Attention, ce billet comporte des scènes insoutenables
Mais non je ne suis pas
superstitieuse, quelle drôle d'idée...
La journée débuta sous les
meilleurs auspices, mais eût pu se terminer à l'hospice sans ma sagacité naturelle.
Quand je suis sortie de
chez moi, dans la rue, un chat noir était planté là, à me regarder
fixement, et dans les premières lueurs de l'aube son regard avait quelque chose
de surnaturel.
-Tiens tiens, me suis-je
dit, un chat que je ne connais pas ! ( jugez avec quel esprit pragmatique j'ai
abordé la situation...) j'ignorai superbement le petit frisson acerbe et acide qui me
parcourut l'échine. J'aurais dû y prendre garde.
Sur le chemin de l'école,
rien de particulier à signaler. Si ce n'est, à la radio, la chanson de Mickael Jackson,
Thriller, et sa belle bande de zombies hallucinés. Sans doute un signe occulte
que les forces de l'ombre allaient fondre sur ma pauvre tête. Mais je ne sais
pas lire les signes occultes, à Poudlard je séchais les cours de divination, bien fait pour moi.
C'est alors que les choses
se sont enchaînées avec la précision d'une horloge franc-comtoise croisée avec
un coucou suisse. Ou devrais-je dire que j'ai été enchaînée aux choses,
entraînée bien malgré moi dans un diabolique mécanisme de déstabilisation
paranormale.
Je vous passe rapidement en revue les petits
incidents désagréables et alogiques dont ma journée de dirlette s'est émaillée. Oubli de mes
clés, poignée de porte qui me reste dans les mains, rendez-vous manqués, téléphones sonnant sans personne au bout, logiciels dysfonctionnant, température en hausse dans les classes, têtes qui
explosent...mes élèves se sont envoyé des noms d'oiseaux ravissants dans la
figure, "sale noir, sale blanc, sale arabe, sale juif, sale portos, sale rital", je me
suis même demandé s'ils s'étaient lavés ce matin, à se reprocher ainsi leur
mauvaise hygiène respective...dans un accès de folie collective dont les CM2
sont friands en fin d'année. Il paraît que c'était "pour rire"... Ça m'a pas fait rire des masses.
Un peu plus tard, voilà que la chasse des toilettes du gymnase a
failli tomber sur une gamine, mais a seulement brisé en morceaux la
cuvette comme une vulgaire assiette de prisunic en faïence bon marché. N'imaginons pas le dégoût de trouver le crâne de la fillette fendu en deux de la sorte...
Le diable était dans la
place.
Je crois que j'ai
inconsciemment refoulé les autres événements de cette journée, pour ma santé
mentale, sans doute.
Cerise sur le bateau,
ce délicieux bout de chou à qui je demande bien gentiment et bien
poliment de bien vouloir daigner ranger son ballon de foot et de ne point y jouer dans les couloirs,
dont l'usage en tant que terrain de jeu n'a pas été prévu par un architecte
certes assez inconséquent, il faut bien le dire, et qui me répond (pas
l'architecte, le bambin) dans son sublime langage châtié du dix- septième
siècle:
"Y en a marre de cette
école de merde !" Ah, le charmant chérubin, qui, ironie du sort, fréquente
mon école par dérogation de son périmètre scolaire...Ah ! que c'est doux, que
c'est aimable et plaisant à l'oreille... C'est fin, ça se mange sans faim...
Bref, du matin jusques z'au
soir, pas une minute à moi pour aller prendre une goulée d'oxygène en m'évadant pour consulter ce magnifique blog, objet de tous mes soins. C'était compter sans le débridement inconsidéré des ectoplasmes informatiques.
C'est en rentrant fourbue
que je constatai, petit un, que le chat était toujours là, petit deux, que
j'avais oublié mon ordinateur à l'école, petit trois, qu'une de mes amies
s'était énervée tout le jour à essayer de me poser un commentaire (fuc**ng
blogger), petit quatre, que ma boîte mail faisait disparaître les messages d'un
autre ami et les miens avec un entêtement frisant l'obstination démoniaque...
Mais le petit cinq,
le plus grave, ce fut la volatilisation pure et simple de mon billet "Pelures
d'oignons" dans la quatrième dimension, que je vous avais concocté avec amour pour votre petit
déjeuner. Il faut croire que les esprits malins l'ont trouvé indigeste pour mes lecteurs. Car il n'est plus nulle part. Même pas dans les brouillons. Si quelqu'un
l'a vu passer, qu'il me le rapporte, il aura droit à trois caramels mous, comme
d'habitude.
Bon, là, j'appuie sur "publier" mais je ne suis pas vraiment tranquille...
Mais non, je ne suis pas
superstitieuse, quelle drôle d'idée.
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