Quand j'étais enfant, mon rêve de Noël ressemblait à ça.
Je rêvais d'habiter un chalet de bois, dont les fenêtres brillaient au creux de la nuit glacée.
Cette chaude lumière signifiait qu'il y avait de la vie. Chaque chalet était comme un coeur battant dans la vallée noyée d'ombre. Sous la splendeur infinie d'un ciel d'hiver. Il y avait bien sûr une belle cheminée et un grand sapin tout étincelant de paillettes. Et des enfants, assis devant, l'espoir au front, attendant la venue du gros joufflu à la hotte en chantant des christmas carols ...
Mon imagination de fillette rêveuse, transformait notre appartement citadin, trop petit pour une famille de sept, en ce somptueux chalet. Le sapin était petit, lui aussi, mais il exhalait cet incroyable parfum de résine que je n'ai plus jamais retrouvé depuis. Toute la forêt dans un salon. Mon père sortait les santons, et fabriquait son décor, jamais le même, avec du papier spécial, solide, couleur marron glacé. La magie pénétrait dans les lieux au moment précis où il éclairait la crèche. L'ensemble trônait sur le buffet de la salle à manger. On posait les rois mages loin sur une étagère, et chaque jour il nous faudrait les faire avancer un peu plus vers la crèche. Jusqu'au 6 janvier. Tout était jeu pour nous.
Chacun à son tour accrochait à l'arbre une guirlande, une boule ou une étoile. On dessinait sur les vitres. On allumait des bougies aux fenêtres et c'était beau. Dehors, dans leur flamme tremblante, l'air vibrait d'une senteur inimitable. Indicible. Je l'appelais le parfum de Noël.
Mon père nous emmenait faire une promenade nocturne, emmitouflés comme autant de lutins derrière un géant de sept lieues. Mes frères allumaient des pétards, des feux d'artifice, on mettait un joyeux bordel dans le quartier. Le dabe s'amusait autant que nous. Les hivers fastes, on avait même droit à un peu de neige, et là c'était la folie des batailles.
Ma mère restait à la maison, en rouspétant après lui qu'il allait nous faire attraper la mort. Mais quand on rentrait, rouges comme des lumignons, sur la table en formica elle avait dressé une belle nappe, avec des huîtres, du boudin blanc, des escargots, du saumon, des oeufs en gelée, et du gâteau roulé à la framboise. Tous ces mets que l'on ne mangeait qu'une fois par an.
C'était le seul soir où on avait le droit de veiller jusqu'à minuit passé, en se bourrant de papillotes et de mandarines, et en jouant au monopoly. Mon père lançait le Golden Gate Quartett sur le tourne-disques. Joshua fit the battle of Jericho, Jericho, Jericho...
C'était chouette.
On repartait quelquefois à la messe de Minuit, pour voir la crèche vivante. Mais l'heure de se coucher finissait toujours par arriver et je n'en avais pas envie. Mes yeux clignotaient d'excitation. Un jour... Je le fis.
Je voulais tellement apercevoir le traîneau, et vérifier de visu si les rennes allaient vraiment boire le lait et manger les carottes qu'on laissait pour eux dans une écuelle à côté de nos souliers... C'était un peu avant l'âge où le scepticisme s'insinue en soi, comme un venin, alors que l'on aimerait y croire encore.
Quand il n'y eut plus de bruit dans la maison, mon oreiller sous le bras, je me mis en faction dans le couloir. De là, je ne pouvais pas louper son entrée. J'attendis longtemps, guettant chaque bruit suspect, avec ma tête de mule de bélier.
Aux dires de ma mère, car je ne m'en souviens pas, elle me trouva à quatre heures, dormant en boule comme un chat sur le carrelage glacé. Et le matin, avec leur magie régulière et énervante, les cadeaux étaient là. Je n'avais rien vu.
Je réalise que mon père Noël, celui qui me mettait des étincelles et du baume au coeur, c'était essentiellement mon père.
Mes noëls d'enfant étaient heureux.
Plus tard, ils le furent moins. Parfois même, plus du tout. Ainsi va la vie, n'est-ce pas ? Du fiel et des confitures, des caresses et des griffures.
Aujourd'hui, je me sens réconciliée avec la fête. Le chalet de mes rêves est là. Sur la colline aux écureuils. La vie me couvre de cadeaux.
Les enfants vont arriver, les yeux brillants. On va manger, rire, danser, lire des histoires, ouvrir des paquets. Malgré tous les malgré, ce sera un noël heureux.
Je vous le souhaite aussi, du fond du coeur.
Joyeux Noël, mes amis.
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* ♥Joie ♥*
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*♥♦ Espoir ♫*
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*♥Paix ♥ Amour♥*
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*♥ ♫.☺Joyeux☺.♫ ♥*
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