22 juillet 2026

Fourmidable !




« Lentement mais toujours en avant... »
Bernard Werber 
( Les Fourmis)




Ce matin, je me laissais aller à rêvasser quelque peu après mon petit déjeuner, quand mon attention fut attirée par une fourmi (appelons-la Simone) qui tentait de soulever une miette de pain quatre fois plus lourde qu'elle. 
Quand je dis « tentait de » je devrais plutôt dire « réussit à » .
En effet, Simone souleva l'énorme masse et entreprit de traverser la table. Après un rapide calcul, il s'avère qu'une fourmi de 5 mm environ est 348 fois plus petite que votre Célestine. 
( Les plus matheux d'entre vous auront ainsi trouvé ma taille). Selon le même calcul, une table de deux mètres de longueur représente donc pour elle une distance de six cent quatre vingt seize mètres.

Imaginez-vous donc soulever une vache à bout de bras, traverser une place de 696 mètres, pour vous retrouver au bord d'un ravin à-pic de 278 mètres. 
Et là, contre toute attente, Simone attaque le surplomb la tête en bas. Par quelle vertigineuse magie tient-elle collée au bois de la table ? 
 Là, elle croise une congénère qui -ô stupeur !-au lieu de lui donner la patte, monte sur la miette de pain alourdissant son fardeau.  Héroïque, Simone tient bon, s'accroche à sa vache, et  finit...

 ...par se laisser tomber dans le vide, toujours sans lâcher son précieux chargement et se retrouve sur le carrelage de la terrasse. 
C'en est fait d'elle, adieu Simone...
Adieu ? Que nenni. Elle se relève sans une égratignure. Ebouriffant, n'est-il pas ?

Prise d'un intérêt hautement scientifique pour ses tribulations, je décide de suivre Iron Fourmi dans son périple afin de voir jusqu'où elle va aller. Ne doutant pas qu'elle ait dans l'idée d'amener la bouftance at home. Allez Simone, courage !
En chemin, elle croise d'autres congénères avec qui elle échange de mystérieuses informations. En réalité, elle doit leur dire : « Les gars, y un filon, là haut, des tas de miettes laissées par la grande rousse. Allez-y, c'est Byzance. » 

Et en effet, d'autres fourmis arrivent sur la table pour passer la balayette dans mes reliefs de tartines. Leur système de com marche mieux que whatsapp.
Mais revenons à Simone. Au ras du sol, mille dangers la guettent.  
Les joints du carrelage doivent ressembler pour elle aux rues de New-York, mais sans leurs célèbres numéros, toutes pareilles, sans aucun repère. De quoi devenir dingue. 
Simone, non. 
Elle trace sa route, évite soigneusement un gendarme rouge à taches noires, une flaque d'eau aux dimensions du lac du Bourget, passe par-dessus un tuyau d'arrosage de 8 mètres de haut, aux parois lisses et glissantes.
Sans vaciller, Simone et sa miette traversent leurs 1,566 km de terrasse et pénètrent dans la jungle de l'herbe. Des pissenlits comme des baobabs, du chiendent aux lames coupantes, des brindilles de bois grosses comme des troncs, tout s'enchevêtre en un dédale qui découragerait plus d'un d'entre nous. 
Et soudain, enfin, elles arrivent, avec pour seul GPS leurs phéromones bien affutées,  en vue de la fourmilière-patrie, gardée par quelques copines armées jusqu'aux mandibules. Ma miette disparaît avec Simone dans les entrailles du gazon. Mission accomplie.

Sans jouer les Werber, je reste subjuguée par les capacités de ces chétifs insectes, excréments de la terre, comme les nommait La Fontaine. A n'en pas douter, ils survivront tous à notre malade humanité. La moindre sauterelle saute dix fois plus haut que le champion olympique pourtant aidé de sa perche. Les écureuils escaladent en courant des arbres plus hauts que la Tour Eiffel. L'oeil des éperviers repère une souris à cent mètres d'altitude. Les fourmis ont un sens aigu de la vie en société et de la solidarité. 
Et on se croit les rois du monde parce que l'on peut donner bêtement un coup de pied dans une fourmilière...
Chaque coin de nature recèle une leçon de vie et d'humilité. 
Quand je serai ministre de l'éducation, je rendrai obligatoire l'observation des fourmis.











09 juillet 2026

Oscillations de l'âme

 











Sentez-vous parfois votre âme osciller, tanguer comme une barque sur un remous ? 
J'éprouve depuis quelques jours une fluctuation émotionnelle qui me laisse quelque peu sur le carreau, telle une méduse échouée sur le sable chaud. 
La lecture de Respect, le livre-cri d'Anouk Grinberg, m'a glacée. Son martyre d'enfant, puis d'adulte aux prises avec d'ignobles prédateurs a résonné douloureusement dans mes fibres, au plus profond de ma féminité. Indignation, dégoût, incrédulité. Admiration aussi pour cette femme qui se tient toujours droite malgré les baffes que lui a infligées la vie. Quelle résilience...

Le beau film en deux volets retraçant la Bataille de Gaulle m'a aussi beaucoup secouée. Quelle somme de courage, d'opiniâtreté, d'abnégation et de confiance en un idéal a-t-il fallu aux hommes des heures sombres pour que rejaillisse la lumière... 
Et qu'avons-nous fait de cette lumière ?

J'ai beau travailler d'arrache-corps depuis des années, sur cette sacrée hypersensibilité dont je suis pétrie, elle me rattrape de temps en temps, avec la force d'un ouragan. 
La région de la Drôme où je vis est cernée de violents incendies, du haut de la colline je vois les nuages âcres et noirs qui dévastent les montagnes que j'aime tant. L'été implacable brûle tout sur son passage, sous le soleil-chalumeau les arbres souffrent, mes fleurs dépérissent, l'herbe roussit et les bombardiers d'eau emplissent le ciel de leur sinistre voix de basse mongole. Que d'eau perdue...L'eau si précieuse... 
La nostalgie chemine dans mes pas, comme une ombre. Une photo de ma mère, une pensée pour ma soeur, un souvenir évoqué.

A côté de ces ondes négatives à basse fréquence, je continue de vibrer et de m'émerveiller de tout et de rien. Une pièce de théâtre sous les étoiles, un repas entre amis, une baignade, un morceau de musique que j'arrive à jouer sans fausse note... et la joie s'immisce à nouveau.
Hier soir, un petit renard est venu jusque sur la terrasse, il était tellement mignon avec ses oreilles pointues, et ses yeux qui nous regardaient comme si c'était nous, les bêtes curieuses. C'est sans doute ce que nous sommes, d'ailleurs, nous les z'humains qui nous croyons si supérieurs...
D'étranges imbéciles.

Ma première petite-fille vient de fêter ses huit ans. Quel chemin parcouru déjà ! C'est aussi l'âge de ma rencontre avec Paul. La sécurité affective que j'y ai trouvée est en général un bon thermostat à mes échauffements de boussole intérieure. Mais là, j'ai frisé la surchauffe.
Alors j'écoute doucement mon cœur se calmer, au bord des matins frais.
 Grâce à Pierre, j'apprend le nom des oiseaux. Le bruant zizi, la fauvette à tête noire.
A six heures, devant la fontaine innocente de tout mal,  tout redevient possible à mon âme. 
Même si elle déborde parfois.

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23 juin 2026

Le goût du péché

 



Dans la rue principale serpente un petit ruisseau, taillé dans la pierre. Arrondie, adoucie, patinée par le temps et l'eau. Il part du haut du village pour aller se jeter, tout en bas, dans la rivière. Il fait partie de la légende saint-martinoise. Quel enfant n'a pas pataugé dedans avec bonheur ? 
Quel imprudent rêveur, attiré par les façades typiques de la rue, ou celle, extravagante, de la Chapelle des Blancs, n'a pas mis le pied par mégarde dans son eau glacée descendant tout droit de la montagne du Mercantour ? 
Qui ne s'est jamais amusé, dans une mémorable partie de boules carrées, à éviter d'y faire tomber le cochonnet ?
De part et d'autre du ruisseau, l'été, les boutiques offrent les plaisirs saisonniers. Robes de coton, fruits gorgés de soleil, colliers de turquoise, poulets rôtis, spécialités niçoises : la socca, la pissaladière, la tourte sucrée aux blettes, les panisses...
J'ai toujours aimé l'ambiance magique de cette rue, où se concentrent les couleurs chatoyantes, les bruits hétéroclites, les parfums qui envoûtent et excitent. Au moment des fêtes,  le pain doré, le son des fifres et des tambourins, les oriflammes pavoisant les fenêtres, tout se mêle dans une fabuleuse kermesse des sens.
A quinze ans, j'y éprouvai mes premiers émois « hormonaux ». Vêtue d'une jupe minimaliste laissant libres mes longues pattes de cigogne, hâlées par l'air des cimes, et d'un haut blanc où frémissait ma poitrine naissante, je descendais jusqu'au banc de fruits et légumes pour m'acheter des abricots, innocente des regards scrutateurs posés sur moi.
Quel bonheur, ces fruits voluptueux, dans lesquels je mordais à pleine bouche comme dans le péché défendu ! Le jus coulait aux commissures, et s'invitant parfois sur mon corsage, ce qui déclenchait les cris d'orfraie maternels à mon retour. 
A l'époque, on ne vendait pas ces fruits dénaturés que l'on trouve souvent aujourd'hui, cueillis encore verts et malmenés par de longs trajets en camion réfrigérés, tenant davantage de la boule de pétanque que du fruit délectable. Les vrais abricots sont faits pour être consommés sur place, à température ambiante, avec une mine gourmande, et des joues empourprées de plaisir.
Et puis, il y avait les yeux de braise du marchand de primeur, ses mains fascinantes, ses épaules sur lesquelles retombaient des cheveux longs à la mode viking.
 Il me parlait littérature entre deux pesées d'aubergines. Son regard me transperçait jusqu'au fond du ventre de mille aiguillons délicieux.
A jamais, le parfum et la chair savoureuse d'un abricot bien mûr sont inextricablement liés à ce souvenir ému.

La rue Cagnoli et l'étal du primeur.



La Chapelle des Pénitents Blancs




10 juin 2026

De Pagnol à Colette

 



Dans le Château de ma Mère, Marcel Pagnol raconte comment sa famille découvre un jour le 
« chemin du canal », un raccourci que leur montre un ancien élève de son père, Joseph l'instituteur. 
Le bonhomme, dénommé Bouzigue, est devenu « piqueur » au canal. 
Il possède la clé pour traverser les propriétés longées par le cours d'eau. 
Aujourd'hui, mon frère Gilou, avec son humour habituel, teinté d'émotion, a posté une vidéo qui fait allusion à cet épisode. 
Cela m'a replongée dans une foule de souvenirs heureux.
J'ai revu l'été à Saint-Martin, les longues après-midis d'orage où je lisais Pagnol à ma mère, pendant qu'elle tricotait. 
J'ai repensé à la Treille, entre Allauch et Aubagne, entre le vallon de la Martheline et celui de Passe- Temps, les célèbres Bastides Blanches, le Massif de l'Etoile et le Garlaban couronné de chèvres. 
J'ai couru parmi les cistes et les arbousiers, trébuchant sur les cailloux blancs des sentiers.
L'univers de Pagnol était indissociable de mon enfance. Il faisait partie de la culture familiale. 
Une culture solide, livresque, où les mots avaient grande importance.
Une enfance de basilic, de thym, de romarin, de cigales et de pins tordus. L'Eau des Collines perle à mes paupières quand je pense à ce temps enfui.



Depuis mes premiers émois de lecture, ma besace littéraire n'a cessé de se remplir d'autres merveilles. Je suis tellement reconnaissante à la vie de m'avoir offert ce trésor inépuisable. 
Et ce matin, au frais soleil de ce début juin, en dégustant mon café, sur ma colline, je lisais des extraits d'un livre de Colette que je ne connaissais pas encore.
 Les vrilles de la Vigne.
Moi, j'aime ! J'aime tant tout ce que j'aime ! Si tu savais comme j'embellis tout ce que j'aime, et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m'emplit ce que j'aime !... C'est cela que je nomme le frôlement du bonheur.
Le frôlement du bonheur… Caresse impalpable qui creuse le long de mon dos un sillon velouté, comme le bout d’une aile creuse l’onde… Frisson mystérieux prêt à se fondre en larmes...
Je me suis plongée dans les mots comme dans une fontaine. M'abreuvant de cette beauté des phrases qui disent si bien les choses en si peu de mots. Mais choisis. Ciselés. Eblouissants.
Tu m'as rencontrée petite et joueuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. Je virais comme une abeille, et le pollen d'une poussière blonde poudrait mes pieds et mes cheveux couleur de chemin...
J'ai eu l'impression de me lire. Non par une impossible prétention, mais par une simple connivence d'âme.
J'étais Colette, parce qu'elle était moi.
Tu ne dors pas. Tu épies ma fièvre. Tu m’abrites contre les mauvais songes ; tu penses à moi comme je pense à toi, et nous feignons, par une étrange pudeur sentimentale, un paisible sommeil. Tout mon corps s’abandonne, détendu, et ma nuque pèse sur ta douce épaule ; mais nos pensées s’aiment discrètement à travers cette aube bleue, si prompte à grandir…

Tu es arrivé.
J'ai pensé à ma chance : le chemin du canal m'a menée à la plus jolie des routes. Celle de la vie.

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28 mai 2026

Petits fils d'or invisibles







Même seule, sous le ciel constellé,
 d'Altaïr à Vega, 
humant l'air doux de ce beau soir 
où l'été vient avant l'été
tu sais qu'ils sont là. 
Ils palpitent au fond de toi depuis leur arrivée,
eux qui ont tout chamboulé
vêtus de langes blancs et de fraîche innocence
C'était hier.
Il suffit de fermer les yeux, et tu les vois. 
Tu suis le moindre de leurs pas 
depuis le tout premier, balbutiant, émouvant, fragile...sur les carreaux du souvenir. 
Tu sais tout ce qu'ils font, où ils sont, même loin, 
et même en silence, 
leurs âmes te murmurent
Doucement. Cela ne s'arrête jamais.

Parce qu'ils sont à jamais un morceau de toi. 
Un morceau de choix, un morceau de roi. 
Et tu devins reine.
Tu es ce qu'ils ont fait de toi. Tu es une mère. 
A tout moment
Des fils d'or sortent de tes bras, s'envolent dans la rosée, 
Crèvent les nuages amers
passent au-dessus des étangs, 
des fleuves, des forêts blanches
des routes, des ponts suspendus
Ils te relient solidement à ces êtres devenus grands
Dont tu gardes pourtant sous les doigts 
le soyeux de la peau d'opale
Et cette odeur de nuque tendre, de lait, de miel,
de nuits trop courtes et de longs bonheurs en coton
Oh ferme les yeux encore, et vois
Dans la nacelle, en balancelle
Telles de vivantes hirondelles
Malgré leurs barbes et leurs chagrins
leurs jupes et leurs rires étouffés
leurs joies d'adultes en cascatelle
comme les gosses qu'ils étaient
Ces petits fils d'or sont puissants.
Ils te relient malgré le vent
Malgré les griffures du temps
A ceux qui restent 
Infiniment
Infiniment
Infiniment
tes enfants.

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A ma prunelle qui va devenir maman, 
pour mon plus grand bonheur.

06 mai 2026

Cultiver le temps

 


Dans un coin de ma colline, il y a cette vieille bassine en fer blanc, où les oiseaux ont pris l'habitude de venir boire. Mine de rien, observer chaque matin ce pigeon à l'œil rond m'apprend beaucoup sur la vie. Il suit un rituel immuable, se perchant toujours sur la même branche, s'inclinant vers l'eau claire pour y tremper le bec. Puis, demi-tour en se dandinant et envol gracieux, en suivant une trajectoire prévisible. Toujours la même.
Il m'apprend à me réjouir des petits rituels ponctuant l'existence, surtout quand ce sont de douces habitudes. Il fait lui-même partie de mes rituels. Il m'apprend aussi à me réjouir de pouvoir, à l'envi, déroger aux rites et inviter l'inattendu. Choisir de tracer des lignes régulières, ou de laisser courir les gribouillis de l'imagination .
Ainsi, il m'apprend à structurer mon temps, comme on cultive un beau jardin. En préservant des zones où les folles herbes poussent sans frein, et des endroits où l'harmonie exige de la méthode, et du travail. Quelques allées tirées au cordeau, des massifs exubérants, des arbres touffus et d'autres taillés en nuage. 
Ainsi en est-il d'un agenda d'amoureuse de la vie.
Ces dernières semaines ont été riches en événements. J'ai quitté plusieurs fois ma colline, pour aller m'étonner ailleurs. L'étonnement est mon moteur. J'ai à jamais six ans dans les yeux : aussi émerveillée que mes petites étoiles Sibylle, Alba et Thaïs devant les lumières magiques de Terra Nocta. 
J'ai fêté mon anniversaire avec mon amie Anne-So Coquelicot, pour une belle pause nature au coeur du Diois. Et une autre fois avec Hélène, ma jumelle de coeur.
Une balade intense dans le Vercors et ses abîmes, ses routes en lacets, jusqu'à la grotte-cathédrale de Choranche, célèbre pour ses stalactites (tombent) fines comme des aiguilles de cristal, et pour ses « protées », incroyables bestioles répugnantes d'aspect, mais fabuleusement intéressantes scientifiquement.
Un séjour chez ma fille, au soleil d'or d'Antibes, à flaner dans les ruelles jusqu'au marché provençal, et à manger en terrasse. Un autre à Lyon, chez mon fils, le musicien, pour découvrir son nouvel appartement « tellement mieux que le précédent ! » et déguster un plat réunionnais préparé avec amour par Marion. 
Un troisième enfin chez mon autre fils, l'architecte, dans la douceur angevine, pour fêter l'anniversaire de la petite dernière. 
Le coeur empli et la tête bourdonnante, j'ai retrouvé avec bonheur mon ami le pigeon. 
Et la douce tranquillité d'une semaine ouverte à l'imprévu. A juste profiter du ballet entre orages et soleil.

Au bord du Lac Bleu


Sur le sentier de l'Echelle

Dans les vignes de Châtillon



Avec ma prunelle à Antibes

Dans le vieux Lyon chez Arthur

Au pied des falaises du Vercors

Les fameuses stalactites aiguilles de Choranches

Les protées, animaux étranges

Sibylle, Alba et Thaïs sur les épaules des tontons

Terra Nocta et sa magie

Et mon karesansui, dernière nouveauté de notre jardin japonais.



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12 avril 2026

Deux

 




Aujourd'hui cela fait un an que nous nous sommes dit oui. Oui à notre vie belle comme un film en technicolor...
Après Sept Ans de Réflexion, nous nous la sommes joué Un Homme et une Femme, Pour le Meilleur et pour le Rire.
Une jolie sculpture en raku de notre amie artiste Laurence Antérion, un petit Prince sur sa planète, avec sa rose, a trouvé sa place dans la maison de la colline. Pour sceller la magie de cette année de coton.
Oui, ces jours-ci, nous avons bien fêté le temps qui passe. 
En Camargue, trois jours dans un écrin venté d'étangs gris-vert et de flamants roses; près d'une mer étincelante et turquoise.
Dans le Vieux Lyon, de traboules et traboules, pour préparer une visite spéciale en vue d'un jubilé dont j'aurai le temps de reparler. 
Dans notre jardin aussi, où, avec le temps sublime de Pâques, notre coin japonais s'est encore embelli. Une explosion de fleurs et de pollen. 
Pardon par avance à ceux qui voudraient mais n'ont pas (encore) trouvé l'âme sœur, à ceux qui l'avaient trouvée mais dont le destin les a cruellement privés,  et aussi à ceux qui pourraient aisément la trouver mais n'en éprouvent ni l'envie ni le besoin : que c'est bien d'être deux ! Le mot le plus beau qui me vient, pour qualifier la force de l'amour, mélangée aux fous-rires et à l'évidence des jours, c'est complicité
Une complicité respectueuse qui lie sans entraver, un battement d'âmes qui fait danser le quotidien sans le transformer en mortelle routine.
Une force qui nous entraîne l'un l'autre, dans un cercle vertueux très énergisant.
Avoir des rêves, faire des projets, les réaliser petit à petit, sentir dans tout son corps le poids du travail accompli le soir, quand on se glisse dans les draps, et dormir satisfaits, pleins du bonheur des simples choses.
On a peut-être un peu trop porté de bûches de bois, de poutres, de pavés, de sacs de graviers, ou de terreau. L'ostéopathe va encore nous gronder. « Ménagez votre dos, pendant que vous êtes encore jeunes, saperlipopette ! » 
- Ben voui, madame l'os thé aux pattes, mais nous on aime bien ça, les travaux manuels, la construction, la décoration paysagiste...
Allez, on va partir se changer les idées et voir une belle exposition sur le Japon. Histoire de rester in the mood.





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26 mars 2026

Paix



C'est un jour comme un autre. Et pourtant non. 
Celui-là a une couleur spéciale, et ne reviendra plus. Le temps joue toutes ses partitions à la fois, tendre cacophonie de ciel d'encre, de neige fondue, de furtif soleil et de bise froide. Les fameuses giboulées.
J'observe le ballet des pigeons ramiers autour de la fontaine. Leurs amours ont débuté. Parades, minauderies, coups de bec ou bécots. Le vol des mâles est particulier : ils s'élancent vers le ciel de leur vol gracieux, et soudain, un battement d'ailes qui claquent, au sommet de la parabole les voilà qui piquent vers le sol. Celui qui encaisse ses G sans broncher aura droit au point G de la femelle. 
-Rhôô ! Céleste, comme tu y vas...
-Oui, c'est leste, je sais. Mais c'est la loi naturelle.  Le printemps est réglé par les hormones printanières. 
Ancrés dans ce moment subtil, les chênes poussent leurs bourgeons à éclore. Pas un arbre ne bouge. Le mistral a fui plus loin, derrière la colline. Dans notre petit coin japonais, c'est un ravissement. La mousse fait un écrin vert tendre aux pierres du chemin. L'érable rougit, les fleurs du magnolia semblent de gros oiseaux roses sur ses branches frêles. L'eau chante.

La nature dispense sa leçon de paix quotidienne.
Et si c'était cela, notre bien le plus précieux ? La Paix.

Ce matin, à Angers, l'école de mes petites-filles a été évacuée, à cause d'une valise suspecte.
Peur, angoisse, palpitations. Service de déminage. On ne rigole pas ! Bienvenue dans le pathétique circus de la société humaine.
Que dire ? C'est tellement affligeant.
Si chacun sur terre cultivait la paix intérieure et la méditation, on aurait le droit d'oublier sa valise sur le trottoir parce que l'on a suivi un vol d'hirondelles. D'ailleurs, les valises ne contiendraient que des chaussettes, ou des livres de poésie. Des cartes postales. Ou encore des crayons...
Mais ça, ça voudrait dire que l'homme est devenu tout d'un coup moins bête. Au point d'observer les pigeons plutôt que de chercher à pigeonner continuellement ses semblables.

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16 mars 2026

Comme un souffle fragile

Il y a un temps pour tout. Un temps pour naître et un temps pour mourir.
Ecclésiaste, 3-2




Souvenez-vous : j'en avais parlé ici et . Cette petite dame soufflant fièrement les bougies de ses cent ans, il y a trois ans déjà,  s'appelait Odette, et je l'aimais beaucoup. 
Elle est partie, dans la nuit du 6 mars, emportant dans son calme sommeil d'éternité sa douceur, sa joie de vivre, sa formidable résilience, son émerveillement jamais émoussé.
En épousant l'homme que l'on aime, on épouse aussi ses chagrins. 
Celui de mon aimé fut immense,  de voir partir sa maman de coeur, sa mère adoptive, cette personne unique qui savait toucher de sa grâce tous ceux qui l'approchaient. Je l'ai aidé du mieux que j'ai pu, à traverser cette semaine d'épreuve. 
Misère ! que de démarches à effectuer pour accompagner le départ d'un être cher. Et que de préparatifs pour réunir une famille si grande... J'avais oublié, depuis celui de mes chers parents. Et combien il est doux de partager ces tâches, toujours un peu embuées de larmes.
Parmi les paroles choisies pour la cérémonie, j'ai retenu celles-ci : 
« Comme un souffle fragile ». Elles évoquent si bien la fugacité de la vie. La subtilité des mystères.
Et le silence feutré qu'exige l'écoute de l'autre, le vrai amour.
Il m'a semblé que dans le vent de ce matin, une douce brise de magnolia et de prunus en fleurs, Odette me murmurait à l'oreille : « Merci ! » . Son célèbre merci qu'elle répéta toute sa vie comme un mantra.  

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03 mars 2026

La pédagogie des coccinelles







« L'enfant apprend mieux en manipulant, en expérimentant, en découvrant par lui-même comment marche le monde. »
Célestin Freinet





Je reviens d'un ébouriffant séjour chez mes étoiles. J'avais une consigne: « Mamie, n'oublie pas tes Posca et ta guitare. » 
- Mamie couleurs, mamie musique, certes, mais vous allez voir :  j'ai d'autres merveilles dans mon havresac de Mary Poppins...
C'est incroyable tout ce que l'on peut faire en une semaine, avec deux petites filles de sept et cinq ans... Le printemps a montré son nez, avec un soleil généreux sur Angers, redonnant du baume au coeur d'une ville malmenée par les caprices de la Maine, son fleuve si tranquille d'habitude.
L'occasion de flâner en ville, de déguster une grenadine sur la place du Ralliement, noire de monde comme en été. Sauter, courir, grimper, au parc de jeux. Apprendre à connaître et à choisir les fruits chez le primeur. Déguster une crêpe chez Mamie Bigoude, dans un incroyable décor rose bonbon. 
 Aller prendre un cours de yoga à la Maison de quartier : étirer son corps et le relaxer en suivant le parcours d'un chat yogi malicieux. Chien tête en bas, arbre, tortue, pigeon, grenouille, le bestiaire du yoga est infini.
Et puis, au gré capricieux de la météo, trouver d'autres occupations dans la maison.
Jouer à la serveuse, à la nounou ou à la marchande, danser, écouter le son de la pluie ou du vent, suivre les traces brillantes des escargots sur les carreaux. Lire, beaucoup, souvent, avec bonheur, jouer aux Pirates ou à Pikomino. Danser. Chanter.
Observer une coccinelle sur le bout de son doigt. Ramasser des cailloux d'ardoise dans le jardin et dessiner dessus, pour une exposition d'oeuvres d'art miniatures.
Et alors, quand on a bien joué, réfléchi, bougé, c'est là que l'on apprécie de s'avachir un moment devant l'école des Licornes, un dessin animé chatoyant et charmant. Refuser la suprématie des écrans, un vrai challenge de notre temps. 
J'ai gardé le meilleur pour la fin : fil rouge de la semaine, nous avons écrit un livre. Oui, messieurs-dames : une vraie histoire illustrée, inventée par elles de A à Z.  Transformant chaque matin le salon en salle de rédaction. Tempête dans ces petits crânes au cerveau prodigieusement élastique. Des fous-rires. Des mines très sérieuses. Une vraie ruche bourdonnante. Un trésor d'expériences : comment ne pas dire deux fois le même mot ? grâce au dictionnaire de synonymes ! Comment faire entrer tous les personnages à la table de fête ? Un simple problème d'intervalles... Si je dessine les cônes vers le bas, c'est un sapin ou un épicéa ? Et comment faire entrer nos dessins dans l'ordinateur ? Grâce au scanner ! Ainsi j'apprends que l'informatique est un outil, qui m'aide mais qui ne me remplace pas.

Renouant, mine de rien, avec mon credo professionnel, moi qui ai toujours aimé mettre les enfants en situation réelle, j'ai vraiment pris un plaisir fou à les motiver, à suivre leur implication, à les voir frémir de joie (et parfois de découragement, les étapes normales de tout projet un peu fou)... Et le résultat est vraiment chouette, si je le mesure à la brillance de leurs yeux.