22 septembre 2026

Un vingt-deux septembre

Le lac de Gerardmer




Un vingt-deux septembre... Je ne peux m'empêcher de songer à la chanson de Brassens, chaque année. Au diable vous partîtes. Moi, je reviens.
J'étais loin de vous, lecteurs adorés, et le temps a passé si vite. 
Un mois déjà que je vous laissais, déconnectée, pour aller découvrir une région de France où la fraîcheur des forêts et la beauté des paysages m'ont rassérénée. Un endroit malmené par l'histoire, déchiré par les guerres comme un os disputé par deux chiens. Mais toujours debout, et fier de ses racines. 
C'est l'Alsace, vous l'avez deviné, plaine fertile sertie entre deux chaînes de montagnes aux sommets verdoyants, arrondis comme des coussins.
De cette belle Alsace avec son vin doré, ses villages riants, ses vignes en étages, ses spécialités délicieuses, aux Vosges et leurs bois humides restés sauvages, je suis allée m'imprégner d'une de ces splendeurs dont notre pays foisonne. Ce n'est pas du chauvinisme, c'est un constat. La France est une terre magnifique, regorgeant de merveilles diverses.
Je suis revenue sur ma colline, et ce soir, le soleil allume un incendie sublime au couchant. Quel spectacle ! le ciel est comme un drap de feu posé sur l'horizon. J'en suis bouleversée.
D'aucuns diront : pourquoi partir, si c'est si beau chez toi ? 
Bien sûr, petits padawans, mais si on ne part pas, comment goûter au plaisir subtil de revenir, tel Ulysse vers son petit Liré ?
Il y a un an, j'étais en Corse. J'ai retrouvé ici cette farouche appartenance à la terre qui caractérise les peuples qui ont subi un joug, ou des souffrances sans nom. 
Saisie à la gorge d'une émotion tremblante en visitant le Camp de concentration du Struthof, et sa sinistre chambre à gaz, j'ai eu du mal à respirer, comme en apnée devant cette horreur. Je serrais les dents à en avoir la mâchoire douloureuse. Pétrifiée.
Retrouvant peu à peu mon souffle en haut du Mont Sainte Odile, dans la tranquillité du couvent millénaire. 
La route des Vins m'a offert des émotions picturales. Mon amie Chinou aurait trouvé là de beaux sujets d'aquarelles ! Quel charme possèdent ces vignobles faisant un écrin soyeux aux villages célèbres, Thann, Riquevihr, Eguisheim, Obernai... Avec ces maisons si typiques, à colombages, ornées de leurs mythiques géraniums. 
De la petite Venise de Colmar à la petite France de Strasbourg, autant de promenades romantiques le longs de canaux lisses comme des miroirs d'argent.
Beaucoup d'escales savoureuses pour savourer les plats traditionnels. Et oublier le régime !
Et puis d'autres randonnées paisibles en forêt, croisant des chevreuils, des lapins, des sangliers. Des méditations au bord de chaque lac rencontré,  une visite incroyable au Parlement Européen en pleine séance plénière, un détour par les maisons troglodytes de Graufthal, l'ascension du Haut-Koenigsbourg et celle du Ballon de Gubwiller, le musée automobile de Mulhouse et son impressionnante collection de vieilles voitures. Le château Bugatti, le Chemin des Cimes, la Montagne des Singes, la Volerie des Aigles, et le Pain d'Epice de Mireille Auster.
Sans oublier, sur le chemin, une étape à la Saline Royale d'Arc et Senans, et à la chapelle de Ronchamp, conçue par Le Corbusier. Je vous conseille les deux, c'est somptueux.
Je dis je, mais je pense nous, car une escapade à deux, dans les bras de l'Amour, c'est comme une morille sur un vol-au-vent. Le plat signature d'une vie trois étoiles.

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆

L'entrée de la Saline Royale


Le Musée Schlumpf à Mulhouse

La Bugatti royale

Les vignobles de la Route des Vins



La forêt des Vosges




Eguisheim


Les célèbres maisons à colombages

La Petite Venise de Colmar

Riquewihr

Une cigogne qui n'est pas encore partie

Le château du Haut Koenigsbourg

La montagne des Singes

La volerie des Aigles




Le camp du Struthof et son mémorial




Le couvent du Mont Saint Odile

La petite France

Strasbourg


La cathédrale de Strasbourg

Les députés européens en plein vote

Le Conseil de l'Europe




Les maisons troglodytes de Graufthal



Au hasard des randos...

...De belles rencontres


L'arbre de vie, petit clin d'oeil à AlainX qui aime les reportages photos



La star des vins d'Alsace



Notre Dame le Haut, oeuvre du Corbusier


C'est tout pour aujourd'hui !


•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆

19 août 2026

L'été des confidences

 




Fin août, on aimerait pouvoir se dire que ce drôle d'été tire à sa fin. Un été du Cheval de feu, selon l'horoscope chinois. Ce feu qui a tellement ravagé mon sud... Ici on attend toujours la pluie, comme la mousson d'Asie. Danser nue sous les étoiles n'a eu aucun effet, si ce n'est sur l'homme de ma vie... Les étincelles que j'allume dans ses yeux ne mettent heureusement pas le feu à la forêt de chênes qui entoure la Colline.

J'ai beaucoup aimé le temps pris à discuter de choses profondes et subtiles, les seules conversations qui me nourrissent vraiment. J'ai reçu des confidences très intimes. Mon coeur palpite de cette confiance que l'on m'accorde depuis longtemps en déballant son soi profond sur la table des échanges vrais. Sans faux semblant, sans langue de bois.
Des fous-rires, des yeux qui débordent aussi. Une capacité de réflexion étonnante chez certaines âmes jeunes et déjà pleines de sagesse.
  La relation duelle, avec un frère, une nièce, un cousin, une amie, permet d'aller tellement plus loin que ces grandes réunions de famille joyeuses et légères, où chacun met son moi en sourdine pour ne pas assombrir la fête. C'est étonnant un groupe. Assemblage d'individualités fascinantes qui l'espace d'un week-end se consacrent à la cohésion sociale. Ce n'est pas la fourmi Simone qui me contredira. C'est assez énergivore pour moi, et pourtant, j'en ai besoin aussi, de ces bains de gaieté insouciante qui font oublier un peu la réalité parfois lourde.

A ce titre, la cousinade fut une réussite. De belles parties de rigolade, des baignades, des guitares sous les arbres, des profusions de fruits et de légumes, et la merveilleuse candeur des enfants devant les étoiles filantes. 
Ma fille, ma Prunelle, a officialisé son attente d'un heureux événement. J'étais émue aux larmes. 
Quel bilan tirer de cet été, si ce n'est que, plus que jamais, l'amour reste ma boussole ? 
Et que je rêve toujours que ce mot magnifique ne soit plus un « gros mot » chez les encravatés bouffis qui mènent le monde. Que l'on ose enfin s'aimer les uns les autres, et le dire sans passer pour le ravi de la crèche, un doux rêveur, un poète, un fou. Merci à Pierre d'avoir oser parler d'amour dans son billet « Couleur d'orange ».
Un été très émotionnel, donc, ponctué par une éclipse très symbolique de notre étoile. Peut-être que le soleil veut nous dire qu'il fait de son mieux pour ne pas trop nous brûler, et que c'est à nous de changer notre trajectoire suicidaire en revenant à d'autres valeurs. Changer d'ère nous ferait le plus grand bien.


Petit montage célestinien de mes photos 




22 juillet 2026

Fourmidable !




« Lentement mais toujours en avant... »
Bernard Werber 
( Les Fourmis)




Ce matin, je me laissais aller à rêvasser quelque peu après mon petit déjeuner, quand mon attention fut attirée par une fourmi (appelons-la Simone) qui tentait de soulever une miette de pain quatre fois plus lourde qu'elle. 
Quand je dis « tentait de » je devrais plutôt dire « réussit à » .
En effet, Simone souleva l'énorme masse et entreprit de traverser la table. Après un rapide calcul, il s'avère qu'une fourmi de 5 mm environ est 348 fois plus petite que votre Célestine. 
( Les plus matheux d'entre vous auront ainsi trouvé ma taille). Selon le même calcul, une table de deux mètres de longueur représente donc pour elle une distance de six cent quatre vingt seize mètres.

Imaginez-vous donc soulever une vache à bout de bras, traverser une place de 696 mètres, pour vous retrouver au bord d'un ravin à-pic de 278 mètres. 
Et là, contre toute attente, Simone attaque le surplomb la tête en bas. Par quelle vertigineuse magie tient-elle collée au bois de la table ? 
 Là, elle croise une congénère qui -ô stupeur !-au lieu de lui donner la patte, monte sur la miette de pain alourdissant son fardeau.  Héroïque, Simone tient bon, s'accroche à sa vache, et  finit...

 ...par se laisser tomber dans le vide, toujours sans lâcher son précieux chargement et se retrouve sur le carrelage de la terrasse. 
C'en est fait d'elle, adieu Simone...
Adieu ? Que nenni. Elle se relève sans une égratignure.
 Ebouriffant, n'est-il pas ?

Prise d'un intérêt hautement scientifique pour ses tribulations, je décide de suivre Iron Fourmi dans son périple afin de voir jusqu'où elle va aller. Ne doutant pas qu'elle ait dans l'idée d'amener la bouftance at home. Allez Simone, courage !
En chemin, elle croise d'autres congénères avec qui elle échange de mystérieuses informations. En réalité, elle doit leur dire : « Les gars, y un filon, là haut, des tas de miettes laissées par la grande rousse. Allez-y, c'est Byzance. » 

Et en effet, d'autres fourmis arrivent sur la table pour passer la balayette dans mes reliefs de tartines. Leur système de com marche mieux que whatsapp.
Mais revenons à Simone. Au ras du sol, mille dangers la guettent.  
Les joints du carrelage doivent ressembler pour elle aux rues de New-York, mais sans leurs célèbres numéros, toutes pareilles, sans aucun repère. De quoi devenir dingue. 
Simone, non. 
Elle trace sa route, évite soigneusement un gendarme rouge à taches noires, une flaque d'eau aux dimensions du lac du Bourget, passe par-dessus un tuyau d'arrosage de 8 mètres de haut, aux parois lisses et glissantes.
Sans vaciller, Simone et sa miette traversent leurs 1,566 km de terrasse et pénètrent dans la jungle de l'herbe. Des pissenlits comme des baobabs, du chiendent aux lames coupantes, des brindilles de bois grosses comme des troncs, tout s'enchevêtre en un dédale qui découragerait plus d'un d'entre nous. 
Et soudain, enfin, elles arrivent, avec pour seul GPS leurs phéromones bien affutées,  en vue de la fourmilière-patrie, gardée par quelques copines armées jusqu'aux mandibules. Ma miette disparaît avec Simone dans les entrailles du gazon. Mission accomplie.

Sans jouer les Werber, je reste subjuguée par les capacités de ces chétifs insectes, excréments de la terre, comme les nommait La Fontaine. A n'en pas douter, ils survivront tous à notre malade humanité. La moindre sauterelle saute dix fois plus haut que le champion olympique pourtant aidé de sa perche. Les écureuils escaladent en courant des arbres plus hauts que la Tour Eiffel. L'oeil des éperviers repère une souris à cent mètres d'altitude. Les fourmis ont un sens aigu de la vie en société et de la solidarité. 
Et on se croit les rois du monde parce que l'on peut donner bêtement un coup de pied dans une fourmilière...
Chaque coin de nature recèle une leçon de vie et d'humilité. 
Quand je serai ministre de l'éducation, je rendrai obligatoire l'observation des fourmis.











09 juillet 2026

Oscillations de l'âme

 











Sentez-vous parfois votre âme osciller, tanguer comme une barque sur un remous ? 
J'éprouve depuis quelques jours une fluctuation émotionnelle qui me laisse quelque peu sur le carreau, telle une méduse échouée sur le sable chaud. 
La lecture de Respect, le livre-cri d'Anouk Grinberg, m'a glacée. Son martyre d'enfant, puis d'adulte aux prises avec d'ignobles prédateurs a résonné douloureusement dans mes fibres, au plus profond de ma féminité. Indignation, dégoût, incrédulité. Admiration aussi pour cette femme qui se tient toujours droite malgré les baffes que lui a infligées la vie. Quelle résilience...

Le beau film en deux volets retraçant la Bataille de Gaulle m'a aussi beaucoup secouée. Quelle somme de courage, d'opiniâtreté, d'abnégation et de confiance en un idéal a-t-il fallu aux hommes des heures sombres pour que rejaillisse la lumière... 
Et qu'avons-nous fait de cette lumière ?

J'ai beau travailler d'arrache-corps depuis des années, sur cette sacrée hypersensibilité dont je suis pétrie, elle me rattrape de temps en temps, avec la force d'un ouragan. 
La région de la Drôme où je vis est cernée de violents incendies, du haut de la colline je vois les nuages âcres et noirs qui dévastent les montagnes que j'aime tant. L'été implacable brûle tout sur son passage, sous le soleil-chalumeau les arbres souffrent, mes fleurs dépérissent, l'herbe roussit et les bombardiers d'eau emplissent le ciel de leur sinistre voix de basse mongole. Que d'eau perdue...L'eau si précieuse... 
La nostalgie chemine dans mes pas, comme une ombre. Une photo de ma mère, une pensée pour ma soeur, un souvenir évoqué.

A côté de ces ondes négatives à basse fréquence, je continue de vibrer et de m'émerveiller de tout et de rien. Une pièce de théâtre sous les étoiles, un repas entre amis, une baignade, un morceau de musique que j'arrive à jouer sans fausse note... et la joie s'immisce à nouveau.
Hier soir, un petit renard est venu jusque sur la terrasse, il était tellement mignon avec ses oreilles pointues, et ses yeux qui nous regardaient comme si c'était nous, les bêtes curieuses. C'est sans doute ce que nous sommes, d'ailleurs, nous les z'humains qui nous croyons si supérieurs...
D'étranges imbéciles.

Ma première petite-fille vient de fêter ses huit ans. Quel chemin parcouru déjà ! C'est aussi l'âge de ma rencontre avec Paul. La sécurité affective que j'y ai trouvée est en général un bon thermostat à mes échauffements de boussole intérieure. Mais là, j'ai frisé la surchauffe.
Alors j'écoute doucement mon cœur se calmer, au bord des matins frais.
 Grâce à Pierre, j'apprend le nom des oiseaux. Le bruant zizi, la fauvette à tête noire.
A six heures, devant la fontaine innocente de tout mal,  tout redevient possible à mon âme. 
Même si elle déborde parfois.

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆



23 juin 2026

Le goût du péché

 



Dans la rue principale serpente un petit ruisseau, taillé dans la pierre. Arrondie, adoucie, patinée par le temps et l'eau. Il part du haut du village pour aller se jeter, tout en bas, dans la rivière. Il fait partie de la légende saint-martinoise. Quel enfant n'a pas pataugé dedans avec bonheur ? 
Quel imprudent rêveur, attiré par les façades typiques de la rue, ou celle, extravagante, de la Chapelle des Blancs, n'a pas mis le pied par mégarde dans son eau glacée descendant tout droit de la montagne du Mercantour ? 
Qui ne s'est jamais amusé, dans une mémorable partie de boules carrées, à éviter d'y faire tomber le cochonnet ?
De part et d'autre du ruisseau, l'été, les boutiques offrent les plaisirs saisonniers. Robes de coton, fruits gorgés de soleil, colliers de turquoise, poulets rôtis, spécialités niçoises : la socca, la pissaladière, la tourte sucrée aux blettes, les panisses...
J'ai toujours aimé l'ambiance magique de cette rue, où se concentrent les couleurs chatoyantes, les bruits hétéroclites, les parfums qui envoûtent et excitent. Au moment des fêtes,  le pain doré, le son des fifres et des tambourins, les oriflammes pavoisant les fenêtres, tout se mêle dans une fabuleuse kermesse des sens.
A quinze ans, j'y éprouvai mes premiers émois « hormonaux ». Vêtue d'une jupe minimaliste laissant libres mes longues pattes de cigogne, hâlées par l'air des cimes, et d'un haut blanc où frémissait ma poitrine naissante, je descendais jusqu'au banc de fruits et légumes pour m'acheter des abricots, innocente des regards scrutateurs posés sur moi.
Quel bonheur, ces fruits voluptueux, dans lesquels je mordais à pleine bouche comme dans le péché défendu ! Le jus coulait aux commissures, et s'invitant parfois sur mon corsage, ce qui déclenchait les cris d'orfraie maternels à mon retour. 
A l'époque, on ne vendait pas ces fruits dénaturés que l'on trouve souvent aujourd'hui, cueillis encore verts et malmenés par de longs trajets en camion réfrigérés, tenant davantage de la boule de pétanque que du fruit délectable. Les vrais abricots sont faits pour être consommés sur place, à température ambiante, avec une mine gourmande, et des joues empourprées de plaisir.
Et puis, il y avait les yeux de braise du marchand de primeur, ses mains fascinantes, ses épaules sur lesquelles retombaient des cheveux longs à la mode viking.
 Il me parlait littérature entre deux pesées d'aubergines. Son regard me transperçait jusqu'au fond du ventre de mille aiguillons délicieux.
A jamais, le parfum et la chair savoureuse d'un abricot bien mûr sont inextricablement liés à ce souvenir ému.

La rue Cagnoli et l'étal du primeur.



La Chapelle des Pénitents Blancs




10 juin 2026

De Pagnol à Colette

 



Dans le Château de ma Mère, Marcel Pagnol raconte comment sa famille découvre un jour le 
« chemin du canal », un raccourci que leur montre un ancien élève de son père, Joseph l'instituteur. 
Le bonhomme, dénommé Bouzigue, est devenu « piqueur » au canal. 
Il possède la clé pour traverser les propriétés longées par le cours d'eau. 
Aujourd'hui, mon frère Gilou, avec son humour habituel, teinté d'émotion, a posté une vidéo qui fait allusion à cet épisode. 
Cela m'a replongée dans une foule de souvenirs heureux.
J'ai revu l'été à Saint-Martin, les longues après-midis d'orage où je lisais Pagnol à ma mère, pendant qu'elle tricotait. 
J'ai repensé à la Treille, entre Allauch et Aubagne, entre le vallon de la Martheline et celui de Passe- Temps, les célèbres Bastides Blanches, le Massif de l'Etoile et le Garlaban couronné de chèvres. 
J'ai couru parmi les cistes et les arbousiers, trébuchant sur les cailloux blancs des sentiers.
L'univers de Pagnol était indissociable de mon enfance. Il faisait partie de la culture familiale. 
Une culture solide, livresque, où les mots avaient grande importance.
Une enfance de basilic, de thym, de romarin, de cigales et de pins tordus. L'Eau des Collines perle à mes paupières quand je pense à ce temps enfui.



Depuis mes premiers émois de lecture, ma besace littéraire n'a cessé de se remplir d'autres merveilles. Je suis tellement reconnaissante à la vie de m'avoir offert ce trésor inépuisable. 
Et ce matin, au frais soleil de ce début juin, en dégustant mon café, sur ma colline, je lisais des extraits d'un livre de Colette que je ne connaissais pas encore.
 Les vrilles de la Vigne.
Moi, j'aime ! J'aime tant tout ce que j'aime ! Si tu savais comme j'embellis tout ce que j'aime, et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m'emplit ce que j'aime !... C'est cela que je nomme le frôlement du bonheur.
Le frôlement du bonheur… Caresse impalpable qui creuse le long de mon dos un sillon velouté, comme le bout d’une aile creuse l’onde… Frisson mystérieux prêt à se fondre en larmes...
Je me suis plongée dans les mots comme dans une fontaine. M'abreuvant de cette beauté des phrases qui disent si bien les choses en si peu de mots. Mais choisis. Ciselés. Eblouissants.
Tu m'as rencontrée petite et joueuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. Je virais comme une abeille, et le pollen d'une poussière blonde poudrait mes pieds et mes cheveux couleur de chemin...
J'ai eu l'impression de me lire. Non par une impossible prétention, mais par une simple connivence d'âme.
J'étais Colette, parce qu'elle était moi.
Tu ne dors pas. Tu épies ma fièvre. Tu m’abrites contre les mauvais songes ; tu penses à moi comme je pense à toi, et nous feignons, par une étrange pudeur sentimentale, un paisible sommeil. Tout mon corps s’abandonne, détendu, et ma nuque pèse sur ta douce épaule ; mais nos pensées s’aiment discrètement à travers cette aube bleue, si prompte à grandir…

Tu es arrivé.
J'ai pensé à ma chance : le chemin du canal m'a menée à la plus jolie des routes. Celle de la vie.

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆





28 mai 2026

Petits fils d'or invisibles







Même seule, sous le ciel constellé,
 d'Altaïr à Vega, 
humant l'air doux de ce beau soir 
où l'été vient avant l'été
tu sais qu'ils sont là. 
Ils palpitent au fond de toi depuis leur arrivée,
eux qui ont tout chamboulé
vêtus de langes blancs et de fraîche innocence
C'était hier.
Il suffit de fermer les yeux, et tu les vois. 
Tu suis le moindre de leurs pas 
depuis le tout premier, balbutiant, émouvant, fragile...sur les carreaux du souvenir. 
Tu sais tout ce qu'ils font, où ils sont, même loin, 
et même en silence, 
leurs âmes te murmurent
Doucement. Cela ne s'arrête jamais.

Parce qu'ils sont à jamais un morceau de toi. 
Un morceau de choix, un morceau de roi. 
Et tu devins reine.
Tu es ce qu'ils ont fait de toi. Tu es une mère. 
A tout moment
Des fils d'or sortent de tes bras, s'envolent dans la rosée, 
Crèvent les nuages amers
passent au-dessus des étangs, 
des fleuves, des forêts blanches
des routes, des ponts suspendus
Ils te relient solidement à ces êtres devenus grands
Dont tu gardes pourtant sous les doigts 
le soyeux de la peau d'opale
Et cette odeur de nuque tendre, de lait, de miel,
de nuits trop courtes et de longs bonheurs en coton
Oh ferme les yeux encore, et vois
Dans la nacelle, en balancelle
Telles de vivantes hirondelles
Malgré leurs barbes et leurs chagrins
leurs jupes et leurs rires étouffés
leurs joies d'adultes en cascatelle
comme les gosses qu'ils étaient
Ces petits fils d'or sont puissants.
Ils te relient malgré le vent
Malgré les griffures du temps
A ceux qui restent 
Infiniment
Infiniment
Infiniment
tes enfants.

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆




A ma prunelle qui va devenir maman, 
pour mon plus grand bonheur.