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06 juillet 2017

Gamme over











A portée de peau,  à portée de doigt, 
A portée de sol
Demain oscille et puis se lasse
Demain s'envole en un soupir
Et puis se pause 
Sur le sol 
Mais dans l'air il y a un bémol

A portée de vie, à portée d'envie
Si l'amour si las
Errait en silence
Errait sans ciller

Alors en fado
J'aurais la saudade
Toi rocamadour
Moi ta mie d'amour
Douce et adorée 
Facile à aimer
Mais si indocile...

A portée d'amour , à portée de fleur
Elle est là, la vie, à portée de coeur ...
Fadièse que tout cela  ?
Dis moi 
Dis moi
Dis moi...

¸¸.•*¨*•











Pour les jeudis poésie D'Asphodèle









11 mai 2017

Il m'arrivait d'être Lola

« Presque nue et non nue
A travers une nue
De dentelles montrant
Ta chair où va courant
Ma bouche délirante »

Paul Verlaine










C'était au temps de ces tempêtes sombres, zébrées d'éclairs aveuglants, que l'on appelle l'adolescence.
Après le déjeuner il m'arrivait de descendre m'allonger sur le gazon moussu pour un moment de sieste, entre deux cours d'anthropologie sociale et de physique des fluides. Les rayons du soleil suivaient les courbes hardies de la colline pour saillir soudain entre les arbres dont ils embrasaient les frondaisons. L'herbe chatouillait mes jambes. C'était un temps fortement déraisonnable. Je lisais Aragon avec fièvre.
Mais seulement quelques pages lues, et dans la moite langueur postprandiale d'un juin triomphant, je me sentais glisser suavement dans une rêverie mi-close, où l'image troublante et défendue de mon professeur de psychologie venait s'intercaler soudain entre mon livre et moi.
Une étrange sensation s'emparait de mon jeune corps vrombissant comme un insecte ailé, cependant que la chaleur empourprait mes joues et mon ventre.
Je regardais ses cheveux moirés aux reflets d'anthracite, son beau corps mince et ses bras et ses mains et sa nuque où mes doigts rêvaient de jouer comme d'une harpe, en détachant chaque phalange pour une mélodie impérieuse qui semblait envahir l'espace. Tout l'espace jusqu'à effacer et les arbres, et le ciel. Seul restait celui de son regard impénétrable.
Il se penchait vers moi et immisçait ses lèvres dans les miennes, faisant couler l'or et l'encens et les rubis jusqu'aux caches secrètes de mes profondeurs. Je haletais. Le vent agitait les feuilles dans ce murmure salé des débuts d'été, à l'heure brûlante où tout se tait, jusqu'aux fontaines. L'air crissant dans ce silence comme un effleurement d'ongle sur de la soie. 
Sous le souffle ému de sa bouche s'érigeait le duvet de ma peau et ses doigts se promenaient sur moi comme ceux d'un lecteur en braille découvrant un poème érotique de Verlaine. 
Mon corps devenu guitare,  il était Louis, il était Paul,  il sentait l'ambre, j'étais Lola. Il était forêt, dunes, rivières, et moi exploratrice ardente et impudique. Lui âpre, immense et attentionné, déversant son essence en gouttes chaudes et puissantes.
Et là, dans la fournaise des désirs mêlés au zénith du thermomètre, le corps pas sage, en étendard vibrant sous mon corsage de lin, je soupirais sans bruit, l'âme envolée.




¸¸.•*¨*•



Pour les Impromptus, aimer l'amour et l'écrire.
Pour les jeudis poésie d'Asphodèle.











Je dédie ce texte à ma chère Asphodèle, qui traverse des moments difficiles.

Crédits:
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Aragon
Poèmes Erotiques, Verlaine.
Musique: C'est le printemps, Stacey Kent

13 avril 2017

A bras le coeur













Le matin, déjeuner, grignoter. La pluie grise et rose, irisée, frisotte dans les flaques, et l’herbe détrempée qui fait floc sous les pieds.
Et puis un brin de vent, arrachant quelques feuilles, taches blondes orangées tombées sur les carreaux délavés.
Le ciel mauve à l’horizon. Un de ces violets profonds dont seuls les crépuscules orageux savent se parer, quand les rayons du soir n’en paraissent que plus intenses.
Et puis toi.
Toi qui sais m'enluminer en jouant sur ta guitare des notes qui n'existent pas, quand tu étends ton bras de nuit, ton bras de mer, les étoiles qui se décousent comme des boutons de vermeil tombent sur mes draps et mes yeux avec des picotements de sable…
Toi, dont la main peut attraper sur la dernière étagère du salon la boîte à bonheur en fer-blanc que ma grand mère avait cachée pendant la guerre, c'est tout un doux parfum d'antan que tu libères de tes doigts et qui s'échappe dans un frisson.
Toi qui peux m'ouvrir tes bras comme de solides branches où se blottissent les années comme de grands oiseaux sauvages, je pars de ton épaule nue avec mon petit sac à dos, de velours vert comme tes yeux, traversant les forêts salées les déserts d'or et les taïgas, les îles aux volcans enfiévrés, je m'en vais de ce pas jusqu'à tes mains qui me font entrevoir le ciel.
Toi dont les bras aiment ma peau...Toi mon vagabond. Si tu savais comme je me fiche que tu n'aies pas le bras long...Quand le jour nous fait un pont d’or comme si le soleil se frayait une allée de roi parmi les nuages.




22 décembre 2016

Lumière vitale




Joyeux Noël à tous !
















Je ne dirai rien des tempêtes
Elles ont le goût du sel amer de l'inquiétude
 Je ne dirai rien des noirceurs
 des blessures de la terre et des froids de la mort
 Des carcans guerriers
 et des folles rancoeurs
 et des torrents de boue, et de sang et de larmes
Je ne dirai rien de l'obscure pâleur
 qui gèle les âmes et engourdit les cœurs
 des désespoirs larvés des affres des chagrins

Mais je dirai toujours la nuit étincelante
le velours des étoiles la douceur d'une main
le soyeux d'un sourire 
je dirai les espoirs et je dirai la joie 
et puis le sang qui bat aux tempes de bonheur
Ne comptez pas sur moi pour dire les malheurs
D’autres les disent mieux que moi

Je dirai les déserts, le sable soulevé, les fontaines et les ports
Et les saisons et puis les rides et les années
Qui nous emmènent dans leur sarabande
Obligatoire
et enivrante

Je dirai l’eau le ciel la mer et le soleil
Leurs fringantes merveilles
Et leur simplicité
Et la fièvre insoumise des premiers baisers

 Et je dirai surtout
Jusqu’à mon dernier cri
Quand la mort me prendra, un matin foudroyée
La mort, la douce mort, la morsure subtile
Le cœur empli de vie bien accomplie

 Et je dirai toujours
L’amour le bel amour
La pulsation première
Le moteur éternel
La lumière vitale











¸¸.•*¨*• ☆





Pour les jeudis poésie d'Asphodèle
Musique: John Barry, Instrumental suite sur YouTube