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19 août 2026

L'été des confidences

 




Fin août, on aimerait pouvoir se dire que ce drôle d'été tire à sa fin. Un été du Cheval de feu, selon l'horoscope chinois. Ce feu qui a tellement ravagé mon sud... Ici on attend toujours la pluie, comme la mousson d'Asie. Danser nue sous les étoiles n'a eu aucun effet, si ce n'est sur l'homme de ma vie... Les étincelles que j'allume dans ses yeux ne mettent heureusement pas le feu à la forêt de chênes qui entoure la Colline.

J'ai beaucoup aimé le temps pris à discuter de choses profondes et subtiles, les seules conversations qui me nourrissent vraiment. J'ai reçu des confidences très intimes. Mon coeur palpite de cette confiance que l'on m'accorde depuis longtemps en déballant son soi profond sur la table des échanges vrais. Sans faux semblant, sans langue de bois.
Des fous-rires, des yeux qui débordent aussi. Une capacité de réflexion étonnante chez certaines âmes jeunes et déjà pleines de sagesse.
  La relation duelle, avec un frère, une nièce, un cousin, une amie, permet d'aller tellement plus loin que ces grandes réunions de famille joyeuses et légères, où chacun met son moi en sourdine pour ne pas assombrir la fête. C'est étonnant un groupe. Assemblage d'individualités fascinantes qui l'espace d'un week-end se consacrent à la cohésion sociale. Ce n'est pas la fourmi Simone qui me contredira. C'est assez énergivore pour moi, et pourtant, j'en ai besoin aussi, de ces bains de gaieté insouciante qui font oublier un peu la réalité parfois lourde.

A ce titre, la cousinade fut une réussite. De belles parties de rigolade, des baignades, des guitares sous les arbres, des profusions de fruits et de légumes, et la merveilleuse candeur des enfants devant les étoiles filantes. 
Ma fille, ma Prunelle, a officialisé son attente d'un heureux événement. J'étais émue aux larmes. 
Quel bilan tirer de cet été, si ce n'est que, plus que jamais, l'amour reste ma boussole ? 
Et que je rêve toujours que ce mot magnifique ne soit plus un « gros mot » chez les encravatés bouffis qui mènent le monde. Que l'on ose enfin s'aimer les uns les autres, et le dire sans passer pour le ravi de la crèche, un doux rêveur, un poète, un fou. Merci à Pierre d'avoir oser parler d'amour dans son billet « Couleur d'orange ».
Un été très émotionnel, donc, ponctué par une éclipse très symbolique de notre étoile. Peut-être que le soleil veut nous dire qu'il fait de son mieux pour ne pas trop nous brûler, et que c'est à nous de changer notre trajectoire suicidaire en revenant à d'autres valeurs. Changer d'ère nous ferait le plus grand bien.


Petit montage célestinien de mes photos 




28 mai 2026

Petits fils d'or invisibles







Même seule, sous le ciel constellé,
 d'Altaïr à Vega, 
humant l'air doux de ce beau soir 
où l'été vient avant l'été
tu sais qu'ils sont là. 
Ils palpitent au fond de toi depuis leur arrivée,
eux qui ont tout chamboulé
vêtus de langes blancs et de fraîche innocence
C'était hier.
Il suffit de fermer les yeux, et tu les vois. 
Tu suis le moindre de leurs pas 
depuis le tout premier, balbutiant, émouvant, fragile...sur les carreaux du souvenir. 
Tu sais tout ce qu'ils font, où ils sont, même loin, 
et même en silence, 
leurs âmes te murmurent
Doucement. Cela ne s'arrête jamais.

Parce qu'ils sont à jamais un morceau de toi. 
Un morceau de choix, un morceau de roi. 
Et tu devins reine.
Tu es ce qu'ils ont fait de toi. Tu es une mère. 
A tout moment
Des fils d'or sortent de tes bras, s'envolent dans la rosée, 
Crèvent les nuages amers
passent au-dessus des étangs, 
des fleuves, des forêts blanches
des routes, des ponts suspendus
Ils te relient solidement à ces êtres devenus grands
Dont tu gardes pourtant sous les doigts 
le soyeux de la peau d'opale
Et cette odeur de nuque tendre, de lait, de miel,
de nuits trop courtes et de longs bonheurs en coton
Oh ferme les yeux encore, et vois
Dans la nacelle, en balancelle
Telles de vivantes hirondelles
Malgré leurs barbes et leurs chagrins
leurs jupes et leurs rires étouffés
leurs joies d'adultes en cascatelle
comme les gosses qu'ils étaient
Ces petits fils d'or sont puissants.
Ils te relient malgré le vent
Malgré les griffures du temps
A ceux qui restent 
Infiniment
Infiniment
Infiniment
tes enfants.

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A ma prunelle qui va devenir maman, 
pour mon plus grand bonheur.

06 mai 2026

Cultiver le temps

 


Dans un coin de ma colline, il y a cette vieille bassine en fer blanc, où les oiseaux ont pris l'habitude de venir boire. Mine de rien, observer chaque matin ce pigeon à l'œil rond m'apprend beaucoup sur la vie. Il suit un rituel immuable, se perchant toujours sur la même branche, s'inclinant vers l'eau claire pour y tremper le bec. Puis, demi-tour en se dandinant et envol gracieux, en suivant une trajectoire prévisible. Toujours la même.
Il m'apprend à me réjouir des petits rituels ponctuant l'existence, surtout quand ce sont de douces habitudes. Il fait lui-même partie de mes rituels. Il m'apprend aussi à me réjouir de pouvoir, à l'envi, déroger aux rites et inviter l'inattendu. Choisir de tracer des lignes régulières, ou de laisser courir les gribouillis de l'imagination .
Ainsi, il m'apprend à structurer mon temps, comme on cultive un beau jardin. En préservant des zones où les folles herbes poussent sans frein, et des endroits où l'harmonie exige de la méthode, et du travail. Quelques allées tirées au cordeau, des massifs exubérants, des arbres touffus et d'autres taillés en nuage. 
Ainsi en est-il d'un agenda d'amoureuse de la vie.
Ces dernières semaines ont été riches en événements. J'ai quitté plusieurs fois ma colline, pour aller m'étonner ailleurs. L'étonnement est mon moteur. J'ai à jamais six ans dans les yeux : aussi émerveillée que mes petites étoiles Sibylle, Alba et Thaïs devant les lumières magiques de Terra Nocta. 
J'ai fêté mon anniversaire avec mon amie Anne-So Coquelicot, pour une belle pause nature au coeur du Diois. Et une autre fois avec Hélène, ma jumelle de coeur.
Une balade intense dans le Vercors et ses abîmes, ses routes en lacets, jusqu'à la grotte-cathédrale de Choranche, célèbre pour ses stalactites (tombent) fines comme des aiguilles de cristal, et pour ses « protées », incroyables bestioles répugnantes d'aspect, mais fabuleusement intéressantes scientifiquement.
Un séjour chez ma fille, au soleil d'or d'Antibes, à flaner dans les ruelles jusqu'au marché provençal, et à manger en terrasse. Un autre à Lyon, chez mon fils, le musicien, pour découvrir son nouvel appartement « tellement mieux que le précédent ! » et déguster un plat réunionnais préparé avec amour par Marion. 
Un troisième enfin chez mon autre fils, l'architecte, dans la douceur angevine, pour fêter l'anniversaire de la petite dernière. 
Le coeur empli et la tête bourdonnante, j'ai retrouvé avec bonheur mon ami le pigeon. 
Et la douce tranquillité d'une semaine ouverte à l'imprévu. A juste profiter du ballet entre orages et soleil.

Au bord du Lac Bleu


Sur le sentier de l'Echelle

Dans les vignes de Châtillon



Avec ma prunelle à Antibes

Dans le vieux Lyon chez Arthur

Au pied des falaises du Vercors

Les fameuses stalactites aiguilles de Choranches

Les protées, animaux étranges

Sibylle, Alba et Thaïs sur les épaules des tontons

Terra Nocta et sa magie

Et mon karesansui, dernière nouveauté de notre jardin japonais.



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16 mars 2026

Comme un souffle fragile

Il y a un temps pour tout. Un temps pour naître et un temps pour mourir.
Ecclésiaste, 3-2




Souvenez-vous : j'en avais parlé ici et là. Cette petite dame soufflant fièrement les bougies de ses cent ans, il y a trois ans déjà,  s'appelait Odette, et je l'aimais beaucoup. 
Elle est partie, dans la nuit du 6 mars, emportant dans son calme sommeil d'éternité sa douceur, sa joie de vivre, sa formidable résilience, son émerveillement jamais émoussé.
En épousant l'homme que l'on aime, on épouse aussi ses chagrins. 
Celui de mon aimé fut immense,  de voir partir sa maman de coeur, sa mère adoptive, cette personne unique qui savait toucher de sa grâce tous ceux qui l'approchaient. Je l'ai aidé du mieux que j'ai pu, à traverser cette semaine d'épreuve. 
Misère ! que de démarches à effectuer pour accompagner le départ d'un être cher. Et que de préparatifs pour réunir une famille si grande... J'avais oublié, depuis celui de mes chers parents. Et combien il est doux de partager ces tâches, toujours un peu embuées de larmes.
Parmi les paroles choisies pour la cérémonie, j'ai retenu celles-ci : 
« Comme un souffle fragile ». Elles évoquent si bien la fugacité de la vie. La subtilité des mystères.
Et le silence feutré qu'exige l'écoute de l'autre, le vrai amour.
Il m'a semblé que dans le vent de ce matin, une douce brise de magnolia et de prunus en fleurs, Odette me murmurait à l'oreille : « Merci ! » . Son célèbre merci qu'elle répéta toute sa vie comme un mantra.  

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28 octobre 2025

J'ai roulé










Dans le giron tranquille de ma cage 
de farfadet
J'ai roulé sur les derniers airs de 
Benjamin Biolay
La tête encore étourdie 
Des derniers cris, 
des belles joies explosives
de mes étoiles en apprentissage. 
Elles ont bercé ma vie cette semaine.
Dans leur douceur angevine et leurs regards d'eau claire.
J'ai roulé, j'ai roulé,
Repensant au bonheur comme à cette chose fragile et tendre
Qui va se nicher dans les endroits les plus discrets
Les plus secrets
Les moins attendus
Au fond d'un ciel d'octobre en feu
Une miette sur un pull de laine
Au bord d'une Loire en miroir
Dans la chaleur des bras aimants
 De ceux qu'on appelle ses proches, 
Même quand ils sont loin.
Glissant sur les toboggans de l'enfance 
Tellement là, en moi
Petite fille qui se balance
 abasourdie 
par le bruit 
nauséabond 
du monde

J'ai roulé doucement, sans à-coup et sans hargne,
Laissant filer les pressés, les agités, les mécontents
L'aiguille du compteur sur celui de mon coeur
Apprendre, apprendre,
toujours porter un regard neuf, écarquillé sur l'extraordinaire
en écoutant aussi la voix d'Etienne Klein,
Parler de la magie des nombres 
des arcs-en-ciel de chiffres devant mes yeux
D'un certain Alexandre Grothendiek
Sa théorie des motifs, sa vie en dents de scie, 
son destin ébahi
D'une certaine Ada Lovelace, une femme au cerveau puissant.
Un plus un égale mille
Mille façons d'aimer
Un plus un égale nous.

Dans le giron paisible de ma solitude choisie
J'ai roulé vers toi, mon amour,
J'ai pris mes jantes à mon cou
J'ai couru à toutes roues
Retrouver ma vie, le jardin, ses dentelles d'automne, son air transparent.
Les rhus étincelaient rouge sang 
dans le chemin, 
En bas.
Et le feu crépitait, jaune soleil.
L'âme en éveil, l'esprit troublé, le coeur tremblant, le corps en fièvre
J'ai roulé comme un galet
en pente 
vers 
Une mer vert émeraude
Equanime et mouvante 
à la fois
Cette mer, ces flots, c'est la vie.

La vie toujours là, impérieuse, magnifique,
 malgré les trombes et les gros temps.
Malgré ce fichu temps qui coule en nous
Qui nous tape en sarabande 
comme sur des tambours du 
Bronx. 
Et laisse, parfois, 
sur nos peaux 
des bleus qui s'étalent.







02 mai 2025

Et au milieu coule une fontaine





L'avez-vous remarqué ? En ce moment, le silence du matin est bercé par des chants d'oiseaux différents des autres saisons. Ils sont comme étonnés des premières chaleurs, et tout à leur ouvrage de nids et d’amours. 

J'atterris doucement de ce tourbillon d'émotions que je viens de vivre. Ce n'est pas rien, un mariage, même simple, même « dans l'intimité »...

Ce matin j’entrouvre un œil : dix heures ! 
Comment peut-on dormir aussi longtemps, paresseuse, alors qu'il est pressé de profiter du temps précieux ? L’âme pâteuse je descends pour trouver le café qui m’attend, fumant, à côté du pain grillé. Un pain doré à point, croustillant, dont mon ami Bleck faisait l’éloge il y a peu. Un bonheur d’instant. C’est bon de se laisser choyer…
Je ne sais plus quel journal de psychologie posait la question : « Faut-il réussir dans la vie ou réussir sa vie ? »
Évidemment derrière cette pirouette sémantique se cache le vieux débat sur l’être et l’avoir.

Réussir dans la vie. La réussite au sens commun, parlons-en … Une escalade de biens matériels, un métier qui rapporte autant d’argent que ce qu’il dévore de temps, la fameuse montre qu’il faut absolument posséder avant cinquante ans, et qui ne mesure que plus amèrement encore ce temps perdu… 
Une insatisfaction perpétuelle, à se faire la « belle situation », à devenir le « beau parti » et toutes ces expressions si vieillottes.  Est-on vraiment ici-bas pour amasser, spéculer, étaler ses biens et oublier que tout n'est que poussière ? Et puis le pouvoir, la puissance, cette maladie mentale qui gangrène les « grands de ce monde » mais pas que... Pauvres Napoléons, pauvres rois pharaons comme disait Brassens. Me revient cette phrase très juste d'Yves Simon : « Monsieur Gregory Corso, qu'est-ce que la puissance ? -Rester debout au coin d'une rue et n'attendre personne. » 

Oui, rester debout, imparfaits, libres et heureux face à toute cette vanité, et tenter humblement de réussir sa vie : cela tient davantage du labeur opiniâtre du jardinier que de l'agenda du businessman.
J'en ai arraché, des mauvaises herbes d'émotions négatives, du chiendent de pensées parasites et de liens toxiques, et j'en ai cultivé, des relations vraies, dans un substrat riche d'expériences profondes et de joies simples.
Avec mon amour comme binette et ma joie de vivre comme arrosoir.
Je suis devenue une jardinière de vie.

Je respire profondément. 
Dans le champ, en bas, les coquelicots ont envahi la place. Leur splendeur rouge donne la mesure de ma réussite : je vis dans un livre aux pages fragiles, mais superbes. Fragiles parce que soumises à l'impermanence. Mais superbes, parce qu'elles s'ouvrent sur un jardin apaisant, à l'image des iris de ma bannière, fruits de mes soins attentifs.  J’aime chaque chapitre de ce livre. 

Mon rêve était de réussir à recomposer une famille à partir de deux, à tisser du lien entre nos enfants, et que nous soyons, Lui et moi, le ferment de cette belle cohésion.
J'ai beaucoup versé de larmes, durant ce mariage, parce que c'est émouvant de dire oui à l'homme que l'on aime. Et que c'était doux de sentir les bras de mes petites étoiles serrant très fort mon cou ! Elles ne m'avaient jamais vu pleurer, il faut dire qu'une Célestine ça rit plutôt. Ça raconte des histoires, ça joue de la guitare. Mais ça ne pleure pas.
J'ai pleuré en lisant mon discours, en dégustant le délicieux petit film qu'ils ont monté tous ensemble, en écoutant la chanson qu'ils ont composée pour nous. J'ai pleuré aussi en les regardant rire, jouer, cuisiner ensemble, en voyant tous nos petits-enfants s'égailler (et s'égayer) sous la pluie pour chercher les oeufs de Pâques.  J'ai pleuré encore, une vraie fontaine,  en découvrant leur cadeau collectif... une fontaine, justement. La pièce manquante de la maison sur la Colline.
Quel plus beau symbole de simplicité, d'unité, de jaillissement, bref, de vie... Ils sont formidables, nos enfants. 

30 octobre 2024

Tel un cincle plongeur



Tel un roseau tendu contre la distorsion du temps, je me balance au gré de ma vie. L'écho de son ressac me berce, jour et nuit. La vie, c'est cette formidable capacité à rebondir, tel un cincle plongeur au milieu d'un torrent furieux. Eclaboussé il tient bon sur ses pattes frêles. La magie de la vie, c'est cette force vitale qui fait frétiller nos cellules malgré les adversités.
Je traverse, comme après la tempête, une passe calme et belle comme un fjord norvégien. Mes yeux d'eau pure voient tout en plus beau. Goûtant plus que jamais ces minutes gouttes d'or qui coulent en moi. La moindre fourmi, chargée de son grain de riz trois fois plus gros qu'elle, m'émeut et m'interpelle :
 « Regarde, la vie est un miracle ! ». Cette fourmi, c'est une sagesse.

Les relations humaines prennent du sens, dès que l'on cherche à les approfondir, à gratter sous les croûtes superficielles pour faire apparaître des trésors. J'adore recueillir les confidences de ceux qui sentent en moi une capacité d'écoute que j'ai longtemps ignorée. Maintenant, je ne la nie plus. Je sais que l'on m'apprécie pour cela. C'est doux. C'est agréable au toucher.

Marie-S veut donner sa jument. Elle connaît un gars qui parle aux chevaux. C'est fou non ? Sa jument lui a dit qu'elle voulait bien être donnée, mais à condition qu'elle vienne la voir de temps en temps chez son nouveau propriétaire. C'est une jument sentimentale.
A propos de sentiments, Luc me raconte ses déboires comme si nous nous connaissions depuis toujours. Il me demande même des conseils, moi qui n'ai pas su barrer ma barque émotionnelle pendant si longtemps. Quelle belle évolution, n'est-il pas ?

La nature, comme l'an dernier à la même époque, se pare elle aussi de magie, températures clémentes, palette lumineuse, une rousseur de lande sous un ciel d'opale. 
Un rien peut briser le charme évidemment : une parole négative, une lamentation, une mauvaise nouvelle.
Et il y en a. Il y en aura toujours. Est-ce une raison pour se charger quand rien ne nous y oblige ? Chacun a son lot, en temps et heure. J'ai appris à me réjouir profondément quand rien de fâcheux ne m'arrive. Au lieu de trembler de la peur que le bonheur ne dure pas.
 Il y a aussi cette satisfaction de l'accompli qui régénère le corps et l'âme. J'ai terminé les albums du Japon, deux livres de cent-soixante-dix pages chacun. La maison est prête à ronronner pour l'hiver. Les gros chantiers sont terminés. 
J'ai pris une grande respiration auprès de mes trois petites étoiles, une semaine débordante de vie, d'amour, de câlins et de petits chagrins de fée, tout en paillettes et en poussière de vermeil, vite mouchés au creux d'une manche. C'est beau l'enfance.
Ah et puis. Mon amoureux m'a demandée en mariage. Sans gants beurre frais, ni genou à terre, mais avec tout son amour dans le gris vert de ses yeux.

Et vous, lecteurs adorés. Je pense toujours à vous, à ce blog, j'y reviens comme à une source sous la mousse, qui clapote et attend le voyageur sans s'en faire. Vous savez bien que je reviens toujours.








23 septembre 2024

Le beau jardin, là-haut

 




 Le beau jardin, là-haut, celui que l'on explique aux chères têtes blondes, au regard si plein de candeur. On l'imagine, on l'espère, on le voit. Comment leur dire autrement ce mystère insondable, impensable ? 
Elle ne sont que des enfants qui jouent, insouciantes et gaies, parmi les tombes, sous le soleil d'automne après la pluie grise du matin. Observant de leurs yeux pâles les yeux rougis des adultes.
Que répondre quand elle demande, avec une confondante fraîcheur d'âme : « Mamie ne pourra pas venir à mon anniversaire, puisqu'elle est dans le beau jardin là-haut, mais elle me fera quand même un cadeau ? » 
Ce n'est pas du déni. C'est juste l'expression naturelle, de la vie qui pulse. La belle innocence que voilà. Un enfant ne sait pas encore. Toute notre existence, on ne fait que chercher au fond de soi comment s'accommoder de cette chose que l'on apprend toujours trop tôt.
Comment dire l'indicible ? Une fois de plus, la vieille Camarde a fait son funeste office. Fauchant l'autre mamie de mes petites étoiles. De manière si inattendue qu'on en reste pantois.
Une fois de plus, on pleure un être parti trop tôt. On accroche aux nuages des ribambelles de mots, des musiques qui serrent le coeur, on se prend dans les bras, on s'effusionne pour faire circuler la vie en nous, et dissiper ce courant d'air glacé d'effroi qui nous épouvante. On resserre fort les liens d'amour et d'amitié.
Une fois de plus, on tente de consoler comme on peut le chagrin de deux grands enfants qui ont perdu leur mère. Leur phare, leur repère. 
Et une fois de plus, on se retrouve au soir de ce jour de tristesse, à penser à sa propre finitude. L'âme au bord des yeux. En se disant que le plus dur, quand on meurt, c'est de savoir la peine que l'on va faire aux gens qu'on aime.


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30 août 2024

Le temps, le temps, et rien d'autre...


“Dans le bonheur d'autrui, je cherche mon bonheur. ”
Pierre Corneille, 
Le Cid, Acte I, scène 3










 Le temps d'un éternuement et l'été est passé.
Un rythme entêtant, comme une rengaine qu'aimait mon paternel. Le temps, le temps, le temps et rien d'autre... Le tien, le mien, celui qu'on veut nôtre. 
Que l'on voudrait nôtre, oui mais, qui ne nous a pas complètement appartenu : la vie sociale, amicale et familiale, prend un essor particulier en été. Vous connaissez bien ces moments chauds où les parfums, tenus prisonniers au ras de l'herbe par un soleil d'acier, s'exhalent soudain au coeur de la soirée. Le vin qui pétille comme les yeux. Le melon et les tomates qui ponctuent la nappe blanche de leurs couleurs vitaminée. La viande qui dore sur son grill, la mamie qui dort sur son fauteuil, les rires qui fusent. Les jeux de société, les conversations qui s'animent, pas toujours très passionnantes... mais c'est l'été. Le soleil donne la même couleur aux gens comme dit le poète.
Les grillons font vibrer doucement le silence, les lumières subliment l'obscurité, la moiteur rend l'air palpable.
Me voilà à l'aube d'un nouveau septembre. Une période qui a longtemps coïncidé avec le stress des gommes et des cahiers. A présent, je vois avec plaisir s'allonger les ombres sur le gazon. Et les gauras refleurir après avoir été roussis par la canicule. 
Et je m'applique à retenir les quelques moments forts de cet été tourbillon, et à oublier les instants de doute ou les petits coups de moins bien.
Une étoile filante extraordinaire, sur le plateau de Mars, le onze août. Sa trace a duré au moins six secondes, un instant de magie pure sous le ciel ardéchois.
Une vraie discussion, avec Luc, ou plus tard avec mes neveux Hélène et Antoine, de celles qui ne se contentent pas de rester à la surface des choses. 
Une représentation originale du Cid de Corneille, à Grignan, où les protagonistes évoluent sur un matelas gonflable géant. L'extrême puissance de ces vers mythiques, lancés dans les coeurs comme des aiguillons de l'âme humaine. 
Les premiers pas de Thaïs, ma troisième petite étoile. Le spectacle de danse de Sibylle et Alba, ses grandes soeurs. Mon émotion devant leur grâce naïve et confondante. 
La main d'Alba serrant si fort la mienne dans la piscine, me ramenant à ma vieille peur de l'eau. Un instant, j'ai eu quatre ans à nouveau. Et j'ai à nouveau pensé que je n'avais pas eu droit à une main compréhensive et bienveillante, dans l'eau, et aussi pour mon plongeon dans le grand bain de la vie. Une ancienne blessure qui se réveille parfois, comme un geyser sur un volcan endormi.
Un baiser sur le Pont de la Reine Jeanne, notre endroit secret d'amour. Une promesse renouvelée. Des larmes dans mes yeux.
Un splendide Monte Cristo sous les traits d'un Pierre Niney exceptionnel.
Revoir mon village panser doucement ses plaies.
Une balade sur les bords de la Drôme, un joli chemin ombré plein de mousse, d'oiseaux, de mûres, et de sauterelles, avec Zélie et Carla, des adolescentes citadines instagrammées et autocentrées sur leur nombril (qu'elles ont mignon, d'ailleurs) plongées en milieu naturel : un vrai bonheur d'entomologiste que de les voir s'esbaudir devant une mûre ou un champignon. Croyant sans doute jusque là qu'ils poussent dans des barquettes sous vide au rayon primeur d'Auchan.

La douceur d'un bain de minuit en tenue d'Eve, avec Bé et Do, un couple d'amis chers.
L'émerveillement des enfants pendant une plongée dans les eaux claires des calanques. Ton sourire de les avoir rendus heureux.
Une halte gourmande et romantique au coeur des Alpes de Haute Provence.
L'immense joie de voir mes fils, et ma fille, ma prunelle, trop fugacement pour le coeur d'une mère, pendant la cousinade annuelle. De me sentir devenue le pilier d'une grande et belle famille.
Avec toujours cette acuité de tous mes sens, et qui change parfois douloureusement une alouette en griffon. Je ne sais pas être autrement que moi. 

Tant de moments précieux, furtifs, intimes, qui font le sel de cette vie. Des confidences et des confitures. Au final, une somme de bonheurs qui ruissellent en pluie bienfaisante. Faire son possible pour que les petites échardes de la vie ne soient que des taillures de crayon balayées par le temps. Le temps qui court. Et celui qui gronde.  



02 mars 2024

Quelle chance !

“Le monde m'est nouveau à mon réveil, chaque matin.”
Colette





Ma vie est un trèfle à quatre feuilles, un carré d'as, une patte de lapin. Le doigt du destin m'a offert une magnifique martingale, infaillible, le jour de ma naissance, à moins que ce ne fussent les fées se penchant sur mon berceau. 
En bref, j'ai beaucoup de chance. Ma pyramide de Maslow est complète, solide sur sa base. Mon ange gardien fidèle au poste.
Depuis ma fébrile et complexe adolescence, j'ai toujours dressé la liste de ces cadeaux de la vie. Cela m'a aidée à me sortir des moments de fond de vase, sombres et visqueux, où je ne voyais plus la lumière que comme un point infime et éloigné. Vous savez, quand on se sent comme dans un tunnel, un puits, ou une rue sans issue. 
La résilience est simple, elle n'a pas d'autre source que ce coeur de soi ardent. Cette pulsion de vie qui nous pousse vers nos possibles, comme vers nos impossibles, d'ailleurs.
C'est un exercice très sain, pour commencer une journée. Vous vous asseyez tranquillement et vous énumérez toutes les bonnes et belles choses qui s'offrent à vous, tels des fruits prêts à cueillir. 
C'est dans cet esprit que j'ai passé les deux dernières semaines. La première, dans une pinède méditerranéenne au soleil, à aider ma Prunelle et son mari à peindre leur future nouvelle maison, des dizaines d'heure de travail, des milliers de coups de pinceau et de rouleau, jusqu'à ne plus sentir mes os... Mais un vrai moment de complicité mère-fille, silences joyeux et fous-rires éloquents.
La seconde, à m'occuper de trois petites diablesses pleines de vie, sonores, et parfois trébuchantes. Une semaine au pays de l'enfance, dans une douceur angevine et pluvieuse, des heures de balades, de spectacles, de jeux des sept familles, de dessins, de puzzles, de siestes, de goûters, de petits bobos et de gros chagrins. Du cristal sans fausse note, ces coeurs-là. Du diamant d'innocence. 
Sans compter, pour faire bonne mesure, les nez qui coulent, les gorges qui grattent et les estomacs qui débordent aussi parfois... Et les nuits bien courtes.
Le tout en chansons. Connaissez-vous la Fée rousse à Lunettes ? Une proche cousine à moi, à tout le moins. Et je regardais mon fils, si beau et si fier au milieu de toutes ses femmes...
Quel bonheur, me suis-je dit, et quelle chance de pouvoir regarder vivre ces petites étoiles dont je me sens si proche. 
Quelle chance de voir s'épanouir mes enfants dans leurs vies de couple ou de parents. De voir surgir de terre leurs maisons, leurs rêves. De partager un peu de leur quotidien. 
Quelle chance de pouvoir serrer sur mon coeur tant d'êtres que j'aime. Il n'est pas de plus beau bijou que les bras d'un enfant autour de votre cou.
Et quelle chance, au retour, de me jeter au cou de mon amour !
Quelle chance de vieillir, quand on découvre à son réveil un monde nouveau chaque matin. 


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 A une lectrice qui m'a fait l'insigne honneur de se confier à moi, 
et qui traverse un douloureux tunnel en ce moment. 
Avec toute ma sollicitude et mon espérance qu'elle en voie rapidement le bout.