Des peuples fiers
En marchant dans le campo au-dessus du delta, tel Sylvain Tesson sur ses chemins noirs, je pensais à cette fierté superbe qui caractérise certains peuples. Les Basques, les Corses, les Bretons. J'aurais pu tout aussi bien dire les Masaï, les Quechuas, ou les Aborigènes. Jamais tout à fait convaincus de l'unicité de la république dans laquelle on a voulu les impliquer. Toujours un peu arc-boutés sur leur identité, cultivant leur différence.
Qu'est-ce qui fait que certains groupes d'être humains se sentent reliés par la même appartenance, de façon aussi impérieuse ? Qu'est-ce qui fait un peuple, au fond ?
Cela va au-delà d'une langue ou de traditions communes. C'est au-delà des coalitions, des fédérations, des empilements arbitraires de nations. L'exemple de l'Ex-Yougoslavie est éloquent, à ce titre. Les peuples sont ressortis indemnes de décennies de compromis qui leur semblaient contre-nature, comme un bric-brac mal empilé de sensibilités trop différentes.
On touche à l'histoire profonde, aux souffrances ancestrales, à des événements qui ont mené au fil des siècles à ce bouillonnement dans les veines, identique sous toutes les latitudes. Que rien ne peut endiguer.
Les Catalans sont de ceux-là. Attachés viscéralement à leur terre.
A Elne, à deux pas de Collioure et de son port nimbé de lumière, Georges est de ceux-là. Un Catalan fougueux, indomptable, courageux. Fier de ses racines.
Je suis toujours mitigée quand il s'agit de définir ma propre appartenance : certes, j'aime le pays où je vis, ses paysages, sa langue, ses Lumières qui ont éclairé le monde. J'ai passé ma vie à enseigner cette langue de Voltaire, à aimer ses mots chatoyants et évocateurs. Sa musique. Son message. J'aime aussi mes racines, celtes ou piémontaises. Pourrais-je aller vivre ailleurs, comme Elyane ? Je ne sais pas. Peut-être.
Mon vrai pays, c'est la Terre. C'est sur elle que je me sens ancrée. La Nature sauvage et belle. Le ciel et les étoiles. Et l'Humanité dans ce qu'elle a de grand et d'universel. Je me sens vraiment citoyenne du monde. Et ce n'est pas qu'une expression galvaudée. Mon pays c'est la Vie.
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