26 mars 2026

Paix



C'est un jour comme un autre. Et pourtant non. 
Celui-là a une couleur spéciale, et ne reviendra plus. Le temps joue toutes ses partitions à la fois, tendre cacophonie de ciel d'encre, de neige fondue, de furtif soleil et de bise froide. Les fameuses giboulées.
J'observe le ballet des pigeons ramiers autour de la fontaine. Leurs amours ont débuté. Parades, minauderies, coups de bec ou bécots. Le vol des mâles est particulier : ils s'élancent vers le ciel de leur vol gracieux, et soudain, un battement d'ailes qui claquent, au sommet de la parabole les voilà qui piquent vers le sol. Celui qui encaisse ses G sans broncher aura droit au point G de la femelle. 
-Rhôô ! Céleste, comme tu y vas...
-Oui, c'est leste, je sais. Mais c'est la loi naturelle.  Le printemps est réglé par les hormones printanières. 
Ancrés dans ce moment subtil, les chênes poussent leurs bourgeons à éclore. Pas un arbre ne bouge. Le mistral a fui plus loin, derrière la colline. Dans notre petit coin japonais, c'est un ravissement. La mousse fait un écrin vert tendre aux pierres du chemin. L'érable rougit, les fleurs du magnolia semblent de gros oiseaux roses sur ses branches frêles. L'eau chante.

La nature dispense sa leçon de paix quotidienne.
Et si c'était cela, notre bien le plus précieux ? La Paix.

Ce matin, à Angers, l'école de mes petites-filles a été évacuée, à cause d'une valise suspecte.
Peur, angoisse, palpitations. Service de déminage. On ne rigole pas ! Bienvenue dans le pathétique circus de la société humaine.
Que dire ? C'est tellement affligeant.
Si chacun sur terre cultivait la paix intérieure et la méditation, on aurait le droit d'oublier sa valise sur le trottoir parce que l'on a suivi un vol d'hirondelles. D'ailleurs, les valises ne contiendraient que des chaussettes, ou des livres de poésie. Des cartes postales. Ou encore des crayons...
Mais ça, ça voudrait dire que l'homme est devenu tout d'un coup moins bête. Au point d'observer les pigeons plutôt que de chercher à pigeonner continuellement ses semblables.

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16 mars 2026

Comme un souffle fragile

Il y a un temps pour tout. Un temps pour naître et un temps pour mourir.
Ecclésiaste, 3-2




Souvenez-vous : j'en avais parlé ici et . Cette petite dame soufflant fièrement les bougies de ses cent ans, il y a trois ans déjà,  s'appelait Odette, et je l'aimais beaucoup. 
Elle est partie, dans la nuit du 6 mars, emportant dans son calme sommeil d'éternité sa douceur, sa joie de vivre, sa formidable résilience, son émerveillement jamais émoussé.
En épousant l'homme que l'on aime, on épouse aussi ses chagrins. 
Celui de mon aimé fut immense,  de voir partir sa maman de coeur, sa mère adoptive, cette personne unique qui savait toucher de sa grâce tous ceux qui l'approchaient. Je l'ai aidé du mieux que j'ai pu, à traverser cette semaine d'épreuve. 
Misère ! que de démarches à effectuer pour accompagner le départ d'un être cher. Et que de préparatifs pour réunir une famille si grande... J'avais oublié, depuis celui de mes chers parents. Et combien il est doux de partager ces tâches, toujours un peu embuées de larmes.
Parmi les paroles choisies pour la cérémonie, j'ai retenu celles-ci : 
« Comme un souffle fragile ». Elles évoquent si bien la fugacité de la vie. La subtilité des mystères.
Et le silence feutré qu'exige l'écoute de l'autre, le vrai amour.
Il m'a semblé que dans le vent de ce matin, une douce brise de magnolia et de prunus en fleurs, Odette me murmurait à l'oreille : « Merci ! » . Son célèbre merci qu'elle répéta toute sa vie comme un mantra.  

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03 mars 2026

La pédagogie des coccinelles







« L'enfant apprend mieux en manipulant, en expérimentant, en découvrant par lui-même comment marche le monde. »
Célestin Freinet





Je reviens d'un ébouriffant séjour chez mes étoiles. J'avais une consigne: « Mamie, n'oublie pas tes Posca et ta guitare. » 
- Mamie couleurs, mamie musique, certes, mais vous allez voir :  j'ai d'autres merveilles dans mon havresac de Mary Poppins...
C'est incroyable tout ce que l'on peut faire en une semaine, avec deux petites filles de sept et cinq ans... Le printemps a montré son nez, avec un soleil généreux sur Angers, redonnant du baume au coeur d'une ville malmenée par les caprices de la Maine, son fleuve si tranquille d'habitude.
L'occasion de flâner en ville, de déguster une grenadine sur la place du Ralliement, noire de monde comme en été. Sauter, courir, grimper, au parc de jeux. Apprendre à connaître et à choisir les fruits chez le primeur. Déguster une crêpe chez Mamie Bigoude, dans un incroyable décor rose bonbon. 
 Aller prendre un cours de yoga à la Maison de quartier : étirer son corps et le relaxer en suivant le parcours d'un chat yogi malicieux. Chien tête en bas, arbre, tortue, pigeon, grenouille, le bestiaire du yoga est infini.
Et puis, au gré capricieux de la météo, trouver d'autres occupations dans la maison.
Jouer à la serveuse, à la nounou ou à la marchande, danser, écouter le son de la pluie ou du vent, suivre les traces brillantes des escargots sur les carreaux. Lire, beaucoup, souvent, avec bonheur, jouer aux Pirates ou à Pikomino. Danser. Chanter.
Observer une coccinelle sur le bout de son doigt. Ramasser des cailloux d'ardoise dans le jardin et dessiner dessus, pour une exposition d'oeuvres d'art miniatures.
Et alors, quand on a bien joué, réfléchi, bougé, c'est là que l'on apprécie de s'avachir un moment devant l'école des Licornes, un dessin animé chatoyant et charmant. Refuser la suprématie des écrans, un vrai challenge de notre temps. 
J'ai gardé le meilleur pour la fin : fil rouge de la semaine, nous avons écrit un livre. Oui, messieurs-dames : une vraie histoire illustrée, inventée par elles de A à Z.  Transformant chaque matin le salon en salle de rédaction. Tempête dans ces petits crânes au cerveau prodigieusement élastique. Des fous-rires. Des mines très sérieuses. Une vraie ruche bourdonnante. Un trésor d'expériences : comment ne pas dire deux fois le même mot ? grâce au dictionnaire de synonymes ! Comment faire entrer tous les personnages à la table de fête ? Un simple problème d'intervalles... Si je dessine les cônes vers le bas, c'est un sapin ou un épicéa ? Et comment faire entrer nos dessins dans l'ordinateur ? Grâce au scanner ! Ainsi j'apprends que l'informatique est un outil, qui m'aide mais qui ne me remplace pas.

Renouant, mine de rien, avec mon credo professionnel, moi qui ai toujours aimé mettre les enfants en situation réelle, j'ai vraiment pris un plaisir fou à les motiver, à suivre leur implication, à les voir frémir de joie (et parfois de découragement, les étapes normales de tout projet un peu fou)... Et le résultat est vraiment chouette, si je le mesure à la brillance de leurs yeux.