25 mars 2024

Tikkoun Olam








Connaissez-vous le Tikkoun Olam ?
C'est un concept philosophique sur lequel s'arc-boute l'explication juive du monde. Je l'ai découvert par hasard dans un film. 
Sans entrer dans les détails complexes et kabbalistiques (c'est le mot !) que vous trouverez, si vous désirez en savoir plus, dans les articles détaillés consacrés au sujet, j'en ai retenu la signification première : réparer le monde. 
J'aime ces mots.
Le monde est comme un vase brisé, et nous en sommes les tesselles.
Chaque geste d'amour, de compassion, de bienveillance, recolle un morceau de vase. 
J'aime cette idée. 
Elle me conforte dans ma ligne de vie. Faire du bien autour de moi, à tous les êtres humains qui m'approchent. Dispenser de l'amour, de la joie, du bonheur, gardant en tête une phrase sage de ma chère grand-mère : « Un bienfait n'est jamais perdu. »
Depuis que je suis enfant, les malheurs du monde m'ont toujours fait pleurer.  Je suis nantie de cette empathie dévorante et hypersensible qui me fait endurer les choses à la place d'autrui. Il a fallu que j'apprenne, tout au long de mon existence d'écorchée vive, à m'en protéger un minimum, pour ne pas sombrer de désespoir devant l'inanité du genre humain. J'en garde, tapie au fond de moi, une mélancolie qui surgit parfois, sans raison. 
Cela ne veut pas dire, chère Lucile qui m'en fit la remarque, que je vive dans une bulle. Je sais tout ce qui va mal. Je ne le sais que trop. Je compatis de toute mon âme. Mais je sais aussi qu'avec mes petits bras (même costauds) je ne changerai pas les dictateurs ni leur ego abîmé par leur pitoyable démence. Pauvres rois pharaons, pauvres napoléons, disait Brassens.
Non, petite fille, tu n'es pas responsable de tout ce qui arrive d'abject, d'ignoble, de révoltant dans le monde des hommes guidés par leur folie aveugle. Non tu n'es pas forcée de te miner, de saper ton énergie et ton courage, de t'asseoir sur un banc en pleurant, voire de te rendre malade devant les choses qui nous trouvent tous si impuissants, au final. 
Mais tu peux agir à ton niveau pour réparer le monde. Chacun peut le faire, œuvrer dans l'ombre pour soulager les souffrances, unir des prières pour le salut des âmes, chanter pour la paix dans le monde, rendre heureux un enfant, aimer son prochain, en somme. Le seul antidote au poison du mal. Rien n'est anodin, rien n'est vain.
Hier soir, c'était théâtre à la Maison de la Colline. Un merveilleux texte joué par un comédien professionnel interprétant cinq personnages à lui seul. Une pièce profonde et intime. Au coeur du salon. Devant des amis ravis d'avoir tenté l'expérience. Une réflexion sur la vie, l'inéluctable avance du temps, les choix, bons ou mauvais, les malentendus familiaux, les rapports compliqués que nous pouvons entretenir avec autrui, pauvres hérissons de Schopenhauer que nous sommes tous. Quel moment fabuleux de partage et de souffle retenu !
Cela semblerait sans doute vain à certains, mais j'ai eu le sentiment très fort de recoller quelques fragments de ce monde si mal en point.
Merci à tous ceux qui réparent le monde comme des cousettes aux doigts de fée, point par point. Sans relâche.

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆






La pièce de théâtre s'appelait Qui vivra verra
Christophe Pardon et la Compagnie du Chien Noir.
Pour en savoir plus c'est ICI



Et pour mieux connaître le comédien :

02 mars 2024

Quelle chance !

“Le monde m'est nouveau à mon réveil, chaque matin.”
Colette





Ma vie est un trèfle à quatre feuilles, un carré d'as, une patte de lapin. Le doigt du destin m'a offert une magnifique martingale, infaillible, le jour de ma naissance, à moins que ce ne fussent les fées se penchant sur mon berceau. 
En bref, j'ai beaucoup de chance. Ma pyramide de Maslow est complète, solide sur sa base. Mon ange gardien fidèle au poste.
Depuis ma fébrile et complexe adolescence, j'ai toujours dressé la liste de ces cadeaux de la vie. Cela m'a aidée à me sortir des moments de fond de vase, sombres et visqueux, où je ne voyais plus la lumière que comme un point infime et éloigné. Vous savez, quand on se sent comme dans un tunnel, un puits, ou une rue sans issue. 
La résilience est simple, elle n'a pas d'autre source que ce coeur de soi ardent. Cette pulsion de vie qui nous pousse vers nos possibles, comme vers nos impossibles, d'ailleurs.
C'est un exercice très sain, pour commencer une journée. Vous vous asseyez tranquillement et vous énumérez toutes les bonnes et belles choses qui s'offrent à vous, tels des fruits prêts à cueillir. 
C'est dans cet esprit que j'ai passé les deux dernières semaines. La première, dans une pinède méditerranéenne au soleil, à aider ma Prunelle et son mari à peindre leur future nouvelle maison, des dizaines d'heure de travail, des milliers de coups de pinceau et de rouleau, jusqu'à ne plus sentir mes os... Mais un vrai moment de complicité mère-fille, silences joyeux et fous-rires éloquents.
La seconde, à m'occuper de trois petites diablesses pleines de vie, sonores, et parfois trébuchantes. Une semaine au pays de l'enfance, dans une douceur angevine et pluvieuse, des heures de balades, de spectacles, de jeux des sept familles, de dessins, de puzzles, de siestes, de goûters, de petits bobos et de gros chagrins. Du cristal sans fausse note, ces coeurs-là. Du diamant d'innocence. 
Sans compter, pour faire bonne mesure, les nez qui coulent, les gorges qui grattent et les estomacs qui débordent aussi parfois... Et les nuits bien courtes.
Le tout en chansons. Connaissez-vous la Fée rousse à Lunettes ? Une proche cousine à moi, à tout le moins. Et je regardais mon fils, si beau et si fier au milieu de toutes ses femmes...
Quel bonheur, me suis-je dit, et quelle chance de pouvoir regarder vivre ces petites étoiles dont je me sens si proche. 
Quelle chance de voir s'épanouir mes enfants dans leurs vies de couple ou de parents. De voir surgir de terre leurs maisons, leurs rêves. De partager un peu de leur quotidien. 
Quelle chance de pouvoir serrer sur mon coeur tant d'êtres que j'aime. Il n'est pas de plus beau bijou que les bras d'un enfant autour de votre cou.
Et quelle chance, au retour, de me jeter au cou de mon amour !
Quelle chance de vieillir, quand on découvre à son réveil un monde nouveau chaque matin. 


 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆



 A une lectrice qui m'a fait l'insigne honneur de se confier à moi, 
et qui traverse un douloureux tunnel en ce moment. 
Avec toute ma sollicitude et mon espérance qu'elle en voie rapidement le bout.