29 février 2012

Cérémonie

Résultats officiels et certifiés sous contrôle d'huissier

Merci à tous pour votre participation chaleureuse à mon petit jeu . Je reconnais que c'était très difficile! 
J'ai personnellement recompté plusieurs fois mes titres. Il y en a effectivement 48, (maintenant c'est sûr!)) dont trois (que j'ai mis entre parenthèses)  que j'évoque simplement par un extrait ou une allusion.

Les grands gagnants sont  donc "LES PETITS BONHEURS" (lectrice libre qui papillonne de blog en blog mais n'a pas encore fait son nid...)SAOUL-FIFRE et BLUTCH  (qui avec pertinence m'a souligné deux oublis de ma part (impardonnables) ce qui a quelque peu chamboulé mon classement général initial).

PETITS BONHEURS a même raffiné le jeu jusqu'à trouver 11 titres d'autres chanteurs!

La tendresse de Daniel Guichard
(Super) nana de Michel Jonasz
Dans ses bras (la Vie en rose) d'Edith Piaf
Princesse de NZH
La nacelle de Hugo Chastanet
Le chemin de Kyo
Le corbillard - Chanson paillarde
Le noctambule de Danielle Messia
Les nymphéas de Robert Benzrihem
L'amitié des Enfoirés ou de Françoise Hardy ou d'Isabelle Boulay
T'es parti de Melissa Nkonda

Je  dédie aux trois gagnants mon prochain billet.

  Une mention particulière pour BERTHOISE qui était vraiment très proche du résultat aussi.  

Je remercie JACQUES d'avoir consacré son dernier billet à l'ami Georges.
Je remercie ASPHODELE de m'avoir permis à travers son défi d'écriture, de m'adonner à ce petit jeu.

Je remercie tous ceux qui ne connaissent pas encore Brassens et qui auront  envie de le connaître mieux.

Je remercie... Je remercie...Purée, c'est beau, on dirait les Oscars!!!!

***


1. La mauvaise réputation 2. Le bistrot 3. La ballade des dames du temps jadis 4. La princesse et le croque notes 5. L'orage 6. Une jolie fleur 7. Brave Margot 8. Les sabots d'Hélène 9. Pénélope 10. Mélanie 11. Colombine 12. Le chapeau de Mireille 13. La fille à cent sous 14. Une jolie fleur 15. Les passantes 16. Sale petit bonhomme 17. Bonhomme 18. Embrasse-les tous 19. Fernande 20. Jeanne 21. A l'ombre des maris 22. L'auvergnat 23. Le parapluie 24. Montélimar 25. Le modeste 26. Le blason 27. Le cocu 28. Le 22 septembre 29. (Les amoureux des bancs publics) 30. Les trompettes de la renommée 31. Les copains d'abord 32. La marine 33. Pauvre Martin 34. Tonton Nestor 35. Grand-père 36. Les deux oncles 37. Le petit joueur de flûteau 38. Le vieux Léon 39. Oncle Archibald 40. Corne d'auroch 41. Les quat'zarts 42. (Le pluriel) 43. (Supplique pour être enterré à la plage de Sète) 44. Le grand chêne 45. Le testament 46. Putain de toi 47. Le gorille 48. Les philistins

24 février 2012

La lettre N


Asphodèle nous fait l'insigne joie de nous convier à nouveau  au jeu des plumes. Quelle bonne surprise, juste pour les vacances! Ça faisait longtemps, j'avais la plume toute engourdie...Pour l'occasion, je me suis rajouté une petite consigne très personnelle...


nouvelle – notoire – nigaud(e) – nature – nuance – nacelle – neutre – noix – naufragé(e) – nuage – nirvana – nana – nymphéa(s) – nouille – noble – noise – nitrate – nenni – noctambule – neuf – nougat.




***


J'ai bien connu Jojo la Tendresse, du temps que je vivais dans le troisième dessous,  traînant une mauvaise réputation notoire. 
C'est peu dire qu'il avait du succès auprès des nanas, et dans ses bras, la nouille la plus naïve, la plus nigaude des serveuses de bistrot se sentaient devenir une dame du temps jadis, ou une princesse naufragée dans sa nacelle, sauvée par un croque-notes, un soir d'orage.
Les jolies fleurs ou les peaux de vache, avaient pour nom Margot, Hélène, Pénélope, Mélanie, Colombine, Mireille la fille à cent sous, et devant toutes ces belles passantes,  aurait-il pu rester neutre et suivre son chemin de petit bonhomme ? Que nenni ! Pour chacune , au contraire, il s'habillait le cœur de neuf... Sa devise :« Embrasse les toutes ! » Jusqu'à la célèbrissime Fernande, avec qui il atteignit plus d'une fois le nirvana.
Et Jeanne, ah...la Jeanne...son histoire avec elle a longtemps senti le soufre, le nitrate et l'acide phosphorique à la fois. A l'ombre du mari, l'Auvergnat au grand coeur, ils filaient le parfait amour, depuis qu'il lui avait fait voir le ciel sous son parapluie. Et personne n'y trouvait à redire.
C'est qu' il ne fallait pas lui chercher des noises, à Jojo !Il n'était pas de nature à se laisser briser les noix, ou marcher sur les nougats, fussent-ils de Montélimar... C'était un modeste, mais on n'aurait pas osé ternir son blason en prévenant le cocu de son infortune.
Car Jojo avait je ne sais quoi de noble dans sa démarche qui, tout en n'étant pas celle d'un Philistin, n'avait rien du gorille. 
A la nouvelle de sa mort, ce n'était pas le 22 septembre, mais j'ai pleuré. Le ciel s'est couvert de gros nuages lourds. Les trompettes de la renommée se sont tues. Derrière le corbillard, comme toujours, ce furent les copains d'abord:  ceux de la Marine, le pauvre Martin, Tonton Nestor, grand-père, les deux oncles, le petit joueur de flûteau, le vieux Léon et son piano à bretelles, Oncle Archibald, et même Corne d’aurochs , le vieux noctambule du bal des quat'zarts...on était tous là, j'vous dis.
On était bien plus de quatre, mais nuance! pour une fois on n'était  pas une bande de cons. Juste des amis  pleurant sur la plage de Sète un grand chêne abattu pour toujours.
Ton testament a bien plus de prix que les "Nymphéas"  ou la "Nuit Étoilée": tu nous as légué l'Amitié et deux ou trois autres choses tellement simples et vraies...
Putain de toi! Mais pourquoi t'es parti si vite?


Petit jeu:
Saurez-vous retrouver le nombre exact de chansons citées dans mon texte?
Solution le 29 février à 19 heures.


Prémices








Pas fou, le chat a pris sa place au soleil, calé contre un mur à l'abri de ce vent furieux dont les autochtones disent qu'il rend fou. Le Mistral. Le maître de la Provence.
 De la véranda où je suis installée, ce matin, j'entends le printemps qui s'approche à pas feutrés. Oh, il ne fait pas bien de bruit, pour l'instant, ce sont deux ou trois crocus, la première jonquille et des centaines de petits bourgeons un peu plus verts qu'hier pour un oeil attentif. 
Le mimosa, lui, n'a pas résisté aux assauts du gel des semaines passées. Il n'ensoleillera pas mon jardin de ses petites fleurs parfumées.
 Les oiseaux commencent à y croire. Ils se passent le mot discrètement. Mais les rois de la saison, les merles aux trilles somptueuses, ne sont pas encore arrivés.
Quant à moi, les prémices se manifestent d'une façon reconnaissable entre toutes: des picotements au bout des doigts et des orteils, une exultation quasi permanente et l'envie de changer et de bouger. 
Reprendre le sport, manger plus léger, perdre les trois kilos de l'hiver, trier les pulls, sortir les petites robes, aérer la maison,  changer les meubles de place, faire le ménage en grand.
Secouer mon pelage comme une oursonne qui s'ébroue à la sortie de l'hiver. Renaître, quoi...

21 février 2012

Sept et trois font tonze

Cycliquement, le tag réapparaît sur les blogs, comme un de ces boutons de fièvre qui viennent se figer sur votre lèvre au moment où vous en avez le moins envie. 
Mais comme il règne sur lesdits blogs une bienveillance et une gentillesse qui nous repose des joutes politiques et des horreurs vues à la télé, on se livre en général de bonne grâce à l'exercice auquel on a été gentiment convié. 
Ma chère Zénondelle, ainsi que Carine-Laure, une autre blogueuse, ont pensé à moi pour le jeu des onze confidences. Zénondelle, à peine remise d'un cadeau empoisonné, va penser que je m'acharne sur elle, mais non, et je la sais dotée d'un sens de l'humour qui devrait me sauver...

 Ah! les onze confidences!  Je ne sais pas qui a inventé ce tag-là, mais c'est, à tout le moins, quelqu'un de fâché avec les mathématiques! Car tenez-vous bien: vous devez, après avoir écrit onze confidences, répondre à onze questions, puis inventer onze nouvelles questions que vous poserez à onze nouveaux blogueurs. Trente-trois phrases par blogueur. Ce qui, au bout de  trois tours seulement représentera déjà 333 phrases, c'est à dire 35937 phrases différentes à lire, qui auront été écrites par 1331 blogueurs.
Alors, oui, je demande pardon à mes amies pour la peine que je vais leur faire, mais la chaîne d'amitié va se briser chez moi.De toutes façons, il faut me rendre à l'évidence, je ne ferai jamais plus génial que Jacques qui a réussi à poser les questions du tag à Cyrano de Bergerac himself  en personne en direct live. Un exploit digne de son grand talent.
Mais pour vous prouver que , bien que mauvaise joueuse et brisant les  chaînes sans aucun remords, je ne suis pas une ingrate, je vous fais quand même mes onze confidences (bon, un peu frelatées, je l'avoue...)


1. J’ai arrêté de boire du Coca depuis que j’ai découvert que ça servait à enlever les taches de tartre dans les WC.
2. Je sens mauvais depuis je ne mets plus de déodorants qui peuvent provoquer le cancer, et je ne porte plus de tongs chinoises.
3. Je ne stationne plus ma voiture dans aucun parking car j’ai peur qu’on me donne un échantillon de parfum pour me droguer et puis me violer ensuite, et que le film soit mis sur internet.
4. Je ne réponds plus au téléphone car on peut me demander d’appeler un numéro long et stupide et après je vais recevoir une facture infernale, avec des appels en Ouganda, Singapour ou Tokyo.
5. J’ai versé aussi toutes mes économies sur le compte de Amy Bruce, une pauvre petite fille qui a été malade à l’hôpital  au moins 7000 fois (c’est drôle cette petite fille a toujours 8 ans depuis 1995...)
6. Mon GSM Nokia gratuit n’est jamais arrivé, ni les entrées que j’avais gagnées pour des vacances payées à Disneyland.
7. J’ai remis 21 fois la fête que je devais organiser le jour ou je devais recevoir ma caisse gratuite de "Veuve Clicquot" et mes amis depuis me font tous la gueule.
8. J’ai inscrit mon nom sur 300 pétitions et j’ai sauvé douze espèces 
d’animaux menacées.
9. J’ai su 170 fois que  Hotmail allait supprimer mon compte.
10. Je connais la recette pour ne plus être célibataire. (Il suffit d’écrire le prénom d’une personne sur un papier en pensant très fort à elle puis de se gratter le cul en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre.)

11. J’ai accumulé environ 2000 ans de malheur et je suis morte 67 fois à cause de toutes les chaînes par mail que je n’ai pas renvoyées.


Et donc, vous l'avez compris, je ne tague personne...sauf si le coeur vous en dit.
...et je file à l'Anglaise...

19 février 2012

Regarder haut et loin



Ma grande taille me permet sans doute depuis toujours d'avoir un regard panoramique autour de moi, et donc une vision synthétique des évènements.
Passés les complexes et les quolibets de l'adolescence, j'assume parfaitement mon statut de grande asperge. Ça n'est pas venu tout seul! Il m'a fallu du temps pour comprendre que l'on m'enviait ma taille" mannequin", et pourtant je suis née la même année que cette chère Barbie!
Maintenant, je me dis que j'ai la tête plus près des étoiles et des nuages et ça me convient parfaitement.
Quand je marche dans une ville, je suis toujours attirée vers le haut. Je repère les fenêtres à meneaux du troisième étage, les détails architecturaux des toits, les cheminées, les moulures et les sculptures, les pignons et les mâchicoulis...et je ne vois jamais les pièces de monnaie tombées parterre. Parfois, je marche dans un objet indésirable et malodorant, mais il paraît que ça porte bonheur. Ma vie toute entière suit ce mouvement ascendant et projeté. J'aime monter sur la montagne, j'aime contempler l'horizon infini de la mer. J'aime la nouveauté, les technologies du futur, l'astronomie est une de mes passions. Le film ou le livre que je préfère sont les prochains que j'irai voir ou que je lirai. J'aime la philosophie, car par essence elle permet de prendre de la hauteur et du recul sur les choses.

Aussi quand je regarde s'agiter le microcosme de la politique, je suis atterrée (eh oui, au sens propre) par tant de bassesse, tant de  petitesse. Ah, en ce moment, c'est beau de les observer:  certains orateurs bien conseillés parviennent à donner le change,  le temps d'un meeting, à mettre un peu de souffle lyrique dans leurs paroles, et à faire croire à un peuple avide et crédule qu'ils portent haut le flambeau de ses espérances. C'est beau, j'en ai presque une larmichette. Mais dès qu'ils seront élus, leur portefeuille, leurs minables considérations politiciennes à court terme, et leur cuisine de bas étage  redeviendront l'essentiel de leurs préoccupations.

Les citoyens portés par le peuple et investis de cette haute mission devraient avoir à coeur de voir loin, haut et grand. De réfléchir à l'avenir de l'humanité et la planète qui lui sert de berceau. Et de faire passer les intérêts privés au second plan. Mais ça, ce sont des idées de poète.

Edit du 20 février
Inspiré par ma photo, mon ami Andiamo m'a croquée!
Quelle délicate attention!


17 février 2012

Petit matin


J'émerge sans réveil d'un sommeil  étrange et agréable. Des rêves de vacances. Je glisse mes pieds dans mes pantoufles de plume, une lubie de ma tante. Je pense à elle en sentant mes orteils se recroqueviller dans la douceur du duvet. Je descends. 
L'escalier en cerisier grince et craque à chaque pas. J'ai l'impression que je vais réveiller tout le village! Il est très tôt. Tout dort encore. L'air sent l'aube, ce mélange de terre mouillée de rosée, et de vent dévalant des sommets, embarquant avec lui le froid  des névés.
Je suis la première debout, ce matin.
De la fenêtre de la cuisine, le panorama s'offre, grandiose, à couper le souffle. Le Massif du Mercantour, de l'Argentera à la Cime du Diable, érige ses pics et ses hautaines splendeurs . Le spectacle du soleil investissant lentement chaque creux de roche est simplement indicible.  Chaque matin, ici, l'on naît comme au premier matin du monde.
Ça sent le café chaud et le pain grillé, leur odeur me grise doucement. Je laisse les pensées m'effleurer et repartir. Je flotte dans une plénitude encore endormie. Le chat se toilette méthodiquement, il a sa place à l'angle du fourneau, toujours sur la même tomette ébréchée. Il aime cette tomette, qu'il a faite sienne. Une tomette marginale, reconnaissable entre toutes.
Dehors, les premiers perce-neige pointent un museau hasardeux sous les plaques de verglas encore accrochées au sol. Il faudra que je dise à ma mère de faire attention, elle ne sent pas du tout ses quatre-vingts balais et gambade toujours comme une imprudente à la recherche d'un bouquet. La dernière fois, elle s'est pété le poignet pour aller cueillir des violettes...Cette pensée me fait sourire tendrement.
Pas de radio. Surtout, pas de radio. Juste les battements de mon coeur à mon tympan.
Le café coule dans mes veines comme un nectar. Bon sang, qui dira le goût puissant du café, glissant dans le gosier à 7 heures du matin, dans la solitude de la montagne? 
un dessin de mon amie 'Epistyle
Bon sang, ce que j'aime la vie!
Il fait un temps soyeux d'yeux mi-clos aux premiers rayons, un temps de confiture léchée du bout du doigt, un temps paisible et frais de longues inspirations d'oxygène et de mots à voix basse. Il fait un temps de tourterelle...
Le figuier porte ses bourgeons, le jour porte ses promesses.
Mon père vient me rejoindre sans parler. Je le trouve beau. Je pose son bol sur la table et je fais tinter la cuillère dedans, geste qu'il m'a transmis comme un rite secret de reconnaissance. Un des gestes que je garderai de lui. Mon père...
Tout est parfaitement ordonné dans ce petit matin de fin d'hiver .
Tout est beau et lumineux et baudelairien.
Je suis chemin.
Je suis nuit et je suis soleil.
Je suis racine, et je suis ciel.

Pour le défi du samedi, il fallait écrire zen...

14 février 2012

Ze t'aime



-Tu m'aimeras touzours Zulien?
-Oh oui Zade!
-Même quand ze serai vieille?
-Oh oui Zade! zusqu'à que tu seras au moins au CM2!
-Tu m'aimeras fort comment?
-Ze t'aimerai fort zusqu'au dessus du Mont Blanc!
-Oh, Zulien! C'est beaucoup fort ça!...Et on aura des n' enfants?
-Oh oui Zade! Combien t'en voudras des n'enfants?
-Euh, ze sais pas, treize?
-Si tu veux.Tu m'aimeras même avec une barbe qui pique et plus de seveux?
-Oh oui Zulien! Et toi tu m'aimeras même avec des grosses zambes?
-Oh oui Zade!
-Et avec un ventre qui fait plic ploc?
-Oh oui Zade! Alors tu veux bien te marier z' avec moi?
-Oh! Zulien, le mariaze, ze peux pas!
-Mais pourquoi?
-Z'aime pas les robes blanses!
-Ca fait rien, ze m'en fous moi, des robes blanses, parce que ze t'aime!

12 février 2012

Déchirée





La vie n'est faite que de déchirements. La naissance nous arrache au cocon, première d'une longue suite de ces fêlures , et l'ombilic, la cicatrice originelle,  ne  pourrait bien être qu'une bande annonce de ce que nous allons endurer.
 Nous passons en fait notre existence à lécher cette blessure béante, comme des chiens, à nous regarder le nombril avec nostalgie,  et sans comprendre pourquoi il nous a fallu quitter ce chaud  paradis amniotique pour être catapultés dans ce monde de froids néons.
 Et chaque égratignure viendra se rajouter à la longue  liste. Nos rides, nos sillons, nos entailles, nos gerçures, nos marques de fruits tavelés par le destin sont les traces indélébiles de ces déchirures successives.
Chaque jour, il nous faut renoncer à quelque chose, chaque jour une page se tourne. Les êtres chers s'en vont, les enfants grandissent, les portes se referment, le cours du fleuve change.
Chaque jour, le glas de quelque chose sonne. Les acquis se dissolvent dans la résignation ou l'indifférence générale, les souvenirs s'effacent, les verdicts ou les diagnostics  tombent. Un blog s'arrête. Un voisin meurt.
C'est un ami qui nous trahit ou nous déçoit, une relation qui se rompt, un point de non-retour qui est atteint.
C'est une collègue qui n'était là que provisoirement, et qui repartira en juin vers d'autres cieux. Ce sont des élèves que l'on n'a accompagnés que pour mieux s'en séparer au final. Il nous faut sans cesse accepter, gérer ce déchirement, repartir sur d'autres bases, rebondir, redémarrer, retrouver une nouvelle énergie. Nous reconditionner, nous remotiver, parfois nous reprogrammer.  Il nous faut oublier, ne pas pleurer pour ne pas (trop) souffrir.
Chaque jour, un pan de notre enfance s'écroule, un banc, un square ou une rue disparaissent à jamais. On n'a plus les mêmes repères, on ne voit plus les mêmes gens, on ne paie plus en même monnaie. On dit d'un air faussement détaché : "Ah oui, Untel, je l'ai connu, dans une autre vie..." Mais en réalité c'est un tour de cette vie-là qui nous l'a fait disparaître sous nous yeux abasourdis.
On déambule comme des électrons dans les jardins effroyables de vies parallèles qui s'entrechoquent sans logique,  où l'on nous donne parfois des êtres de rencontre que l'on se prend à aimer...et aussitôt la vie nous les arrache, nous les reprend, et les lignes un instant mêlées reprennent leur parallélisme inexorable. Nos pathétiques morceaux de vie, comme des lambeaux, se superposent en un étrange patchwork, pitoyable costume rapiécé et mal coupé. Il serait vain de vouloir en changer.
C'est notre vie, nous croyons la maîtriser, mais en réalité, nous tentons juste d'émousser la lame qui nous infligera notre prochaine scarification.
Le bonheur n'est qu'une accalmie entre deux déchirures. Voila pourquoi il nous est si précieux.



10 février 2012

La fée



Le seul déguisement 
Que j'aimerais porter 
Qui m'aille comme un gant
C'est celui d'une fée


Une petite fée
Aux ailes transparentes
Une petite fée
Espiègle, évanescente


Effleurant chaque chose
De sa baguette d'or
De son  parfum de rose
Du Couchant à l'Aurore
Et de l'Aube au Couchant
Toujours en mouvement


Jetant sur la laideur
Un voile d' ineffable
Tirant sur le malheur
Un trait irrévocable


Le seul déguisement
Que je voudrais porter
Dans ce monde dément
C'est celui d'une fée
Pour inonder d'amour
Et vos nuits, et vos jours.


Pour le défi du samedi, il fallait se déguiser...

08 février 2012

Sagesse oubliée

"Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées , mais qu'y circule librement la brise que m'apportent les cultures de tous les pays."

Gandhi




07 février 2012

Ces merveilleux complices


Venez un peu par là, que je vous présente mes précieux et fidèles collaborateurs. Ils m'aident depuis des années à voir briller dans les regards de mes élèves la petite flamme du goût de lire. 
Ah! lire, toujours lire...Pourquoi cet attachement si fort à une activité qui pourrait sembler surannée, et qui doit se frayer un chemin ardu,  dans cette jungle d'images et de jeux faciles, pour parvenir à émouvoir les esprits? Ces jeunes esprits , aussi souples et malléables que de la guimauve...
 Pourquoi? Mais parce que je crois sincèrement que lire est à la base de tout. Lire emporte l'esprit vers des rivages autrement plus vierges et plus inexplorés que le plus sophistiqué des jeux vidéo. Lire déclenche les mécanismes subtils de l'imagination, oblige les neurones à tricoter à toute vitesse des images personnelles, oniriques, incroyables. 
Alors voilà: petit florilège de ma bibliothèque enchantée.
Vous pouvez butiner des idées,  les mamies (et les papis) pour les mercredis après-midi pluvieux,  et mes collègues de cycle III pour les pannes d'inspiration pédagogique.

Ce sont des histoires très bien écrites, pour rire, pour rêver, pour penser, pour apprendre à manier la langue, pour apprendre à vivre en société,  des histoires universelles, douces, belles , tristes et gaies. Des histoires de Vie.
 De merveilleux complices pour une maîtresse d'école.










                       




        
                  




                                            






































05 février 2012

Points de vue



C'est l'heure divine entre chien et loup. Dehors le froid a investi la place.Le ciel charrie de gros nuages glacés dans un vent furieux. Un mignon rouge-gorge tremblote, ses plumes ondulant sous la bise et ses petite pattes s'accrochant à la pomme de l' arrosoir où il s'est perché. Je l'observe par la fenêtre, lovée dans ma couverture, bien au chaud, lutter contre les éléments les yeux mi-clos.Il n'a pas l'air d'en souffrir...C'est beau, l'adaptation des animaux à leur milieu. 
Sur la grande table, mon fils a installé son attirail. Livres, cahiers, et au milieu de ce fatras, j'observe avec fierté combien il s'applique.Il a l'air d'apprécier de se colleter avec une dissertation!
A côté de moi, sur le fauteuil, le chat rêve: son corps est agité de petits soubresauts comiques. Sa moustache vibre au rythme de son  coeur battant. Je me sens bien, à ne rien faire,  à regarder le feu  pétiller sur ma rétine, avec un délicieux sentiment de devoir accompli. Ça sent le bois fumé, le chocolat  et l'étirement des dimanches sans fin.
*
Elle croit que je dors, mais je la regarde, à travers la fente de mes pupilles, se prélasser sous son plaid dans une pose de Reine de Saba. Elle se moque de moi parce que j'ai la bougeotte...Mais ce sont mes vieux rhumatismes qui me tiennent en éveil jusqu'au bout des griffes. C'est que je commence à me faire vieux, moi. Alors, elle s'imagine que je ne peux plus sortir, elle a peur que j'attrape le coryza des chats. Mais j'irais bien faire sa fête à cette petite volaille sur patte qui me nargue à travers les carreaux...Et alors, on verrait qui est le maître ici...pff! c'est dur d'être un chat!
*
Elle croit que je bosse, mais elle se gourre grave, la mère. Elle croit que je me bats avec Stendhal, mais  là, je me fais une petite pause nutella-internet. Je lui règlerai son  compte vite fait tout à l'heure à Stendhal. C'est trop easy, en fait les disserts! En même temps, pas cool de travailler alors qu'elle ne fait rien! (enfin, pour une fois, parce qu'il faut reconnaître que c'est super rare quand ma mère ne fait rien!) Si elle s'approche, j'ai ma parade: hop, d'un clic, ma page facebook disparaît, avec l'image de ma copine, et je retrouve ma fiche de français...Voyons, voir..."En vous appuyant précisément sur le texte, montrez quelle est l’évolution des sentiments de Mme de Rênal" J'en sais quoi, moi, de l'évolution de ses sentiments à cette pétasse...enfin, bon, s'il faut en passer par là...Il a de la chance, le cat, il ne sait pas comme c'est chiant d'être au lycée!

*
Ils croient que j'ai une cervelle de moineau, mais pas du tout! Je me rends bien compte que  ce bas monde est pétri d'une ignominieuse injustice. Je suis tout seul, tout faible, j'ai rien à me mettre sous la dent, pas le moindre petit morceau de mouche ou de vermisseau...(ah non, ça c'est déjà pris) Il fait un froid de chacal, c'est tout juste si je tiens encore debout, et ils sont là, tous les trois, à me regarder avec un air béat."Vous voulez ma photo?" j'ai envie de leur crier. Non, mais regardez les  se prélasser et se goinfrer, bien au chaud, pendant que je me les gèle. En vérité, je vous le dis,  (euh, ça aussi c'est déjà pris)  il ne fait pas bon être rouge-gorge par les temps qui courent!
*

Décidément, soupiré-je lascivement en moi-même, j'aime ce moment de parfaite harmonie où chaque être et chaque chose participent de l'équilibre de l'univers et sont exactement à leur juste place...



Ces jolies aquarelles sont l'oeuvre de mon amie Epistyle




03 février 2012

Une si jolie petite ville...

Ici, c'est notre ville.
Voici l'église dont les cloches , le jour du Seigneur, résonnent tumultueusement sous le ciel lumineux du Midi, pour guider les fidèles vers l'office. Ceux-ci en ressortent heureux et pleins de tendresse mêlée de pitié pour les brebis perdues.
Les effluves des viennoiseries dorées, qui épousent le fumet du poulet grillé et des frites, déclenchent une subtile félicité des sens . C'est l'heure de retrouver les siens pour les nourritures terrestres. C'est le bonheur !
Ici, c'est notre ville.
Une petite scène de poche, où se jouèrent d'immenses chefs-d'oeuvre, montre portes closes depuis longtemps, sous prétexte de sécurité. Les cintres , les coulisses, le trou du souffleur,  tout est en imminente ruine, qu'ils disent. Les velours et les ors vieillis du dix-huitième siècle dorment pour toujours inutiles, noyés de l'obscurité d'un triste oubli.
C'est que notre édile, lui, rêve d'un nouvel édifice culturel trop somptueux dit « des Congrès » bien loin d'une petite scène intime et modeste. Un projet pompeux et hors de prix qui suit une ligne politique que l'on peut trouver inepte et peu écologique...si l'on réfléchit un peu plus loin que le bout de son nez.
Ici, c'est notre ville .
On  y voit des lumières, de jolies boutiques, des rues bordées d'ifs bien entretenus,  des troncs bien droits, de belles fleurs polychromes , de petits lieux cools où l'on puisse boire un verre en toute quiétude. Tout semble étudié pour une vie douce et sereine.
Ici, c'est notre ville.
Elle est fière de son donjon rénové, son musée de peinture moderne, son chemin de fer, ses écoles un peu vieillottes. Ses flopées de bistrots joyeux. Son enchevêtrement de styles et de constructions hétéroclites. Y compris une mosquée, depuis peu.
Le mercredi, les minots en trottinette ou en roller font exploser leurs petits cris pointus comme des flèches et les oreilles des vieux promeneurs s'emplissent des souvenirs émus de leur jeunesse.
Ici, c'est notre ville .
Les bons citoyens se serrent près du feu. Ils entrouvrent frileusement leurs persiennes pour observer les mouvements des individus louches qui glissent comme des ombres le long des ruelles sombres.
Des mendigots en guenilles tendent leur sébile, résignés, sur le sol froid et dur. Derrière leurs inscriptions dérisoires, griffonnées en vitesse,  ils quêtent un peu de douceur et de générosité.  Les belles demoiselles et les jolis  messieurs  s'en vont guincher en rond , vêtus de leurs riches costumes,  et détournent leurs yeux pour ne plus les voir. Les gueux pleurent doucement et leur ventre crie en silence. De temps en temps, impunément, le froid en tue un.
Ici, c'est notre ville. Une si jolie petite ville...




Nous avons perdu le AAA. Pour le défi du samedi, cette semaine, il fallait écrire un texte sur le thème de la ville, sans utiliser une seule fois la lettre A.