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09 octobre 2026

Hisse et ho

Dimanche aux voiles de Saint Tropez.






Je suis repartie, incorrigible décidément, profiter de la douceur de ce début d'automne, parmi les vieux gréements (et les modernes aussi) à Saint Tropez. Une expérience fabuleuse bien que mon estomac n'ait pas vraiment le pied marin... Je vous épargne mes premières heures sur le catamaran, et mon teint gris-vert assorti à la couleur de l'eau.
Et pourtant, j'ai dû avoir des ancêtres matelots, à n'en pas douter. D'où me viendrait, sinon, ce goût pour les métaphores marines et les histoires de navigateurs ? Mon attrait pour la mer et mes envies d'ailleurs ? Peut-être fus-je bercée dès l'enfance par les vers du poète, « homme libre toujours tu chériras la mer. » 
Homme libre, homme libre... D'accord, mais ça marche aussi pour les femmes libres, ô Baudelaire ? Car oui, comme tu l'évoques dans ton poème, les femmes cachent au fond d'elles de ces affres secrètes qui ressemblent aux abysses insondables de l'océan. 
La mer me fascine et m'attire, m'effraie et me repousse aussi. Elle est une hyperbole de mon rapport compliqué à l'eau, et à ma mère atlantique,  j'y travaille depuis longtemps.
Mais remontons à la surface.
Quelle prodigieuse invention qu'un voilier ! Une des plus anciennes réalisations complexes de l'humanité. Comment ne pas penser aux lointains Phéniciens, aux Egyptiens, et en même temps à l'enfant qui regarde sa coquille de noix voguer sur une flaque, dont la voile n'est qu'un triangle de papier enfilé sur une allumette ?  J'aimerais que les enfants d'aujourd'hui s'adonnent toujours à ce jeu délicieux. Il est vrai que dans mon enfance, on avait droit à la colle forte pour faire tenir nos assemblages... L'odeur nous enivrait un peu, mais c'était solide... Je m'égare.
 Ah...tous ces cordages, savamment noués, ces cabestans, ces bômes, ces mâts... Et puis les voiles, le safran, la barre, les haubans... Les drisses, le foc, le génois. Le hunier, la misaine et le grand cacatois. Ce que j'aime le vocabulaire nautique ! 
Un voilier, c'est un poème, une invitation au rêve, un prodige d'équilibre, un bras de fer contre les éléments. Apprivoiser le vent et les vagues, voilà la mince affaire ! Un voilier s'élance tel un oiseau racé à l'assaut des flots, avec un équipage soudé ne formant qu'un seul coeur. C'était beau à voir, cette solidarité moussaillonne, ce fair-play des vaincus acclamant les vainqueurs. Nonobstant les éternels grincheux et leur cortège de reproches sur le côté commercial de l'événement,  j'ai pris un bon bol d'air iodé, et surtout une grosse claque émotionnelle. Quel bonheur ! Mais me connaissant, vous ne trouverez pas cela très étonnant. 
Allez, souquez les artimuses*, moussaillons ! 

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* « En plus, ça veut rien dire, 
souquer les artimuses ! » 
Citation de l'inénarrable « Astérix Mission Cléopâtre, d'Alain Chabat, 2002 »











11 février 2026

Le bal des fantômes

 








Certaines personnes sont des traits d'hirondelles griffant le ciel un matin de printemps. Elles passent et s'en vont sans laisser d'adresse. On a tous en tête l'exemple du type qui part acheter des allumettes dans une rue du Massachusetts, et qui disparaît, comme dans la chanson de Reggiani...Il paraît que des centaines de milliers de personnes disparaissent ainsi dans le monde chaque année. Tels les fameux « Evaporés » japonais...

A un moment donné, ces gens ont été importants dans votre vie. Ou alors c'est vous qui l'avez été pour eux. Bref, une relation s'est nouée.
Et puis un jour, contre toute attente, ils disparaissent. Il en est ainsi de certains blogs, qui se sont arrêtés du jour au lendemain, sans que l'on sache véritablement pourquoi.
Je remercie ceux qui ont pris la peine, telle Adrienne récemment, mais bien d'autres avant elle qui se reconnaîtront, d'expliquer à leur lecteurs les raisons de cet arrêt. Lassitude, fin d'un cycle, envie d'autre chose, peu importe. Il en va d'un certain respect du lecteur. Et en retour, on respecte ce choix.
Dans le cas contraire, on reste dans une sorte d'incertitude préoccupante, allant jusqu'à se demander si la personne n'est pas décédée brutalement. Mais même en ce cas, il arrive souvent que les proches prennent le relais pour expliquer la disparition de la personne.

Il en est ainsi, également, de ces amitiés dites virtuelles, auxquelles, personnellement, j'ai toujours tenté de donner de la réalité : rencontrer la personne, entendre sa voix, voir son image. Faire des choses avec elle, apprendre à mieux la connaître.. 
J'ai ainsi noué avec certain·e·s d'entre vous de très beaux liens de « vraie vie ».

Alors quand un de ces liens se rompt soudainement, que plus aucun signe, appel ou message n'ont de réponse, ni orale ni écrite, on se retrouve désemparé. Alarmé. Très inquiet. 
Remuant dans son cerveau confus des tas d'interrogations. 
Des « pourquoi ? », des « comment ? », des « et si... ? »
Se demandant ce que l'on a fait ou dit. Se remettant en question, vaguement coupable, mais de quoi ? Ne pouvant faire aucun deuil, puisque l'on ne sait pas pourquoi la personne « fait la morte » ni même si elle l'est véritablement. Aucun moyen de le savoir.
Les psychologues utilisent un barbarisme approprié pour cette situation, cette plaie sociétale de plus en plus fréquente apparemment : c'est le ghosting. 
On est ghosté. Fantômisé, en quelque sorte. On n'existe plus. On erre sous un drap blanc tissé de questions sans réponses. C'est désagréable. Et tellement triste. Surtout si l'on évoque tout ce qui a fait notre lien pendant des années. 
On préfèrerait tellement une franche mise au point, une explication, voire des critiques, des reproches, des adieux en bonne et due forme, tout,  plutôt que ce silence mortel. Surtout quand cette attitude irrespectueuse ne ressemble pas du tout à votre ami, toujours enclin à l'indulgence, à la bienveillance, au pardon, bref, à l'amour universel... 
Ah la la, les relations humaines... 
Allez, je vais guetter la première hirondelle au-dessus du champ de luzerne qui fume au soleil. Et me préparer une tasse de thé dans lequel noyer mon désappointement.






Pour en savoir plus, j'ai trouvé un article intéressant sur philosophie magazine.
Parmi des centaines d'autres... 



02 février 2026

Et bam !




« Observer ses contemporains est toujours un pur régal…Une source infinie d’étonnement.  »
C'est en écrivant ce commentaire chez Adrienne, qui s'amuse beaucoup à regarder les gens et leurs comportements, que je me suis dit que oui, décidément, nous avons toujours matière à nous étonner de nos semblables. 
En portant sur le monde un regard sans a-priori, indulgent, mais aigu, on apprend beaucoup. Sur soi, sur les autres, et sur la façon dont nous percevons les interactions entre soi et les autres. Et sur cette prodigieuse diversité dont chacun de nous est un élément unique.

J'étais hier à un concert caritatif au profit de l'association France Alzheimer. Trois chorales se succédèrent, avec plus ou moins de grâce, mais beaucoup de cœur, nous emportant dans l'univers de la chanson française. Ayant fait chanter des centaines d'enfants devant différents publics,  je ne pus qu'admirer la maîtrise des deux chefs de chœur. Et les arrangements à plusieurs voix qui subliment la mélodie.

Mais c'est cette petite dame blonde à l'écharpe verte qui a attiré mon regard, et certainement pas que le mien, tant elle était présente sur scène. Au cinéma, on aurait dit d'elle qu'elle crevait l'écran. Elle me pardonnera de la mettre en avant, puisque je ne dis que du bien d'elle. Elle vivait véritablement chaque chanson, de tout son corps, de toute son âme. Sans sa partition car elle connaissait tout par cœur. C'était beau à voir. Réjouissant, voilà, c'est le mot. Cette dame éclaboussait la joie de chanter.

Dans le public, les gens chantaient aussi, bien sûr. Moi aussi, vous me connaissez. 
La musique est un partage. Et puis, soudain, ma belle-soeur, qui chantait pourtant très bien, et pas faux, s'est fait rembarrer par une dame acariâtre qui l'a sommée de ne plus chanter.  Elle avait dû enterrer son chien le matin-même, certainement. Ma belle-sœur en est restée estomaquée. A tel point qu'elle a changé de place après l'entracte, pour ne plus avoir à supporter cette irascible personne. Qui avait sans doute oublié qu'elle venait voir un spectacle solidaire et bon enfant,  et pas la Traviata au Palais Garnier dans le carré VIP. 
Vieille pie, plutôt, oui !

Enfin, au moment de la chanson de Piaf Padam, padam, et ses je t'aime de quatorze juillet, le présentateur lance comme une boutade : « Vous pouvez danser si vous voulez ». Personne n'a évidemment quitté son fauteuil pour venir valser devant tout le monde.
Mais un jeune garçon handicapé de seize dix-sept ans, se souciant peu du regard des autres,  a doucement fait rouler son fauteuil électrique jusqu'à l'espace entre la scène et le public. Et là, dans la magie de cette musique éternelle, le fauteuil s'est mis à tournoyer sur lui même, dans une valse lente et douce, c'était merveilleux à voir. Il dansait ! Son visage d'ange s'est illuminé. J'ai été saisie par l'émotion.
Je me suis dit d'ailleurs qu'il pleuvait dans la salle et qu'il faudrait revoir l'étanchéité du toit, parce que j'avais les yeux pleins d'eau. 
Sur ce pont infrangible entre hier et aujourd'hui, prolongeant le miracle de la musique, il a continué à danser sur Et bam, la chanson écrite par Vianney. 
Padam, et bam, deux bruits de coeurs battants .

Du coin de mon oeil humide, j'ai observé la vieille pie. Elle regardait son portable, absente à la beauté de l'instant.

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06 janvier 2026

Bienveillance













J'ai eu la joie, dernièrement, de partager un moment d'exception avec Lucia* et Damien*, deux anciens élèves des tout premiers temps de ma carrière. J'avais parlé de l'un d'eux ICI. 
C'était bien loin d'aujourd'hui, autant dire qu'ils sont devenus des adultes depuis longtemps. Sensibles, accomplis, émouvants dans leurs fragilités comme dans leurs forces. Et ils en ont beaucoup, de la force, pour traverser les écueils de l'existence.
A l'évocation de leurs souvenirs de CM2, admiratifs et sincères, je me suis prise à penser que j'avais eu raison, somme toute, d'être une maîtresse d'école exigeante et bienveillante. Deux qualités qui ne sont contradictoires qu'en apparence.
Ah ! La bienveillance... Dans les arcanes de l'Education Nationale, on n'a plus que ce mot-là à la bouche. Mais on en a fait une sorte d'indulgence molle proche de la capitulation, qui incite les professeurs à ne plus rien exiger de leurs élèves, par peur de passer pour des tortionnaires. 
Ou les jeunes parents à faire de leurs enfants des rois capricieux et névrosés.




Le dictionnaire, lui, dit que la bienveillance, c'est un « sentiment qui porte à vouloir du bien à autrui ». Ce qui ne veut pas dire que l'on doit tout accepter d'autrui. Là est toute la nuance.
Une nuance subtile... tendre pléonasme. Une nuance est toujours subtile, et inaccessible aux esprits binaires. J'ai toujours voulu le bien de mes élèves, les aider, les comprendre, les accompagner, mais aussi les émanciper, les pousser pour qu'ils trouvent le meilleur d'eux-mêmes, ce meilleur souvent enfoui sous des monceaux d'idées reçues et de préjugés négatifs.

Les pousser, oui, mais sans jamais avoir à hausser le ton, à menacer, à humilier, à faire mal, a montrer une autorité abusive. 
Comme l'a très bien dit Lucia, qui vit en Italie, les Italiens ont deux mots pour désigner l'autorité. La Autorità, conférée par un titre ou un grade, exercée par le commandement ou la contrainte et à laquelle on obéit. Et la autorevolezza, crédit ou confiance que les autres vous accordent, en raison de votre sagesse, votre compétence ou votre intégrité. L'autorité naturelle en quelque sorte, que l'on a envie de suivre librement.
Je crois pouvoir dire que je possède cette autorevolezza. Comme innée en moi. Elle s'appuie sur un profond amour des gens. Et continue à m'animer, dans chaque moment de ma passionnante vie, même si je n'enseigne plus. (quoique...) Je pense aussi avoir été une « mère veilleuse ». Ni copine, ni démissionnaire, ni injuste. 
J'apprends aussi, depuis quelques années, à être bienveillante avec moi-même. 
Pas le plus facile !

Il y a du merveilleux dans cette bienveillance-là. Dans cette mansuétude qui prend soin. 
Qui « veille sur » sans « surveiller ». Qui panse les blessures avec des gestes ou des mots pleins d'humanité. Qui secoue sans bousculer. Qui respecte.
Certaines personnes croient être sincères et franches, mais ne parviennent qu'à blesser l'autre dans son amour-propre et sa confiance en soi. C'est contre-productif en diable. Un simple mot d'elles peut piquer comme un dard empoisonné. Leurs œillères les empêchent d'élargir et d'adoucir leurs jugements. Cette violence larvée, sans doute inconsciente, cache certainement des failles narcissiques. A moins qu'elles ne reproduisent ce qu'elles ont subi.
Vous voyez, ma bienveillance me pousse à leur trouver des excuses...mais je ne recherche pas leur compagnie. 
La vie est trop courte pour être petite.


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* J'ai changé les prénoms, mais ils se reconnaîtront...





17 décembre 2025

Qui veut un câlin ?

« L'amour est la distraction préférée de l'humanité ».
Claude Lelouch









Si seulement Lelouch avait raison...


Il fait gris. Une petite pluie crachine et fait briller les pavés devant le funérarium. A la sortie de la cérémonie, les gens se prennent dans les bras, se serrent fort, les mains caressent longuement le dos de ceux que le destin a privés d'un être cher. Les larmes sortent, mais les étreintes durent assez longtemps pour que le bienfait en soit tangible. 
De pâles sourires se mêle aux mercis.
Rien de mieux que cette chaleur humaine dans les moments de tristesse. C'est un peu comme si la mort faisait tomber en un instant les barrières, les préjugés idiots, la peur du jugement, du ridicule, et tous ces freins que l'on nous a posés pour juguler nos élans, nos pulsions, nos besoins.
Mais pourquoi attendre un tragique événement pour câliner son prochain ? C'est tous les jours, et même plusieurs fois par jour, que l'on a besoin de cette douce compensation au froid sidéral existentiel.
Au cours de yoga, la prof nous a invités à caresser le dos d'une autre personne. Après la séance, celle que j'ai caressée est venue me remercier. Elle en avait les larmes aux yeux. « Cela fait si longtemps que l'on ne m'a pas touchée » m'a-t-elle confié. J'ai réalisé combien certaines personnes sont isolées au point de n'avoir personne qui puisse leur apporter un peu de cet élixir de joie profonde. Ni compagnon, ni enfants, ni petits-enfants, ni amis, ni voisins, ni parents. Cela m'a serré la gorge. Je n'ai pu m'empêcher de la prendre dans mes bras, pour un gros hug, tel que ceux que certains offraient spontanément dans la rue quand la mode était au « free hug ». Je ne sais pas si ça existe toujours...
On a même vu fleurir des « bars à câlins », des « bars à chats »... Quant aux espaces bien-être avec massages, ils ont le vent en poupe même si beaucoup de personnes prétendent encore ne pas aimer être massées.
Bien sûr que l'on a un besoin vital d'être touché·e·s.
La câlinothérapie se base sur ces faits scientifiquement démontrés : le câlin est aussi indispensable que l'air et l'eau. Il active les défenses immunitaires, réduit la tension et le stress, facilite le sommeil, améliore la peau, donne confiance en soi, fait baisser le cortisol, et augmente l'ocytocine, une des hormone du bonheur et de l'attachement. Son effet est immédiat. Et à double sens : nos mains, nos corps ont aussi besoin de toucher un autre être vivant. Toucher et être touché… Un chat, un lapin, chauds et doux doudous… ou le petit corps d'un bébé contre soi. Quel bonheur nous envahit dans ces étreintes où circule l'énergie vitale ! 

Pour les besoins du film Un+Une, de Lelouch, Jean Dujardin et Elsa Zilberstein font en Inde l'expérience d'Amma, la dispenseuse d'amour universel. Ils en gardent un souvenir ébloui. Emu. Difficile à mettre en mots. Depuis le covid, le câlin est devenu suspect, dans un monde désincarné ou le sans-contact n'est pas que sur les cartes bancaires.
Et pourtant, Amma fait la chose la plus simple qui soit : elle câline le monde. Dans une grande sérénité. Sans parti-pris, ni crainte d'aucune sorte.
Allez, câlinez vous bien, les amis. Et pas seulement sous une branche de gui.

.../\_¸_/\

..(=•_•=)

...ღ.*.ღ.•*







17 novembre 2025

Brume

 





Certains jours d'automne, la colline s'emmitoufle dans une écharpe de brouillard épais, transformant la maison en bateau isolé au milieu de nulle part. Plus rien n'existe, que ce cocon ouaté propice à l'introspection. 
Le fond du jardin est comme noyé dans une sorte d'incertitude. Les formes familières se muent en fantômes silencieux. C'est étonnant.
Les écureuils savent tout de même trouver leur route vers la mangeoire des oiseaux. Leurs panaches trouent la brume comme des feux follets.
Derrière la vitre, je m'interroge.
On peut aimer la clarté, et apprécier le flou qu'apporte la brume. Cette contradiction révèle en fait de façon tout à fait pertinente ce qui fait mon essence : des aspirations contraires et pourtant cohabitant en moi en toute sérénité, depuis que j'en ai pris pleinement conscience.
J'ai un côté autiste assumé : j'aime la précision, les chiffres, les notes de musique, les petits détails, les énigmes complexes, la logique, les explications qui rendent les choses claires, les rayures du zèbre, les équations, les fractales. Je supporte mal les agressions, sonores, lumineuses, olfactives, verbales, les images violentes, le vacarme, la saleté, le désordre, les entassements aléatoires, les discussions oiseuses. 
Me blottir en moi-même. Etre seule. Détester les gens. Ne voir personne. 
Dans le même temps, j'aime la poésie, l'art, les contacts physiques agréables, le mystère, les nuits sans lune, les nuances, les jeux de mots, le second degré, l'imprévu, la philosophie. 
Sortir. Etre à deux. Aimer les gens. Voir du monde. 
Affronter le réel et le fuir, parfois, dans un réflexe d'auto-protection.
Je suis comme un paysage d'automne. 
Parfois baignée de lumière, parfois empaquetée de brume. 


Jean-Claude et Janine


Mes écureuils vus par Lothar,  un lecteur attentif et attentionné...Merci à lui.


09 août 2025

C'est comme ça !


« Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait... »
Mark Twain







Les héro·ïne·s de mes livres d'enfance avaient un peu tou·te·s le même profil. Intelligents, raisonneurs, rebelles, courageux, obstinés, impertinents, sensibles. Allergique à l'autorité abusive de ceux qui savent mieux que les autres, en se réfugiant derrière leurs galons.
Fifi Brindacier, Fantômette, Anne avec un E, Tistou les Pouces Verts, Le Petit Prince, Zazie dans le métro, Jonathan le Goéland. Ulysse vainquant le Cyclope. Oui, à y bien réfléchir, ce sont des êtres que l'on essaie (sans succès) de faire entrer dans le rang. Des poseurs de questions, qui refusent de se soumettre à une injonction sans en comprendre le sens.
Des êtres impétueux, indignés par l'inertie de ceux qui se résignent à leur condition sans même imaginer qu'elle pourrait changer. Tel l'allumeur de réverbères, enchaîné à sa consigne, avec son encéphalogramme de moule anorexique. Réagis, bon sang !
Je réalise que, comme eux, je détestais déjà le conformisme et les idées toutes faites. Ainsi que la phrase « c'est comme ça » souvent accompagnée de son corollaire « et pas autrement ! ».
La quête de sens n'est pas une élucubration. C'est une vraie philosophie de vie. 
Dans la série des phrases urticantes que j'ai eues à me coltiner, il y a aussi le célèbre « c'est pour ton bien, tu comprendras plus tard ». Même s'il est vrai que l'on met parfois toute une vie à comprendre certaines choses, c'est quand même assez violent de s'entendre dire que « pour l'instant » l'on est trop bête. 
J'ai beaucoup travaillé à dompter ma nature sauvage, à respecter les règles quand elles ne sont pas iniques ou dépourvues de logique. A écouter la parole sage des anciens. A accepter l'inéluctable. J'ai lissé mes scories, calmé mes réparties, adouci mes jugements. Surveillé ce feu de volcan toujours prêt à se réveiller. Me prouvant que se rebeller contre le fatalisme du « c'est comme ça » commence par soi-même. Oui, on peut changer les choses, et notamment améliorer ses propres défauts, surtout s'ils nous ont fait souffrir. Non, ce n'est pas impossible. 
Mon double métier de mère et d'enseignante, me souvenant de ce que j'avais détesté, m'a permis d'éduquer les jeunes âmes dans le souci de cet équilibre subtil entre bienveillance et exigence. Je leur ai appris à ne jamais dire « c'est comme ça » avant d'être bien sûr que ça ne peut être autrement. Oh, j'ai bien dû dire quelquefois : « C'est comme ça, et pas autrement !!! » sur le ton de la daronne à bout d'arguments, c'est humain. On n'est pas le dalaï lama, non plus... Mais dans l'ensemble, j'ai rarement dû avoir recours à l'autoritarisme.
Je leur ai appris à obéir et aussi à désobéir. A croire en des valeurs et aussi à être sceptiques en ne gobant pas tout. Je leur ai appris « mon » sens de la vie. Ce qu'ils en feront leur appartient.






24 juin 2025

L'espérance follement réaliste


L'un de vous m'a remis en mémoire un texte que j'avais commis il y a presque dix ans. 
« Comment je pense à demain », sur une consigne de Queneau et ses 366 réels.
Rien n'a changé : il y a toujours deux façons de penser à demain. Au propre et au figuré. 
Demain, dans vingt quatre heures, je vais partir voir mes petites étoiles qui me manquent, mes Angevines. Demain soir elles seront dans mes bras. J'en suis sûre et pourtant, il y a une infime possibilité que cela n'arrive pas... Mais je vois déjà les superstitieux jeter du sel par dessus leur épaule tout en touchant le faux bois de leur table ikéa. On ne peut jamais rien dire de demain. Et cette incertitude est le sel de la vie.
Alors le grand demain... le Futur de l'humanité...Ce flou nébuleux que l'on appelle l'avenir. Ce qui est à venir. Ce qui arrivera. Ce qui n'arrivera pas. Ce mystère aussi épais qu'un dictionnaire en dix volumes. Qui peut en parler, honnêtement ?
Comme je le disais, on ne peut que supputer.
Soyons réaliste. Le pire est possible. Il est même probable. Les agités du bulbe rachidien qui jouent aux soldats de plomb avec nos vies n'en ont rien à carrer. Ils se trumpent, de toute évidence. Mais se croient au-dessus des lois mystérieuses de l'univers. Chétifs insectes, pauvres excréments de la terre...
Se préparer au pire en tremblant et en érigeant des murs n'est pas forcément très constructif. Mais si cela consiste à renforcer en soi les graines de courage, de résilience, de paix, d'ouverture, de solidarité, c'est faire de son mieux : ce sont ces graines-là qui aident à rester debout dans les tempêtes.
Renforcer en soi l'admiration des belles choses, le respect, la gratitude, le contentement. C'est notre potentiel d'êtres pensants. 
Cultiver en soi l'humilité et la fierté, l'espoir et la vigilance, le rêve et le réalisme, le coeur et la raison. Toutes ces choses en apparence contradictoires, mais qui sont les tenons et les mortaises de tout ce qui s'élève vers le haut, défiant les lois de l'équilibre et les rouages de la peur. 
En plantant mon olivier, il y a deux ans, je semais cette graine d'espérance follement réaliste dont parlait Alain. Pas le philosophe, non. 
AlainX, mon ami blogueur au discernement si fin, si juste.
Mon olivier va bien. Je vais bien. Le monde est rond et bleu comme une orange.
Jusqu'à quand ? On s'en fout, finalement.

Mon olivier en 2023

Mon olivier en 2025


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A Alain.
A Daniel.
A tous ceux qui s'assoient sur le rebord du monde en égrenant des arpèges.






05 mars 2025

Lettres du Kenya (2) Le sourire et la blessure

 






Des sourires, partout, tout le temps. 
Allez on va laisser de côté les remarques du genre « ce sont des sourires commerciaux ». En partie, certainement, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Dans certaines régions de France très touristiques, certains feraient mieux de s'en souvenir...
C’est surtout une philosophie, ici, cette façon de prendre la vie polé polé. Ce qui signifie à peu près dans la vie faut pas s’en faire. Un vieux refrain que mon père chantait souvent. Ou encore le célèbre Hakuna matata. Pourtant il y aurait de quoi s’en faire, car la vie est loin d’être facile pour les habitants.
Je me remémore le trajet entre Nairobi et Amboseli, le premier parc naturel que nous avons visité il y a une semaine.
La route semble être la colonne vertébrale, l’axe de vie. Les maisons s’entassent des deux côtés, hétéroclites, souvent très rudimentaires. On aperçoit des églises catholiques, des mosquées, une université, des écoles privées de filles, des usines, dont certaines semblent désaffectées.
 Les écoliers élégants portent l’uniforme britannique des sujets de sa majesté. On les croirait sortis d’Eton ou de Cambridge. Vestige de la colonisation anglaise, de même que la conduite à gauche. Ici on les appelle étudiants de la maternelle à la fac.
A côté d’eux, marchent des femmes en longs boubous colorés, avec cette belle démarche très digne de celles qui portent un bébé sur leur dos ou une amphore sur la tête. L’image a quelque chose de biblique dans ce paysage aride.
On y voit aussi des équipages improbables, deux hommes et deux chèvres sur le même scooter,  ou encore un homme portant un canapé sur une moto. Des charrettes emplies jusqu’au ciel de maïs, de bois ou de sac de céréales. Des dépassements hasardeux où l'on se retrouve face à face avec un camion : frissons garantis... Polé polé ! dit le chauffeur.
Bon, ben polé polé, alors... Et on croise les doigts en fermant les yeux. Ouf ! c'est passé.




Les marchands de fruits et légumes empilent les pastèques, les tomates, les concombres,  les mangues sur leurs étals, en de savantes pyramides. Certains n’hésitent pas à braver le trafic pour proposer leurs oignons aux automobilistes. Des marchés bondés de monde voisinent avec des camions si vétustes qu’ils semblent sortir tout droit du « Salaire de la Peur ».
Hors des villages, la vie continue, toujours au bord de la route : des bergers mènent leur troupeau de zébus ou de chèvres, armés d’un long bâton. Certains font la sieste, d’autres méditent sous un arbre pour s’abriter du zénith qui commence à cogner dur. Parfois on aperçoit un Masaï avec sa belle tenue rouge sang, et ses bijoux, arpentant le bas côté d’un pas conquérant. Mais le point commun, c’est ce sourire éclatant, comme un trait d’union,  un rempart contre la vie dure. 
Quand il disparaît des visages, comme caché par un nuage, on voit apparaître alors des tourments et des souffrances, que l'on tait mais qui sont là.
Une fêlure à l'image du Rift, cette profonde faille sismique qui entaille l'Afrique.

à suivre