22 juillet 2026
Fourmidable !
27 janvier 2026
Le chant des forêts
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| Photo Hervé Parmentelat |
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| Michel,Vincent, Simon... et les autres |
21 janvier 2026
Humanus pingouinus
02 novembre 2025
L' Arbre Vagabond
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| Image : Gier |
Petite dystopie en chlorophylle majeure.
Par la magie des coïncidences, j’ai été amenée à visiter, grâce à mon ami Gérard, un de ces lieux qui font du bien, où les nourritures de l’esprit et du corps se mêlent adroitement pour un moment paisible et hors du temps. L’Arbre Vagabond, il s’appelle. C’est une librairie au milieu de nulle part, salon de thé, bar à vin, restaurant, où l’on peut errer librement durant des heures. Niché dans un coin paumé entre la Haute Loire et l’Ardèche, vous savez, là où le bruit et la fureur ne parviennent qu’étouffés, ce genre de bulle de sérénité sertie dans les pâturages gras et la rude pierre de là-bas.
Dans le même temps, chez Gier un autre ami de la toile (aux deux sens du terme, car il est artiste et je ne le connais (pour l’instant) que sur le web) je découvre une série de dessins intitulée L’Arbre Vagabond.
Cette concomitance m’a donné envie d’écrire une petite histoire pour les (grands) enfants que nous sommes.
***
Cette année-là, certains arbres commencèrent à en avoir ras la ramure de l'engeance avec qui ils partageaient la terre depuis le matin des temps. Maltraités, pollués, acidifiés, abattus, calcinés, débités, dépités, ébranchés, écimés, décimés par cette espèce particulièrement néfaste et obtuse, qui ne comprenait toujours rien, malgré son cerveau prétendument développé.
Les Z'humains.
Ces arbres aventureux décidèrent de s'arracher pour aller voir ailleurs si l'homme était moins con. Mais quand je dis s'arracher, c'est au sens propre. Vous n'imaginez pas l'énergie qu'il fallut à ces mastodontes pour soulever leur gigantesque motte de terre hors du sol, délicatement en somme, sans mettre à nu leurs racines. D'aucuns auraient parlé d'énergie du désespoir, vous voyez... Tout de suite, le phénomène attira les journalistes, toujours avides de sensationnel, les éminentes sommités scientifiques, les milieux autorisés, le gratin politicard, bref, la routine habituelle en cas d'événement inhabituel. On ne parlait plus que de ça.
Par un système de câbles qualifié d'ingénieux, on attacha vite les végétaux épris de grands espaces. Certains virent là l'occasion d'une belle opération financière, ils placèrent tout autour une clôture électrifiée, une guérite à l'entrée et fondèrent le Parc d'attraction des arbres vagabonds. Ce fut un immense succès.
Cependant les arbres grommelaient dans leur for intérieur, et leur colère silencieuse, ( que l'on aurait pu résumer par « mais ils sont vraiment dingues ou quoi ? » ) leur colère donc, par une connexion subtile qu'aucun scientifique ne s'explique vraiment, se répandit tout autour de la planète, et bientôt, ce furent des dizaines, puis des centaines d'arbres qui s'envolèrent, et conséquemment des centaines de parcs d'attraction qui fleurirent un peu partout. Les businessmen et les géographes de tout poil se frottaient la panse à l'idée de produire encore plus de pognon.
Mais quand une chose devient banale, elle n'intéresse plus les foules et on laissa peu à peu les arbres à leur lévitation. Ce fut un désastre boursier.
Alors, les arbres décidèrent une bonne fois d'en finir avec l'espèce humaine, et voyant que personne n'avait pris la symbolique de leur mouvement de contestation au sérieux, ils n'eurent aucun mal à casser leurs dérisoires câbles et quittèrent la terre tous en même temps, emmenant avec eux la biodiversité qui fait le miracle de la vie. Ils savaient bien que sans eau, ils ne tiendraient pas très longtemps. Mais quitte à mourir, autant le faire avec panache. Ils formèrent un immense nuage vert, qui entoura la planète d'un halo moussu, devenant un manteau de plus en plus touffu obscurcissant l'atmosphère. En trois jours de nuit noire, une épaisse couche de glace avait tout recouvert. Au bout d'une semaine, tout s'arrêta, figé dans un gel quasi absolu. Les quelques survivants (il en faut toujours dans les dystopies) grelottaient à la recherche de pitance, mais la vie animale et végétale avaient déserté la surface, et les billets de banque avaient un goût de fiel filandreux. Leurs os gelèrent en se brisant comme du petit bois sec. Quant à la mer, complètement prise dans les glaces, elle ne nourrirait plus son homme. De toutes façons, il n'y avait plus d'hommes. L'humanité était toute mourue. Foutue. Disparue. Ratatinue.
Bon débarras ! se dit la Terre, qui ébroua ses hémisphères, étira ses méridiens en baillant, et rappela les arbres un à un par leur petit nom.
Flattés, ils redescendirent doucement et ce ballet fut extraordinaire. La vie triomphait enfin, délivrée de cet éternuement cosmique que l'on appelait les Z'humains.
Seul un vénérable chêne millénaire, qui en avait vu passer des vertes et des bien mûres, bougonnait un petit regret : « Dommage, ils étaient pourtant capables de grandes et belles choses... »
Merci à Gier pour son dessin.
09 août 2025
C'est comme ça !
24 juin 2025
L'espérance follement réaliste
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06 mars 2025
Lettres du Kenya (3) Les gris et les ocres
Et c’est vrai qu’il est beau. Au premier rayon de l’aube, à travers les arbres, je l’aperçois. Avec l'émotion tremblante que j'avais éprouvée devant le Fuji, je contemple ce géant émerger de ses brumes, doucement. Amboseli est un condensé de tous mes rêves de brousse. Une herbe rase mais verdissante à proximité des marécages et des rivières. De longues pistes toutes droites. Des envolées d'oiseaux. Et en toile de fond, le Kilimandjaro et sa magnificence tutélaire. Tout est à peindre.
C'est surtout le royaume absolu des éléphants, indifférents au manège des 4X4. Savent-ils qu'on les aime ? Ont-ils compris que les hommes les protègent ici, désormais, et n'en veulent plus à leur précieux ivoire ? Les rhinocéros, eux, sont parqués derrière de hauts grillages. Nous ne les verrons pas. Le mythe de leur corne aphrodisiaque continue d'exciter la testostérone des abrutis de ce bas monde, hélas.
Il faut se lever très tôt si l'on veut apercevoir les animaux. La savane est rythmée par le soleil. Les points d'eau s'emplissent de vie à l'aube et au crépuscule. Ensuite, sous l'écrasante chaleur du milieu de la journée, chacun cherche l'ombre et il devient plus difficile de les photographier.
Moments de grâce hors du temps. Un bébé éléphant protégé par trois mères farouchement défensives. Le spectacle se déroule à dix mètres de nous.
Des hyènes, des vautours et des marabouts se disputant une carcasse d'éléphant. Celui-là aura fait les frais de la sélection naturelle... Plus loin un gros mâle nous barre la route, et quand je croise ses yeux, il me semble y décerner des sentiments. C'est assez troublant. Je retiens mon souffle. Nous attendons son bon vouloir pour continuer, observant ses pieds : s'il commence à gratter le sol, c'est qu'il est en colère et va charger. Mais il semble se battre l'oeil de ces drôles de bestioles armées de téléobjectifs, et qui retiennent leurs ah! et leurs oh!
Il est aussi fabuleux de suivre un grand troupeau dans ses déplacements. Un ordre bien établi procède à la bonne marche du troupeau, qui se hâte avec lenteur. Les bébés éléphants sont craquants avec leurs petites trompes qui s'entraînent à faire comme les grands. Les mères sont vigilantes.
Le plus beau moment éléphantesque fut le bain de ces émouvants pachydermes, que nous eûmes la chance d'observer du haut du rocher de Mudanda, dans le parc de Tsavo.
Merveilleux de les voir s'asperger de boue ocre et devenir ocres à leur tour.
La je n'ai pu m'empêcher de songer, devant ces gros colosses, innocents de ce qui se trame hors de leur espace, à leur paradoxale fragilité dans notre monde si beau. Et à ce précieux équilibre que notre engeance s'applique à détruire avec obstination.
à suivre
Spéciale dédicace à mon Babar qui se reconnaîtra…💋
25 janvier 2025
L'utile et l'agréable
30 mai 2024
Lettres du Japon (10) Hiroshima
Le temps, jusque là clément, comme en témoignent les photos des billets précédents, s'est soudain mis en mode tristesse. Une pluie grise baigne les mausolées d'une lumière étrange. L'air n'a pas la même odeur ici.
L'hôtel donne sur le parc de la paix, un espace dédié au souvenir. Si l'on n'y prend pas garde, on ne voit qu'une ville paisible au bord d'une rivière, où se reflètent les lumières des buildings.
Mais la flamme qui brûle jour et nuit indique qu'on n'est pas tout à fait dans une ville ordinaire. On est à Hiroshima.
Au point d'impact de la bombe, un monument en ruine, appelé le Dôme, soigneusement conservé et consolidé en l'état, rappelle au passant l'horreur absolue. Le cénotaphe conçu par un architecte célèbre, Kenzo Tange, est dans l'alignement de la Flamme et du Dôme.
Le monument des enfants porte en son faîte une statue représentant un enfant les bras ouverts surmonté d'une colombe. Image forte d'espoir, de renouveau, de paix. Image qui, de loin, n'est pas sans rappeler celle d'un Christ en croix.
Nous y arrivons au moment où une classe d'élèves qui auraient pu être les miens, des CM2, des frimousses de onze ans en uniforme comme tous les petits japonais, chantent en demi-cercle autour du monument.
Leur chant me perce l'âme. J'immortalise ce moment, d'une main qui tremble un peu, la gorge serrée. Muette d'émotion.
Ça et là, dans le parc, des stèles ou des statues rappellent des personnages ayant oeuvré pour la paix, Mandela, Gandhi.
Plus loin, un pylône aux montants déformés évoque les effets du souffle de la bombe sur les infrastructures métalliques. Au sommet, une pendule. Chaque jour, à 8h15, heure de l'explosion fatale, un carillon aux accents aigrelets, déchire l'air pour dire au monde : « N'oubliez pas, n'oubliez jamais à quoi mènent les horreurs de la guerre. » Et pourtant, combien de petits rois continuent à terroriser le monde avec leur soif de puissance et leur ego surdimensionné ? Est-ce que ça s'arrêtera un jour ?
Akiko a minuté la visite pour que nous nous trouvions exactement à cet endroit au moment du carillon. Elle est formidable, Akiko. Elle se plie en quatre pour faire de ce voyage un souvenir inoubliable.
Le Musée de la Paix est le point d'orgue de cette poignante journée. La scénographie est très bien faite : pas à pas, je découvre des choses que j'ignorais. Je ne savais pas que la bombe avait explosé à 600 mètres d'altitude. Je ne savais pas que malgré ce malheur le peuple japonais a été reconnaissant aux Américains d'avoir arrêté la guerre. Je ne savais pas que les habitants d'Hiroshima avaient tant souffert des suites de l'explosion. Je croyais qu'ils étaient tous morts sur le coup.
Des morceaux de métal fondu, un reste d'escalier, un morceau de fronton, tout ce qui peut contribuer à dire au monde : « Plus jamais ça !».
Les photos sont criantes. Mais il y a aussi les dessins, les tableaux peints par les survivants, comme autant de témoignages que le plus difficile à vivre a été dans les années qui ont suivi. Les malformations congénitales, les cancers, les suicides, les affreuses chéloïdes transformant la peau des irradiés en carapace de reptile monstrueux, aux douleurs infernales ne se calmant pas.
Les incendies, les pluies noires et acides, le manque d'eau, de nourriture, le manque de tout, en fait, et le visage de ces enfants orphelins, aux mains brûlées, en guenilles, qui sourient quand même dans les ruines, et ces corps sans vie saisis par les radiations en plein sommeil, tout cela est si bouleversant qu'il m'a fallu plusieurs heures pour m'en remettre. Je pensais aux miens. A mes petites-filles. A l'horreur que ce serait de vivre une telle chose.
Hiroshima mon amour, tu as raison, il fallait y être. On ne peut venir au Japon sans plonger dans cette partie cuisante de son histoire. Même si cela pique comme une morsure. Ce sont de ces moments où l'on a mal à l'humanité.
















