mardi 27 juillet 2021

Pause

 




Je vais aller m'asseoir un peu sur le rebord du monde.
La tête et le coeur pris dans les rets des étoiles,
buvant à la source de vie,
battant pavillon d'amour, je reviendrai.
Un besoin de silence, dans ce brouhaha permanent.
Un besoin de pureté. De hauteur. De vérité.
Un besoin de temps et d'espace.
Le temps de régler quelque affaire de rare importance.
Prenez soin de vous, mes précieux.
Merci d'avance pour vos mots, toujours beaux et justes.

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mardi 20 juillet 2021

A la recherche du temps perdu

 

Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses

Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;

Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses

Et ne les donner qu’à l’amour. 

Gérard de Nerval











J'ai une bonne nouvelle les amis !  L'océan est toujours à sa place. Splendide. Fidèle.
J'étais à Biscarrosse, un lieu superbe, bercé entre pins et sable. Je fêtais la vie avec mon amoureux, c'était doux et frais. On avait l'impression que rien de futile n'existait plus. Que tout était essentiel. Et l'océan, face à notre fenêtre, roulait ses vagues sur le bord du monde. Les nuages jouaient avec la plage. Inconscients des délires humains. C'était beau. Comme toutes ces choses qui nous semblent éternelles : la course des étoiles, les rochers de granit rose, le vent dans les blés...et les mimiques d'un bébé. Vous avez remarqué comme c'est mignon, un bébé, avec ses petites bouilles impayables, toujours les mêmes ?  Quelle que soit l'époque et l'endroit. Comme si ces bouts de choux parlaient un langage universel, que l'on va s'ingénier à leur faire oublier dès qu'ils grandiront. Mais ça, c'est une autre histoire. 
Si je vous en parle, c'est que j'étais à Angers, pour une belle cousinade. J'ai aimé l'innocence de ma petite Alba. L'insouciance joyeuse de sa soeur Sibylle, qui ne sait rien encore de ce monde insensé. Leurs grands yeux de poupée m'ont rafraîchie comme une brise de matin. Mes petites-filles, mes beautés. 

Auparavant, nous passâmes quelques jours magiques chez mon amie Chinou, dans la montagne noire, loin des masques, des écouvillons dans le nez et des traçages numériques. Loin de cette folie qui a saisi le monde.  Dans le simple appareil d'une nature verte et sauvage, à doucement profiter des quatre-vingt-quatre mille six cents secondes de chaque journée. 
Etes-vous émerveillés, vous aussi, par ce crédit renouvelé permanent, sans contrepartie ni intérêts, que nous offre la vie ?  Tant que son fil n'est pas coupé, c'est le miracle quotidien. Ce fil est très fragile, quoi qu'en disent ceux qui veulent nous faire croire le contraire. On aura beau prendre toutes les précautions, on n'évitera pas notre destin de mortels. Mais c'est un fil de soie et d'or, si on l'utilise pour créer du lien, pour donner du sens, et pas pour blesser ou ligoter. 
J'ai dégusté des fruits de mer à Arcachon, visité la cathédrale d'Albi, impensable forteresse de brique rouge. Mangé un soir sur le port de la Rochelle avant le rush des Francofolies. 
J'ai relu avec bonheur Baudelaire, Musset, Rimbaud, Apollinaire. 
Les poètes du temps qui fuit. Ils me nourrissent de cette idée : je veux mourir vivante.
Je ne relirai pas Marcel. Je n'ai pas assez de temps à perdre.

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Pour l'atelier de la Licorne

lundi 5 juillet 2021

Une femme libre

 

« Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère. »
Simone de Beauvoir








Ma grand-tante Marcelline, je vous en ai déjà parlé,  n'aimait pas vivre au conditionnel passé. Le temps des regrets n'était pas pour elle. Les « j'aurais voulu », « j'aurais aimé », « j'aurais pas dû » ne firent jamais partie de son vocabulaire. Elle préférait, comme elle disait, les remords aux regrets. Marcelline, dans la légende familiale, c'était... comment vous dire...une gaillarde, une joyeuse luronne, une femme fatale, pour les plus polis. Une femme de mauvaise vie,  une catin, une Marie-couche-toi-là pour certains autres plus rigides, censeurs toujours pleins de bonhomie et d'indulgence pour leur prochain(e).
Les gens honnêtes de l'époque avaient tôt fait de cataloguer les femmes libres, les Simone en pantalons, les Colette en fume-cigarettes, avec ces mots peu élégants et totalement inappropriés. Exagérés. En réalité, Marcelline devait sûrement faire un peu rêver les ménagères dans les chaumières. Sa vie aventureuse, racontée par ma mère, me fascinait quand j'étais adolescente.
 Elle avait eu vingt ans en mil-neuf-cent-vingt. Cette belle concordance arithmétique, conjuguée à l'ambiance mythique des « années folles »,  la plaça sans doute sous une étoile particulière, toute scintillante des paillettes de Joséphine Baker et des cuivres du charleston. Un brin de fortune l'ayant quand même mise à l'abri des basses contingences matérielles, elle put assurer ses besoins matériels sans l'aide de personne.  Bref, ma riche aïeule de Roquebrune mena la vie, comme on dit. 
De combien de beaux jeunes hommes tremblants fit-elle tourner la tête ? Combien de rendez-vous galants sur cette belle plage de Cap-Martin où elle vivait, elle en coupe garçonne et eux en knicker-bocker à carreaux  ? Combien de passions dévorantes, d'étreintes sensuelles et de mauvaises rencontres aussi ? Combien de coeurs brisés par son indifférence ? Et combien de petits matins tristes après une nuit de folie ?
Le revers de la médaille de cette existence insouciante vouée au plaisir,  c'est que Marcelline ne connut jamais le bonheur d'être mère. Ni celui de vivre un amour partagé avec un amoureux. Ou une amoureuse.
Certains mois, elle dut subir aussi les affres de celle qui attend désespérément la preuve qu'elle n'est pas enceinte, et sans doute, une fois ou deux dans cette existence périlleuse, la déchirure atroce de la faiseuse d'anges. 
Elle mourut comme elle avait vécu : seule. Dans une solitude plus subie que choisie, certainement. 
Pourtant, on raconte qu'elle ne regretta jamais ses choix, farouchement libre jusqu'au bout. Vivante et effrontée.
Assise sur la plage, quelque cent ans plus tard, le coeur bercé de ressac et la peau caressée de lumière, je me suis sentie libre et heureuse. Pas de la même façon que Marcelline, non. Mais sans aucun regret moi non plus. Heureuse d'avoir su concilier toutes ces choses si contradictoires, les études,  la carrière, la morale, la maternité, l'aventure, l'éducation, l'indépendance, la sexualité, et l'Amour... Une vie de femme c'est cela, quoi qu'on en dise, et même si ça évolue peu à peu  : un combat quasi permanent pour concilier l'inconciliable. 



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Pour l'atelier du Goût.