lundi 18 octobre 2021

La vie secrète d'une écrit-vaine



Le temps, cet assassin, le temps nous est compté. Il nous catapulte dans des dimensions cosmiques incompréhensibles.  Il nous échappe. Il se tortille comme un multivers, une guimauve interstellaire et métaphysique glissant entre nos doigts comme du vif-argent. Comment expliquer autrement, monsieur le Juge, ce sentiment étrange que les heures ne font plus leurs soixante minutes règlementaires ? Que tout s'accélère au point que même les jeunes, oui monsieur le Président, même les jeunes disent : « Le temps passe trop vite ! » Cette sorte de phrase était jusqu'ici réservée au personnes « d'un âge », joli euphémisme pour ne pas dire « les vieux ». Les croûtons, les has-been, les anciens qui ronchonnent que tout fout le camp et que c'était mieux avant. Oui, même les jeunes déplorent la fuite du temps...
Comment expliquer qu'il fut un temps (oui, un autre) où j'avais le temps (encore)  d'écrire, et même parfois chaque jour, un billet foisonnant, un atelier d'écriture, un poème, un récit, une fantaisie, un mémoire, un reportage, alors que je consacrai le plus clair de mon temps (oui, toujours lui) à barrer un bateau énorme, et à faire entrer dans de petites têtes multicolores l'accord du participe et la règle de trois ? Et accessoirement à élever trois de ces charmants petits êtres, ce qui est, vous en conviendrez, une activité à plein...temps ?
Ah, monsieur le juge, il y a là-dedans un mystère aussi épais qu'une grammaire chinoise. Ou que la muraille du même nom.
Et le pire, c'est qu'à chaque minute paisible, délicieuse ou haletante qu'il m'est donné de vivre aujourd'hui, j'ai le titre d'un billet qui apparaît en filigrane. Je me vois déjà vous partager, avec cet élan que vous aimez chez moi, ce concert, cette exposition, cet enthousiasme, cette indignation,  cette promenade, ce paysage beau à couper la chique, ou simplement un moment philosophique passé à tisser le monde de nouveaux fils...
Et puis la journée passe, et le soir, j'ai en tête un feu d'artifice d'idées, d'images, de couleurs, qui explosent en tous sens, et pas un seul instant pour remplir ma page blanche. Parce qu'au moment précis où je pourrais caresser ce clavier tant aimé, il y a toujours un clair de lune, une ombre de chêne bleue sur le gazon, le frôlement furtif d'un hibou ou d'un chevreuil, un piano qui me tend les bras, des amis qui passent à l'improviste, un vin à goûter, un enfant à câliner ou une branche de saule à couper,  qui viennent me rappeler qu'écrire, c'est bien, mais que vivre c'est mieux. 
Prenons Balzac. La Camarde l'ayant fauché à l'âge canonique de 51 ans, il a, au mieux, même en commençant très tôt, disons à seize ans, consacré trente-cinq ans de sa vie à noircir du papier. Si l'on compte que la Comédie Humaine, pour ne parler que d'elle, comporte quatre vingt dix romans de quelques centaines de pages, à une époque où l'on n'avait que l'encre, la plume et le papier...Si l'on rajoute les cent Contes drolatiques, et les vingt-cinq oeuvres inachevées, c'est colossal. 
Pas de touche "delete", pas de copier-coller, pas de clavier. La conclusion est facile à tirer : Balzac ne faisait que ça du matin au soir. Et parfois du soir au matin. A raison d'un roman tous les trois mois. J'appellerais plutôt cela la Comédie Surhumaine. 
Non, pour moi, c'est certain :  le Temps devait durer beaucoup plus longtemps au XIX siècle. Ou alors Balzac, ce prétendu bon vivant,  amateur de femmes et de bonne chère, n'est qu'un affreux mystificateur qui n'a en réalité pas vraiment vécu, consacrant parfois jusqu'à vingt heures par jour à ce despotisme de l'écriture névralgique qu'il s'infligea à lui même. 
Quelque part, tiens, ça me console de n'être pas Balzac. 


Pour l'atelier Filigrane.
Merci à La Licorne pour son sujet (inspirant) du mois.






 

vendredi 8 octobre 2021

Rome était dans Rome







Si je devais retenir un moment, un seul, de ce voyage à Rome, ce serait l'arrivée en taxi, depuis l'aéroport, cet instant magique où l'on quitte le monde actuel pour pénétrer au coeur de l'Histoire. Je ne saurais décrire précisément l'émotion qui m'a saisie en découvrant l'extrême poésie de ces ruines antiques. Mais c'était fort. C'était étreignant, là, au niveau de la gorge.
La ville a tenu les promesses de mon rêve : à chaque détour de ruelle ou d'avenue, une merveille architecturale, un prodige, une oeuvre d'art. C'est fou. 
Devant ces prouesses antiques, on est forcément pris d'interrogations existentielles sur l'humanité, ses grandeurs et ses décadences. Enfin, en tout cas, c'est ainsi que je fonctionne. L'esprit en fusion.
J'ai vu la saleté, les herbes folles sur les trottoirs, les verrues qui gâchent les prises de vue, les tags, les papiers gras, les mégots, les poubelles qui s'entassent. La campagne électorale et son cortège de compromissions et de tripotages pas très nets. La révolte qui gronde sous les drapeaux des manifs. 
Mais j'ai voulu regarder surtout la Beauté, les marbres rutilants, les coupoles, les colonnades, les pavés, les façades ocres, et partout, ces pins parasols géants qui sont pour eux comme nos platanes. Tutélaires, séculaires. Magnifiques.
Je ne vous ferai pas le reportage complet de nos pérégrinations pédestres à travers la ville éternelle. Une moyenne de quatorze kilomètres à pied journaliers, pensez donc ! Et puis j'aurais l'impression de paraphraser Miss Zen, qui a si bien raconté ses vacances romaines un peu avant moi.
Je garde au fond des yeux, du coeur, des dizaines de regards, de sourires, de parfums, et cette langue qui chante et coule comme la Fontaine de Trevi. 
La majesté époustouflante de San Pietro, le mystère feutré de la Chapelle Sixtine (que j'imaginais beaucoup plus grande) Les bersaglieri et leurs chapeaux à plumes noires, sur la Piazza di Spagna. Les perruches de la Villa Borghèse, le Tibre sauvage et calme, les religieux de toutes les couleurs voisinant avec les Ferrari rouge sang, partout dans les rues du Vatican.
Incorrigiblement romantique, serrer dans mes bras l'homme que j'aime, sur chaque pont, devant chaque fontaine, et goûter à l'amour, comme on rit, cheveux au vent sur une vespa. La petite guêpe mythique qui fleurit dans mon coeur d'Audrey Hepburn devant son Gregory Peck. 
Et l'extrême bonheur de partager avec mes amis, férus d'italien, des conversations charmantes dans ces petits restaurants typiques au coeur du vieux Rome. Rencontrer les gens. Rire. S'émouvoir. S'émerveiller. Réfléchir à la vie.
N'est-ce pas le propre des voyages ?

*****


En route ! Cliquez sur les photos pour les agrandir.



Le marché du Campo dei Fiori, coloré et parfumé

Le plafond d'or de la Galerie des cartes au Musée du Vatican

Le Colisée au couchant

Et plus tard dans la nuit

Les extraordinaires pins parasols encadrant la Colonne de Trajan
 et le dôme de l'église Santissimo nome di Maria al Foro

Le Mont Palatin vu du Circus Maximus

Ce qui reste du Circus Maximus

Une ruelle et l'un des 11000 restaurants de la ville



La fontaine de Trevi


Une perruche sauvage dans le parc de la Villa Borghèse

Un hymne au Limoncello

Et un autre à la Pasta

Une vespa

Une façade au bord du Tibre

Le bel Antinoüs

L'escalier en spirale du musée du Vatican

Saint Pierre de Rome aussi belle à l'extérieur...

...qu'à l'intérieur


L'ancien et le moderne à chaque carrefour

Les fameux « Tonarelli cacio e pepe »

La "Bocca della Verita" qui tranche la main des menteurs...




Rome vu de la Villa Medicis


Le Tibre sauvage et calme

La révolte gronde...


Le temple d'Aurélien et Faustine sur le Forum




Et pour finir…
Je vous emmène faire un petit tour
en fiat 500, ça vous dit ?
😉









jeudi 23 septembre 2021

Si alla vita !

 




Quand mon amie Dolce Vita a proposé ce voyage à Rome, on a sauté de joie comme des gosses. 
Ah ! Découvrir cette ville mythique qui me fait rêver depuis toujours. La ville de Fellini, de Mastroianni, de la Grande Belleza. Arpenter les ruelles où flânent encore l'ombre de Stendhal et celle de Chateaubriand et leurs émois littéraires devant la Ville Eternelle...
Le départ me semblait lointain, et pourtant c'est demain. Je réalise à peine... j'aime bien ce moment de flottaison entre deux temps : on est là, et soudain, on est parti...
Que j'aime les voyages quand ils parlent fort à mon coeur ! L'Italie, ce sont mes racines, tu le sais bien, toi qui me lis depuis si longtemps. Un air de mandoline italienne me berce de sa mélopée pendant que j'écris ces quelques mots. 
Tu te rends compte ? Fouler la piazza Navona, admirer la Fontaine de Trevi, la Villa Borghèse, et tant d'autres prodiges qui défient le temps... J'en frissonne.
Aujourd'hui, l'automne a balbutié son premier jour. La lumière est belle et laisse croire au bonheur. 
Je t'abandonne encore, mais je te dirai tout à mon retour. Le vent chaud sur le Palatin, le murmure des pierres millénaires, l'odeur des scampi et des vongole sur les spaghetti, les fenêtres à jalousies, et la splendeur vaticane.
Avec, partout, cette musique du coeur qui ne me lâche pas.
Tu verras, ce sera bien.

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