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23 juin 2026

Le goût du péché

 



Dans la rue principale serpente un petit ruisseau, taillé dans la pierre. Arrondie, adoucie, patinée par le temps et l'eau. Il part du haut du village pour aller se jeter, tout en bas, dans la rivière. Il fait partie de la légende saint-martinoise. Quel enfant n'a pas pataugé dedans avec bonheur ? 
Quel imprudent rêveur, attiré par les façades typiques de la rue, ou celle, extravagante, de la Chapelle des Blancs, n'a pas mis le pied par mégarde dans son eau glacée descendant tout droit de la montagne du Mercantour ? 
Qui ne s'est jamais amusé, dans une mémorable partie de boules carrées, à éviter d'y faire tomber le cochonnet ?
De part et d'autre du ruisseau, l'été, les boutiques offrent les plaisirs saisonniers. Robes de coton, fruits gorgés de soleil, colliers de turquoise, poulets rôtis, spécialités niçoises : la socca, la pissaladière, la tourte sucrée aux blettes, les panisses...
J'ai toujours aimé l'ambiance magique de cette rue, où se concentrent les couleurs chatoyantes, les bruits hétéroclites, les parfums qui envoûtent et excitent. Au moment des fêtes,  le pain doré, le son des fifres et des tambourins, les oriflammes pavoisant les fenêtres, tout se mêle dans une fabuleuse kermesse des sens.
A quinze ans, j'y éprouvai mes premiers émois « hormonaux ». Vêtue d'une jupe minimaliste laissant libres mes longues pattes de cigogne, hâlées par l'air des cimes, et d'un haut blanc où frémissait ma poitrine naissante, je descendais jusqu'au banc de fruits et légumes pour m'acheter des abricots, innocente des regards scrutateurs posés sur moi.
Quel bonheur, ces fruits voluptueux, dans lesquels je mordais à pleine bouche comme dans le péché défendu ! Le jus coulait aux commissures, et s'invitant parfois sur mon corsage, ce qui déclenchait les cris d'orfraie maternels à mon retour. 
A l'époque, on ne vendait pas ces fruits dénaturés que l'on trouve souvent aujourd'hui, cueillis encore verts et malmenés par de longs trajets en camion réfrigérés, tenant davantage de la boule de pétanque que du fruit délectable. Les vrais abricots sont faits pour être consommés sur place, à température ambiante, avec une mine gourmande, et des joues empourprées de plaisir.
Et puis, il y avait les yeux de braise du marchand de primeur, ses mains fascinantes, ses épaules sur lesquelles retombaient des cheveux longs à la mode viking.
 Il me parlait littérature entre deux pesées d'aubergines. Son regard me transperçait jusqu'au fond du ventre de mille aiguillons délicieux.
A jamais, le parfum et la chair savoureuse d'un abricot bien mûr sont inextricablement liés à ce souvenir ému.

La rue Cagnoli et l'étal du primeur.



La Chapelle des Pénitents Blancs




06 janvier 2026

Bienveillance













J'ai eu la joie, dernièrement, de partager un moment d'exception avec Lucia* et Damien*, deux anciens élèves des tout premiers temps de ma carrière. J'avais parlé de l'un d'eux ICI. 
C'était bien loin d'aujourd'hui, autant dire qu'ils sont devenus des adultes depuis longtemps. Sensibles, accomplis, émouvants dans leurs fragilités comme dans leurs forces. Et ils en ont beaucoup, de la force, pour traverser les écueils de l'existence.
A l'évocation de leurs souvenirs de CM2, admiratifs et sincères, je me suis prise à penser que j'avais eu raison, somme toute, d'être une maîtresse d'école exigeante et bienveillante. Deux qualités qui ne sont contradictoires qu'en apparence.
Ah ! La bienveillance... Dans les arcanes de l'Education Nationale, on n'a plus que ce mot-là à la bouche. Mais on en a fait une sorte d'indulgence molle proche de la capitulation, qui incite les professeurs à ne plus rien exiger de leurs élèves, par peur de passer pour des tortionnaires. 
Ou les jeunes parents à faire de leurs enfants des rois capricieux et névrosés.




Le dictionnaire, lui, dit que la bienveillance, c'est un « sentiment qui porte à vouloir du bien à autrui ». Ce qui ne veut pas dire que l'on doit tout accepter d'autrui. Là est toute la nuance.
Une nuance subtile... tendre pléonasme. Une nuance est toujours subtile, et inaccessible aux esprits binaires. J'ai toujours voulu le bien de mes élèves, les aider, les comprendre, les accompagner, mais aussi les émanciper, les pousser pour qu'ils trouvent le meilleur d'eux-mêmes, ce meilleur souvent enfoui sous des monceaux d'idées reçues et de préjugés négatifs.

Les pousser, oui, mais sans jamais avoir à hausser le ton, à menacer, à humilier, à faire mal, a montrer une autorité abusive. 
Comme l'a très bien dit Lucia, qui vit en Italie, les Italiens ont deux mots pour désigner l'autorité. La Autorità, conférée par un titre ou un grade, exercée par le commandement ou la contrainte et à laquelle on obéit. Et la autorevolezza, crédit ou confiance que les autres vous accordent, en raison de votre sagesse, votre compétence ou votre intégrité. L'autorité naturelle en quelque sorte, que l'on a envie de suivre librement.
Je crois pouvoir dire que je possède cette autorevolezza. Comme innée en moi. Elle s'appuie sur un profond amour des gens. Et continue à m'animer, dans chaque moment de ma passionnante vie, même si je n'enseigne plus. (quoique...) Je pense aussi avoir été une « mère veilleuse ». Ni copine, ni démissionnaire, ni injuste. 
J'apprends aussi, depuis quelques années, à être bienveillante avec moi-même. 
Pas le plus facile !

Il y a du merveilleux dans cette bienveillance-là. Dans cette mansuétude qui prend soin. 
Qui « veille sur » sans « surveiller ». Qui panse les blessures avec des gestes ou des mots pleins d'humanité. Qui secoue sans bousculer. Qui respecte.
Certaines personnes croient être sincères et franches, mais ne parviennent qu'à blesser l'autre dans son amour-propre et sa confiance en soi. C'est contre-productif en diable. Un simple mot d'elles peut piquer comme un dard empoisonné. Leurs œillères les empêchent d'élargir et d'adoucir leurs jugements. Cette violence larvée, sans doute inconsciente, cache certainement des failles narcissiques. A moins qu'elles ne reproduisent ce qu'elles ont subi.
Vous voyez, ma bienveillance me pousse à leur trouver des excuses...mais je ne recherche pas leur compagnie. 
La vie est trop courte pour être petite.


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* J'ai changé les prénoms, mais ils se reconnaîtront...





22 décembre 2025

Le chalet aux mille bonheurs





Quand j'étais enfant, mon rêve de Noël ressemblait à ça. 
Je rêvais d'habiter un chalet de bois, dont les fenêtres brillaient au creux de la nuit glacée. 
Cette chaude lumière signifiait qu'il y avait de la vie. Chaque chalet était comme un coeur battant dans la vallée noyée d'ombre. Sous la splendeur infinie d'un ciel d'hiver. Il y avait bien sûr une belle cheminée et un grand sapin tout étincelant de paillettes. Et des enfants, assis devant, l'espoir au front, attendant la venue du gros joufflu à la hotte en chantant des christmas carols ...
Mon imagination de fillette rêveuse, transformait notre appartement citadin, trop petit pour une famille de sept, en ce somptueux chalet. Le sapin était petit, lui aussi, mais il exhalait cet incroyable parfum de résine que je n'ai plus jamais retrouvé depuis. Toute la forêt dans un salon. Mon père sortait les santons, et fabriquait son décor, jamais le même, avec du papier spécial, solide, couleur marron glacé. La magie pénétrait dans les lieux au moment précis où il éclairait la crèche. L'ensemble trônait sur le buffet de la salle à manger. On posait les rois mages loin sur une étagère, et chaque jour il nous faudrait les faire avancer un peu plus vers la crèche. Jusqu'au 6 janvier. Tout était jeu pour nous. 
Chacun à son tour accrochait à l'arbre une guirlande, une boule ou une étoile. On dessinait sur les vitres. On allumait des bougies aux fenêtres et c'était beau. Dehors, dans leur flamme tremblante, l'air vibrait d'une senteur inimitable. Indicible. Je l'appelais le parfum de Noël. 
Mon père nous emmenait faire une promenade nocturne, emmitouflés comme autant de lutins derrière un géant de sept lieues. Mes frères allumaient des pétards, des feux d'artifice, on mettait un joyeux bordel dans le quartier. Le dabe s'amusait autant que nous. Les hivers fastes, on avait même droit à un peu de neige, et là c'était la folie des batailles.
Ma mère restait à la maison, en rouspétant après lui qu'il allait nous faire attraper la mort. Mais quand on rentrait, rouges comme des lumignons, sur la table en formica elle avait dressé une belle nappe, avec des huîtres, du boudin blanc, des escargots, du saumon, des oeufs en gelée, et du gâteau roulé à la framboise. Tous ces mets que l'on ne mangeait qu'une fois par an. 
C'était le seul soir où on avait le droit de veiller jusqu'à minuit passé, en se bourrant de papillotes et de mandarines, et en jouant au monopoly. Mon père lançait le Golden Gate Quartett sur le tourne-disques. Joshua fit the battle of Jericho, Jericho, Jericho... 
C'était chouette.
On repartait quelquefois à la messe de Minuit, pour voir la crèche vivante. Mais l'heure de se coucher finissait toujours par arriver et je n'en avais pas envie. Mes yeux clignotaient d'excitation. Un jour... Je le fis. 
Je voulais tellement apercevoir le traîneau, et vérifier de visu si les rennes allaient vraiment boire le lait et manger les carottes qu'on laissait pour eux dans une écuelle à côté de nos souliers... C'était un peu avant l'âge où le scepticisme s'insinue en soi, comme un venin, alors que l'on aimerait y croire encore. 
Quand il n'y eut plus de bruit dans la maison, mon oreiller sous le bras, je me mis en faction dans le couloir. De là, je ne pouvais pas louper son entrée. J'attendis longtemps, guettant chaque bruit suspect, avec ma tête de mule de bélier.
Aux dires de ma mère, car je ne m'en souviens pas, elle me trouva à quatre heures, dormant en boule comme un chat sur le carrelage glacé. Et le matin, avec leur magie régulière et énervante, les cadeaux étaient là. Je n'avais rien vu.
Je réalise que mon père Noël, celui qui me mettait des étincelles et du baume au coeur, c'était essentiellement mon père.
Mes noëls d'enfant étaient heureux. 
Plus tard, ils le furent moins. Parfois même, plus du tout. Ainsi va la vie, n'est-ce pas ? Du fiel et des confitures, des caresses et des griffures. 
Aujourd'hui, je me sens réconciliée avec la fête. Le chalet de mes rêves est là. Sur la colline aux écureuils. La vie me couvre de cadeaux.
Les enfants vont arriver, les yeux brillants. On va manger, rire, danser, lire des histoires, ouvrir des paquets. Malgré tous les malgré, ce sera un noël heureux.
Je vous le souhaite aussi, du fond du coeur.
Joyeux Noël, mes amis.

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* ♥Joie ♥*
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*♥Paix ♥ Amour♥*
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*♥ ♫.☺Joyeux☺.♫ ♥*
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27 août 2025

Quand les ombres s'allongent







Ce matin, je me suis éveillée au chant du coq, comme tous les jours depuis que le nouveau voisin a installé son poulailler au bas de la colline. 

Contrairement à certains fâcheux qui râlent contre cette prétendue « pollution sonore »,  j'adore ce premier bonheur du jour. Ce sont les mêmes qui rouspètent après les cloches. Des grincheux qui préfèrent sans doute le doux ronron d'un aéroport ou les effluves d'une station d'essence.
On en apprend de belles sur ce volatile en musardant sur la toile. Sa symbolique, son histoire, son caractère chinois... Saviez-vous, par exemple, qu'un animal ailé fabuleux, à tête de coq et à corps de serpent, s'appelle le coquatrix ? Son prénom ne serait-il pas Bruno, par hasard ?

 Moi, ce que je sais, c'est que l'emplumé du voisin annonce le lever du soleil de manière naturelle et joyeuse. Et que ça me va bien.

Tout à coup, je réalise que cela fait dix ans que j'ai abandonné le réveille-matin quotidien. Dix ans que je fêtais ma jubilacion, avec je dois le dire, une certaine allégresse...et sans me retourner, prête pour ma nouvelle vie. Je n'ai jamais regretté d'avoir quitté le métier avant d'en être lassée. Pas un jour, dans cette décennie, où je me sois morfondue, ennuyée, pas une minute où j'aie envié ceux que j'ai laissés sur le grand bateau de la vie dite active... 
 
Fin août, les ombres des acacias et des chênes s'allongent sur l'herbe encore jaunie. La lumière prend cette teinte inimitable qui fait le bonheur des photographes et des peintres.
Les gynériums lancent leurs plumeaux vers le ciel. Septembre s'annonce.

Chaque année, à cette période, je rêvais d'une école toute fleurie de pervenches et de liserons bleus. Aux fenêtres des rideaux de mousse blanche flottaient au vent du matin. 
De petits chemins herbus serpentaient dans le jardin, et les balançoires transformaient aux récréations les enfants en métronomes.
Je rêvais que les professeurs s'appelaient Jean Rivet, Pierre Gamarra, Jacques Prévert. 
Des bouquets d'hirondelles poussaient sur les arbres de la cour, les couloirs sentaient la myrtille et la châtaigne en automne, et sur le poêle, l'hiver, chaque flaque d'eau était un bonhomme de neige évanoui. Au printemps le jasmin y embaumait.
L'été incendiait les soirs.
Sur le tableau, un coeur était tracé dans un peu de poussière de craie. Toute ma vie...
Je rêvais que les cahiers et les leçons avaient des noms étranges. 
Livre d'étoiles, cahier de bonheur simple, leçon de rosée du matin, petit carnet de résolutions courageuses, manuel de rouge aux joues.
Je rêvais en préparant mon cartable.
Je ne comptais plus mes rentrées des classes. Mais rien ne m'empêchait de compter les battements de mon coeur quand je me retrouvais pour la énième fois devant mes chers élèves.

Désormais chaque année, à cette période, j'ai une pensée pour vous. Oui vous, les « actifs ». Pour ceux dont les vacances ont passé trop vite, et qui se retrouvent dans ce vortex incroyable, ce tambour à essorage appelé rentrée des classes. Qui ne génère pas que de doux rêves, d'ailleurs...
Avez-vous toujours ce léger vertige avant le jour J, cette peur diffuse et intrinsèque qui saisit le ventre, faites-vous toujours ces « cauchemars d'école » dans lesquels le réveil ne sonne pas, vous loupez la rentrée, ou alors vous avez 52 élèves qui montent sur les tables sans qu'aucun son ne sorte de votre bouche ?
Je pense aussi à mes petites étoiles qui retournent à l'école, remplies des bonheurs de l'été, les yeux plus clairs que jamais. 
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite la meilleure des rentrées à tous, jeunes padawans. 



08 janvier 2025

Souvenirs sous ma frange

 « La peur, c'est l'enfant en nous qui panique. »

Tahar Ben Jelloun




 



C'est drôle la vie. De temps en temps, on tombe sur une vieille photo, et une flopée de souvenirs nous revient au visage, comme un paquet de mer par forte houle.
Il y a eu une époque de ma vie où j'avais un chien. Il s'appelait Boulou. Quel amour ce chien !
C'était une sorte de briard croisé porte et fenêtre. Un bâtard, pour tout dire, mais si attachant, si drôle, si affectueux avec ses yeux comme deux olives noires derrière sa frange de poils. Moi aussi je portais déjà la frange qui ne m'a plus quittée, ma marque, mon rempart derrière lequel j'ai dissimulé longtemps mon regard, de peur que l'on me dévoile le coeur...

C'est drôle la vie. Parce qu'à cette époque, je n'avais pas encore peur des chiens. J'ai quoi sur cette photo ? Trois ans ? Quatre ans ? Nous jouions dans le jardin, mon frère et moi. Je vous ai déjà parlé de mon frère Mike,  le compagnon de jeu préféré de mes tendres années. J'en avais parlé ICI. Et une autre fois,  LA.  
Nous jouions et Boulou se prêtait à nos jeux. Qu'il était mignon avec son chapeau... Et moi, je me trouve craquante avec ma poupée Bella, et mon petit menton volontaire. Avec cette émouvante innocence que je retrouve chez mes petites étoiles. 

Un jour, premier trauma, il y a eu le chien de la mère Mac Miche, une sorcière aux dents jaunes qui terrifiait tous les bons petits diables sur le chemin de l'école. D'habitude, il se contentait de montrer ses crocs baveux derrière la vitre noire de son antre. En aboyant d'une voix rauque comme un forcené. Mais ce jour-là, le dogue était sorti, il errait en liberté, et divaguait au soleil,  ivre d'avoir été trop longtemps confiné.
J'ai été terrorisée. 
Au point d'avoir développé une phobie, que je n'ai commencé à soigner que récemment. Sous hypnose. Avec de bons résultats, puisque je ne pars plus en courant quand un chien s'approche de moi à moins de trois mètres.
Mais toute ma vie, j'ai eu cette peur bleue chevillée au ventre. 

C'est drôle la vie. On développe des aversions, des névroses, des angoisses sans nom, qui puisent leur racines dans le tréfonds du berceau de l'enfance. Dans la délicate malléabilité de nos jeunes cerveaux. Et puis un jour, il arrive que l'on parvienne à les vaincre. Par un long et lent travail d'apprivoisement. Parallèlement à celle des chiens, j'ai surmonté ainsi ma hantise de l'obscurité, ma peur viscérale de l'eau, et d'autres blessures de l'âme encore que je tairai ici. 
Et ce chemin de reconquête de moi-même, j'en suis fière.




04 décembre 2024

Au Français

 
Place Colette


L'air vif de décembre piquait mes joues en sortant du cinéma, l'autre soir. Des joues humides de quelques larmes, je venais de voir l'émouvant film « En Fanfare », avec Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française.
Il est merveilleux ce Benjamin Lavernhe. Vraiment. Comment ça, j'abuse des superlatifs ? Je vous dis qu'il est merveilleux, fondant et confondant. Je pourrais parler de la même façon de Laurent Lafitte, formidable dans chacun de ses rôles, même s'il a quitté le fabuleux théâtre pour d'autres aventures. Ou de Léonie Simaga, moins connue mais tout aussi talentueuse. 

A quinze ans, j'adorais le jeu de Georges Descrières dans Arsène Lupin, tout en désinvolture et avec une classe folle, celui de Jean Piat tout en force et regard d'acier, de Francis Huster, en émotion contenue et l'oeil étincelant, de Danielle Lebrun en perfide ingénue dans Vidocq, ou encore de Catherine Samie, à la carrière-fleuve impressionnante. Ayant joué tous les rôles du répertoire, de Molière à Beckett. 
Et combien d'autres acteurs, fougueux, drôles, tendres, convaincants.
Bref, sociétaire (ou pensionnaire) de la Comédie Française, ce n'est pas juste pour de la mousse. C'est un vrai pedigree de talent hors norme. Toujours accolé au nom de l'acteur dans les génériques de cinéma ou de télévision. Comme le poulet de Bresse, le métier d'acteur a son « Label Rouge ».
En classe de première, avec ma chère Amadéi, je découvris  Tartuffe ou l'imposteur joué par Robert Hirsch. J'en sortis éblouie. Et je m'inscrivis à l'activité théâtre du foyer.
 
Bien plus tard, j'ai eu la chance de pénétrer dans ce saint des saints du théâtre, ce lieu mythique que les initiés appellent simplement Le Français. Au bras d'un prince de hasard, l'une de ces rencontres éphémères et que l'on n'oublie pourtant jamais. On jouait Cyrano, ce joyau absolu de la littérature française. Ah ! Cyrano... Entendit-on jamais pièce aussi bien troussée ? Deux mille six cents vers, pas un seul de médiocre, de loupé, de moins bien. Comme autant de diamants qui forment un collier scintillant et unique. Frénétique et fulminant, comme dit son héros (Scène 7 Acte I) 
Le panache, quoi... La beauté de cette langue que j'ai défendue toute ma vie auprès des têtes blondes.
Le prince avait, en m'en parlant, de minuscules étoiles d'or dans les yeux.
Dans le rôle-titre, un Michel Vuillermoz époustouflant. Didier Sandre était De Guiche, Hervé Pierre, Ragueneau. Mais peu importe le nom des comédiens, le spectacle était parfait.
D'une perfection rarement égalée : pas un souffle mal placé,  une hésitation,  un trébuchement sur un vers, un écorchement de syllabe. 
Une mécanique céleste. Une quintessence, sublimée par ce lieu empreint d'histoire.

Tout cela pour vous dire que j'ai gardé mes yeux d'enfant, le talent m'émerveille toujours.

Il n'est pas merveilleux,
avec sa petite tête de gendre idéal ?

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18 novembre 2024

Eternelle impermanence

 


Cette statue du Square Nadar m'a rappelé (s'il en était besoin) que l'on a plusieurs vies. Dans une de mes nombreuses anciennes vies aventureuses, le Chevalier de la Barre fut le témoin muet de quelques délicieux égarements. Dans les bras d'une personne du sexe opposé, c'qu'on était bien ! C'était un jour où j'avais grimpé les escaliers de la Butte d'un pas léger de gazelle, le coeur gonflé à l'hélium, sous un ciel baignant Montmartre d'une sublime lumière à peindre. 
Les peintres, justement, étaient serrés comme des oiseaux sur un fil autour de la Place du Tertre. Une foule compacte, touffue, se pressait partout. Nous nous réfugiâmes, pour un moment hors du temps, sur un banc, peut-être même celui de la photo, je ne sais plus.
J'ai toujours aimé les bancs. Je ne sais pas non plus si le pigeonnier était déjà là, ou pas encore. 
La vie floute un peu les souvenirs, comme sur un vieux cliché du fameux Nadar. Mais les plus beaux n'en restent pas moins vifs, scintillant dans une jolie boîte en organdi. Avec de petits compartiments secrets, tendus de velours. Et des rubans. 
Ce passage-là était bien.
Durant toute notre existence,  c'est en vivant intensément le présent que l'on se fabrique des souvenirs bijoux, des souvenirs bonbons. Sans remords ni regrets.
A quoi sert de regretter ce qui n'est plus ? Tout peut tellement basculer en un instant... et le bonbon prendre soudain un goût de fiel.
Dans le village de mes parents, ravagé par la tempête Alex, des pans entiers de mon enfance se sont engloutis dans les flots furieux et boueux de la rivière. Le stade où mon frère passait la tondeuse (il est jardinier municipal), les courts de tennis où j'allais la bouche en coeur voir jouer mon amour transi de quinze ans, ( il en avait 27) la scierie et son enivrante odeur de bois, le pont du cimetière, et le chalet d'Edmée, l'amie d'enfance de ma mère. Le Clos Joli, une maison ravissante datant des années 20. Et le grand immeuble appelé l'Ecureuil, avec ses balcons en mélèze et sa jolie vue sur la rivière... Tout a disparu. Tout a été broyé, laminé, recouvert.
Bien sûr, la première fois que j'ai marché dans ce chaos désolé de pierres et de ferrailles, à l'emplacement exact où quelques semaines auparavant se trouvait encore la maison de ma cousine, j'étais si bouleversée que j'ai trébuché dans les cailloux, m'écorchant (ou devrais-je dire m'épluchant ?) tout le côté gauche, de la cheville à l'épaule. L'effet papillon de la tempête Alex venait de prendre un tour cuisant et inattendu sur mon épiderme. 
Mais cette mésaventure m'a appris, une fois de plus, à relativiser, et qu'il ne sert à rien de s'attacher aux choses. Accepter cela, ce n'est pas se résigner, c'est vivre. 
Non, ce n'était pas mieux avant. C'était juste différent. Ce n'est jamais la même eau qui coule dans la rivière. 

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Pour la 200ème de l'atelier du Goût

11 septembre 2024

Encaustique et vieilles dentelles

 



Ce qui m'attire l'oeil dans ce tableau, c'est la chaise. Que fait-elle là, au bord de l'eau ? Il est pourtant bien plus agréable de se poser le cul dans l'herbe tendre comme dit la chanson. Et pourquoi une seule chaise ? La fille reste debout pour pêcher, quand le gars est assis. Il se la joue, avec sa gaule deux fois plus grosse. Une représentation des rapports homme-femme qui sent un peu la naphtaline, n'est-il pas ?
Certains tableaux impressionnistes ont gardé un charme puissant à travers les âges, j'en suis la première émue. Celui-là ne me procure aucune émotion. La chaise m'obnubile. Comme si elle était en réalité le personnage central du tableau.
Enfin, tout cela pour dire que cette chaise, sans aucun doute, a dû se retrouver un jour ou l'autre dans un bric-à-brac de vieilles choses, pieds vermoulus et cannage percé. 
Je dois vous avouer, lecteurs chéris, que j'ai toujours eu une aversion prononcée pour les magasins d'antiquités, et les brocantes.  Les Puces me donnent des démangeaisons, et chiner est pour moi un supplice chinois.
 L'odeur de ces vieux meubles, généralement marron foncé, mélange de cire à la térébenthine et de moisissures dues à des séjours prolongés dans de sombres caves ou greniers, cette odeur m'est insupportable. En les voyant, je me prends à imaginer systématiquement leur donner un coup de peinture, un coup de moderne. Un bon relooking, comme on dit maintenant au grand dam des adorateurs de l'armoire normande en orme massif. (Qui, soit dit en passant, ne vaut plus tripette, selon l'implacable loi de l'offre et de la demande)
Il reste que les livres jaunis, les tissus élimés des sofas, les tentures miteuses, les parquets qui craquent, les pots en étain, les napperons, les lampes à huile, tout cet attirail suranné et empesé des siècles passés me donne la nausée. Je ne m'explique pas (si ce n'est par cette hypersensibilité olfactive à l'odeur de renfermé) ce dégoût pour les vieux objets. Peut-être faudrait-il remuer le tréfonds de mes souvenirs enfouis, et même refoulés, pour trouver réponse. L'enfance est le creuset bouillonnant de nos émotions d'adultes. Il s'y forge nos goûts et nos dégoûts, aussi forts les uns que les autres.
Les bestioles empaillées des musées d'histoire naturelle me provoquent le même sentiment de malaise. Comment s'extasier devant des dépouilles de bêtes mortes, je vous le demande ? 
Moi ce que j'aime, c'est le parfum subtil des cahiers et des livres neufs, des tissus bien blancs, de la peinture fraîche, de la lessive qui a séché au grand vent. J'aime les meubles clairs, les plantes vertes, les carnets encore vierges d'écriture, qui sont comme des pages ouvertes sur l'infini de l'avenir. Et les tableaux qui m'émeuvent. Dans mes propos, aucun jeunisme ou racisme anti-vieux. Je serais mal placée, moi qui balance entre deux âges au point de basculer bientôt dans le suivant...
A plus de quatre-vingt-dix ans, ma grand-mère avait la télé en couleur, « parce que la vie, c'est la couleur, et que le noir et blanc c'est vieillot » Elle aima jusqu'au bout s'apprêter, se coiffer, s'acheter des vêtements neufs et vivre dans un intérieur propre et clair. Elle disait que c'était un respect qu'elle devait aux autres comme à elle-même. Ses cheveux de neige sentaient l'ambre et ses joues la poudre de rose. Et elle n'aimait pas les vieilleries. « Déjà que je suis une vieillerie moi-même » disait-elle avec un éclair d'humour dans son oeil toujours vif.
Elle était à part, ma grand-mère.


Pour l'atelier du Goût.





29 juillet 2024

L'étape du blues

 




Les vélos du Tour de France passaient il y a quelques jours dans la Vallée de la Vésubie. Vous mes fidèles, vous savez que mon village se trouve là, et qu'il a souffert il y a quatre ans, décimé par la tempête Alex. Les stigmates en sont toujours visibles.
J'ai suivi les coureurs, leurs déferlements colorés, leur caravane publicitaire, leurs ahanements, leurs déhanchements en danseuse sur les routes tortueuses de l'arrière pays niçois. D'un bout à l'autre de l'étape, j'ai revu les cimes drapées en vert sapin, les gorges étroites, les villages perchés sur des éperons rocheux, les pistes escarpées qui ont enchanté ma jeunesse, et m'enchantent toujours.

Et là, une espèce d'énorme nostalgie à la gomme arabique m'a soudain saisie. Un coup au plexus, sans prévenir. Ça vous prend comme ça, le blues d'enfance.

J'ai revu mon père, qui ne loupait jamais une diffusion, adepte de cette grand-messe cycliste annuelle. En un éclair, le temps s'est aboli. J'étais dans le salon avec lui, et bien sûr avec Robert Chapatte, qui commentait avec brio sur sa moto. 
Mon père arrêtait la pendule qui carillonnait trop fort. Sa tasse de café fumant sur la toile cirée protégeant la table, un sucre et demi, très important, pas un, ni deux, non, un sucre et demi. Mon père avait le goût de la précision. La petite cuillère qui tournait avec un bruit doux, et le chuintement du café au bord des lèvres, quand on aspire un peu d'air en buvant pour ne pas se brûler. C'était sa goutte de jus. Un rituel sacré.
Les parfums, les couleurs, les sons de mes étés d'enfance ont surgi, intacts. Les fifres et les tambourins sur la place du village, le tapis rouge devant le monument aux morts, les abricots si mûrs qu'ils coulaient dans la gorge et dans le cou en même temps, le chèvrefeuille, le glouglou du ruisseau qui dévale la rue principale, et dans lequel tous les enfants ont pataugé depuis des générations. Et les vélos du Tour de France, qui passaient déjà par là ...
La moustache de mon oncle Max, frisée comme celle de Dali, le bal du 14 juillet sous le chapiteau blanc, les arcades de la Mairie où se cachaient les amoureux pour s'embrasser. Mes premiers émois. Mes premiers slows. La tarte aux myrtilles que l'on dégustait au bord du lac du Boréon, le matin, quand on montait à pied avec ma mère. On se levait à la nuit finissante. On mettait trois heures pour faire les dix kilomètres de montée, le froid de l'aube me saisissait les cuisses qui devenaient cramoisies. On s'arrêtait toujours devant la cascade. On ramassait des mûres. 
Mon père venait nous chercher en voiture. Ma mère filait au marché pour préparer le dîner. (Oui, dans le midi, on dîne à midi. Le soir on soupe.)
J'écoutais Joe Dassin, l'été indien, sur mon radiocassettes à modulation de fréquence. Mes frères me taquinaient quand je m'allongeais en bikini sur la terrasse, en me balançant des verres d'eau froide qui m'arrachaient des cris de chouette. 
Mes parents épluchaient ensemble les légumes pour la soupe au pistou. Mais c'est ma mère qui faisait les gnocchis sur la table en marbre, en vraie niçoise. 
On mangeait aussi de la socca ou des panisses, de la ratatouille et de la pissaladière, ses spécialités préférées. Je lui lisais à haute voix les livres de Pagnol, les après-midis d'orage. On riait des bartavelles, de l'oncle Jules et du petit Paul. Je lisais avé l'assent, il faut dire. J'avais déjà le goût de l'écriture.
Ma mère pestait contre le temps. Mon père ne disait jamais rien, même quand la foudre coupait le courant, le privant de son tour de France.

Parfois, sans crier gare, il suffit d'une image, un pan de notre vie nous bouscule, nous bascule vers le passé, toujours tapi au fond de nous. C'est un sentiment ambigu, où se mêlent sourire et larmes.



08 avril 2024

Surprises




 De temps en temps, mon père, ce héros d'un autre temps, nous rapportait de la ville une pochette-surprise. Il n'y avait pas vraiment de raison, ni d'occasion particulière. Il était comme ça, le dabe. Il aimait faire plaisir, voir s'allumer dans nos yeux cette petite flamme de bonheur enfantin. 
C'était une sorte de cornet de carton, aux couleurs vives, soigneusement différenciées entre filles et garçons. Les remises en cause des stéréotypes de genre n'avaient pas encore émergé dans les consciences. Epoque étrange où chaque chose semblait immuablement à sa place. 
J'avais déjà cette curiosité d'esprit qui me faisait me poser la question : ai-je le droit d'avoir une pochette bleue, celle réservée aux garçons ? Mon père me connaissait bien, puisqu'il me fit ce plaisir transgressif plus d'une fois, autant qu'il m'en souvienne.
 Mais peu importait : c'était la fête quand j'ouvrais fébrilement cette corne d'abondance, le coeur battant. Ce qui s'y trouvait avait moins de valeur que ce simple geste plein de suspense et de joie... Je sentais tout l'amour paternel enrubanné dans le papier de soie.

En retour, j'ai aimé très vite surprendre mon entourage. Préparer en secret ces infusions de coeur, ces embuscades d'amour qui font pétiller la vie des autres. 

J'en ai gardé le goût profond des surprises : rien ne m'enchante plus que de préparer soigneusement ces petits riens qui feront plaisir à leur destinataire. Jouer les pères Noël, les Mary Poppins, les Amélie Poulain, voilà mon truc. J'y trouve un plaisir subtil. Préparer le gâteau de Peau d'Ane, et y glisser un diamant.

Alors pour toi, dont l'horloge va sonner demain un nouveau tour de soleil, j'ai mijoté une escapade dont tu ne sais rien. J'ai hâte. Hâte de voir tes yeux, d'entendre tes exclamations confondues, ébahies, éberluées. Tu es si beau quand tu souris.

Et vous, me raconterez-vous vos surprises, que vous fîtes ou que l'on vous fit ?

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19 mars 2023

Où l'on fait apparaître une analogie entre un tableau et un célèbre roman du XIX° siècle. Et les réflexions qui s'ensuivent.

 



Ce sont sans doute mes lointaines affinités génétiques avec les Grands Bretons (même s'ils nous ont fait perdre le Tournoi) qui m'ont tout de suite fait penser, en regardant ce tableau de Spitzweg, à ce roman extraordinaire de Charles Dickens que j'ai dévoré vers l'âge de douze ans. (Je m'en souviens, j'étais en quatrième) 
Une histoire protéiforme et picaresque intitulée « Les Aventures de Monsieur Pickwick ».
Les rouflaquettes, le haut-de-forme, la canne et surtout l'embonpoint du personnage contribuent évidemment à cette évocation. 
Dans le tableau, les personnages féminins, mère et fille, semblent, elles, tout droit sorties d'un roman de Jane Austen... Ah...Jane Austen, ses capelines enrubannées de satin et ses célèbres « Orgueil et Préjugés », j'en aurais tant à dire...mais je ne voudrais pas me disperser.

Cette panse, donc,  magnifiquement rebondie sous la culotte de soie, empêchant le gilet de se fermer, telle était la caractéristique physique première de Monsieur Pickwick. Il est bien possible qu'Alfred Hitchcock eût nourri, pour cette bedaine, par mimétisme abdominal, une admiration secrète...
Quant à son caractère, sur la toile on peut lire à son propos : 

« Paradoxe vivant, cet homme d'affaires à la retraite, donc en principe averti, qui plus est observateur scientifique, se posant en représentant sincère de l'expérience et de la sagesse vécues, possède en réalité l'innocence et la naïveté d'un enfant que  sa bonté innée rend incapable de voir le monde autrement qu'en termes bienveillants et optimistes à l'extrême. » 

Voilà sans doute ce qui me plut d'emblée dans ce Don Quichotte so british,  rubicond et débonnaire. Un personnage sans aucune méchanceté. Ça n'est pas si souvent en littérature.
Ses aventures ébouriffantes sont impossibles à résumer. Elles entraînent le lecteur dans un étourdissant périple, brouillant les pistes, rajoutant des histoires et contes secondaires au fil de l'imagination foisonnante de leur jeune auteur. Un de ces livres que l'on lit avec le plan des personnages à portée de main. Pour s'y retrouver.
Il faut dire qu'avant de devenir officiellement son premier roman, ce fut une sorte de feuilleton (on ne disait pas encore série) publié dans un journal, un peu comme pour Eugène Sue et ses Mystères de Paris. Dickens acquit à l'âge de vingt-cinq ans une maîtrise littéraire et une notoriété sans faille. 
En relisant quelques pages des « Papiers posthumes du Pickwick Club » , qui est le titre  anglais, je suis encore impressionnée par le niveau de langage, la richesse du vocabulaire, les tournures de phrases. Et la poésie aussi. 

« Le soleil, ce ponctuel factotum de l’univers, venait de se lever et commençait à éclairer le matin du 13 mai 1831, quand M. Samuël Pickwick, semblable à cet astre radieux, sortit des bras du sommeil, ouvrit la croisée de sa chambre, et laissa tomber ses regards sur le monde, qui s’agitait au-dessous de lui. » 


Je me demande quel enfant de douze ans pourrait encore lire Dickens, même dans une version expurgée. Je n'en tire pas de gloire exagérée (même si j'avais quelques facilités, aux dires de mes professeurs) : la lecture était notre youtube, notre netflix, notre instagram. Le livre notre laptop, notre tablette, notre smartphone. 
Lire, c'était l'Alpha et l'Omega.

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J'ai même retrouvé l'édition de mon enfance.




Pour ceux qui voudraient le (re)lire, c'est ICI. Et LÀ. 
Pour l'atelier du Goût, que je remercie de nous faire le cadeau de ne pas arrêter.