mardi 22 septembre 2020

La splendeur des matins

Là ou je vis
Mon nouveau chez moi...



 



J'aimerais que tu voies les Monts du Matin à l'aube. C'est d'une beauté à couper le souffle. L'horizon dessine un liseré bleu argent au-dessus de la plaine, et le ciel charrie les brumes de nuit comme autant de langes cotonneux qui se désagrègent à la première chaleur.
Depuis que je vis ici, j'apprécie de plus en plus la splendeur de ces débuts de journée, qui éveille chaque jour la vie d'un nouveau souffle. C'est puissant. Ça te prend à la gorge comme un vin de vigueur. Ça te fait toucher du doigt la fragilité superbe du temps. 
Le réveil en douceur. Rien ne presse. L'odeur du café et du pain grillé flotte jusqu'à la terrasse où la table est mise simplement. Le miel, le pain, le café, l'amour. Les choses simples sont toujours les plus belles. Le champ de maïs, en contrebas, étale ses épis qui ondulent en suivant les berges du champ, comme une rivière d'or.
L'air bruit de mille sursauts d'oiseaux, d'insectes, et la sarabande des écureuils dans les mûriers n'en finit pas de m'étonner.
L'autre jour, Pascal Quignard, un écrivain que j'aime beaucoup,  parlait du matin à la Grande Librairie, comme d'un thème absolu et merveilleux en littérature. L'auteur de « Tous les matins du Monde » sait de quoi il parle. 
Et j'étais d'accord avec lui : le matin est une promesse, un miracle gratuit et quotidien, et le fil qui nous accroche fort à la vie puise sa magie dans les éclats de l'aurore. J'en suis persuadée.
Ces jours-ci, après la fièvre du mariage de ma Prunelle, après les discours, les surprises, les agapes, les embrassades, les retrouvailles, les larmes de joie et d'émotion, j'avais besoin de me retrouver au balcon de ma nouvelle vie, sereine et contemplative. De respirer en harmonie, le coeur battant, en compagnie de l'homme que j'aime. Les montagnes russes émotionnelles, ça me connaît. L'immense bonheur de la plénitude, l'ivresse du champagne qui pétille et soudain cet indescriptible coup de blues qui suit les réunions de famille, quand chacun repart vers sa vie, et que l'on se retrouve comme un coquillage échoué sur le sable mou après que la mer s'est retirée. Alors on est allés, dimanche soir, muser au VH, un bar branché de la ville. On avait besoin d'un sas.
C'était une bien belle fête. Remarquablement organisée par les mariés, qui ne laissèrent rien au hasard. Jusque dans les plus petits détails. 
Mais je ne serais pas Célestine si elle ne m'avait pas bouleversée, fouaillée, bradassée jusqu'au coeur. 








lundi 14 septembre 2020

Noces de diamant




Mon père, ce héros au sourire si doux, a fait preuve il y a quatre ans d’un grand manque de savoir vivre. Non seulement parce qu’il nous a quittés pour ce fameux « monde que l’on dit meilleur » mais aussi parce qu’il s'est ainsi privé de fêter ses noces de diamant avec ma mère. A quelques mois près. J’aurais aimé voir ça. C'est un peu comme s'il s'était écroulé sur la ligne d'arrivée, sans pouvoir monter sur le podium. Parce qu'un mariage de soixante ans, ça tient quand même du marathon, il faut le dire. C'est un exploit sportif.
J’y repensais en écrivant le discours que je prononcerai samedi prochain pour le mariage de ma fille. J’ai toujours un peu de mal à imaginer que mes propres parents aient été ce jeune couple fougueux que je vois sur cette vieille photo d’eux, lui le cheveu fou, elle les seins arrogants dans sa jolie robe des années cinquante. C’était l’époque des belles toilettes, des maquillages sophistiqués, des rendez-vous galants devant la gare de Nice. On ne se draguait pas par téléphone, à ce moment-là, on se courtisait. On avait besoin de prendre son temps. L’amour avait alors le goût d’un plat raffiné, lentement savouré, pas d’un sandwich de speed dating avalé à la hâte et oublié sitôt consommé. 
Et mon père avait dû attendre avant de pouvoir montrer la couleur de son caleçon à sa promise. C’était un couple modèle. Une espèce en voie de complète disparition…Est-ce bien ? Est-ce mal ? Je ne sais. Ils s’aimaient « classique », comme le voulait l’époque. Lui le tournevis, elle la tourniquette à faire la vinaigrette. Mais jusqu’au dernier jour, ils se sont fait ce petit bisou sur le bout des lèvres qui signe les vieux amants. 
Que souhaiter à ma fille ? D'être heureuse avec son époux, bien sûr. Mais pas forcément pendant soixante ans, si ?
En tout cas, moi je n'ai pas su. 


***


Mes parents en voyage de noces à Cannes...

...Et presque soixante ans plus tard...

Pour le défi du Goût, il fallait inclure dans un texte inspiré par le tableau les mots suivants:
Amour. Sandwich. Lèvres.Téléphone. Besoin. Tournevis. Caleçon. Seins. Gare. Cheveux.
Toilettes.




vendredi 11 septembre 2020

Une lettre


« Lorsque le coeur a parlé, il n'est pas convenable que la raison élève des objections. »
Milan Kundera











Aujourd'hui une lettre m'a émue aux larmes.
Son auteur tentait d'expliquer à son propre frère combien la dispute qui déchirait leur famille était vaine, combien il était peiné de cette situation inextricable. 
En réalité, vous aurez remarqué sans doute comme moi que les disputes qui déchirent les familles sont souvent vaines.  Souvent des rivalités d'ego, des histoires d'argent, des théâtres d'ombre.

Ce qui m'a touchée, ce ne sont pas les tenants de l'affaire. Je vous la résume. Comme dans un roman, on y trouve une aïeule un peu déboussolée et ne voulant blesser personne, un frère éloigné dont on ne connaît ni le jeu ni les raisons, un jardin bien mal en point depuis que ladite aïeule en est partie, une voisine irascible arc-boutée sur des points de détails notariés, selon lesquels il faudrait murer une fenêtre ou une porte gênantes à cause du vis-à-vis. La maison étant vide, on se demande bien de quel vis-à-vis on parle, si ce n'est celui de quelques fantômes ou araignées...Mais bon, admettons.
On y voit le propriétaire de la maison à qui incomberaient lesdits travaux de  murage, afin d'apaiser la voisine, et qui ne fait rien. Mu par cette force formidable que l'on appelle l'inertie.  Cette voisine, une Anglaise venue de ses brumes humides, à cent lieues de comprendre l'âme de la Provence, menaçant pourtant de couper l'eau à toute la famille si on ne lui rend pas raison. Tu te rends compte, Galinette ? Couper l'eau ! Au pays de la soif...On se croirait dans du Pagnol. Entre nous, on se demande par quelle diablerie Albion la perfide peut détenir la clef de l'eau. Mais bref, admettons encore. 

Non, ce qui m'a touchée, ce sont les mots de ce frère, lancés comme de petites balises de détresse, des étincelles d'espoir, des cailloux de petit Poucet.
Il parlait un langage doux et clair. Celui à côté duquel les calculs d'apothicaire et les comptes à dormir debout devraient faire pâle figure. Il évoquait leurs parents qui n'étaient plus là, et qui n'auraient pas aimé les voir se déchirer, il rappelait leurs liens de frangins infrangibles. C'était beau. D'aucuns trouveront ça dérisoire, peut-être... Moi, un coeur à nu, qui s'expose sans peur, je trouve ça beau.
 Je l'ai admiré pour son courage et sa sincérité. Ça sonnait juste. Et j'ai croisé les doigts pour qu'il soit entendu et que se renoue le dialogue, telle la douce musique d'une fontaine dans le désert.
Il parlait le langage du coeur. 



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