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05 février 2024

Pensées déroutantes




Eprouvez vous parfois cette sensation étourdissante de vous trouver au milieu d'un manège, d'un tourbillon ? Figée, vaguement nauséeuse, avec l'impression de ne plus rien contrôler ?
Ce n'est pas par hasard que j'ai eu envie d'écouter les valses de Chopin, ce matin. Sans doute cette musique brillante et tournoyante correspond-elle au tréfonds de mon état du jour. 
Dans ces moments là, mille pensées virevoltent dans mon esprit, sans que je puisse m'accrocher à aucune. Je lis une phrase ou deux, picorées ça et là, et mon cerveau s'envole dans des rêveries, des bribes de souvenirs, des rameaux de volonté oscillant au vent du hasard. Rien de construit ou de structuré. Des effilochages, des bouts de laine accrochés au barbelé du temps. Des regrets, de la nostalgie.
Je viens de terminer ma plongée dans les abysses de mes écrits. Mes Brins d'Etoiles sont là, devant moi, comme autant de témoins de papier de mes fièvres passées. Ils sont beaux. Très réussis. Ils concrétisent ce chemin sur lequel certains d'entre vous m'ont accompagnée depuis toujours. 
Etrangement, je ressens une sorte de vide. Mais est-ce si étrange, au fond ? Après toute création, comme après un accouchement, on se sent vidée. C'est là que le formidable ressort de l'énergie doit prendre le relais pour nous propulser vers ailleurs. Vers autre chose. Pour ne pas rester pétrifié dans une sorte d'engluement post-partum risquant de nous entraîner sur des pentes glissantes. Celle de l'habitude, du renoncement, de la résignation, de l'hésitation.
De nouveaux défis m'attendent, d'autres projets, d'autres paris fous, d'autres passages en funambule au-dessus de cataractes bouillonnantes, d'autres sentiers escarpés, pour continuer à me dérouter, aller plus loin, plus haut. Pour que je me dépasse. Que j'étende le champ de mes possibles. 
Comme si le but de la vie était de sortir de « ce personnage étriqué, limité, auquel on a appris à s'identifier, alors que ce que nous sommes déborde immensément de ce personnage ». Une très belle phrase de Kea, que je me permets de citer ici, parce qu'elle m'apparaît dans sa lumineuse évidence. Un véritable tremplin. 
Tel le soleil qui tente une percée à travers son bâillon de nuages. Signe que le gris vertige qui m'a saisie ce matin est en train de s'éloigner. Doucement. Dévoilant un paysage superbe.








13 janvier 2024

Une falaise




C'était un projet que je caressais depuis longtemps.
Alors, en ce début d'année, je me suis attaquée à une véritable falaise : éditer en format livre papier l'ensemble de ce blog, qui fêtera ses quinze ans dans quelques semaines. 
Travail idéal pour cette période de l'année, où le couvercle d'étain du ciel pèse sur de maigres jours rétrécis, coincés entre d'interminables nuits glaciales. Le soleil ne semble pas décidé à percer cette couche épaisse de nuages nappant les vallées. C'est un temps d'introspection, de repli, d'intériorité. Un temps de bilans aussi.
Au coin du feu, je relis patiemment les quelques mille cinq cents billets que j'ai commis au fil des ans, amusée de noter mon évolution, mes maladresses premières, de retracer mon chemin, de revivre des moments oubliés. Me surprenant de temps en temps à laisser jaillir quelques larmes, à l'évocation des épisodes difficiles ou douloureux. Souriant souvent en parcourant les commentaires et les joutes verbales de mes fidèles aficionados. Elaguant sans hésitation certains écrits peu intéressants ou trop anecdotiques. Constatant de temps à autre des fautes de typographie, d'étourderie, d'orthographe et même de syntaxe, surtout au début. Puis de moins en moins. C'est ainsi que se construit une écriture, un style, au fil des ans. Nourrie des expériences et des apprentissages qu'un esprit avide de savoir a engrangés et réinvestis au cours de ces années. Une écriture plus affinée, dépouillée de trop de tarabiscots, plus essentielle. 
Je mets en page. Je corrige. Je valorise la couverture de chaque volume, avec de belles photos qui me parlent. J'uniformise les polices d'écriture. Un vrai travail de fourmi.
Ces billets apparemment hétéroclites, mis bout à bout, vont ressembler à quelque chose. 
Quelque chose de tangible, d'agréable à lire, de construit. Même si j'ai conscience du caractère éphémère de toute trace laissée sur le sable du temps. Sauf peut-être pour les textes intemporels, ceux qui chuchotent au cœur de l'universel.
Ils seront une transmission, un legs, un modeste héritage, un témoignage d'une femme de son temps. Ma descendance aura ainsi un moyen de savoir, si elle le désire, qui était cette aïeule un peu poète, un peu fée, qui aimait semer sur sa route des étincelles. 
De petits brins d'étoiles qui finissent par émettre une douce lumière : celle de mon amour de la vie.
Alors à mi-falaise, je me sens heureuse d'avoir entamé cette ascension. Et la joie de créer me donne des ailes, j'entrevois déjà le sommet.

03 février 2023

La fabrique d'images

 

 
Mon père m'offrit un jour un petit tube en carton, qui faisait, quand on l'agitait, un bruit délicat de bâton de pluie. « Tiens, me dit-il, c'est un kaléidoscope. »
Quel joli mot ! Il signifie, en grec, « regarder de belles images ». Combien d'heures ai-je passées à contempler, étonnée, l'infinie diversité des images créées par l'assemblage subtil de ces petites perles colorées se réfléchissant dans des miroirs...
C'est peut-être de là que me vient la constitution particulière de mon cerveau : une constellation permanente d'images qui donnent naissance à une multitude d'astérismes chatoyants. Je suis riche de ça et ça ne s'achète pas, comme disait le poète du XX° siècle...
Un mot, une musique, un grain de lumière dans le matin, et la machine à images se met en route.
J'ai appris très vite le pouvoir de l'imagination. Loin d'être la « folle du logis » conspuée avec mépris par Nicolas de Malebranche, c'est cette faculté merveilleuse de se fabriquer ses propres images, de s'inventer un monde. De créer de la nouveauté. De vivre la vie en mille dimensions...
La fréquentation des livres de mon enfance m'aida évidemment à cultiver ce don merveilleux. Toutes ces heures trop courtes où, allongée sur mon lit, au son de la pluie qui chantaient dans les chenaux, j'inventais les visages, les vêtements, et les décors des aventures de mes héros,  surgissant de cet alignement mystérieux de signes que l'on appelle un texte. 
Avec le recul, j'ai compris pourquoi mes professeurs s'ébaudissaient devant mes rédactions.
Et je réalise combien j'ai tâché, toute ma vie, de transmettre ce don, de semer ces graines dans les esprits de mes élèves, me heurtant de plus en plus, au fil du temps, à l'omniprésence de l'image toute faite. Eduquer est un combat. Une guerre pacifique contre le fatalisme, la facilité et l'ignorance.
Je ne fais pas partie de ces vieux grincheux qui disent que les enfants n'ont plus d'imagination. Donnez-leur un carton d'emballage, et observez :  ils en feront toujours, quoi que l'on dise, un vaisseau intersidéral ou une cabane perdue au fond des bois. 
Regardez-les avec bonheur transformer un vieux bout de rideau en costume des mille et une nuits, et la moquette en tapis volant.
Acceptez de goûter leurs délicieuses soupes de terre et d'herbe, leurs bonbons en cailloux.  Dites bonjour sans vous moquer à leurs amis imaginaires. Parlez sérieusement à leurs nounours. 
Lisez-leur une histoire et demandez-leur de fermer les yeux : les images émergeront d'elles-mêmes dans leur lobe préfrontal ainsi stimulé. Offrez leur des jouets « ouverts », offrant une myriade de possibles : des cubes, des jeux de cartes, des bûchettes de bois, des boîtes de peinture. Laissez-les inventer leurs règles du jeu, et changer celles qui existent. Visitez leurs châteaux en Espagne ou ailleurs.
Emmenez-les dans la forêt, en haut des montagnes, au bord des plages, ou simplement au fond d'un jardin, pour prendre le vrai monde entre leurs bras, à corps perdu, toucher les fourmis et observer la vie qui va. 
Je vous laisse : je viens d'apercevoir Papa souris qui courait sur la terrasse comme un dératé en regardant sa montre. Je crois qu'il a oublié d'aller chercher son fils au club de self-defense contre les matous.


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18 octobre 2021

La vie secrète d'une écrit-vaine



Le temps, cet assassin, le temps nous est compté. Il nous catapulte dans des dimensions cosmiques incompréhensibles.  Il nous échappe. Il se tortille comme un multivers, une guimauve interstellaire et métaphysique glissant entre nos doigts comme du vif-argent. Comment expliquer autrement, monsieur le Juge, ce sentiment étrange que les heures ne font plus leurs soixante minutes règlementaires ? Que tout s'accélère au point que même les jeunes, oui monsieur le Président, même les jeunes disent : « Le temps passe trop vite ! » Cette sorte de phrase était jusqu'ici réservée au personnes « d'un âge », joli euphémisme pour ne pas dire « les vieux ». Les croûtons, les has-been, les anciens qui ronchonnent que tout fout le camp et que c'était mieux avant. Oui, même les jeunes déplorent la fuite du temps...
Comment expliquer qu'il fut un temps (oui, un autre) où j'avais le temps (encore)  d'écrire, et même parfois chaque jour, un billet foisonnant, un atelier d'écriture, un poème, un récit, une fantaisie, un mémoire, un reportage, alors que je consacrai le plus clair de mon temps (oui, toujours lui) à barrer un bateau énorme, et à faire entrer dans de petites têtes multicolores l'accord du participe et la règle de trois ? Et accessoirement à élever trois de ces charmants petits êtres, ce qui est, vous en conviendrez, une activité à plein...temps ?
Ah, monsieur le juge, il y a là-dedans un mystère aussi épais qu'une grammaire chinoise. Ou que la muraille du même nom.
Et le pire, c'est qu'à chaque minute paisible, délicieuse ou haletante qu'il m'est donné de vivre aujourd'hui, j'ai le titre d'un billet qui apparaît en filigrane. Je me vois déjà vous partager, avec cet élan que vous aimez chez moi, ce concert, cette exposition, cet enthousiasme, cette indignation,  cette promenade, ce paysage beau à couper la chique, ou simplement un moment philosophique passé à tisser le monde de nouveaux fils...
Et puis la journée passe, et le soir, j'ai en tête un feu d'artifice d'idées, d'images, de couleurs, qui explosent en tous sens, et pas un seul instant pour remplir ma page blanche. Parce qu'au moment précis où je pourrais caresser ce clavier tant aimé, il y a toujours un clair de lune, une ombre de chêne bleue sur le gazon, le frôlement furtif d'un hibou ou d'un chevreuil, un piano qui me tend les bras, des amis qui passent à l'improviste, un vin à goûter, un enfant à câliner ou une branche de saule à couper,  qui viennent me rappeler qu'écrire, c'est bien, mais que vivre c'est mieux. 
Prenons Balzac. La Camarde l'ayant fauché à l'âge canonique de 51 ans, il a, au mieux, même en commençant très tôt, disons à seize ans, consacré trente-cinq ans de sa vie à noircir du papier. Si l'on compte que la Comédie Humaine, pour ne parler que d'elle, comporte quatre vingt dix romans de quelques centaines de pages, à une époque où l'on n'avait que l'encre, la plume et le papier...Si l'on rajoute les cent Contes drolatiques, et les vingt-cinq oeuvres inachevées, c'est colossal. 
Pas de touche "delete", pas de copier-coller, pas de clavier. La conclusion est facile à tirer : Balzac ne faisait que ça du matin au soir. Et parfois du soir au matin. A raison d'un roman tous les trois mois. J'appellerais plutôt cela la Comédie Surhumaine. 
Non, pour moi, c'est certain :  le Temps devait durer beaucoup plus longtemps au XIX siècle. Ou alors Balzac, ce prétendu bon vivant,  amateur de femmes et de bonne chère, n'est qu'un affreux mystificateur qui n'a en réalité pas vraiment vécu, consacrant parfois jusqu'à vingt heures par jour à ce despotisme de l'écriture névralgique qu'il s'infligea à lui même. 
Quelque part, tiens, ça me console de n'être pas Balzac. 


Pour l'atelier Filigrane.
Merci à La Licorne pour son sujet (inspirant) du mois.






 

05 janvier 2016

Paul


Mini drame en cinq actes.


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I
Jardins de la Fontaine. Paul marche vite. Coup d'oeil machinal à sa montre Cartier flambant neuve, un geste dérisoire. Il sait parfaitement l'heure qu'il est. Il vient de la voir au tableau de bord de sa nouvelle voiture. Il a rendez-vous avec un client.
 Pour l'instant, il est seul, entre chien et loup. Il s'assoit sur la margelle du grand bassin. 
La surface miroite et clapote sous ses yeux noyés dans le vague. Il aperçoit sa grande silhouette, ses cheveux gris à la Richard Gere, son costume de bonne coupe.  Depuis combien de temps ne s'est-il pas assis simplement face à lui-même ? Quand a-t-il observé pour la dernière fois le vol d'un martinet rasant le fil de l'eau ? Senti l'odeur des tilleuls à la tombée du jour ?
Sa vie soudain, sa vie de réussite et d'argent, sa vie d'acier, de ronce de noyer, de cuir et d'or lui semble incongrue. 

II

Les souvenirs affluent en désordre à sa mémoire. Il est enfant. Il a quoi ...cinq ans, six tout au plus. Sa mère l'emmène chez le docteur. Il a peur : il sait que les vaccins, ça fait mal. Le médecin va prendre une plume en fer, et lui gratter la peau jusqu'à ce qu'elle saigne... Et puis il fera couler sur la blessure un produit si affreux et si piquant, que le citron, à côté, c'est de la fleur d'oranger. Il en vomit intérieurement à l'avance.
Sa mère lui dit alors : "Si tu es courageux, si tu ne pleures pas, tu auras une petite voiture"
Alors il serre les dents, le petit Paul,  il la veut cette bagnole, il s'accroche à l'accoudoir du fauteuil, les larmes lui montent aux yeux, il ne dit rien, pas un son, pas un gémissement. La douleur est atroce, elle descend dans son bras, pénètre ses fibres, il mord son poing. Il a réussi. Il n'a rien dit. Paul est un homme. Un vrai. Un garçon ça ne pleure pas.


III

Sa mère a tenu promesse, lui a laissé choisir sa voiture dans un bazar de l'avenue Jean Jaurès . Il a pris une  Ferrari rouge. Une Norev au 1/43° rutilante dans sa boîte en carton, avec sa petite fenêtre en plastique transparent sur le devant. Il la serre comme un trésor, un trophée de guerre.
Ils sont allés jusqu'à la Fontaine, à côté du temple de Diane. Il a fait rouler tout fier la Ferrari sur la margelle du grand bassin. A l'endroit exact où il se trouve ce soir.




IV



Et tout à coup...pataplouf ! 
Il entend encore le bruit idiot, imprévisible, il voit encore nettement la petite auto disparaître dans une fissure entre deux pierres, et s'engloutir dans l'eau sombre du bassin. Coulée à pic. Les larmes amères de l'injustice l'envahissent.



V


Cinquante ans après, la faille dans le rebord de pierre est toujours là, aussi incroyable que cela paraisse. Mais le plus incroyable, c'est qu'il réalise que dans son coeur, le temps ne l'a jamais refermée. 
Il esquisse un sourire furtif, et se secoue pour chasser comme une mouche un ridicule apitoiement sur lui-même. Mais il sent en lui le petit garçon prêt à pleurer son trésor si vite perdu. Et cette pensée le fige un instant en un sanglot muet.
Nul ne guérit de son enfance, dit le poète.





23 février 2013

Un instant d'égarement

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr com
Asphodèle nous propose avec bonheur le thème de la Passion

17 mots plus chauds les uns que les autres...

obsession – fruit – calvaire – égarement – film – érotique – feu – intense – gouffre – fusionnel – folie – rouge – vertige – fulgurance – danser – délicieux – dément .

***


Mademoiselle se fait des films


-A quoi rêvez-vous, mademoiselle Hortense ? Je vous vois toute songeuse.
-Mon Dieu, Lison, mes rêves ne sont pas dicibles, je serais rouge de confusion si seulement tu connaissais mes obsessions…
-Dites, voyons, Mademoiselle. C’est Monsieur Henri, n’est-ce pas ? C’est vrai qu’il est joli garçon…
-Ah, Lison, Monsieur Henri est délicieux, je ne te dis pas le contraire. Il a un sourire charmant, il m’emmène danser le dimanche dans les guinguettes du bord de Marne…
Mais vois-tu, ce dont je rêve, Monsieur Henri ne saurait me le donner, avec sa petite moustache ridicule, ses cheveux séparés en deux et gominés sur son crâne, et ses mains blanches.
-Mais alors ? De quoi rêvez-vous ? Mademoiselle, dites…
-Je rêve… Ah, Lison! Je rêve d’un homme fascinant au regard incandescent qui m’enlèverait dans ses bras forts. Ses cheveux flotteraient au vent. Il m’emporterait serrée contre lui sur son cheval dément,  de landes échevelées en calvaires dressés sur un ciel d’encre. Nous vivrions une folie fusionnelle, dans un vertige incessant qui mettrait du désordre à mon cœur. Je rêve, tu comprends, de connaître la fulgurance de la passion, le gouffre amer des nuits blanches, et le feu érotique qui dévore le corps. Je rêve…de fruits défendus, Lison. Je veux perdre la tête, me rouler dans l'herbe, impudique et lascive. Je veux vivre l’Amour...intense et épuisant.

- Eh bien, vrai, Mademoiselle Hortense…Vous êtes toute pâle ! Allez-vous tout à fait bien ?... Mademoiselle !?

-…Un instant d’égarement, Lison… Mais viens donc, donne-moi mon ombrelle, je vois Monsieur Henri qui vient…

24 août 2012

Les lettres W,X,Y







Grand chambardement chez Asphodèle, pour l'avant-dernière, ce ne sont pas moins de trois lettres qui se retrouvent ensemble, après un débat animé!






Yole – wagon – wapiti – wasabi – xérès – yaourt – yoga – whisky – xénophobe – yo-yo – xylophone* (facultatif*) – yatcht – yeux – western – whist – wigwam - wallaby-wallon-





***

Répétition



On n’a pas encore attaqué la répétition que Walter Valentine, le célèbre metteur en scène wallon, a déjà les yeux exorbités, et la face rubiconde d’un Peau-Rouge à qui on a piqué son wigwam. 
La métaphore n’a rien d’innocent : le très polémique Belge a pris en effet le pari audacieux de transposer Marivaux dans un décor de western. Sur le plan de la création néo-contemporaine, il n’en est pas à son coup d’essai. Mais pour l’instant, cette pièce, c’est plutôt « le Jeu de l’Amour et du Bazar »…


-Bon! C’est la dernière avant la générale, j’espère que tout le monde est prêt !
Un soupir collectif et désabusé accueille cette entrée en matière. 
Depuis des mois, les acteurs ont beau faire du yoga, et se  saouler tous les soirs, pour oublier, les hommes au whisky et les filles au Xérès,  ils en ont plus qu’assez de se faire hurler dessus par cet excentrique et furieux énergumène.
-Bon, crie ledit chef dans son mégalomane mégaphone, le wagon et la diligence, c'est ok!  Mais c'est quoi cette yole sur la rivière ? Pourquoi pas un yacht, tant que vous y êtes ? Bon sang, j’avais demandé une pirogue, c’est pourtant pas compliqué ! Ils sont où, les décorateurs?
...Dorante et Arlequin, quand vous aurez fini de jouer au whist, on pourra peut-être commencer ? Allez, les trois coups, Sylvia, Lisette, en place !

-Mais encore une fois, de quoi vous mêlez-vous, pourquoi répondre de mes sentiments ?
-C'est que j'ai cru que dans cette occasion-ci, vos sentiments...

-Non non non non non ! Les filles, c’est du yaourt, ça ! Je vous l’ai dit, je veux du piment, du wasabi, ça doit brûler, ça doit piquer !
http://www.theatredelarchipel.org/medias/image/16-et-17-dec-le-jeu-de-l-amour-et-du-hasard-anne-gayan-g.jpg
…Et Mario, tu tiens ton banjo comme un xylophone ! Tu veux des baguettes peut-être ?
…Eh, Orgon! Tu es censé chasser le wapiti, pas le wallaby !  Arrête de faire des bonds, on dirait un yoyo ! Tu vas finir par m’énerver…

-Ah,parce que vous êtes calme, là ? 


Qui a osé? Silence sur le plateau.Tout le monde se regarde.

C'est Mario qui a osé.On chuchote.
La tension est à son comble. Le retour de bâton va être énorme! On sent que les acteurs, dépités, sont  en train de devenir un à un xénophobes...


10 juin 2012

Une journée de quarante huit heures

Journée-fleuve intense en émotion.
Le matin, commencer tôt avec la première séance de dédicace de mon livre, qui, comme je vous l'ai annoncé discrètement depuis quelques jours dans le petit encart à droite, est sorti le 18 mai.
Vivre un moment de grand bonheur à voir tous mes amis réunis pour l'occasion. Ecrire fébrilement  un mot personnalisé à chacun de ceux qui sont venus spécialement pour moi. Trembler un peu. Sourire. Partager un café.

Oui mes amis de la blogosphère, je l'ai annoncée tant de fois cette parution, je l'ai même appelé l'Arlésienne, ce livre tant attendu.. Mais ça y est. Cette fois le bébé est né officiellement!
Ah cet Orteil m'en aura fait voir de toutes les couleurs!
Pour ceux qui ont fait preuve de tant de patience depuis si longtemps, vous pourrez vous le procurer en cliquant sur l'encart en haut à droite.

Les chemins de l'édition sont pavés d'épines, mais on finit par arriver quand même.
Certaines blogueuses l'ont déjà eu en avant-première. Je suis pleine de joie, de trac et de fébrilité, dans l'attente de leurs réactions.
Partager le repas de midi avec une amie venue de loin pour la circonstance, une surprise magnifique.
Boire un café pour fêter ça.
L'après-midi, me rendre en  hâte à la remise des prix du concours d'écriture de la Médiathèque et voir éclater la joie de mes élèves qui ont gagné. Me dire qu'une fois de plus, ma passion de l'écriture a payé.
 Ecouter une comédienne lire leurs textes comme de mini-pièces de théâtre, en mettant le ton, sous leurs yeux subjugués. Prendre des photos, filmer, essuyer une larme.
Rentrer, boire un café pour ne pas dormir (pas le temps!).
Ce soir, aller écouter mon fils jouer America et The Wall et douze autres morceaux de très bon rock avec son groupe "Blindfold" dans le pub branché de la ville. Boire une bière.
Rentrer les yeux rougis d'émotion, de fatigue, étourdie et ne pouvant dormir.
Préférer venir coucher tout ça sur le papier virtuel, plutôt que de tourner dans mon lit.
Relire ce que j'ai écrit et y trouver quelques effets de la bière et de la fatigue sur mes enchaînements d'idées. Tant pis.
Une journée cent mille volts.
Demain, je bois de la tisane toute la journée!

01 juin 2012

Trop vite


Berceau de nacre et d'opaline.
Front blond.
Odeur de lait.
Sorti de moi. Espoir. Bonheur.
Ongles minuscules. Dodus bras roses. Rire cascade.
Si doux bébé, si doux bébé ! Joues abricot. Sourire d'ange.

Serré si fort. Si fort poitrine ! Soupir. Frisson.
Moi vouloir toujours toi garder...
En un éclair. Dix-sept années.
Une fraction d'éternité...
et...ô mystère !
Une voix d'homme. Immense corps.
Pieds de géant.
Émue. Troublée. Fierté de mère.
Où parti,  l'ange ? Envolé ? 
Sur la photo de toi bébé,
Disant que je n'ai pas rêvé,
Une plume d'ange oubliée....
Moi pas pleurer.


(A mon fils qui va fêter son anniversaire le jour du bac...)

Pour le défi du samedi n° 196  l'inspiration était libre à propos de cette photo...
Allez découvrir les autres textes....




11 mai 2012

Oublier


DSCF1869
Des pétales de roses jonchant le sol: le défi du samedi m'inspire un texte érotico-triste. 
Pour autant, ne vous y trompez pas:tout ceci n'est qu'une fiction. 
Dans la vraie vie, mon coeur chante l'été naissant...











Il lui fallait oublier sa bouche, surtout sa bouche. Une bouche grenade qui lui explosait la langue en étincelles. Un salmigondis de papilles fruitées et agaçantes comme une limette cueillie sur l’arbre un matin d’été, un torrent de framboise et de menthe et d’anis.
Il lui fallait oublier sa peau, ses courbures de velours, un velours mat et fluide, et étourdissant et enivrant de la douceur salée dorée d’un coquillage. Oublier la suave langueur de ses bras blancs, naturellement refermés sur lui en berceau, ses mains virevoltantes qui se jouent de sa nuque, petit animal fou accroché à son cou.
Il lui fallait oublier ses cuisses ombrées de lune effarées de plaisir, son petit cul potelé,  la palpitation sauvage de ses seins de crème et de satin, sa fleur de lys immaculée aux feulements de tigresse engloutie. Sa voix passion de cascade fraîche, sa voix désir de colombe frémissante, sa voix tourment de fontaine et de soleil. Et puis ses yeux de jade intemporelle, tour à tour glace et feu, citron et miel.
Et tous les délicieux supplices de son cœur.
Elle avait ri, d’un sourire de perle vénéneux , l’éclair vert de sa prunelle laissant venir la tempête. Il lui faudrait oublier aussi son parfum flou de myrte et de cardamome, lui crevant les narines quand  l’image même de sa folie disparaissait dans un éclat de rire cruel.
 Elle lui avait balancé son bouquet à la tête en criant « c’est fini ».
Il regarda les pauvres pétales dispersés au vent gris de novembre, et y vit clairement les morceaux de son cœur égosillé de désespoir.

20 avril 2012

Avec des Si...


Dans la forêt de Brocéliande,
En écrasant d’un pied léger
De belles bogues de châtaignes
Avec un craquement exquis
Je me suis dit : 
« Si j’étais sourde,
Je n’entendrais pas ce silence
Qui fait crépiter la forêt.»
Sur la dune de l’Espiguette,
En étourdissant mes poumons
D’un air fulgurant et salé,
Je me suis dit : 
« Si je n’avais
Plus d’odorat, je pleurerais,
Je pleurerais  sur cette plage
La senteur des algues oubliées. »
A la table de tante Agathe,
En laissant fondre dans ma bouche
Des noix de Saint Jacques grillées,
Emmêlant leur sublime arôme
À celui d’un vin de Gamay,
Je me suis dit : 
« Si tout à coup,
J’étais affligée d’agueusie,
Je ne saurais plus le plaisir
De ces alliances de gourmet,
Et tout aurait pour moi le goût
D’un vieux bout de carton poché. »
En regardant deux écureuils
S’épousseter de leurs panaches
À l’ombre, flammes sur le vert,
Le vert brillant d’un haut sapin,
Je me suis dit : 
« Si mes yeux morts
Ne reflétaient plus que le fond
D’un sombre puits d’obscurité,
Je ne verrais plus les couleurs,
La lumière dans ton regard,
Toutes les fenêtres du monde
Et le sourire des bébés. »
En caressant le fin velours
Des oreilles de mon doux chat,
Et le froissement de guipure
De la robe choisie pour toi,
Je me suis dit : 
« Si je n’avais,
Au bout des doigts, ce frôlement,
Cette vibration de mon être
Faite d’antennes érectiles
Me rendant avide et tremblante,
Ma peau serait comme un carcan,
Comme un carcan d’argile sèche
Et mes mains de marbre gelé
Ne sauraient même plus le vent. »
Alors j’ai déplié mon corps
Comme une corolle qui s’ouvre,
Et j’ai dit merci au soleil,
A la pluie, à la mer,au vent,
Et à l’univers tout entier
De me dispenser sans compter
Tant de somptueuses  merveilles.

Avec des si, il fallait relever le défi du samedi...