. Tout est beau. Tout chante, jusqu'à ce nom si plein du riche velours de l'histoire des hommes et des rois. Renaissance. Toscane.
Une succession de dociles collines, aux dos ronds tapissés de pins et d'oliviers. Une chapelle sur l'une d'elle, blottie contre son matelas de verdure, et semblant éternelle.
Les vignes épousant les courbes voluptueuses de la terre, comme une chevelure doucement peignée.
Et partout, ponctuant le temps de leurs exclamations silencieuses, ces flammes drues, ces pinceaux aigus, ces arbres fins comme des doigts tendus vers le soleil : les cyprès. Les mythiques cyprès de Florence, seigneurs des lieux,  paissant tels des troupeaux sauvages dans leur milieu naturel. Alignés ou en arabesques aux abords des villas, ou encore esseulés dans leur splendeur tranquille au détour d'un muret de pierre.
La cloche tinte dans l'air semé d'aurore. Les maisons-tours de San Giminiano de dressent en sentinelles  comme pour veiller sur notre Dolce Vita. Tout est mieux que dans mes rêves. Tout me susurre de rester. Je n'aurais plus envie de partir, saisie par l'instant somptueux que je vis à chaque seconde. Tu avais raison, je suis en train de tomber amoureuse du plus bel endroit de la terre...






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12 août 2019

Il faut savoir







Il faut parfois s'éloigner de l'arbre 
pour en voir la beauté immense
 Et sa ramure agitant au vent, 
ses bois, comme mains de géant. 
Il faut parfois plisser les yeux 
Pour mieux voir les gouttes de pluie
 Bourdonner sur le chaud velours 
Des prés bleus noyés de soleil

Il faut parfois savoir se taire 
pour mieux s'emplir et s'enivrer 
De la musique des saisons
Il faut parfois un peu attendre 
sur le bord poudreux du chemin
avant de reprendre la route 
qui déroulait son long brouillard 
pour égarer nos pas fourbus.

Quitter la rosée du matin
Pour mieux y revenir demain
Et puis laisser le creux du lit, vide de soi,
Encore chaud du corps de la veille
Pour retrouver les mains aimées 
et la suave brûlure du temps

Il me faut savoir te quitter 
Pour mieux te revenir ensuite
Dormir dans le lit du hasard
Quelques nuits volées à la lune
Avant de retrouver tes bras, 
Avec au coeur l'intacte joie
D'un premier tour de carousel. 

❤️