J'aurais aimé naître à Bora-Bora, dans l'air précieux chargé d'ylang-ylang et au son des tam-tams. Seulement, mes parents, qui n'étaient ni bobos, ni prout-prout, m'ont fait mes premiers guilis-guilis dans un boui-boui du quatorzième. Ce n'était pas Sing-Sing, quand même, bien qu'un peu cracra,
mais mon enfance s'est passée sans chichis, à manger du couscous et à jouer au
yoyo. Tonton Riri et Tata Zaza, pas fute-fute, m'ont élevé à coups de panpan-cucul :
pas question d'être gnangnan !
Heureusement, j'étais le chouchou de manman, et papa m'a appris
bien vite à faire le kéké avec des nanas un peu olé-olé.
Et puis un jour, je suis parti à Pago-Pago. Là, j'ai rencontré
une petite pépée toute mimi sous son bibi, j'ai aimé ses lolos, ses
frous-frous, elle a aimé ma gueule de titi, on a fait crac-crac.
Elle était pom-pom girl, je fabriquais des pousse-pousse, je lui
ai proposé une association fifty-fifty. Elle a dit tchin-tchin ! Mais un
matin, elle me dit, tout-à-trac : « Bye-bye, je vais danser le chacha à
Ngoro-Ngoro! »
Plus tard, à Baden Baden, je suis devenu toc-toc d'une baba russe nommée Zizi qui avait fui Zorzor après la révolte des Cocos. Elle promenait son
chow-chow et ses manteaux de fourrures dans une vroum-vroum dont
les initiales étaient « R. R. »
Je suis maintenant le roi du bling-bling, je vais mollo-mollo et
je thésaurise à qui mieux-mieux.
Les mots doubles m'ont toujours porté bonheur, j'en suis
gaga !
-Il vous faudra, messire, semer
trois poils de mandragore dans le calice de cette fleur de pourpier, tout en
récitant le Kâma-Sûtra à l’envers. Qui cherchez-vous ?
-Je cherche, vile fourmi, Nessie,
prince du Loch et des landes désolées.
- D’abord la fleur de pourpier…
- Voilà qui est fait. Me
donneras-tu la clé ?
- Et le Kâma-Sûtra ?
-Si fait, et à l’envers, comme
demandé. Puis-je, chétif insecte, excrément délétère ?
-Entrez, messire, dans le palais
improbable des créatures. Prenez garde aux colimaçons !
-Je connus en Chine il y a
longtemps des ouvriers bâtisseurs de maisons, des coolies maçons…
Sont-ce ceux-là ?
-Nenni, ceux-là sont pis que des
méduses et des scorpions. Ils vous emporteraient sur le Styx en un instant…
-Le Styx…n’est-ce point là que
Cerbère jadis…
-Le pauvre vieux cabot mytho, hélas,
n’est guère plus bon à rien, il vend des cartouches de tabac au rabais à
la frontière des Pyrénées…
-Hola ! Aimable reptile,
je cherche Nessie, prince du Loch et des terres désolées. Me diras-tu où le
trouver?
-Je suis l’Hydre de Berne, monstre
financier multinational aux bourses pleines. Je me nourris de stokopcheunn… Poursuis ton
chemin, étranger, il est trop tôt, je préfère les princes du cas
tard !
Hola ! Etrange cheval volant
et nauséabond, connais-tu Nessie, Prince du Loch et des friches ventées ?
-Mon nom est Pet-Gaz de Schiste, je
fais des prospections aériennes pour le compte de Total Pétro Léhomme Limited.
Et je n’ai point aperçu dans mon radar celui que tu cherches.
Hola, bizarre volatile, connais-tu
Nessie, Prince du Loch et des nuées embrumées ?
-je suis la Fée Nixe Dézotte
Decébois, et je vends des maisons en carton, les fameuses maisons Fée Nixe.
Désolée, je n’ai pas de client de ce nom dans mon listing de mailings.
-Hola, Etrange et visqueuse chose,
connais-tu bien Nessie, Prince du Loch et des torrents pollués?
-Non, je retourne dans ma Lozère,
je tiens une salle à Mende, et n'ai point temps à rêvasser. Je risque une
sale amende!
-Hola, homme-tronc sans tort, infâme
bovidé, qui me dira où se cache Nessie, Prince du Loch et des chemins
empierrés ?
-Je suis Centaure et sans
reproche, en effet, et ne connais que les routes bien goudronnées, car
j’organise des stages de conduite et de sécurité routière. Avez-vous votre
permis ?
Mais enfin, bande
d’Hippocaméléphantocamélos, salamandres, licornes et poils de chameau ! Personne ici ne connaît donc
Nessie, Prince du loch et des forêts entourbées ?
-Si fait, l’ami ! Moi je le
connais !
-Ah ! Enfin ! Mais qui
es-tu donc, impressionnant géant ?
-Je suis Atlas Desmeublescanapéssalons,
frère d’Axis Desassurances Dumêmenom.
Jadis, au jardin d’Olympe,
je trouvai dans ma salade un gros vers blanc, qui se coinça dans ma molaire.
Dégoûté, je le crachai dans une flaque que les humains appelaient Ness. Ils en
firent tout un pataquès.
-Tu m’en vois tout ébaubi !
Le Prince du Loch ? Un ver ? Un misérable asticot ?
-Eh oui, l’ami, Shakespeare, lui seul le savait : il en a écrit une pièce.
- Et quelle est-elle, pédant
colosse ?
-Eh bien parbleu…« Beaucoup
de bruit pour rien ! »
Il courait comme un fou à perdre haleine sur les dalles noires et blanches du sol de la gare. Il jouait sur ce damier géant son dernier joker, tel un roi déchu de sa tour. Et les voyageurs semblaient devant lui comme des pions innombrables freinant sa route.« Bataille perdue ! Echec et mat ! » Répétaient les haut-parleurs de Charing-Cross.
Au jeu de l’amour et du hasard, il lui semblait pourtant qu’il n’avait pas encore joué sa dernière carte, ni dit son dernier mot. Il lui fallait la rattraper avant que le train de la vie ne l’emportât à jamais.Alice ! cria-t-il en croyant apercevoir sa chevelure brune sur un duffle-coat rouge sang. Pardonne-moi! Un gigantesque lapin blanc tenait dans ses pattes l’horloge monumentale de la gare. Ses dents énormes lui faisaient un rictus ignominieux.Et la vapeur de la locomotive commençait à envahir le plateau de jeu, de son panache cotonneux. Les silhouettes paraissaient moins nettes. Tout se fondait dans une brume de silence et d’angoisse.
Alice, je t’aime ! hurla-t-il, bousculant sur le quai un nain jaune qui le menaça de son poing, les fesses aplaties dans la neige molle de novembre.Mais aucun son ne sortit plus de sa gorge étranglée.Tous ces personnages ricanant, grimaçants, n’étaient que des quilles sans importance sur la piste d’un bowling dérisoire. Pourtant il avait l'impression de comparaître devant ses juges. Le train s’ébranla. Le rideau de fer de la boutique « La Dame de Pique » retomba lourdement avec un fracas de tonnerre dans son cœur lacéré.Midi sonna, il trébucha.
Alice…
Il regarda longuement le long monstre d’acier qui emportait sa reine.Et s’offrit à ses dents de métal hurlant, dans un long cri silencieux.
C’est une
vingtenaire amatrice de cuisine orientale, genre nori aux algues, thé matcha ou
dim sum, une nomophobe toujours pendue à son smartphone. Elle passe son
temps à googliser les hashtags les plus chelous qui font le buzz sur la toile.
Elle adore les flashmobs, les happenings, les snapchats, mais sa meilleure
poilade c’est quand même le speed dating : un plan-cul avec un bédéaste ou
un kéké trop choupinet, ou rouler une galoche à un déneigeur champion de
slopestyle, voilà qui peut la faire clasher. Les autres auront droit à un
retoquage en règle.
Elle n’en fait qu’à sa tête : pas question de
psychoter dans une vie low-cost avec un bolos ou un traîneux subclaquant qui
n’aurait qu’une idée : lui coller un chialeux dans le tiroir, un bouèbe qui
l’empêcherait d’aller à son cours de zumba. Quand elle sera devenue une cougar
botoxée, elle ne dit pas. Mais jusque-là, elle profite. Elle priorise, elle
textote, elle agende ses journées survitaminées comme une vraie bombasse.
Ne
bourrassez pas si elle ne vous semble pas vraiment excentrique: elle est
hénaurme, il faut quand même le reconnaître.
***
Et vous,
saurez-vous reconnaître la nouvelle cuvée 2014 de l’Académie Française ?
Quelques cent cinquante mots dans lesquels j’ai puisé pour écrire mon texte, et
qui feront leur entrée dans le dictionnaire...Si vous ne savez pas, il vous faudra attendre le 30 mai, ou alors googliser à donf!
Je dédie mon billet sourire à Mind The Gap
Et à SaoulFifre qui me fait judicieusement remarquer que je me suis enduite avec de l'erreur: de nos jours, les dicos, eux aussi, n'en font qu'à leur tête et n'attendent plus la permission de l'Académie pour faire entrer les mots dans leurs pages...quelle époque épique!
Pour le Défi du samedi. On attendait le Portrait d'un(e) excentrique.
Tu es petite, je suis grande. Tu possèdes les yeux sombres d’une fille d’Espagne, j’ai le regard clair de mes lointains ancêtres des landes de Galway.
Tu n’as pas encore d’enfants, moi j’en ai trois, dont un fils de ton âge. Tu commences ta carrière et j'entrevois au loin le fanion à damier.
Et pourtant, Maéva, qu’est-ce qu’on se ressemble ! Comme je retrouve en toi les fougues et les impatiences de mes débuts ! Comme je sens bouillonner dans tes paroles les mêmes convictions, les mêmes enthousiasmes qui m’animent encore au bout de trente ans. Le même goût du travail bien fait.
Comme j’ai envie de te dire, à l’instar de Gabin dans « Un Singe en Hiver », s’adressant à un Belmondo ténébreux et flamboyant « Tiens, t’es mes vingt ans ! »
Peu à peu, j’ai découvert que nous étions en phase : même humour, même amour de la langue française, même goût des bonnes choses et des plaisirs de la vie. Comme moi, tu es aimée par tes élèves. Je le vois bien.
Et puis, aujourd’hui, je t’ai vu pleurer, déstabilisée par un de ces malandrins de l’administration, un de ces ronds-de-cuir pisse-vinaigre qui se croient autorisés à démonter les jeunes collègues en leur imposant leur point de vue étriqué de « bureaugratte » et en les décourageant du haut de leur fausse autorité.
Mais que savent-ils du plaisir, du bonheur d’enseigner ? Ne t’inquiète pas : leurs pinaillages de psychopathes flexionnels sont peanuts. Ce n’est que l’écume de leur bave devant ton talent naturel. Moi je sais que tu ne te décourageras pas. Que tu seras une institutrice exceptionnelle. Une de celles qu’un enfant n’oublie jamais.
Aujourd’hui, j’ai compris que dans mon école, tu étais, malgré les apparences, celle qui me ressemble le plus.
Un matin
de fin d’hiver gris. Le petit chat est mort. Dans sa chemise de soie
pâle, Elle est sortie dans l’air glacé, sans même penser à s’habiller. Elle a
couru dans la forêt à moitié nue, le givre perlait à sa bouche. Son chagrin ne
sortait pas. Aucun cri. Aucune larme.
« Couvrez
ce sein que je ne saurais voir ! a dit la mère supérieure d’un ton sévère.
Mais que sait-elle, la vieille, de son jardin secret ? Ne sait-elle
pas que pour Elle, depuis toujours, l’enfer c’est les autres ? Murée dans
son autisme, Elle parcourt la vie avec des ailes de géant échoué sur le sol.
Etre ou ne pas être, est-ce vraiment la question ? Pour elle rien d’autre
n’existait que cette boule de poils. Mais que diable est-il allé faire dans
cette galère ? Hélas ! Il a vécu ce que vivent les roses,
l’espace d’un matin…
Les
arbres menaçants tendent leurs doigts de griffons vers le ciel. La terre est
bleue comme une orange.
«
Il faut cultiver notre jardin, dit Sœur Eliette. Car là, tout n’est
qu’ordre et beauté.
-Dessine-moi
un mouton, répond Elle,
-Pour
remplacer ton chat ? Tu es folle, bien sûr, mais va, je ne te hais
point. »
Les bouleaux se penchent vers elle, comme des bras. Elle
voudrait dormir pour toujours, dans les draps soyeux de la neige de mars.
Saurez-vous retrouver les 12oups...13 citations qui se cachent dans le texte ?
Je suis
meilleure en littérature qu'en calcul...( édit. De 12h 46)
La mélopée était belle et simple, et la voix qui la chantait douce comme une soie.
Les rêves y tremblaient légèrement, comme on maintient le feu d'une bougie à l'abri du vent, un soir d'été, derrière une main translucide.
La chanson sentait le chanvre et le benjoin, l'ambre et le patchouli. Les fleurs dans les cheveux, les cordes de guitare.
Elle parlait de gens qui s'aimaient, et qui marchaient longtemps, enlacés, je les imaginais habillés de cotons indiens et de longues jupes transparentes, les pieds nus dans le sable poudreux d'une route infinie.
Elle parlait d'espérance et de doute, et des mille routes qui réunissent les hommes dans les plus folles utopies.Un carrefour de mille routes ? Il fallait être vagabond, poète sans patrie ni patron, pour imaginer un carrefour pareil !
Elle parlait d'étoile et de flamme, de chemin et de sourire. Et de la sagesse des fous.
Je ne cherche plus ce carrefour du cœur du monde. Je sais qu'il est en moi comme en chacun de vous.
Mes parents ont cru me faire plaisir en m’offrant ce jouet mais un avion qui ne vole pas, c’est ridicule…Réfléchissons cependant…En équilibrant la masse de l’avion et la portance issue de la vitesse augmentée du carré de l’hypoténuse de la force d’attraction de la terre, l’on pourrait obtenir un maintien en vol correct de cet aéronef. Hélas, mon géniteur n’a aucune notion des lois simples de l’équilibre relatif et de l’aéronautique, je crains qu’il ne soit intéressé que par les deux créatures de sexe féminin qui nous ont emboité le pas…
Jaloux
Je me demande pourquoi elle a tant insisté pour que j'aille promener le mioche...Comme s'il avait encore l'âge de s'exhiber dans cet accoutrement ridicule!Elle avait l'air bizarre. De toute façon, elle a tout le temps l'air bizarre en ce moment. Je suis sûr qu'elle me trompe avec le bellâtre du bal de l'autre soir, et qu'elle m'a envoyé ses copines Jeannette et Simone pour me surveiller. Elles croient que je ne les ai pas vues, du coin de l’œil... Vous allez voir que dès que j'aurai le dos tourné, elle le fera pénétrer dans notre maison, me voler ma soupe, et dormir dans mon lit... Mais, je ne vais pas le laisser faire, ce moule-à-gaufre! il va tâter de ma botte secrète, ce Cyrano à quatre pattes!
Proust
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce bruit, c’était celui du délicieux petit grincement subtil et délicat des roues de l’avion miniature que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour là nous n’allions pas à la messe) mon père poussait du bout de sa canne cependant que je prenais place aux commandes, m’installant tel un vrai pilote dans ce petit cockpit tout orné de fleurs que ma tante Léonie avaient cueillies pour moi dans le jardin où ma cousine Berthe m’avait délicatement embrassé du bout de ses lèvres rosées, cependant que je rougissais comme une pivoine sous la caresse de sa langue douce comme une madeleine trempée dans une gorgée de thé.
Interrogatif
Mais qu’est ce que c’est que cet avion ? Ça ne sortirait pas d’un film de série B, un engin pareil ? Et ce costume ? Non mais vous avez vu l’allure qu’il a ? Il s’est regardé dans une glace, le gonze ? Et le mouflet ? On lui a dit qu’il pourrait faire un procès à son père pour sévices ? A-t-on idée d’affubler un môme d’un tel couvre-chef ? Un béret de marin, c’est un truc de notre époque, ça ? Et qui nous dit que ce n’est pas un avion volé ? Quant au deux greluches, elles ont pris le type en filature, vous ne croyez pas ? Ce sont peut-être deux fliquettes ? Ou deux assistantes sociales, plutôt, non ? Ça ne vous parait pas louche, toute cette histoire ?
Charlélie Couture
Comme un avion sans aile, j'ai chanté toute la nuit, j'ai chanté pour celle, qui m'a pas cru toute la nuit
Oh libellule, toi, t'as les ailes fragiles, moi, moi j'ai les ailes fragiles, moi, moi j'ai la carlingue froissée mais j'ai chanté toute la nuit.
Haïku
Marronniers en fleurs
Une grosse libellule
Va sur le chemin
Pagnol
Une grosse libellule ? Rhôô, Monsieur Brun, vous avez abusé du pastis, qué ? Ce serait pas plutôt maistre Panisse que vous avez vu sur la Canebière, avé le chapeau melon, qui poussait le petit de Fanny dans son avion à pédale ?
-Non , non, je vous assure, c’était comme un gros insecte…
-Allons, allons, Monsieur Brun ! quand je pense qu’on dit que les Marseillais exagèrent ! Allez, zou, galinette, jouez c’est votre tour ! ô Bonne Mère ! une libellule ! pourquoi pas un cornet à piston, tant que vous y êtes…Té, vous me fendez le cœur ! Quand vous sortirez naturellement, mettez le chapeau, hé, monsieur Brun, on n'est pas à Lyon, ici, le soleil risque de vous escagasser la calebasse ! Une libellule...