lundi 20 mai 2019

Ελλάδα Σ 'αγαπώ*









*Grèce, je t'aime











Il est un pays où, si l'on est un peu attentif, l'on sent battre doucement le coeur du monde. Une contrée pleine de contrastes, de ses plages de lazuli à ses monts poudrés de neige. Avec, entre les deux, des immensités d'oliviers et d'orangers.
Tiens, oui, je ne pensais pas trouver de la neige en me rendant au pays d'Aristote. J'imaginais plutôt des collines pelées écrasées par un astre implacable. 
J'y ai trouvé des fleurs, des profusions de fruits gorgés de douceur, des forêts touffues et des ports offerts aux vents frais d'Egée ou du Golfe Saronique.
En mai, La Grèce porte son plus bel habit de l'année. Et, hormis l'Acropole où une foule impressionnante, cosmopolite et parfois criarde monte à l'assaut des vestiges comme s'il s'agissait d'un parc d'attractions, empêchant de goûter pleinement à la majesté millénaire du lieu, les sites que j'ai visités ont une magie étrange. Envoûtante. Et suffisamment de silence pour pouvoir méditer sur la fuite du temps et autres délices philosophiques. 

Notre guide Costas était exceptionnel. Il n'était pas seulement grec, non, il était la Grèce. A lui seul. Fougueux, passionné, extrêmement cultivé, chaleureux et plein d'humour. 
Chaque légende de la mythologie, du mythe d'Oedipe à la bataille des Thermopyles, en passant par les démêlés sentimentaux d'Hera, Zeus et Aphrodite, et l'amour fou d'Hadrien pour Antinoüs, tout prenait dans sa bouche des allures de série Netflix. Les scénaristes de Games of Thrones n'ont rien inventé. Les hommes et les Dieux se tirent la bourre depuis la nuit des temps, ne pensant qu'à se battre et surtout à Niké. La victoire en tous domaines. Enivrés par la puissance virile d'Athéna du même nom. Poil à Agamemnon.
Le tout, bien entendu, agrémenté de bonnes doses d'hémoglobine et de tortures variées. Les hommes sont fabuleux, décidément... 




J'ai aimé Mycènes et sa Porte des Lionnes, Les Météores et leurs monastères agrippés au vertige, Delphes et sa Pythie. J'y ai vu le Rocher de Sibylle comme un clin d'oeil à ma petite prunelle, et le Nombril du Monde, sorte de gros oeuf de pierre censé représenter le centre exact du monde antique.
L'île de Poros, de turquoise et d'albâtre pour reprendre une formule dont je suis assez fière, le lever triomphal de Phoebus sur la mer, sur mon balcon à l'hôtel de Tolo, le petit train du Pelion qui ondule à travers les oliviers tordus par les ans.
Thessalonique, la grande cité antique, bigarrée et somptueuse, qui étale sa beauté irréelle, ses trésors anciens et ses blessures de crasse et de misère dans un ordre aléatoire. Un palace, des réfugiés, un jardin mirifique, des poubelles éventrées. Et des tags sur l'arc de Galère.
A Arachova, trouver des boutiques de ski, des étalages de gants, bonnets et doudounes en canard. Découvrir Nauplie et ses yachts de luxe, à l'ombre d'une citadelle vénitienne aux murailles menaçantes.
J'ai aimé la rondeur des églises byzantines, toutes en coupoles et en arcs cintrés, malgré le luxe tapageur et trop chargé de leurs décorations intérieures, et le calme serein des Popes sous leur barbe.
Emprunter en bateau le mythique canal de Corinthe et ses eaux vert veronese, plaie géante creusée dans le poudingue et la marne alternés comme les couches de crème et de meringue d'un gâteau de légende. Le vent s'y engouffrait et me secouait l'âme de mille pensées vagabondes.
La plage de galets de Loutraki, sentir les embruns dans mes cheveux, embrasser le platane géant de Tsagarada, rencontrer ce vieux paysan à Milies, souriant gravement de tous ses yeux et de toute sa moustache.
Epidaure, son théâtre majestueux bravant les siècles, où Costas a entonné un chant mélancolique pour en démontrer l'acoustique.
J'ai aimé réapprendre à lire mon αλφάβητο**...quel charme, ces lettres grecques, s'enroulant avec la grâce des feuilles d'acanthe sur une colonne corinthienne...
Et puis, toute la vie rythmée par le balancement de la musique et des plats traditionnels dans les tavernes, délicieuses entorses à la diététique, tant l'huile et le miel enrobent tout. Heureusement compensés par une abondance de légumes et de condiments légers. 
Une force et une douceur incomparables un peu partout, mais vous le savez, c'est à travers mon filtre, je vibre toujours à la douceur des choses plutôt qu'à leur tranchant.

Athènes, enfin, ville blanche, toute blanche dans son écrin de vert sombre et de craie.  Minérale. Végétale. Animale aussi. Chaque pierre murmurant une histoire incroyable, d'enfants à queue de serpent, de vierges folles se jetant d'une falaise, de dieux mangeant leur progéniture en se léchant les doigts, et autres pauvres diables de mortels se faisant transformer en pierre ou embrocher comme de vulgaires méchouis.
Quant au groupe que formaient mes compagnons de voyage, j'y ai rencontré des personnes adorables, affables, multicolores, et pleines d'humanité, qui se reconnaîtront si elles lisent ces lignes. Je me suis sentie vraiment accueillie. 
Je ne peux tout vous dire de mes enchantements sans dépasser la limite après laquelle on se lasse d'un récit de voyage.
Mais que d'émotion, mes amis, que de frissons du cortex à l'amygdale devant tant de splendeurs... Allez, je vous laisse découvrir, moi j'atterris doucement, l'oeil étoilé.





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Les scénaristes de Games of Thrones n'ont rien inventé...



Des profusions de fruits gorgés de douceur...




























Une foule impressionnante, cosmopolite et parfois criarde montant à l'assaut des vestiges...



La rondeur des églises byzantines, toutes en coupoles et en arcs cintrés...



Le calme serein des Popes sous leur barbe...



 
Le mythique canal de Corinthe et ses eaux vert véronèse...



L'île de Poros, de turquoise et d'albâtre...



Et des tags sur l'arc de Galère...
Delphes sans la Pythie...


Notre guide Costas était exceptionnel...


 
Le lever triomphal de Phoebus sur la mer, vu du balcon de ma chambre...


De ses plages de lazuli à ses monts poudrés de neige...

Sentir les embruns dans mes cheveux sur la plage de Loutraki...

Epidaure, son théâtre majestueux bravant les siècles...


Rencontrer ce vieux paysan à Milies, souriant gravement de tous ses yeux et de toute sa moustache...


Mycènes et sa Porte des Lionnes...


Les Météores et leurs monastères agrippés au vertige...



Antinoüs, l'amour fou d'Hadrien
Athènes, la ville blanche dans son écrin de vert sombre et de craie...

Et le rocher de Sibylle...










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** alphabet.

Les photos sont de moi, sauf celle de la bande des Dieux, prise sur le net
Et celles des monts enneigés qui sont de Gérard C.








mardi 7 mai 2019

De turquoise et d'albâtre


« Certes, un rêve de beignet, c’est un rêve, pas un beignet. 
Mais un rêve de voyage, c’est déjà un voyage. »
Marek Halter









Demain, dès l'aube, à l'heure où vous dormirez encore, je serai partie. 
- Quoi ? Encore, Célestine ! Tu abuses ! Tu attiges ! Vraiment cette fille est d'une inconstance ...
- Mais oui, je sais mes lapins ...Vous allez évidemment encore une fois me manquer, mais j'ai un voyage magnifique qui s'offre à moi. Est-ce que ça se refuse ?
Le temps m'est compté dans son sablier d'or. J'ai une envie de vaste monde, vous ne sauriez l'imaginer. Je suis restée trop longtemps dans mon bocal, j'ouvre mes ailes.
J'irai écouter battre le coeur de notre vieux monde, la mémoire tutélaire de notre belle langue et le berceau des Mythes fondateurs. Fouler le même sol que Socrate, Platon et quelques autres grandes figures de l'Antique Grèce, entendre le chant des Muses, souffler les vents sur l'Acropole, Borée, Euros, Zephyr, Notos ! Ah quelle joie ineffable !
Espérons que je ne succomberai pas au fameux Syndrome de Stendhal en découvrant toutes ces merveilles sublimes qui ont peuplé mes songes d'enfant. 
Ma malle est bouclée, j'ai mis des (thermo)piles dans mon appareil photo, je suis prête.
Je rapporterai, rassurez vous, de mon périple, des centaines d'impressions, des soleils, des couleurs, des parfums...il se peut même que j'écrive de petites notes quotidiennes, dans mes carnets de voyage... si Chronos me laisse respirer entre deux ruines magistrales.  
En attendant, me revoilà une fois de plus à vous faire les recommandations d'usage : soyez sages, ne jouez pas avec les allumettes, gardez bien la maison.
Et parlez moi, si vous le désirez, de votre Grèce personnelle, celle que vous avez vue, celle dont vous rêvez, celle de vos fantasmes, celle que personne ne connaît peut-être. Belle, insolite, mélancolique, surprenante.  Je suis certaine de me régaler à vous lire. Je vous dirai.
A tout bientôt mes amis. 
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mercredi 1 mai 2019

Partir, revenir...


Photo du net


Il paraît que les gens heureux n'ont pas d'histoire...
Tiens Julie, c'est gentil de t'inquiéter pour moi. J'étais là-bas, au bord de l'océan.
Tout va bien, je t'assure.
J'étais bien. A ma place. Je regardais la splendeur des lumières poudrées des fins de jours. La mer. 
C'était beau. D'une beauté sans faille.
Il faisait mauvais partout, et il faisait beau là-bas.
J'aime la Bretagne, elle parle à ma fibre celtique. Un mariage de sel et d'eau, de roc et de verdure sous des ciels de nacre ébouriffés.
Des grèves, des bateaux. Des cabanes de pêcheurs lovées dans les replis des dunes. 
Des vagues folles giclant en gerbes d'air blanc.
J'ai vu le serpent d'océan émerger des flots gris, vivant à force d'être figé.
Au passage du Gois, le sable attirait mes pas, je humais l'iode et l'algue à pleins poumons.
J'ai vu la Ville Close et ses murs de granit arrachés à la mer. Carnac et ses pierres dressées comme des armées de fantômes surgis de la nuit.
Et tant d'autres merveilles...
Vous voyez comme ça me rend lyrique, cette vie si précieuse ? Chaque brin d'herbe, chaque scintillement d'oiseau, chaque instant, ont un goût de fièvre et de miel. Plus que jamais. A cause de l'urgence. Celle du Petit Prince et de sa rose. 

Je m'inscris en faux, votre honneur : les gens heureux ont une histoire.
La mienne s'écrit à l'encre de mes yeux. Avec le sel du bonheur.
Je choisis l'échappée belle, chaque jour. Mais même absente, je suis là. Je vous lis, je vous aime. Je vibre avec vous, je suis vos histoires, toutes vos histoires. 
C'est drôle, par exemple, la mienne m'a amenée à m'asseoir sur un banc, il y a quelques mois. Un de ceux dont parle mon ami Alain dans son très beau billet. Un banc de hasard, un banc de chance qui m'a souri. Qui m'a prise dans ses bras comme on porte le monde. 
Je sais que cela déplaît à ceux qui préfèrent les mots du vide, de l'absence, la torture du mal-être. C'est vrai, la souffrance, le malheur, la noirceur font sans doute jaillir des mots plus forts. J'en ai eu ma dose. J'en aurai sans doute encore. 
Là, le temps qui passe m'enrobe dans une bulle de diamant. J'en profite.
Les gens heureux ont une histoire. J'ai envie de l'écrire.






















mercredi 17 avril 2019

Mitigée et perplexe



Sous titre : 
Billet un peu iconoclaste
ou Toute médaille a son revers.









Les événements fortuits et dramatiques ont pour effet de déclencher des réactions variées, où la palette des émotions s'épanouit tel un arc-en-ciel aux teintes étonnantes.
L'incendie de Notre-Dame est en soi un événement fortuit et dramatique. Comme tous les accidents. Il a généré en moi une salve de ressentis, comme en chacun d'entre vous. Des ressentis différents selon que l'on croie au ciel ou que l'on y croie pas. Selon que l'on soit la rose ou bien le réséda. Selon que l'on soit sensible aux symboles ou pas. Selon que l'on ait ou pas un bout d'histoire personnelle avec le lieu.
Je suis sensible aux symboles. Et dans un premier temps, ma fibre littéraire, artistique et aussi française s'est sentie atteinte, et triste. Un peu éberluée, même. Parce que le Bossu. Parce que les gargouilles, les chimères. Parce qu'Esméralda et sa fougue de femme indomptable. Parce qu'un pan de mon enfance, celui qui a étudié Hugo. Hugo qui avait quand même imaginé et décrit cet incendie, c'est surprenant...
Et puis le Paris éternel, les quais, les bouquinistes, l'accordéon, les peintres, Chagall le premier... les Grandes Orgues sublimant Bach...La faiblesse tendre que l'on a pour les joyaux d'art et d'architecture qui font la beauté de la ville et le renom de la France. Et l'appartenance au patrimoine de l'humanité...Oui, tout cela... Soupir...

Mais une cathédrale, c'est aussi, d'une certaine manière, le symbole d'un pouvoir asservissant. C'est un monument que des milliers d'anonymes ont construit, dans des conditions sans doute difficiles, et, pour la plupart, morts sans avoir contemplé le résultat de leur travail. Mais ils y allaient, le coeur content, la fleur au fusil comme en quatorze, convaincus d'oeuvrer pour leur salut éternel et la gloire de Dieu. 
Dans les divers reportages sur l'histoire de Notre Dame, il a été dit qu'elle avait été « malmenée » et endommagée pendant la Révolution. Le peuple d'alors connaissait bien le sens de ces édifications pharaoniques. Il n'en pouvait plus de crever de faim depuis des millénaires devant des ors et des trésors inaccessibles et arrogants. Il sortait de ses peurs obscures. Il osait dire stop à une élite hautaine.
Deux cents ans après, il est prêt à donner de ses deniers pour la réparer, c'est quand même étonnant, l'histoire des hommes. 
Et puis, je m'interroge aussi sur cette communion nationale interchangeable, quel que soit l'événement. On retrouve la même ferveur, les mêmes discours, les mêmes larmes, les mêmes rassemblements, les mêmes surenchères médiatiques, les mêmes déferlements sur les réseaux sociaux, que ce soit pour la Coupe du Monde de Football, pour les attentats faisant des centaines de morts, pour le décès de Johnny Halliday ou pour l'incendie d'une cathédrale, fût-elle la plus célèbre. Comme si tout se valait. Ça me gêne. Ça m'interpelle quelque part au niveau du vécu, comme disait Coluche.
Enfin, je me demande pourquoi tout à coup les Grandes Familles ouvrent largement leur pécule, et je me prends à rêver à tout ce que l'on pourrait faire de bien et de bon avec cette manne...Et je ne dis pas ça parce qu'on ferme encore des classes, des lits d'hôpitaux, des lignes de trains,  des maternités...Ni parce que la cour des miracles existe toujours, au coeur des villes, des mendiants, des Quasimodos sans dents, des miséreux. 
Non, pas taper, pas taper ! Je ne fais que m'interroger, je suis comme une truie qui doute...Et même si j'ai conscience de dissonner comme un bourdon fêlé, je ne peux m'empêcher d'exprimer ces questionnements. Sinon je me mettrais à douter aussi de ma liberté.