Il est revenu me voir en songe, à pas feutrés et agiles. Il portait toujours sa cape d'étoiles et son écharpe jaune au vent solaire. Il déchirait toujours la nuit de son rire de cristal...
Il m'a dit qu'il ne comprenait toujours rien à ce monde des hommes, sans tempérance ni sagesse. Vu de là-haut, il lui semblait même de plus en plus fou, ce ramassis bigarré de gilets jaunes, de casques bleus, de pull-overs rouges, de rayons verts, de septembres noirs et d'octobres violets, de luttes ancillaires et intestines, de violences larvées et d'atrocités affreuses, alors que les arcs-en-ciels sont si beaux, à l'automne, au-dessus des osiers et des étangs, lorsque l'arôme des sous-bois parfume l'air.
Une larme perlait à son regard puéril.
Il semblait absorbé par des pensées moroses et opaques.
« Les hommes ne voient donc toujours pas avec le coeur ? Pourquoi laissent-ils grimper la température de la terre, et la pollution la recouvrir comme un linceul ? Ne savent-ils pas que la terre est leur héritage, qu'ils sont coincés sur cette minuscule planète et que toute fuite leur sera impossible ?
Moi-même, je n'en suis parti qu'au sacrifice de ma vie, grâce à la percussion terrible d'une morsure de serpent... »
Ses sanglots m'ont bouleversée.
J'avoue que, moi qui vois pourtant avec le coeur, je n'ai pas su lui répondre. Je suis trop comme lui, sans doute.
Pour l'atelier Treize à la Douzaine




