lundi 18 janvier 2021

L'emprise


Cette image m'a évoqué un épisode de ma vie heureusement enfui à jamais.
Mais tant de gens y sont encore confrontés... ça me révolte que de telles personnes existent.





Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador...
Quoique...A la réflexion, je suis peut-être encore loin de la vérité. Et très injuste envers les coiffeurs et les toréadors.  A ton arrivée dans les lieux, et dans ma vie, mon monde avait comme chaviré de la balustrade vers un sol froid de marbre. Avec un bruit d'éclats de verre.
C'était ta façon d'être qui éclaboussait.
On te trouvait agaçant, imbu de toi. Je te trouvais insolent de charisme. La grande classe dans ton manteau havane. Hâbleur. Fascinant.
J'aurais aimé m'envoler dans un grand élan de défense. Prendre ta défense. Comme si tu en avais eu besoin...
Je restais avachie sans mot, dans mon silence. Tu réussissais à me rabaisser et me culpabiliser sans cesse, et sans raison.
Et la honte m'intimait de me taire, de son long doigt griffu. 
Certaines phrases assassines font tellement plus mal que les coups physiques...indécelables, impossibles à prouver, elles détruisent à petit feu les âmes sensibles et altruistes dans mon genre. 
C'est terrible de se sentir nouille au point de ne proférer aucune parole, et de renier son courage. Et sa nature profonde. De se sentir glisser peu à peu vers le chaos intérieur.
Je te trouvais des excuses constamment. Tu me soufflais le chaud et le froid, de ton haleine fétide de mort. Tu n'avais rien d'admirable.
Ce que l'on prend parfois pour de l'amour, n'est qu'une forme d'idolâtrie paralysante, qui rend bête. Il m'en a fallu, du temps. 
Quand je l'ai enfin admis, que j'ai réussi à m'arracher à ton emprise, pilée comme un miroir en miettes,  tu es parti injecter ton venin dans d'autres peaux. Et, comme tous les salauds de ton espèce, te servir des gens comme de pauvres marionnettes, pris dans les fils gluants de ta toile. Les toxiques tels que toi, ont constamment dans la poche un revolver psychique braqué sur leur proie. Hideux derrière leur masque faussement aimable. 
Pervers. Narcissique. Manipulateur. 
Tu n'avais que l'aspect d'un brave, avec l'entrain d'un commis voyageur.
Quoique...à la réflexion, je suis injuste aussi envers les commis voyageurs.



***


Pour le 64° devoir de Lakévio du Goût.

Pour en savoir plus :

samedi 9 janvier 2021

Dans la peau

 « Que 2021 vous jette dans les bras des uns et des autres, que cette année encore neuve, qui vieillira trop vite, vous donne maintes occasions de frotter vos épidermes, d'arracher à la mort et au désespoir les instants d'un plaisir tout à la fois exquis et chimérique. »
Patrick Mandon



Photos du net


Frotter vos épidermes... L'expression a quelque chose d'impertinent, cher Patrick, et de presque incongru par les temps qui courent. 
Et pourtant vous ne dévoilez pas un secret d'état : nous sommes des êtres de lien, des êtres de sang, de vibrations. Des êtres épidermiques. Pas des robots de métal froid. Depuis la candeur de son blanc berceau, un enfant a besoin de fusionner, de sentir la présence de sa mère comme de son père. J'entends encore mon fils me dire combien il adorait le peau-à-peau avec ses bébés, préconisé désormais dans toutes les maternités.  Le contact de la peau nue réchauffe, rassure, donne confiance, renforce l'immunité naturelle et stimule l'hormone du bonheur. Tisse des relations fortes entre les êtres. 


Je suis une tactile. 
Il me faut la peau, ce velours inimitable de la peau du dos, ce grain légèrement voilé des bras, les petites veines qui parcourent le corps, les pulsations que l'on sent dans le cou, les odeurs, les parfums, l'haleine tiède au café, le tremblement de la paupière, les sourcils mobiles qui expriment tant de petites émotions imperceptibles, les pupilles qui se dilatent, la douceur d'une nuque légèrement moite et le friselis des cheveux, la chaleur des mains et ce léger cal du bout des doigts qui accroche parfois la soie ou le nylon mais provoque des frissons quand il se promène sur la peau, la fermeté des jambes, le relief des muscles, le petit pli aux commissures, le fondant du sourire à croquer et l'infinie délicatesse dont un homme est capable dans la retenue chuchotée de l'amour. Pour moi, le toucher est une loi impérieuse de la nature.


J'ose espérer de toutes mes forces que cette loi naturelle n'est pas rompue par les récentes tribulations sanitaires et leurs corollaires inquiétants. Que nos enfants connaîtront l'ineffable bonheur de se serrer les uns contre les autres, de perdre la tête pour un regard, pour un sourire, de voler, de convoler, de fonder des foyers, d'avoir quelqu'un dans la peau, de vivre le grand amour, et puis le grand vide de l'absence et la morsure du manque. De replonger encore, pour des baisers à bouche que veux-tu, des baisers de cinéma, des scènes torrides, d'envoyer valser petites culottes et trousses-chemises, et d'accepter leur condition d'animaux sociaux, interdépendants et solidaires. Même si l'amour, comme la vie, c'est plein de microbes.

***


Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait utiliser les mots suivants.
DECOUVERTE BLANC VIDE CONFIANCE CROQUER NATUREL GRAND METAL DEVOILER
CULOTTE TETE FROID FOYER FUSIONNER



lundi 4 janvier 2021

2021



“Le voyage est un retour vers l'essentiel.”

Proverbe tibétain.












Il est un endroit extraordinaire, à quelques encablures de chez moi. Il a pour nom Camargue.

C'est là, au milieu des rizières, des marais salants, et sous la fière altitude des remparts d'Aigues-Mortes, que j'ai dit adieu sans regret à l'année deux mille vingt.


Comment vous décrire cette magique lumière des matins sur les roseaux ? Ces pins parasols géants formant comme une mer de mousse aux vagues douces ? C'est comme un pays étranger en plein milieu du nôtre. Les murs blancs des manades font ressortir le noir de jais des taureaux sauvages. Les contrastes saisissent l'oeil.

Les maisons de gardians s'alignent au bord du Petit Rhône, ou se nichent dans les salins, masets ancestraux couverts de chaume. C'est beau et encore sauvage. Même les nuages ne moutonnent pas ici comme ils le font ailleurs. Ils accueillent le vol des grues cendrées, des flamants roses et des goélands dans un majestueux ballet de vent et d'eau. 

J'ai retrouvé là-bas un peu de Malo-Bray-Dune, un peu de ces plages du Nord à l'authenticité préservée chères à mon ami Alain. 


Il me fallait cette goutte de parenthèse pour passer le pont entre hier et demain. Pour oublier la sordide tournure de l'actualité, toujours prête à enfoncer la peur dans le coeur des gens.

Une peur noire, nocive, néfaste, négative, nécrosante... Mais pourquoi tant de N ?

Il me fallait m'asseoir au bord du Vaccarès cher à Daudet, contempler le pas tranquille des chevaux dans les hautes herbes, apercevoir un ragondin sur la rive herbue du canal près de l'hôtel, écouter battre la mer sur la plage de l'Espiguette, et l'amour du sable pour les oyats, pour goûter à la douceur simple de la vie.

Il me fallait me rappeler combien il est fabuleux d'ouvrir ses sens au monde, et d'avoir à profusion de quoi emplir son coeur de beauté.

J'ai fait le plein. J'ai respiré à poumons rabattus, presqu'un peu ivre.

Je n'ai qu'un souhait, pour vous, mes chers lecteurs. Que vous ayez en vous la même furieuse envie de vivre, d'étreindre, de ressentir, d'aimer. 

Et que la liberté, notre cardinale vertu, garde pour vous, comme pour moi, son goût de fièvre et de miel. 

Bonne année 2021 !!!

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Sous la fière altitude des remparts d'Aigues-Mortes...



 



Ecouter battre la mer sur la plage de l'Espiguette...











Pourquoi tant de N ?


Cette magique lumière des matins sur les roseaux...


L'amour du sable pour les oyats...



Contempler le pas tranquille des chevaux...




Le Vaccarès cher à Daudet...



Vers cinq heures du soir, à l’heure où le soleil décline, ces trois lieues d’eau sans une barque, sans une voile pour limiter, transformer leur étendue, ont un aspect admirable… »
                                                               Alphonse Daudet – Les lettres de mon moulin




Même les nuages ne moutonnent pas ici comme ils le font ailleurs...





Flamants roses et grues cendrées dans un majestueux ballet de vent et d'eau...






Les maisons de gardians se nichent dans les salins, masets ancestraux couverts de chaumes...


Vue, depuis l'Hôtel du Canal, sur la Tour de Constance 
où fut enfermée Marie Durand pendant trente-huit ans...



 Une goutte de parenthèse et un réveillon atypique, à deux, dans l'essentiel...


Pour vous souhaiter la meilleure année qui soit.

     


           e    S     t

        l                     i

    é                           n  

 C                               e¸¸.•*¨*•  




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Photos Céleste.
(Cliquez dessus pour les voir en grand.)


Au fait, êtes-vous bien tous venus chercher votre cadeau sur le billet précédent ?☺️