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05 novembre 2026

Marelle








Une fois de plus j'ai côtoyé l'enfance. Des graines de raison éclose aux éclats de sourires mutins, j'ai été l'humus, la racine, celle qui garde en son sein le précieux du mystère : être née, avoir donné la vie, et contempler le cycle renouvelé. Celle qui sait. Qui sait à quel point tout s'envole trop vite. Celle à qui l'on demande, que l'on écoute, parce que ses histoires ont un goût de vie. Un goût de vrai. Etre grand-mère, c'est une source, un rempart, un chemin de gardienne. Un grelot dans la nuit, une lampe allumée.
Mon séjour chez mes étoiles a tenu ses promesses. Une formidable cure d'énergie. Un creuset d'espoir dans ce monde tremblant. Un tourbillon de rondes, de comptines, et ces regards profonds, innocents, de jasmin et de rose, dans lesquels on se noie, retrouvant les gestes de sa propre enfance : un galet, à cloche pied, de la terre jusqu'au ciel. On y danse, on y sautille. On y perd parfois l'équilibre. On y pleure, on y rit. La vie est une marelle.
Et ce matin, en ouvrant un paquet de café moulu, un pur arabica corseté de velours, dans un rayon d'aurore trouant le chiffon du ciel, c'est le parfum entêtant de toute cette vie si belle qui m'a envahie au profond. C'était un geste anodin, pourtant. Comment expliquer ce ressaut inattendu ?  Mes poumons ont claqué comme voile au vent de cette évidence fragile : je suis faite pour aimer chaque parcelle d'existence, chaque grain de vivre.
La vie est une marelle.






22 septembre 2026

Un vingt-deux septembre

Le lac de Gerardmer




Un vingt-deux septembre... Je ne peux m'empêcher de songer à la chanson de Brassens, chaque année. Au diable vous partîtes. Moi, je reviens.
J'étais loin de vous, lecteurs adorés, et le temps a passé si vite. 
Un mois déjà que je vous laissais, déconnectée, pour aller découvrir une région de France où la fraîcheur des forêts et la beauté des paysages m'ont rassérénée. Un endroit malmené par l'histoire, déchiré par les guerres comme un os disputé par deux chiens. Mais toujours debout, et fier de ses racines. 
C'est l'Alsace, vous l'avez deviné, plaine fertile sertie entre deux chaînes de montagnes aux sommets verdoyants, arrondis comme des coussins.
De cette belle Alsace avec son vin doré, ses villages riants, ses vignes en étages, ses spécialités délicieuses, aux Vosges et leurs bois humides restés sauvages, je suis allée m'imprégner d'une de ces splendeurs dont notre pays foisonne. Ce n'est pas du chauvinisme, c'est un constat. La France est une terre magnifique, regorgeant de merveilles diverses.
Je suis revenue sur ma colline, et ce soir, le soleil allume un incendie sublime au couchant. Quel spectacle ! le ciel est comme un drap de feu posé sur l'horizon. J'en suis bouleversée.
D'aucuns diront : pourquoi partir, si c'est si beau chez toi ? 
Bien sûr, petits padawans, mais si on ne part pas, comment goûter au plaisir subtil de revenir, tel Ulysse vers son petit Liré ?
Il y a un an, j'étais en Corse. J'ai retrouvé ici cette farouche appartenance à la terre qui caractérise les peuples qui ont subi un joug, ou des souffrances sans nom. 
Saisie à la gorge d'une émotion tremblante en visitant le Camp de concentration du Struthof, et sa sinistre chambre à gaz, j'ai eu du mal à respirer, comme en apnée devant cette horreur. Je serrais les dents à en avoir la mâchoire douloureuse. Pétrifiée.
Retrouvant peu à peu mon souffle en haut du Mont Sainte Odile, dans la tranquillité du couvent millénaire. 
La route des Vins m'a offert des émotions picturales. Mon amie Chinou aurait trouvé là de beaux sujets d'aquarelles ! Quel charme possèdent ces vignobles faisant un écrin soyeux aux villages célèbres, Thann, Riquevihr, Eguisheim, Obernai... Avec ces maisons si typiques, à colombages, ornées de leurs mythiques géraniums. 
De la petite Venise de Colmar à la petite France de Strasbourg, autant de promenades romantiques le longs de canaux lisses comme des miroirs d'argent.
Beaucoup d'escales savoureuses pour savourer les plats traditionnels. Et oublier le régime !
Et puis d'autres randonnées paisibles en forêt, croisant des chevreuils, des lapins, des sangliers. Des méditations au bord de chaque lac rencontré,  une visite incroyable au Parlement Européen en pleine séance plénière, un détour par les maisons troglodytes de Graufthal, l'ascension du Haut-Koenigsbourg et celle du Ballon de Gubwiller, le musée automobile de Mulhouse et son impressionnante collection de vieilles voitures. Le château Bugatti, le Chemin des Cimes, la Montagne des Singes, la Volerie des Aigles, et le Pain d'Epice de Mireille Auster.
Sans oublier, sur le chemin, une étape à la Saline Royale d'Arc et Senans, et à la chapelle de Ronchamp, conçue par Le Corbusier. Je vous conseille les deux, c'est somptueux.
Je dis je, mais je pense nous, car une escapade à deux, dans les bras de l'Amour, c'est comme une morille sur un vol-au-vent. Le plat signature d'une vie trois étoiles.

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L'entrée de la Saline Royale


Le Musée Schlumpf à Mulhouse

La Bugatti royale

Les vignobles de la Route des Vins



La forêt des Vosges




Eguisheim


Les célèbres maisons à colombages

La Petite Venise de Colmar

Riquewihr

Une cigogne qui n'est pas encore partie

Le château du Haut Koenigsbourg

La montagne des Singes

La volerie des Aigles




Le camp du Struthof et son mémorial




Le couvent du Mont Saint Odile

La petite France

Strasbourg


La cathédrale de Strasbourg

Les députés européens en plein vote

Le Conseil de l'Europe




Les maisons troglodytes de Graufthal



Au hasard des randos...

...De belles rencontres


L'arbre de vie, petit clin d'oeil à AlainX qui aime les reportages photos



La star des vins d'Alsace



Notre Dame le Haut, oeuvre du Corbusier


C'est tout pour aujourd'hui !


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23 juin 2026

Le goût du péché

 



Dans la rue principale serpente un petit ruisseau, taillé dans la pierre. Arrondie, adoucie, patinée par le temps et l'eau. Il part du haut du village pour aller se jeter, tout en bas, dans la rivière. Il fait partie de la légende saint-martinoise. Quel enfant n'a pas pataugé dedans avec bonheur ? 
Quel imprudent rêveur, attiré par les façades typiques de la rue, ou celle, extravagante, de la Chapelle des Blancs, n'a pas mis le pied par mégarde dans son eau glacée descendant tout droit de la montagne du Mercantour ? 
Qui ne s'est jamais amusé, dans une mémorable partie de boules carrées, à éviter d'y faire tomber le cochonnet ?
De part et d'autre du ruisseau, l'été, les boutiques offrent les plaisirs saisonniers. Robes de coton, fruits gorgés de soleil, colliers de turquoise, poulets rôtis, spécialités niçoises : la socca, la pissaladière, la tourte sucrée aux blettes, les panisses...
J'ai toujours aimé l'ambiance magique de cette rue, où se concentrent les couleurs chatoyantes, les bruits hétéroclites, les parfums qui envoûtent et excitent. Au moment des fêtes,  le pain doré, le son des fifres et des tambourins, les oriflammes pavoisant les fenêtres, tout se mêle dans une fabuleuse kermesse des sens.
A quinze ans, j'y éprouvai mes premiers émois « hormonaux ». Vêtue d'une jupe minimaliste laissant libres mes longues pattes de cigogne, hâlées par l'air des cimes, et d'un haut blanc où frémissait ma poitrine naissante, je descendais jusqu'au banc de fruits et légumes pour m'acheter des abricots, innocente des regards scrutateurs posés sur moi.
Quel bonheur, ces fruits voluptueux, dans lesquels je mordais à pleine bouche comme dans le péché défendu ! Le jus coulait aux commissures, et s'invitant parfois sur mon corsage, ce qui déclenchait les cris d'orfraie maternels à mon retour. 
A l'époque, on ne vendait pas ces fruits dénaturés que l'on trouve souvent aujourd'hui, cueillis encore verts et malmenés par de longs trajets en camion réfrigérés, tenant davantage de la boule de pétanque que du fruit délectable. Les vrais abricots sont faits pour être consommés sur place, à température ambiante, avec une mine gourmande, et des joues empourprées de plaisir.
Et puis, il y avait les yeux de braise du marchand de primeur, ses mains fascinantes, ses épaules sur lesquelles retombaient des cheveux longs à la mode viking.
 Il me parlait littérature entre deux pesées d'aubergines. Son regard me transperçait jusqu'au fond du ventre de mille aiguillons délicieux.
A jamais, le parfum et la chair savoureuse d'un abricot bien mûr sont inextricablement liés à ce souvenir ému.

La rue Cagnoli et l'étal du primeur.



La Chapelle des Pénitents Blancs




06 mai 2026

Cultiver le temps

 


Dans un coin de ma colline, il y a cette vieille bassine en fer blanc, où les oiseaux ont pris l'habitude de venir boire. Mine de rien, observer chaque matin ce pigeon à l'œil rond m'apprend beaucoup sur la vie. Il suit un rituel immuable, se perchant toujours sur la même branche, s'inclinant vers l'eau claire pour y tremper le bec. Puis, demi-tour en se dandinant et envol gracieux, en suivant une trajectoire prévisible. Toujours la même.
Il m'apprend à me réjouir des petits rituels ponctuant l'existence, surtout quand ce sont de douces habitudes. Il fait lui-même partie de mes rituels. Il m'apprend aussi à me réjouir de pouvoir, à l'envi, déroger aux rites et inviter l'inattendu. Choisir de tracer des lignes régulières, ou de laisser courir les gribouillis de l'imagination .
Ainsi, il m'apprend à structurer mon temps, comme on cultive un beau jardin. En préservant des zones où les folles herbes poussent sans frein, et des endroits où l'harmonie exige de la méthode, et du travail. Quelques allées tirées au cordeau, des massifs exubérants, des arbres touffus et d'autres taillés en nuage. 
Ainsi en est-il d'un agenda d'amoureuse de la vie.
Ces dernières semaines ont été riches en événements. J'ai quitté plusieurs fois ma colline, pour aller m'étonner ailleurs. L'étonnement est mon moteur. J'ai à jamais six ans dans les yeux : aussi émerveillée que mes petites étoiles Sibylle, Alba et Thaïs devant les lumières magiques de Terra Nocta. 
J'ai fêté mon anniversaire avec mon amie Anne-So Coquelicot, pour une belle pause nature au coeur du Diois. Et une autre fois avec Hélène, ma jumelle de coeur.
Une balade intense dans le Vercors et ses abîmes, ses routes en lacets, jusqu'à la grotte-cathédrale de Choranche, célèbre pour ses stalactites (tombent) fines comme des aiguilles de cristal, et pour ses « protées », incroyables bestioles répugnantes d'aspect, mais fabuleusement intéressantes scientifiquement.
Un séjour chez ma fille, au soleil d'or d'Antibes, à flaner dans les ruelles jusqu'au marché provençal, et à manger en terrasse. Un autre à Lyon, chez mon fils, le musicien, pour découvrir son nouvel appartement « tellement mieux que le précédent ! » et déguster un plat réunionnais préparé avec amour par Marion. 
Un troisième enfin chez mon autre fils, l'architecte, dans la douceur angevine, pour fêter l'anniversaire de la petite dernière. 
Le coeur empli et la tête bourdonnante, j'ai retrouvé avec bonheur mon ami le pigeon. 
Et la douce tranquillité d'une semaine ouverte à l'imprévu. A juste profiter du ballet entre orages et soleil.

Au bord du Lac Bleu


Sur le sentier de l'Echelle

Dans les vignes de Châtillon



Avec ma prunelle à Antibes

Dans le vieux Lyon chez Arthur

Au pied des falaises du Vercors

Les fameuses stalactites aiguilles de Choranches

Les protées, animaux étranges

Sibylle, Alba et Thaïs sur les épaules des tontons

Terra Nocta et sa magie

Et mon karesansui, dernière nouveauté de notre jardin japonais.



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