Affichage des articles dont le libellé est on peut rêver. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est on peut rêver. Afficher tous les articles

27 janvier 2026

Le chant des forêts

Photo Hervé Parmentelat







 J'étais avec Simon, Vincent et Michel, les yeux écarquillés sur la beauté sauvage de cette forêt brumeuse des Vosges. 
J'ai entendu le chant de la grive musicienne et celui, étrange, du grand tétras. Surpris le renardeau, le lynx et la chouette, planquée dans mon affût, grelottant de froid et d'émerveillement à la fois.
J'étais avec eux dans cette incroyable cabane de bûcheron, émergeant d'une clairière de mousse, à la fenêtre ouverte sur la nuit dans l'éclairage tremblotant des bougies. Une vraie cabane de dessin animé, au coeur de la forêt. Une cabane de conte pour enfants.
J'ai suivi le cerf et sa biche, au milieu d'un étang miroir, dans la lumière laiteuse d'un soir d'automne, quand le brame puissant troue le silence de ses échos.
Est-ce cela qui me touche absolument ? Cette immersion dans ce qui fait notre essence. Cette simplicité qui ne recherche pas les grands effets. Ce rythme ralenti qui oblige à réfléchir.
Ce grand-père, ce père et ce fils, trois générations unies dans une superbe histoire de transmission. Partageant leur passion pour le vivant. Foulant l'humus d'un même pas grave, et conscients de la fragilité de ce monde. 
Et si notre première responsabilité était d'emmener nos enfants en forêt ? De leur faire toucher, sentir, écouter, voir, goûter vraiment, ce monde que l'on dit sauvage, alors qu'il est le substrat de notre intelligence ?
Les mêmes gestes authentiques, marcher dans la neige, fermer les yeux pour mieux humer le temps, construire un abri, tailler un morceau de bois avec un canif, retenir son souffle quand l'animal est si près qu'on pourrait le toucher.
Des gestes vrais, loin de la vanité artificielle. Certains y voient de l'ennui. De la lenteur. Mais c'est ça, les gars, une sortie naturaliste en forêt. Vous croyez quoi ? Des heures de patience pour capter une image fugitive de blaireau ou de pic-épeiche. Se souviennent-ils d'où nous venons tous, ces fanfarons ivres d'action, de couleurs clinquantes et de bruit ? Ici, pas d'images retouchées. Pas de spectaculaire affecté.
Un moment de respiration pure et de silence, comme une parenthèse, dans la folie humaine. Une goutte d'espoir. 

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆


Michel,Vincent, Simon... et les autres



Le Chant des forêts
De Vincent Munier
Sorti le 17 décembre 2025

22 décembre 2025

Le chalet aux mille bonheurs





Quand j'étais enfant, mon rêve de Noël ressemblait à ça. 
Je rêvais d'habiter un chalet de bois, dont les fenêtres brillaient au creux de la nuit glacée. 
Cette chaude lumière signifiait qu'il y avait de la vie. Chaque chalet était comme un coeur battant dans la vallée noyée d'ombre. Sous la splendeur infinie d'un ciel d'hiver. Il y avait bien sûr une belle cheminée et un grand sapin tout étincelant de paillettes. Et des enfants, assis devant, l'espoir au front, attendant la venue du gros joufflu à la hotte en chantant des christmas carols ...
Mon imagination de fillette rêveuse, transformait notre appartement citadin, trop petit pour une famille de sept, en ce somptueux chalet. Le sapin était petit, lui aussi, mais il exhalait cet incroyable parfum de résine que je n'ai plus jamais retrouvé depuis. Toute la forêt dans un salon. Mon père sortait les santons, et fabriquait son décor, jamais le même, avec du papier spécial, solide, couleur marron glacé. La magie pénétrait dans les lieux au moment précis où il éclairait la crèche. L'ensemble trônait sur le buffet de la salle à manger. On posait les rois mages loin sur une étagère, et chaque jour il nous faudrait les faire avancer un peu plus vers la crèche. Jusqu'au 6 janvier. Tout était jeu pour nous. 
Chacun à son tour accrochait à l'arbre une guirlande, une boule ou une étoile. On dessinait sur les vitres. On allumait des bougies aux fenêtres et c'était beau. Dehors, dans leur flamme tremblante, l'air vibrait d'une senteur inimitable. Indicible. Je l'appelais le parfum de Noël. 
Mon père nous emmenait faire une promenade nocturne, emmitouflés comme autant de lutins derrière un géant de sept lieues. Mes frères allumaient des pétards, des feux d'artifice, on mettait un joyeux bordel dans le quartier. Le dabe s'amusait autant que nous. Les hivers fastes, on avait même droit à un peu de neige, et là c'était la folie des batailles.
Ma mère restait à la maison, en rouspétant après lui qu'il allait nous faire attraper la mort. Mais quand on rentrait, rouges comme des lumignons, sur la table en formica elle avait dressé une belle nappe, avec des huîtres, du boudin blanc, des escargots, du saumon, des oeufs en gelée, et du gâteau roulé à la framboise. Tous ces mets que l'on ne mangeait qu'une fois par an. 
C'était le seul soir où on avait le droit de veiller jusqu'à minuit passé, en se bourrant de papillotes et de mandarines, et en jouant au monopoly. Mon père lançait le Golden Gate Quartett sur le tourne-disques. Joshua fit the battle of Jericho, Jericho, Jericho... 
C'était chouette.
On repartait quelquefois à la messe de Minuit, pour voir la crèche vivante. Mais l'heure de se coucher finissait toujours par arriver et je n'en avais pas envie. Mes yeux clignotaient d'excitation. Un jour... Je le fis. 
Je voulais tellement apercevoir le traîneau, et vérifier de visu si les rennes allaient vraiment boire le lait et manger les carottes qu'on laissait pour eux dans une écuelle à côté de nos souliers... C'était un peu avant l'âge où le scepticisme s'insinue en soi, comme un venin, alors que l'on aimerait y croire encore. 
Quand il n'y eut plus de bruit dans la maison, mon oreiller sous le bras, je me mis en faction dans le couloir. De là, je ne pouvais pas louper son entrée. J'attendis longtemps, guettant chaque bruit suspect, avec ma tête de mule de bélier.
Aux dires de ma mère, car je ne m'en souviens pas, elle me trouva à quatre heures, dormant en boule comme un chat sur le carrelage glacé. Et le matin, avec leur magie régulière et énervante, les cadeaux étaient là. Je n'avais rien vu.
Je réalise que mon père Noël, celui qui me mettait des étincelles et du baume au coeur, c'était essentiellement mon père.
Mes noëls d'enfant étaient heureux. 
Plus tard, ils le furent moins. Parfois même, plus du tout. Ainsi va la vie, n'est-ce pas ? Du fiel et des confitures, des caresses et des griffures. 
Aujourd'hui, je me sens réconciliée avec la fête. Le chalet de mes rêves est là. Sur la colline aux écureuils. La vie me couvre de cadeaux.
Les enfants vont arriver, les yeux brillants. On va manger, rire, danser, lire des histoires, ouvrir des paquets. Malgré tous les malgré, ce sera un noël heureux.
Je vous le souhaite aussi, du fond du coeur.
Joyeux Noël, mes amis.

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆



*ӝ*
*♥•

*♥ ♥*
* ♥Joie ♥*
*♥ ӝ •. ♥*
*♥♦ Espoir  *
*♥♥ ӝ ♥♥*
*♥Paix ♥ Amour♥*
*♥•.♥•♥♥•♥*
*♥ .Joyeux. ♥*
*♥ӝ♥•.♥•ӝ♥*
*♥ ***Noël*** ♥*
l..l
\_♥_/

17 décembre 2025

Qui veut un câlin ?

« L'amour est la distraction préférée de l'humanité ».
Claude Lelouch









Si seulement Lelouch avait raison...


Il fait gris. Une petite pluie crachine et fait briller les pavés devant le funérarium. A la sortie de la cérémonie, les gens se prennent dans les bras, se serrent fort, les mains caressent longuement le dos de ceux que le destin a privés d'un être cher. Les larmes sortent, mais les étreintes durent assez longtemps pour que le bienfait en soit tangible. 
De pâles sourires se mêle aux mercis.
Rien de mieux que cette chaleur humaine dans les moments de tristesse. C'est un peu comme si la mort faisait tomber en un instant les barrières, les préjugés idiots, la peur du jugement, du ridicule, et tous ces freins que l'on nous a posés pour juguler nos élans, nos pulsions, nos besoins.
Mais pourquoi attendre un tragique événement pour câliner son prochain ? C'est tous les jours, et même plusieurs fois par jour, que l'on a besoin de cette douce compensation au froid sidéral existentiel.
Au cours de yoga, la prof nous a invités à caresser le dos d'une autre personne. Après la séance, celle que j'ai caressée est venue me remercier. Elle en avait les larmes aux yeux. « Cela fait si longtemps que l'on ne m'a pas touchée » m'a-t-elle confié. J'ai réalisé combien certaines personnes sont isolées au point de n'avoir personne qui puisse leur apporter un peu de cet élixir de joie profonde. Ni compagnon, ni enfants, ni petits-enfants, ni amis, ni voisins, ni parents. Cela m'a serré la gorge. Je n'ai pu m'empêcher de la prendre dans mes bras, pour un gros hug, tel que ceux que certains offraient spontanément dans la rue quand la mode était au « free hug ». Je ne sais pas si ça existe toujours...
On a même vu fleurir des « bars à câlins », des « bars à chats »... Quant aux espaces bien-être avec massages, ils ont le vent en poupe même si beaucoup de personnes prétendent encore ne pas aimer être massées.
Bien sûr que l'on a un besoin vital d'être touché·e·s.
La câlinothérapie se base sur ces faits scientifiquement démontrés : le câlin est aussi indispensable que l'air et l'eau. Il active les défenses immunitaires, réduit la tension et le stress, facilite le sommeil, améliore la peau, donne confiance en soi, fait baisser le cortisol, et augmente l'ocytocine, une des hormone du bonheur et de l'attachement. Son effet est immédiat. Et à double sens : nos mains, nos corps ont aussi besoin de toucher un autre être vivant. Toucher et être touché… Un chat, un lapin, chauds et doux doudous… ou le petit corps d'un bébé contre soi. Quel bonheur nous envahit dans ces étreintes où circule l'énergie vitale ! 

Pour les besoins du film Un+Une, de Lelouch, Jean Dujardin et Elsa Zilberstein font en Inde l'expérience d'Amma, la dispenseuse d'amour universel. Ils en gardent un souvenir ébloui. Emu. Difficile à mettre en mots. Depuis le covid, le câlin est devenu suspect, dans un monde désincarné ou le sans-contact n'est pas que sur les cartes bancaires.
Et pourtant, Amma fait la chose la plus simple qui soit : elle câline le monde. Dans une grande sérénité. Sans parti-pris, ni crainte d'aucune sorte.
Allez, câlinez vous bien, les amis. Et pas seulement sous une branche de gui.

.../\_¸_/\

..(=•_•=)

....*..•*







24 juin 2025

L'espérance follement réaliste


L'un de vous m'a remis en mémoire un texte que j'avais commis il y a presque dix ans. 
« Comment je pense à demain », sur une consigne de Queneau et ses 366 réels.
Rien n'a changé : il y a toujours deux façons de penser à demain. Au propre et au figuré. 
Demain, dans vingt quatre heures, je vais partir voir mes petites étoiles qui me manquent, mes Angevines. Demain soir elles seront dans mes bras. J'en suis sûre et pourtant, il y a une infime possibilité que cela n'arrive pas... Mais je vois déjà les superstitieux jeter du sel par dessus leur épaule tout en touchant le faux bois de leur table ikéa. On ne peut jamais rien dire de demain. Et cette incertitude est le sel de la vie.
Alors le grand demain... le Futur de l'humanité...Ce flou nébuleux que l'on appelle l'avenir. Ce qui est à venir. Ce qui arrivera. Ce qui n'arrivera pas. Ce mystère aussi épais qu'un dictionnaire en dix volumes. Qui peut en parler, honnêtement ?
Comme je le disais, on ne peut que supputer.
Soyons réaliste. Le pire est possible. Il est même probable. Les agités du bulbe rachidien qui jouent aux soldats de plomb avec nos vies n'en ont rien à carrer. Ils se trumpent, de toute évidence. Mais se croient au-dessus des lois mystérieuses de l'univers. Chétifs insectes, pauvres excréments de la terre...
Se préparer au pire en tremblant et en érigeant des murs n'est pas forcément très constructif. Mais si cela consiste à renforcer en soi les graines de courage, de résilience, de paix, d'ouverture, de solidarité, c'est faire de son mieux : ce sont ces graines-là qui aident à rester debout dans les tempêtes.
Renforcer en soi l'admiration des belles choses, le respect, la gratitude, le contentement. C'est notre potentiel d'êtres pensants. 
Cultiver en soi l'humilité et la fierté, l'espoir et la vigilance, le rêve et le réalisme, le coeur et la raison. Toutes ces choses en apparence contradictoires, mais qui sont les tenons et les mortaises de tout ce qui s'élève vers le haut, défiant les lois de l'équilibre et les rouages de la peur. 
En plantant mon olivier, il y a deux ans, je semais cette graine d'espérance follement réaliste dont parlait Alain. Pas le philosophe, non. 
AlainX, mon ami blogueur au discernement si fin, si juste.
Mon olivier va bien. Je vais bien. Le monde est rond et bleu comme une orange.
Jusqu'à quand ? On s'en fout, finalement.

Mon olivier en 2023

Mon olivier en 2025


 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆


A Alain.
A Daniel.
A tous ceux qui s'assoient sur le rebord du monde en égrenant des arpèges.






12 mai 2025

Mon petit soleil sur pattes

 






Mon petit soleil sur pattes. C'est comme cela que je l'appelais affectueusement.
 Enfant, elle avait une bouille ronde et les cheveux d'une blondeur de blé. On aurait dit une petite hutte toute illuminée de soleil. Le surnom lui est resté. La Hutte. Ma chère Hutte des Bois... Les plus fidèles parmi vous se souviennent peut-être de son blog « Petit Singe Vert ».
Les tribulations d'un adorable singe en peluche plus vivant que nature. J'adorais sa poésie. Son humour. Son caractère bien trempé. Ses facéties me faisaient souvent rire. Petit Singe Vert, c'était elle, et sa joie ingénue de peluche cachait sûrement des blessures. Peut-être n'ai-je pas su les voir ?
Notre relation n'a pas toujours été simple. Mais je l'aimais, et je l'aime toujours.
Bien sûr, dix ans nous séparent. Je suis l'aînée, elle la benjamine, d'une fratrie de quatre garçons. Rien que pour cette raison, notre sororité nous donnait une complicité qui aurait dû durer toujours. 
  Mais ces dix ans d'écart ne sont rien à côté de l'énorme fossé qui s'est creusé entre nous depuis quatre ans bientôt.  Notre petit fil de sœurettes s'est cassé. Nos chemins ont bifurqué. Je respecte son éloignement, son besoin de ne plus voir personne. J'essaie de comprendre ses raisons, de me dire que c'est passager, que ce n'est pas contre moi, que ça ne peut pas être définitif, et que nous nous reverrons. J'aimerais l'aider, mais peut-être n'a-t-elle pas besoin d'aide, au fond... 
Mais plus le temps file et plus je perds l'espoir. Je tente de maintenir le lien, par de petits messages, des photos, des clins d'oeil. J'ai parfois une réponse, pas toujours. Ou alors un smiley.
Qu'en est-il de toi, vraiment, ma sœur ? Où en es-tu ? Que fais-tu ? Quelle flamme t'anime encore ?
Oui, ma sœurette, j'essaie de me dire que tu vas bien, que tu es toujours un petit soleil sur pattes, mais je ne sais plus rien de toi. Je ne sais pas si tu lis toujours mon blog, parfois je l'espère secrètement, en me disant que nos amarres ne sont pas complètement rompues, et qu'un jour, on se reparlera. C'est quand même trop bête, dans ce monde dingue au-dessus duquel planent les vautours de l'incompréhension et de la violence, de ne pas pouvoir seulement se parler entre sœurs, non ?
Enfin, voilà. Mon bonheur est un grand ciel bleu, avec, tout au fond, un petit nuage gris persistant. Ce soir, il m'a grossi un peu le cœur. 





 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

01 juillet 2024

J'ai rencontré Jésus






Je vais sûrement décevoir les amateurs de mysticisme religieux. Non, votre Célestine ne s'est pas soudain trouvée transportée sur un nuage biblique éclairé d'un rayon lunaire, comme dans une illustration de Gustave Doré. Pas de vision extatique non plus. Pas de départ inopiné au Carmel ou aux Ursulines.
D'ailleurs je reste fidèle à ma conviction que les croyances devraient rester secrètes, comme je l'écrivais il y a huit ans déjà, dans ce billet. Ce serait simple... Le monde ne s'en porterait que mieux. Vous ne saurez donc rien des miennes, comme je l'ai toujours dit à mes élèves quand ils me demandaient si je croyais en Dieu.
Alors voilà. C'était à la boulangerie, ce matin. Un homme était en train de converser avec la boulangère, il ne semblait pas pressé de payer son pain. Les cheveux longs sur les épaules, la barbe, le regard doux : il ressemblait à ce Jésus des images pieuses que l'on distribuait au catéchisme. Ou aurait pu sortir tout droit du tableau de Léonard de Vinci. Il y avait comme une harmonieuse logique à le voir là, devant ces paniers de pains dorés.
Trois personnes attendaient devant moi, mais ses mots ont attiré mon attention. 
J'entendais entraide entre les peuples, solidarité, amitié fraternelle, construire, positivité. Que cette chose si précieuse qui s'appelle le bien commun ne devrait pas être confiée aux politiciens. Que ceux-ci étaient déconnectés du réel, et qu'ils ne comprenaient rien au vivre ensemble. A la chose publique. « La chose Publique,  vous comprenez, c'est le sens du mot Res Publica. Cela regarde tout le monde. » C'était appuyé sans être véhément. 
Diantre ! On assiste rarement à un cours d'étymologie latine en achetant sa flûte quotidienne.
Au milieu des conversations banales sur la pluie et le beau temps, qui émaillent à mots furtifs les rencontres matinales des petits commerces,  voilà quelqu'un, sorti de nulle part, qui n'hésitait pas à énoncer sa vérité d'une voix haute et claire, sans agressivité. Comme avec une paisible évidence. En réalité, un seul mot me venait aux lèvres en l'écoutant. Il parlait d'Amour. Celui du prochain. Celui des gens. Celui de l'étranger. L'Universel, celui qui circule depuis toujours comme une sève pour maintenir en vie l'humanité, ce vieil arbre tordu par la folie des hommes. 
Les autres clients semblaient médusés, et en même temps, opinaient du chef : on ne pouvait qu'être d'accord avec cette sagesse tranquille, utopiste et pourtant si vraie. 
Une parole profonde vaut tellement mieux qu'un verbiage cent fois entendu.
Quand il est sorti, il y a eu un blanc. Dans son sillage flottait un peu de poussière d'espoir, qui se mêlait adroitement à l'odeur délicieuse des croissants sortis du four. 

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆


08 mai 2024

Construire de ses mains




Ils en avaient rêvé, ils l'ont fait.
Transformer un coin de jardin en baignade. Oh, pas une piscine de magazine aux couleurs psychédéliques, non.  Juste un tout petit bassin à l'eau belle, reflétant les humeurs du ciel de façon naturelle, pour se rafraîchir aux heures chaudes de l'été. 
Entouré d'un caillebotis en bois. 
Les rêves sur le papier ont toujours une facilité déconcertante. C'était pensé, c'était fait.
Dans la réalité, il en est tout autrement. De la conception à la réalisation, ce sont des nuits de réflexion parfois agitées, des petits matins où émergent les problèmes que l'on n'avait pas envisagés. Des imprévus. Des contretemps. Des jours de folie où la pelle mécanique transforme le jardin en terrain de bataille. Des moments de doute. Des réajustements nécessaires.
La pluie, la merveilleuse pluie que j'aime tant, n'est pas l'amie des terrassiers, des maçons, des menuisiers. Et le printemps a été arrosé copieusement cette année, tout comme notre chantier qui s'est transformé en champ de boue durant plusieurs semaines.
En se faufilant dans les éclaircies, les choses se sont quand même accomplies, une à une, et soudain l'eau a jailli dans notre bassin. Nous contemplons désormais le fruit de nos efforts. Il ne reste plus qu'à bichonner la déco. Soigner les éclairages. Laisser repousser l'herbe. Planter quelques succulentes. Admirer l'olivier qui s'intègre si bien dans le décor.
Se sentir libérés, et agrandis.
L'idée, c'était de participer le plus possible au projet. De mettre la main à la pâte, en somme. D'acheter local. Et de faire participer un ancien collègue, un ami, un frère...même si, soyons honnête, certaines phases délicates ont été confiées à des spécialistes.

Mettre la main à la pâte. C'est beau. On voit le boulanger brassant la pâte dans son pétrin. Jolie image pagnolesque.
Mais c'est un doux euphémisme. 
« En vrai » comme disent les enfants, travailler de ses mains, c'est travailler aussi de son dos, de son cou, de ses épaules, de ses bras, de ses genoux, de ses pieds. De tous ses muscles. Et aussi pas mal du chapeau, d'ailleurs...
On implique tout son corps, et on en ressort rincé, moulu, recru, courbatu, vanné. 
Un peu surpris aussi d'avoir délaissé ses autres activités si longtemps. Tel ce blog, dont vous me rappelez instamment qu'il vous manque, par vos messages si chaleureux. Merci à vous mes amis. Il y a donc une vie en dehors des parpaings à bancher, des solives, des lambourdes, des vannes, des plots et des clous torsadés ?
Je suis heureuse d'avoir transformé l'essai. Et je me dis que construire de ses mains, c'est construire de son cœur. Ça donne du courage et de l'énergie.

  •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

17 novembre 2023

Un arc-en-ciel

 





Ce matin, j'ai pris le bus un peu tôt pour me rendre à la ville. Dès potron-minet, délicieuse expression dont vous connaissez sans doute l'origine. Non ? Elle signifiait simplement l'heure ou l'on peut apercevoir le postérieur des écureuils. Mais si, mais si...Et croyez-moi, je connais bien ces fripons et leur petit cul tout blanc sous leur queue en point d'interrogation. Ils viennent chaparder les graines exactement à cette heure-là...
Pour tout dire, en fait d'écureuil, c'était plutôt l'heure lycéenne. Ça m'a donné un bol de jeunesse. Je me suis revue, adolescente, à l'arrêt de la rue des Moulins, par ces petits matins aigres où le mistral s'engouffrait sous le blouson trop court. Parce que c'est bien connu, on n'a jamais froid quand on est ado, du moment qu'on est à la mode.
L'air piquait, à l'Est, les Monts du Matin rosissaient de délicate façon, faisant une lisière d'or rose au-dessus du vert foncé des arbres.
Vers l'Ardèche, au contraire, de lourds nuages gris sombre encombraient l'horizon. En contrebas, la ville émergeait de son sommeil, doucement, comme un gros chat qui s'étire, caressée par les premiers rayons. Et là, juste droit devant, est apparu un magnifique arc-en-ciel. Mais un vrai, pas un timide pâlichon. Non, un arc-en-ciel de compétition. Ses couleurs se sont mises à flamboyer. Je ne parvenais pas à en détacher mes yeux. Cela faisait comme une trombe multicolore au milieu du gris.
J'ai regardé mes compagnons de voyage. Pas un ne levait le nez de son smartphone. D'être la seule à profiter du spectacle m'a fait me sentir privilégiée. Et en même temps, un peu désappointée de voir qu'il suscitait si peu d'enthousiasme. J'ai senti monter en moi une indignation de Petit Prince, comme quand il découvre que sa rose lui a menti. J'ai eu besoin de rétablir l'ordre des choses. De partager ce prodige.
J'ai attendu que les couleurs soient à leur paroxysme, et bien visibles à travers les vitres de l'autocar. Et j'ai tapoté doucement le bras de ma voisine, tout en tendant mon index vers le phénomène.
- L'arc-en-ciel ... » ai-je dit, un peu fort car elle avait ses écouteurs fichés dans les oreilles. Elle m'a d'abord scrutée avec des yeux que mon indulgence naturelle m'empêchera de qualifier de légèrement bovins. Mais elle a daigné regarder dans la direction indiquée.
- Ah, oui, c'est beau ! Non, pardon : Awè, c bô.
Notre mini-dialogue a fait lever les yeux de deux personnes dans la rangée adjacente. Puis deux autres se sont demandé ce qu'il y avait à voir. Et encore deux. J'ai souri. J'ai repris espoir. Un petit murmure s'est répandu, là où une minute plus tôt, régnait un silence indifférent. L'espace de trente seconde, la vie m'a redonné mon rôle de transmission.
Et là, lecteurs adorés, imaginez le petit miracle : en un instant, de fil en conversation, tout un bus d'ados post-pubères a quitté l'écran minuscule pour contempler celui, immense, de la vie, où trônait « mon » arc-en-ciel. Oh pas longtemps. Mais suffisamment pour que je me sente fière de moi, d'avoir semé quelques graines de magie et de beauté dans la vie de quelques contemporains pas si abrutis finalement. Je me suis dit que tout n'était pas perdu au royaume de youtube et tik-tok. Et au terminus, un vieux monsieur m'a dit merci. Il y avait beaucoup de choses dans ce simple merci. De quoi emplir ma journée, en tout cas. 
Ça a de la gueule, non ? ce genre de petite victoire de l'inutile...

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆

11 septembre 2023

L'oeil du peintre

 




« Je m'étais promis, avant mes quarante ans, de vivre en ermite au fond des bois ».
Ainsi Sylvain Tesson commence-t-il son livre Dans les forêts de Sibérie. 
Je vous rassure (ou je vous déçois) : je n'ai pas ce rêve-là. 
Mais j'en ai tellement d'autres. Certains que j'ai réalisés, avec bonheur, et d'autres qui mijotent encore dans le chaudron de ma pensée bouillonnante.
La vie est le meilleur des grimoires. Nul besoin de mandragore ou de bave de crapaud. Les ingrédients précieux commencent tous par la même lettre : l'énergie, l'émerveillement, l'envie. 
Tu en fais la belle expérience, Mino, toi qui en ce moment met un pied devant l'autre sur le Chemin de Compostelle. Sous un soleil d'or fondu. Ton défi, sportif et spirituel, m'impressionne et me titille l'hippocampe. Il est toujours en bonne place sur ma liste de « choses à faire avant ... »  Avant quoi ?
Avant que tout s'arrête, comme dans le très beau film « la Chambre des Merveilles » où une mère tente de sortir son enfant du coma en réalisant les rêves qu'il a griffonnés sur un cahier.
Je pense aussi aux livres « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt ou « Douze choses à faire avant la fin du monde » de Bjorn Sotland. Un thème inspirant. Peut-être parce que la vie est faite de ce souffle-là...

La liste. Voilà la clé.
 Qui n'a pas au moins une fois, dans sa tête, invité l'un de ces colliers de rêves, lieux à voir,  personnes à rencontrer, choses à construire ou à créer ? L'urgence stimule le désir et l'imagination, c'est certain. Et les listes structurent le cerveau, balisent le chemin comme des cailloux lumineux au bord de la route.
Tous les dix ans j'actualise ma liste. Je coche ce qui est fait. Et de nouveaux rêves émergent, tels des bourgeons au printemps, en gerbes, en feux d'artifices. Il n'y a pas de petits rêves, pas de rêves idiots. Juste des étincelles de vie qui pulsent en nous et nous donnent envie d'aller de l'avant. 
Si, pour votre existence, vous avez comme moi l'oeil du peintre, si vous aimez vous dire que votre vie est une oeuvre d'art, vous savez bien que les couleurs ne sont jamais mises au hasard sur la toile. Elles sont le fruit d'une vibration intérieure aux racines profondes, et de la rencontre magique entre le rêve, le pigment et le pinceau.
Tout cela pour vous dire que je réaliserai très bientôt un rêve qui remonte, au bas mot, à mon entrée en sixième...

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆



A Mino, mon courageux pèlerin de Compostelle.






14 mars 2023

Le vrai du faux



Mon cher monsieur Magritte.

Je vous écris d'une époque étonnante qui célèbre, que dis-je, qui glorifie la « Trahison des images ». Oui c'est ainsi qu'en 1928 vous aviez baptisé votre célèbre tableau de « la pipe qui n'en est pas une ».
Vous nous alertiez déjà sur cette perversité de l'image qui se prétend l'égale de la vérité, alors qu'elle n'en est que le (pâle) reflet, même en trois dimensions.
J'ai le regret de vous dire que vous êtes terriblement loin de vous douter à quel point il est devenu compliqué de distinguer le faux du vrai, de nos jours.
Les photographies passent par des filtres qui les transcendent, les recadrent, les illuminent.
Le faux envahit tout. Les hologrammes, les écrans, les pseudos, les avatars sont partout.
Nos corps eux-mêmes se « faux-cilisent » à vue d'oeil. Après les faux cils, faux ongles,  fausses dents, postiches et perruques, faux grains de beauté sur la joue, sont arrivés les faux seins, les fausses fesses, les fausses lèvres. Les fausses lentilles pour changer la couleur des yeux. 
On redessine, on repulpe, on remodèle, on sublime, on réinvente. Mais jamais vous n'entendrez dire que l'on triche.
Les médias sont inondés de fausses rumeurs, de faux scandales. Les polémistes entretiennent avec génie le flou artistique qui consiste à nous enfumer. Qui croire ? Que penser ? Nous ne savons plus. Nos téléphones vibrent de faux messages, d'alertes frauduleuses nous incitant à confier nos précieux codes bancaires au premier venu. Même les gangsters utilisent de faux pistolets pour attaquer les diligences. C'est un monde virtuel, de gazon en plastique, de poissons carrés, de produits de synthèse, de jeux videos où l'on a plusieurs vies.
Le goût, l'odeur, la couleur des choses, rien n'est vraiment certain.
Des matières synthétiques aux noms barbares ont remplacé les fibres naturelles que vous connaissiez, la laine, le coton, la batiste, l'organdi. Les pulls en acrylique, les imitations, le simili, n'ont qu'un seul point positif : ils laissent un peu de répit à ces pauvres bêtes dont on prenait la peau pour s'en faire des bottes ou des manteaux.
Je vous vois ébahi, cher René. Si vous saviez... Vous, le chantre du surréalisme, vous seriez bluffé.
Depuis quelque temps, déferle dans nos vies « l'intelligence artificielle » à la portée du grand public. Dall-e et Chat-GPT produisent des millions d'images étranges, oniriques, conçues par des robots, à qui vous pouvez demander n'importe quoi, c'est amusant et terrifiant à la fois. 
Les textes ainsi produits sont sans âme, sans style, mais beaucoup vont les utiliser pour bâcler en vingt secondes leurs lettres de motivation, leur discours pour le décès de tante Suzette ou leurs devoirs de français... Une nouvelle étape est franchie dans le brouillage des codes, des pistes. Les fondamentaux humains vacillent sur leur base. L'humanité chie même gravement dans la colle, si je puis me permettre un peu de franche grossièreté.
Le résultat de cette omniprésence du factice, du contrefait, du frelaté, c'est que se développe parallèlement une méfiance paranoïaque de toute relation. L'autre est devenu suspect, soupçonné de mentir, de fomenter dans notre dos ou de vouloir arnaquer son semblable. Alors on garde le nez dans son smartphone, en s'inventant un profil de rêve.
Le bal des faux-culs mène le monde. Tout n'est qu'illusion. L'ivraie remplace le bon grain. Le roi est nu, mais restera-t-il un enfant pour le dire ?
Et pourtant, cher René, j'espère encore. L'Amour est toujours là, l'amour authentique. Le seul sentiment, sans doute, qui nous rende vrais. Fragile. Mais dru comme une pâquerette sous la neige. Il porte en lui l'espoir et la valeur des choses simples, sans artifice.
Dormez en paix, monsieur Magritte. Je m'inscris en faux avec énergie : tout n'est pas encore complètement pourri par les diktats de l'apparence. 

•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆




03 février 2023

La fabrique d'images

 

 
Mon père m'offrit un jour un petit tube en carton, qui faisait, quand on l'agitait, un bruit délicat de bâton de pluie. « Tiens, me dit-il, c'est un kaléidoscope. »
Quel joli mot ! Il signifie, en grec, « regarder de belles images ». Combien d'heures ai-je passées à contempler, étonnée, l'infinie diversité des images créées par l'assemblage subtil de ces petites perles colorées se réfléchissant dans des miroirs...
C'est peut-être de là que me vient la constitution particulière de mon cerveau : une constellation permanente d'images qui donnent naissance à une multitude d'astérismes chatoyants. Je suis riche de ça et ça ne s'achète pas, comme disait le poète du XX° siècle...
Un mot, une musique, un grain de lumière dans le matin, et la machine à images se met en route.
J'ai appris très vite le pouvoir de l'imagination. Loin d'être la « folle du logis » conspuée avec mépris par Nicolas de Malebranche, c'est cette faculté merveilleuse de se fabriquer ses propres images, de s'inventer un monde. De créer de la nouveauté. De vivre la vie en mille dimensions...
La fréquentation des livres de mon enfance m'aida évidemment à cultiver ce don merveilleux. Toutes ces heures trop courtes où, allongée sur mon lit, au son de la pluie qui chantaient dans les chenaux, j'inventais les visages, les vêtements, et les décors des aventures de mes héros,  surgissant de cet alignement mystérieux de signes que l'on appelle un texte. 
Avec le recul, j'ai compris pourquoi mes professeurs s'ébaudissaient devant mes rédactions.
Et je réalise combien j'ai tâché, toute ma vie, de transmettre ce don, de semer ces graines dans les esprits de mes élèves, me heurtant de plus en plus, au fil du temps, à l'omniprésence de l'image toute faite. Eduquer est un combat. Une guerre pacifique contre le fatalisme, la facilité et l'ignorance.
Je ne fais pas partie de ces vieux grincheux qui disent que les enfants n'ont plus d'imagination. Donnez-leur un carton d'emballage, et observez :  ils en feront toujours, quoi que l'on dise, un vaisseau intersidéral ou une cabane perdue au fond des bois. 
Regardez-les avec bonheur transformer un vieux bout de rideau en costume des mille et une nuits, et la moquette en tapis volant.
Acceptez de goûter leurs délicieuses soupes de terre et d'herbe, leurs bonbons en cailloux.  Dites bonjour sans vous moquer à leurs amis imaginaires. Parlez sérieusement à leurs nounours. 
Lisez-leur une histoire et demandez-leur de fermer les yeux : les images émergeront d'elles-mêmes dans leur lobe préfrontal ainsi stimulé. Offrez leur des jouets « ouverts », offrant une myriade de possibles : des cubes, des jeux de cartes, des bûchettes de bois, des boîtes de peinture. Laissez-les inventer leurs règles du jeu, et changer celles qui existent. Visitez leurs châteaux en Espagne ou ailleurs.
Emmenez-les dans la forêt, en haut des montagnes, au bord des plages, ou simplement au fond d'un jardin, pour prendre le vrai monde entre leurs bras, à corps perdu, toucher les fourmis et observer la vie qui va. 
Je vous laisse : je viens d'apercevoir Papa souris qui courait sur la terrasse comme un dératé en regardant sa montre. Je crois qu'il a oublié d'aller chercher son fils au club de self-defense contre les matous.


•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆•.¸¸.•*`*•.¸¸☆