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02 mars 2024

Quelle chance !

“Le monde m'est nouveau à mon réveil, chaque matin.”
Colette





Ma vie est un trèfle à quatre feuilles, un carré d'as, une patte de lapin. Le doigt du destin m'a offert une magnifique martingale, infaillible, le jour de ma naissance, à moins que ce ne fussent les fées se penchant sur mon berceau. 
En bref, j'ai beaucoup de chance. Ma pyramide de Maslow est complète, solide sur sa base. Mon ange gardien fidèle au poste.
Depuis ma fébrile et complexe adolescence, j'ai toujours dressé la liste de ces cadeaux de la vie. Cela m'a aidée à me sortir des moments de fond de vase, sombres et visqueux, où je ne voyais plus la lumière que comme un point infime et éloigné. Vous savez, quand on se sent comme dans un tunnel, un puits, ou une rue sans issue. 
La résilience est simple, elle n'a pas d'autre source que ce coeur de soi ardent. Cette pulsion de vie qui nous pousse vers nos possibles, comme vers nos impossibles, d'ailleurs.
C'est un exercice très sain, pour commencer une journée. Vous vous asseyez tranquillement et vous énumérez toutes les bonnes et belles choses qui s'offrent à vous, tels des fruits prêts à cueillir. 
C'est dans cet esprit que j'ai passé les deux dernières semaines. La première, dans une pinède méditerranéenne au soleil, à aider ma Prunelle et son mari à peindre leur future nouvelle maison, des dizaines d'heure de travail, des milliers de coups de pinceau et de rouleau, jusqu'à ne plus sentir mes os... Mais un vrai moment de complicité mère-fille, silences joyeux et fous-rires éloquents.
La seconde, à m'occuper de trois petites diablesses pleines de vie, sonores, et parfois trébuchantes. Une semaine au pays de l'enfance, dans une douceur angevine et pluvieuse, des heures de balades, de spectacles, de jeux des sept familles, de dessins, de puzzles, de siestes, de goûters, de petits bobos et de gros chagrins. Du cristal sans fausse note, ces coeurs-là. Du diamant d'innocence. 
Sans compter, pour faire bonne mesure, les nez qui coulent, les gorges qui grattent et les estomacs qui débordent aussi parfois... Et les nuits bien courtes.
Le tout en chansons. Connaissez-vous la Fée rousse à Lunettes ? Une proche cousine à moi, à tout le moins. Et je regardais mon fils, si beau et si fier au milieu de toutes ses femmes...
Quel bonheur, me suis-je dit, et quelle chance de pouvoir regarder vivre ces petites étoiles dont je me sens si proche. 
Quelle chance de voir s'épanouir mes enfants dans leurs vies de couple ou de parents. De voir surgir de terre leurs maisons, leurs rêves. De partager un peu de leur quotidien. 
Quelle chance de pouvoir serrer sur mon coeur tant d'êtres que j'aime. Il n'est pas de plus beau bijou que les bras d'un enfant autour de votre cou.
Et quelle chance, au retour, de me jeter au cou de mon amour !
Quelle chance de vieillir, quand on découvre à son réveil un monde nouveau chaque matin. 


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 A une lectrice qui m'a fait l'insigne honneur de se confier à moi, 
et qui traverse un douloureux tunnel en ce moment. 
Avec toute ma sollicitude et mon espérance qu'elle en voie rapidement le bout.




23 mai 2022

Maintenant








A l'aube, j'ai entendu comme la voix d'un ange. Elle disait.
« Maintenant. Là, tout de suite. Tu sais, le gérondif latin « manu tenendo » est clair. (C'était un ange érudit et linguiste) Il signifie : 
« Pendant que l'on tient quelque chose dans sa main ». Main, tenant. Tenant dans la main.
C'est joli comme étymologie, non ? C'est comme une évidence.
Mais que tiens-tu de si précieux dans ta main, qui donne à ce moment-cadeau le doux nom de « présent » ?
Mais la Vie, tout simplement. La putain de Vie.  (C'était un ange brut de pomme, qui ne mâchait pas ses mots)
Le fait de ne pas être allongé dans une boîte obscure, figé sur l'infini, décomposé, ou dispersé en poussière dans la mer ou au pied d'un arbre. Y penses-tu chaque matin, en ouvrant les yeux sur ce miracle ? 
La mort aura son tour. Elle le sait. Elle gagne toujours à la fin. Mais pour l'instant, tiens-la en respect. Traite-la en amie, apprivoise-la, je connais pour cela un moyen génial (C'était un ange sûr de lui) : prête ton attention à la Vie.  Profite. (Et hédoniste, avec ça !)
Ressens. Bouge, même si ce n'est que d'un battement de cil. Tu as un corps qui dégage de la chaleur, frissonne,  produit des fluides, des bruits, des borborygmes même. Nourris-le de belles et bonnes choses, bichonne-le, tendrement, car il héberge ton Être. C'est la plus belle des maisons. Ton vaisseau dans l'aventure. (C'était un ange poète, assurément)
Ecoute battre ce petit morceau de chair palpitante qui te maintient (encore cette idée de la main qui tient) droit·e sur ton fil d'Ariane, toujours étonné·e. 

La chance, c'est le principe actif infinitésimal d'une dilution magique. ( C'était un ange se soignant à l'homéopathie). Même quand tu traverses d'horribles tempêtes, elle est là. Ouvre ta main. Saisis-là, ne la laisse pas s'envoler.
Et dis-moi ce qui te rend vivant.  Maintenant. » 
Je le lui ai dit. 
Mais la liste est trop longue pour que je vous l'écrive.

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03 juillet 2019

Non, je n'ai pas cessé d'écrire...







« Quand on aime quelqu'un, on a toujours quelque chose 
à lui dire ou à lui écrire, jusqu'à la fin des temps. »

Christian Bobin











Non, cher Goût, toi qui as le goût des autres, toi qui m'as touchée à demander ainsi de mes nouvelles, et vous autres aussi, tous, qui vous demandez pourquoi tant de silence. Mais où est donc Célestine ? Avec Ornicar ? 
Non, je n'ai pas cessé d'écrire.
J'écris dans le murmure du vent dans les chênes. Dans la fournaise des cigales ébahies par l'inconscience des hommes. Sous l'orage de grêle et la pluie qui renaît.
Ou dans les yeux des écureuils au matin, quand le moment du petit déjeuner éclaire une symphonie au creux de la forêt.
J'écris dans le lin bleu de l'horizon fourbi comme un drap soyeux au-dessus de mes jours.

J'écris sur les nuées, de lieu en lieu. Emerveillée toujours davantage par le cadeau de la vie. Les minutes s'égrènent comme du pollen. J'ai l'impression de ne rien avoir le temps de faire, et pourtant je n'ai jamais vécu aussi intensément. Je vibre. Mon coeur tressaille à chaque instant.
C'est étonnant comme tout paraît plus beau, quand on regarde les choses avec des yeux toujours neufs.
Comme si quelque chose avait pris soin de polir chaque grain de sable, chaque pavé de rue, chaque feuille.
Ce tout petit quelque chose qui ajoute de la magie dans chaque geste, chaque regard.
Et accroche à chaque carrefour de la ville étincelante, des rubans verts et blancs comme les voiliers dans le port.

Aujourd'hui, Sibylle a un an. Déjà un an... 
Une minuscule portion de vie, et pourtant...tant de choses se sont passées depuis. J'ai changé de bateau, d'ancrage, de maison. J'ai laissé derrière moi les scories de mes anciennes passions, mes brûlures et mes défaites. J'ai soigné ma petite fille intérieure. Je suis sortie plus forte de ce passage de cap Horn que représente toujours un divorce. Même dit « à l'amiable ». Surtout quand il faut se battre contre son propre avocat...

J'ai écrit au jour le jour tous mes halètements, mes angoisses, mes victoires. Mon chemin.  J'en ai fait un livre, oh pas pour gagner le Goncourt, non. Juste comme une pierre que l'on pose sur ce chemin pour se rappeler par où l'on est passé.
J'écoute de loin le tumulte des guerres, des folies, toujours les mêmes. Je les sais, mais ne les laisse plus m'atteindre. Comme je laisse de côté tous les fiels de ceux qui ne savent pas se réjouir quand ils vont bien.

Je vous écris d'une île bleue, un sentiment si délicieux et si subtil, ce sentiment d'éclat, de force, de douceur et de tendresse, qui touche les coeurs de son aile, et prend soin de nos instants. L'amour et son équipage de chevaux blancs éclairant soudain le ciel qui semblait vide. Comblant chaque interstice de son empreinte.

Je vous écris de ce rai de lumière si parfait sur la table.
Et chaque grain de poussière dansant dans le soleil qui répète les mêmes mots. Je vais bien. Je suis heureuse. Merci. Merci. Merci.

Et toi, mon amour, je t'écris aujourd'hui du bout de mes étoiles, combien tu emplis ma vie, et fais trembler de joie chacune de mes cellules. J'aurai toujours quelque chose à t'écrire jusqu'au fond des temps. J'écris combien il est doux de t'avoir rencontré.  J'écris chaque jour sur ta peau, dans tes yeux, dans tes mains, et sur le fil de ta voix qui me comprend si bien, le bonheur d'être enfin moi-même, pour la goutte de temps et d'éternité qui nous reste.


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25 mars 2016

Mon criquet



-Tu es mélancolique, Célestine ?
-Un peu. Je me sens nue et désarmée devant les malheurs du monde. 
-Nue ? hé hé ! Mmmmh ! C'est sympa ça ! j'aime bien, personnellement...
-Tu te moques...
-Un peu. Oui, je vois que tu t'accroches à ta guitare comme à un mât de misère dans la tempête...Mais tu n'es pas désarmée...ta guitare c'est ton arme. C'est comme le crayon d'un dessinateur, le pinceau d'un peintre, comme ton clavier, tiens, qui te fait écrire de si belles choses parfois ...
-Tu es drôle, Gemini Criquet. Je me sens un peu découragée, d'un coup... Je n'ai rien d'autre à donner que moi-même, ma musique, mes mots, ma douceur, mes élans, ma fièvre. Mes enthousiasmes de mioche montée en graine.
-Mais c'est déjà énorme ! Tu fais du bien aux gens, ne l'oublie jamais. Tu les touches. Tu leur donnes ta lumière. N'en doute pas. Et puis les graines, ça te connaît ! Les graines de « maîcresse » que l'on s'aime dans le coeur des enfants ...
Les graines de paix, les graines d'optimisme. Les graines de joie...une vraie jardinière !
-Tu crois...Oui, dans un sens, c'est vrai, je suis dans le don.
-Le Don ? Le fleuve russe cher aux cruciverbistes ? 
-Mouarf ! Je vois bien que tu essaies de me faire rire, chétive bestiole !
-J'essaie surtout de faire rire tes lecteurs avant qu'ils se barrent tous en courant...Allez, secoue-moi tout ça, la vie est belle, nom d'une sauterelle ! Chante la, danse la, danse moi jusqu'au bout de l'Amour, en équilibre sur le bord des cratères en éruption, entre les arbres,  sur ton fil de soi...Fais comme tu sais faire. 
N'y a-t-il pas quelque chose que tu voudrais leur dire ?
-Oui, je voudrais leur demander s'ils ont, comme moi, la chance d'avoir un criquet, une luciole, une espèce de ver luisant qui leur secoue les puces quand il le faut, et chasse leur bourdon...


Ah et puis, tiens, je leur offre ma dernière petite interprétation...jusqu'au bout de l'Amour...


16 avril 2014

Organisation pédagogique


-Ciel, mais que fais-tu donc là, Célestine? (Mon ange s'exprime toujours de manière élégante)
-Ah, mon ange! Tu tombes bien. Je suis en train d'essayer de tenter d'échafauder des propositions d'organisation pédagogique pour l'année prochaine.
-En clair?
-En clair, j'essaie de voir quelles classes on va pouvoir former avec les effectifs annoncés...Classes simples, doubles niveaux, deux CP ou trois? des CM1 à 29 élèves, impossible! quel casse-tête!
-Facile, pourtant, tu divises le nombre total d'élèves par le nombre d'enseignants...
-Ce n'est pas si simple! Il faut tenir compte du niveau des élèves. Et par exemple, les 2008 sont très nombreux. On se demande ce qui s'est passé, il y a six ans, pour que les gens fassent tant de bébés...Bref, il y a beaucoup d'impondérables...et ne me réponds pas "de lapin" s'il te plaît, tu vois bien que je galère!
-Comment puis-je t'aider?
-Eh bien, si tu pouvais savoir exactement combien d'élèves vont arriver à la rentrée, combien vont partir, combien vont s'inscrire en cours d'année, combien vont devoir refaire leur année (avant on disait "redoubler" ce qui les laissait supposer qu'on émettait l'espoir de les voir redoubler d'efforts l'année suivante, maintenant on dit "faire l'objet d'une mesure de maintien dans le cycle" c'est d'ailleurs de plus en plus mal vu en haut lieu, on dit que ça ne sert à rien, mais c'est surtout parce que ça coûte trop cher, un enfant qui prend son temps...Enfin, de toutes façons, maintien au lieu de redoublement, ça revient au même. Sauf que c'est plus élégant. Ça s'appelle un euphémisme...)
-Ce ne serait pas plutôt une coquecigrue?
-Tiens, tu me rappelles l'excellent dialogue des deux porte-flingues de Michel Audiard

" -J'ai peut-être mauvais caractère, mais j'ai le glaive vengeur et le bras séculier, l'aigle va fondre sur la vieille buse! 
 -C'est chouette comme métaphore, non? 
-C'est pas une métaphore, c'est une périphrase!
-Oh, fais pas chier! 
-Ça, c'est une métaphore!"
-Oui, ha ha!  C’était du lourd, le grand Audiard...

 
-Bon, allez, trêve de billevesées, tu me détournes de mon travail, l'ange...mais, mais...où sont passés mes tableaux? Nooooon !!! Tout a disparu! Deux heures de boulot, ô rage! Ô désespoir! Open Office ennemi! N'ai-je donc tant bossé que pour voir s'envoler mes beaux tableaux en deux coups de cuillère à pot?
Dis donc, l'emplumé, tu me sers à quoi si tu n'es même pas fichu de lancer la récupération du fichier? Fatal error system! Mais? ... mais... où il est passé, cet olibrius?

***

Eh bien, vous me croirez si vous voudrez, mais ayant été lâchement abandonnée par mon ange gardien, et par les dieux (hi)lares de l'informatique, je me suis collée toute seule à refaire mes tableaux. Avec une règle et un stylo. Ça m'a pris vingt minutes. 
S’entourer des bonnes personnes et se munir des bons outils au bon moment…C’est sûrement ça, le secret de la réussite...



Sor, Study No. 5 in B by Fernando Sor on Grooveshark

Je dédie mon texte à Epamine et à Olga Laxie. Par pure solidarité.
Dessin jack l'Instit






31 décembre 2013

Mes étoiles






-Qu'attends-tu pour écrire ton billet de Nouvel An, Célestine?
-Ah, l'Ange, tu es là...Il faudrait bien sûr, en cette aube nouvelle, que je laisse parler mon coeur...
-Eh bien, qui t'en empêche? N'est-ce pas ce que tu fais le mieux?
-C'est que j'ai tant à dire...tu ne sais pas qu'au-delà d'une certaine longueur, les gens ne lisent plus?
-Alors, il faut que tu dises tout en très peu de mots. Ce serait comme une contrainte d'écriture, tu ne vas pas me dire que ça te fait peur? Toi la reine des défis et autres exercices de style à la Queneau...
-Tu es gentil, l'Ange...
-En même temps, c'est un peu mon rôle d'être gentil. Alors, que voudrais-tu leur dire, à tes lecteurs?
-Je voudrais leur dire...tout l'espoir que je mets dans cette nouvelle année, tout le bonheur que je leur souhaite, tous les bonheurs d'ailleurs, car je crois davantage aux petits bonheurs qu'au grand, toutes les petites joies quotidiennes, les pas posés délicatement sur le chemin de leur vie, les émerveillements, les possibles même quand on croit que tout est perdu.
-C'est pas mal ça...et puis? 
-Je voudrais leur dire qu'ils sont comme les étoiles de mon ciel, que j'ai besoin de chacun d'eux, que je les remercie de venir me lire assidûment et avec toujours tant de bienveillance et souvent d'admiration, quelles que soient les bêtises que j'écrive. Que certains brillent plus que d'autres, bien sûr,  mais que même la plus petite luciole est importante pour moi. Parce que sa lumière est unique dans mon coeur. Je voudrais qu'ils se reconnaissent sans que je les cite, car je ne voudrais pas en oublier un seul tant ils sont nombreux... 
-Tu n'as qu'à faire des catégories...
-Je n'aime pas trop enfermer les gens dans des boîtes, mais, bon, si tu insistes, il y les éclats de rire, les remèdes contre le blues, qui me rendent joyeuse...
-Bon début!
 -Les douceurs, les tendresses, les câlins qui me réconfortent.
-Hé, hé! c'est important!
-Les quotidiens, ceux qui confient leur parcours semés parfois d'embûches...
...Les créatifs, les poètes qui m'émerveillent de leurs talents, 
les penseurs qui me font réfléchir,  les lecteurs qui me donnent envie de lire...
Et tous sont  passionnants! Et passionnés...
-Tu ne leur passes pas un peu trop de cirage, là?
-Ben non,  tu m'as dit de laisser parler mon coeur...
-Je crois que chacun va se reconnaître ainsi. Allez, résume, tu deviens trop longue!
-Alors mes chers amis de la toile, vous qui êtes mes étoiles, 
Je vous souhaite la plus passionnante, douce, tendre, câline,
 joyeuse, créative, et enrichissante année possible. Et toujours de la fièvre et du miel.
Et surtout, n'oubliez pas,
JE VOUS AIME
-Tu sais quoi, Célestine?
-Non, quoi?
-Tu aurais pu  n'écrire que ces trois mots, ça suffisait...
-T'es fou-fou, l'Ange, parfois...
-Si, si, je t'assure, ils auraient compris.
-Bon allez, rendez-vous en 2014 pour la suite de mes aventures...
-Ouep!


Christmas Oratorio BWV 248: Sinfonia In G by Johann Sebastian Bach on Grooveshark

14 septembre 2013

Contrôle technique

-Tout va bien, Célestine?
-Oui l'Ange, oui, tout va bien! 
-La rentrée?
-Derrière moi. L'humour me sauve, comme toujours. Partir dans les petits matins gris, après des vacances de rêve,  pour retrouver un monceau de problèmes, mieux vaut en rire. Et c'est ce que je fais...
-Le bateau est parti?
-Fin comme un oiseau, hisse et ho!



-Les élèves?
-Bavards. Hétérogènes. Hyperactifs. 
Dyspraxiques. Déconcentrés. En perte de repères.Déstructurés. Pleins de lacunes. Insolents. Perturbés. Paresseux. Immatures. 

Mais tellement attachants! 
Un vrai défi que de les faire progresser, d'en faire de vrais élèves...gentils et autonomes.
Et le doux plaisir sans fin des copies à corriger...
L'humour me sauve!






-L'administration? 
-Pontifiante
-La mairie?
-Affligeante
-Les parents?
-Énervés
-Les collègues
-Sauvés comme moi par l'humour...
Et puis tu sais, mon ange, tu sais, j'ai une vie en dehors de l'école! Une vie belle, riche, passionnante, pleine de découvertes, de rencontres, de bonheurs petits et grands, pleine d'amour.
 "Institutrice mais pas que" tu te souviens?
-Oui,oui, apparemment, donc, tout va bien pour toi...je suis au chômage, quoi!
-Euh...l'Ange, ne t'éloigne pas trop quand même! L'humour me sauve mais je ne suis pas à l'abri d'un coup de mou dans la corde à nœuds...



20 mars 2013

Epilogue



-Tiens!!!! Non mais, les amis, regardez  donc qui approche! Notre ami l'Ange gardien...qui nous la joue  "Pomponnette"! Ça alors, quel culot! mais t'étais où? hein? T'étais où pendant que la pauvre Célestine...
-Si fait, mes amis, me voilà de retour! En pleine forme!
-Eh bien, on peut dire que tu arrives " légèrement" après la bataille!
-Ah? Euh...oui, j 'étais en vacances. Un petit "pied dans l'eau" au bord de la Grande Bleue...Très sympa...Des petits restos très goûtus...Plus de taf...les ailes en éventail...le paradis hihi !
-Tu n'as pas honte! Heureusement qu'elle a des amis qui ne l'ont pas laissé tomber, espèce de séraphin d'opérette! Tu n'avais donc pas de portable? De connexion internet? Tu ne lisais pas les journaux, l'emplumé?
-Non mais dites donc, restez courtois...Vous me vexez.
-Ne nous dis pas que t'es au courant de rien!
-Ben, non, à Noël j'avais laissé Célestine en pleine euphorie, en robe de lune...
-Ah! Elle a passé des moments grandioses depuis ton départ! Va donc lire ses billets: "Certains matins", "En bas", "Jus de cervelle", "Eclaircie"...
-Eclaircie? déjà? ça n'allait pas si mal, donc...
-Qu'elle croyait, naïve qu'elle était! Ce n'était qu'un répit. Il lui a fallu "s'emplir de courage"...pour mener la bataille à son terme.
-Mais..mais...que voulait-on à cette pauvre Célestine?
-Oh, on ne va pas redire l'histoire, tu liras si ça te chante. De sombres conflits d'intérêts...Des bassesses administratives...Rien de bien intéressant. Des trucs politiques.
-Oh! la la, elle n'a pas dû aimer, elle qui n'est que douceur et volupté. Je suis confus...Et...comment va-t-elle maintenant? 
-Oh, bien. Elle a perdu trois kilos, mais elle a définitivement gagné la bataille. Par K.O. Le maire a rendu les armes lundi soir.Comme dit un ami à elle, la peur de l'électeur sévit en France une fois tous les cinq ou six ans, il fallait en profiter...
-Vous me la baillez belle! Si j'avais su!
-Ce qui est fait est fait. Ses amis l'ont beaucoup aidée, ceux qui ont livré la bataille, et tous ceux qui lui ont mis des petits mots gentils sur son blog, pendant que tu te dorais l'auréole  à Tataouine les Flots...Elle ne sait plus comment les remercier depuis. Enfin, c'est un heureux dénouement!
 Et il était temps, elle commençait à craquer.
-Mais enfin, voyons, je suis là, je ne l'aurais pas laissé craquer!
-Tu t'en sors bien, l'Ange! Tu devrais faire de la politique, tu es doué... 


24 janvier 2013

En bas

L'ange gardien de Célestine est comme qui dirait en "RTT" cette semaine. Il faut bien qu'il récupère de temps en temps. Du coup la môme Célestoche nous fait un p'tit coup de grisou, dites voir...

-Oh la! sérieux?  Dis donc l'Ange, ne te prélasse pas trop sous les cocotiers, elle a besoin de toi...
-Eh, je vous entends, vous savez. Je ne me repose que d'une aile, faut pas croire. C'est une vocation, ange gardien, pas un petit boulot!
-Et c'est une bonne situation ça, ange?
-Oh vous savez, je ne crois pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises situations...
-Tut tut, ne plagions point ce cher Otis, l'Ange. Reviens plutôt rapidement faire ton boulot!
-Bon, bon, j'entends bien, mais qu'a-t-elle exactement? Elle me semblait avoir la patate ces derniers temps.
-Elle a une sorte de spleen fourchu et griffu.  La fatigue hivernale, l'impression de ne plus avancer, de se noyer dans un verre d'eau. Une grosse semaine au travail, sans coupure du mercredi (il paraît qu'il va falloir s'y faire, et elle ne se fait pas à l'idée)  un vrai moment de flottement professionnel. On lui propose un changement de cap. Elle hésite, elle balance. Elle atermoie...
-A vos souhaits!
-Ne plaisante pas, l'Ange! 
-Ça va! J'essaie seulement de dérider l'atmosphère...après tout, rien n'est grave, et comme dit un ami à moi, la vie, tout le monde finit par s'en sortir...

-Tu es drôle, cher Ange...mais dites-moi, je vous entends discuter sur mon dos, je ne suis pas sourde. Je suis quand même la première concernée non? 
-Alors, dis nous, ça ne va pas, Célestine ? 
-Pfff, je me sens comme une vieille éponge mitée. Je vais me reprendre, hein, mais là, j'avoue, je craque un peu. Je suis dans une espèce de flottement et moi, quand je ne sais pas sur quel pied danser, je me casse la figure. Et puis, je me mets à réagir au moindre mot de travers. Un mot peut me miner une journée entière.Et des sentiments diffus d'impuissance, d'injustice, d'absurdité... En réalité, c'est moi qui prends tout de travers...Et dans ces moments-là, les objets semblent se liguer contre moi. Aujourd'hui, c'était presque comique: les clés n'entraient plus dans les serrures, mon téléphone s'était caché exprès pour m'embêter, la voiture a failli ne pas démarrer, je suis arrivée en retard à un rendez-vous, j'ai oublié mes mitaines, l'antivol de mon vélo. Non mais, un vrai carnaval des objets en folie...
-Il est temps que tu t’assoies pour regarder un peu passer le train de ta vie, avant de te fouler une cheville! comme dit un autre ami à moi...
-Oui, je pense que c'est une bonne idée. Au diable le burn-out.  Je vais me payer un petit weekend complètement déconnecté des contingences matérielles...j'ai besoin de rêve, et d'un grand bol d'air frais.

-Eh bien , foi d'ange gardien, je crois que je vais prolonger un peu mes vacances, il me semble que ma Célestoche sait mettre en pratique mes leçons de vie...
-Euh, ne t'éloigne pas trop quand même, hein, l'ange. Elle fanfaronne, mais sous ses dehors joyeux et rebondissants, elle cache des blessures et une fragilité d'hypersensible écorchée vive.



02 avril 2012

Le retour de l'ange

-Dis donc, l'Ange, tu ne la trouves pas un peu étrange, Célestine, en ce moment?
-Hein? Non, je n'ai rien remarqué... Étrange, c'est être ange...
-Moi, je la sens différente, fatiguée, décalée.
-Le petit coup de mou de la fin d'hiver, sûrement,  rien d'inquiétant.
-Ah mais si, moi je trouve que tu devrais t'inquiéter au contraire. Je t'assure, elle n'est pas comme d'habitude. Il a bon dos, le p'tit coup d'mou...
-Bon, c'est vrai que ses derniers billets ne sont pas très folichons. Mais il faut la comprendre, la période est délicate.
-Ah? Que veux-tu dire?
-Eh bien, tu sais, en ce moment, la conjoncture n'est pas gaie. La France est comme en apnée, retenant son souffle avant de s'élancer vers son avenir incertain. Et rien n'est acquis...
-D'accord, mais Célestine est au-dessus de ça, je crois, une véritable optimiste, non?
-Je la sens réfléchir intensément. On dirait que la dimension écologique la tracasse beaucoup, elle se fait du mouron pour les générations futures, ses enfants, ses petits-enfants...Elle a entendu le message de Nicolas Hulot, ce soir,  ça lui a fait un choc.Surtout la phrase: "une société qui n'a pas su avoir des rapports apaisés en période d'abondance a des soucis à se faire quand arrivera la rareté"... Ça lui a fait froid dans le dos, cette annonce apocalyptique d'un nouveau Moyen-Age...
-Il faut lui dire de ne pas trop prendre en charge les soucis de toute l'humanité...Un peu d'égoïsme ne nuit pas!
-Bien sûr. Je crois qu'elle s'emploie quotidiennement à s'émerveiller des petits riens de l'existence, et trouver refuge dans les beautés de la nature. Elle le rabâche même, je me demande si elle ne saoûle pas ses lecteurs avec ses petits bonheurs béats...
-D'où vient alors mon sentiment diffus qu'elle ne va pas très bien?
-Tu sais, il y a mille et une raisons. Le temps qui passe, ses enfants partis, l'avenir du petit dernier, la crise,  la fatigue du travail, ses vieux parents qui lui manquent,  les petits soucis, les tracasseries bureaucratiques, le poids des responsabilités, les déceptions, la connerie de certains, le regret des amitiés perdues, le crabe qui rôde et emporte les gens qu'elle aime, ses hormones qui font des montagnes russes, les lassitudes du quotidien...pas toujours facile!
-Eh, je comprends mieux ce regard parfois sombre et découragé, elle qui a les yeux si clairs au demeurant. Mais tu es là, non, l'Ange?
-Bien sûr! Tiens pas plus tard que ce weekend, je lui ai apporté en cadeau la présence de son fils aîné,  un vernissage avec des rencontres agréables, une soirée paisible en famille, un petit déjeuner au jardin, une sieste au soleil et un billet de son amie Delphine. Tu vois que je me suis déchiré pour lui faire plaisir. Et puis je lui ai glissé dans le creux de l'oreille que les vacances de printemps arrivent dans une semaine, qu'elle va pouvoir souffler vraiment...
-Ah, ça, elle a dû apprécier!
-Oui, je crois que j'ai fait mouche. Elle a beau adorer son métier, il est usant nerveusement, il n'y a que ceux qui ne le connaissent pas qui en parlent comme d'une sinécure. 
-Elle va aller mieux, donc? Tu peux être content, l'Ange!
-Je ne crie pas  victoire, elle est encore fragile. Je l'ai même surprise à pleurer ce soir.
-A moi, elle m'a dit que ça lui faisait du bien: les femmes sont comme ça, il paraît. Elles ont des larmes "bénéfiques"...va comprendre!
-Bon j'y retourne. Il faut que je lui effleure le front avant qu'elle dorme: pour qu'elle oublie ses pensées négatives et qu'elle parvienne à faire de beaux rêves. Quant à ses vieux démons, j'en fais mon affaire.

18 septembre 2011

Sur les ailes d'un ange...



-Quel métier exerce donc Célestine?
-Comment, vous ne savez donc pas encore qu'elle est institutrice?
-Eh bien, à vrai dire, non...Au vu de ses derniers billets, je l'aurais plutôt imaginée poète, journaliste, chroniqueuse, amoureuse, rêveuse, auteur de livres pour enfants ou de scenarii comiques pour la télévision, capitaine de bateau ou ermite sur sa colline...Ça m'intrigue...
-Elle est un peu tout cela, en réalité. Son métier lui permet de garder cet esprit primesautier de l'enfance. Et en même temps la distance nécessaire, la sérénité pour ne pas céder au découragement ou à la sinistrose.
-Le contact avec les mômes, certainement.
-Sans doute. Bien que ce contact ne soit pas bénéfique à tout le monde dans ce métier. Oh, mais, c'est que ce n'est pas drôle tous les jours ce boulot, il ne faut pas croire! Il y a le bruit, un bruit continuel, permanent, insidieux, usant les tympans plus sûrement qu'un boulevard périphérique sous ses fenêtres. Les enfants ont une voix suraiguë.Ils ne savent rien dire sans hurler. Les  profanes ne s'en rendent pas compte: une récréation sous le préau, c'est un tout petit peu moins de décibels qu'un décollage de Boeing. Et puis, il y a les ordres et contrordres de l'administration, les réformes, le vocabulaire ampoulé, les délais de rigueur, les notes de service, la langue de bois...Au regard de la mission première d'enseigner, ces dérisoires et inutiles tâches vétilleuses et formalistes  pompent une précieuse énergie pour...rien. Ou encore, il y a les parents d'élèves, ceux qui comprennent, qui font confiance, et les autres. Ceux qui viennent pour casser du prof.
-Vous exagérez !
-A peine...certains cherchent toujours à reporter sur l'école la faillite de leur propre système d'éducation, ou se vengent des profs de leur enfance.
-Sans doute, mais...pour compenser il y a les vacances!
-Ah, les vacances, le grand mot est lâché. Oui, Célestine reconnaît que c'est un des côtés agréables de ce métier. Mais celles-ci ne seront peut-être qu'un souvenir dans quelque temps. On s'emploie, en haut lieu, à fracasser les valeurs ancestrales contre le mur de la modernité, à saper le moral des troupes en supprimant une à une les singularités qui faisaient de ce métier plus qu'une vocation unique...Un rêve de vie: tu imagines, Enseigner, transmettre  le Savoir à la promesse de l'humanité, aux générations futures...préparer notre Devenir!
-Vous devenez lyrique! On sent que Célestine est passée par là.
-Oui, je l'avoue: elle parle toujours de son travail avec des étincelles dans les yeux.
-En tous cas ces temps-ci, elle se fait plutôt discrète sur le sujet de l’Éducation Nationale...Ne me dites pas qu'elle n'a plus rien à dire.
-Elle a peut-être trop à dire, au contraire. Alors elle se tait, elle ramasse ses forces comme la panthère prête à bondir.
-Ou alors, elle ne veut pas lasser ses lecteurs...
-Y a de ça! Elle aime se montrer sous des facettes différentes, cultiver un certain mystère: et ça marche, la preuve, elle a réussi à vous intriguer... Vous êtes satisfait?
-Vous, en tous cas, , elle a su vous convaincre de ses idées!
-Elle n'a pas eu de peine: je suis son ange gardien! Entièrement acquis à sa cause...
-En la lisant, je me disais bien aussi, qu'elle semblait voler sur les ailes d'un ange, cette Célestine.