Affichage des articles dont le libellé est pirateries. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pirateries. Afficher tous les articles

19 octobre 2016

Capitaine, ô mon capitaine...



« Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. »
Khalil Djibran





couverture Long John Silver T2 - Technique numérique:
Pour ceux de mes lecteurs adorés qui prennent le train en route du passionnant roman-feuilleton de ma vie, il me semble de bon aloi de rappeler que durant de longues années, je fus capitaine d'un rafiot un peu déglingué battant pavillon « éducation nationale ».
Ah...les beaux jours ! 
C'était du temps où je croisais, aventureuse, dans les eaux glauques de la mer des Sagaces. Il m'en fallait, c'est vrai, de la sagacité pour ne pas me laisser démolir le gaillard d'avant par les vents contraires. De la patience, de la constance...et de l'humour, surtout, beaucoup d'humour.



*


Quand le phare paternel s'est éteint, il y a un peu plus d'un mois, un petit matin gris de septembre, une tempête s'est déchaînée, et une pluie noire d'emmerdements s'est abattue avec un malin plaisir sur la famille. 
Quand on meurt, rien n'est simple pour ceux qui restent...
Je ne pensais pas que mes vieux réflexes de loup de mer referaient aussi vite surface.
Je suis repartie au combat, sabre au clair. 
Trier des papiers, ranger, classer...téléphoner, ouvrir des dossiers, réunir des pièces, gérer des comptes, payer des factures, écrire des lettres, argumenter, relancer, expliquer, prendre rendez-vous, quémander des informations, et se battre, se battre toujours contre les errances de l'administration, les situations ubuesques, les délais, les choses qui traînent en longueur quand on voudrait que ça avance...Une mer saumâtre truffée de formalités et de tracasseries...Et que dire de l'inertie de certains interlocuteurs...mais pourquoi tout est-il toujours comme ça ? Ça ne pourrait pas être simple ?
C'est mon karma. Je « gère » ...Chacun se tourne vers moi, parce que « je sais faire »...
Parfois, je me demande où je trouve la force.
Ce soir, comme aux heures sombres de ma traversée au long cours, je suis montée sur le pont, seule et découragée sous le clair de lune. La journée a été dure. Beaucoup de soucis.  Peu de progrès. Pourtant tout là-haut, une petite étoile bleue brillait davantage que les autres.
 J'ai entendu la voix de mon père, je crois qu'il était fier de son petit soldat. 
 « Allez, on y arrivera bien...»
C'était sa phrase. C'est ma force.

09 octobre 2015

Merci pour le chocolat



En réponse aux déchaînements plumitifs, picaresques et piratesques  de Rackham le Rouge  et de Bizak son complice de tribulations, je vous offre une petite fantaisie légère pour égayer ce début d'automne.
Pour toutes celles, et ceux qui aiment rêver d'aventure ...


***

Laissez-moi vous conter la rencontre singulière que je fis un soir de longue lune où les courants avaient ramené mon vaisseau tout contre celui d’un écumeur des mers bien connu.
Jack Rackham le Rouge, que j’avais entrevu plusieurs semaines auparavant dans une taverne à Arutanga, à moins que ce ne fût à Rakiraki,  m’avait titillé la coloquinte avec une histoire de chocolat. Connaissant mon penchant pour ce mets divin, rempli de tant d’extases buccales et de promesses papillaires, vous ne serez qu’à moitié surpris que j’acceptasse son offre de visiter un des endroits les plus secrets de sa goélette. Ils m’accueillirent, lui et son fier tricorne, au vent bleu sombre de la nuit étoilée de vigueur.

J’avais jeté négligemment, pour les réchauffer, ma capeline de velours noir sur mes frêles épaules dénudées par le même vent. Ma robe blanche flottait en étendard autour de mes cuisses.
Cependant que nous descendîmes dans le ventre chaud du bateau, pas un bruit ne troublait cette nuit fabuleuse où scintillaient les reflets de la lune sur l’eau comme autant de diamants. Le Capitaine avait dû assommer ses hommes d’une triple ration de rhum.

Une fois dans la cache secrète, Jack fit jouer un hasardeux mécanisme qui, fruit de mon imagination en fièvre, ou réalité tangible, déclencha l’apparition de maître Pô.
« Par Carradine ! Comment est-ce possible ? » Murmurai-je in petto. Cela dura quelques minutes. De sa voix énigmatique, Maître Pô me prédit un imminent bonheur.
Puis l’image disparut, me laissant sans voix. Je regardai mon compagnon dont le corps se colla au mien.

La tête pleine de cette magie puissante que seuls les maîtres pirates savent dispenser, telle une musique envoûtante, au cœur des moussaillonnes, je me promis pourtant de résister à l’appel de ces bras puissants, en me concentrant sur celui de ma drogue favorite. Mais Jack me la servit aussitôt, dans la profondeur humide de cette cale prodigieuse : un chocolat fumant et diabolique qui pouvait facilement embarquer les neurones dans le désir vibrant de la chair étonnée. 

Soudain l’homme au tricorne lécha mes moustaches de chocolat, d’une langue si douce que tout mon être fondit comme beurre de cacao au soleil des Tropiques. C’en fut fait de mes résolutions de rebelle.
Dans un grand élan de soie et de bure, nos corps firent voler leurs vêtements pour se retrouver nus et plaqués au sol par des alizés espiègles. C’était d’une surprenante langueur et en même temps d’une force tremblante qui ôtait les mots de la bouche et les faisait sécher comme des harengs sur des cordes de lin. 

Je fus subjuguée. La vigueur conquérante de Jack n’était donc pas un mythe ! La quille de son navire me chavira, tout de go, investit mes creux et mes monts, parcourus mes abris côtiers, s’attarda sur mes plages, souffla dans mes haubans et bientôt je ne fus plus que houle ondulante et flots déferlants.
Il manoeuvra dans mes eaux troubles durant ce qui me sembla des heures, infatigable pourfendeur et havre bienfaisant à la fois. Ses mains affolantes semblaient trouver seules les chemins de mon haletant désir, connaître chaque crique, chaque grain de sel de ma peau. Le cuivre de la sienne luisait d’un éclat sauvage à la lueur des lampes à huile. Nous bûmes encore et encore de ce breuvage si inspirant, et je repartis à l’assaut en l’enfourchant en amazone pour une cavalcade sauvage qui me laissa épantelée.
Au matin, je quittai la goélette, la dentelle en désordre, les cheveux fous et le cœur renversé de félicité.
Comme jadis, le voyant aveugle ne se trompait jamais.



17 septembre 2015

C'est un fameux trois-mâts...




Il m’arrive parfois de me retrouver, le temps d’une traversée, sur un navire de forbans appelé le Blogborygmus.  Ces flibustiers de haute mer m’ont ramassée un jour que je traînais ma mélancolie dans quelque port sans attache, la mèche rebelle et le jupon fougueux battant mes bottes de cuir. J’avais envie d’en découdre avec leur style vigoureux et sans langue de bois. Pour tout dire, je bavais de faire partie de leur équipage mythique et néanmoins légendaire…
Ils m’ont reçue comme une princesse, toute nattée de fil de fer que j’étais, Fifi Brindacier des mers, égarée dans les sables émouvants de contrées périlleuses.
Ils ont accepté mes proses enrubannées et mes poses un peu frondeuses de Zazie aquatique. Ça n’est pas rien, d’être adoubée par ces drilles. Il faut montrer patte blanche, mais sans être une oie blanche. Etre plus Célestoche que Célestine. Quoique leurs coeurs de pirates sachent aussi s'émouvoir des faiblesses typiquement féminines...
Car sur ce rafiot, on chante la vie, ça sent le vin et l'amour, on aime la bonne chère, la bectance raffinée, la ripaille gourmande, le libertinage badin et la friponnerie égrillarde. La dive bouteille est toujours à l’honneur sur le pont, et la pudibonderie est priée d’aller se montrer dare-dare (ou plutôt dard-dard) chez les Héllènes, ou de bien vouloir ailleurs mesurer le fond de la mer. Quiconque leur cherche noise se retrouve pendu à une vergue avec les tripes à l'air, selon la tradition séculaire.
Leurs joutes verbales sont un régal, par Odin, et n'ont d'égales que leurs verges brutales.
Le capitaine est un vieux loup de mer tanné par les rugissants et les hurlants. Il s’installe souvent sur la dunette ou le gaillard, avec ses pinceaux et ses crayons, et croque au propre comme au figuré, les mignonnes qui louvoient et ondulent de la poupe sur le quai. 
Son second porte fièrement la barbe des marins au long cours, il a l’œil bleu ravageur, et cache dans sa cabine une bibliothèque d’où il tient son savoir quasi encyclopédique. Question savoir, le Bosco n’a rien à lui envier. C’est un italo-suisse à la verve confondante et dont la prolixité est inversement proportionnelle à la vitesse d’élocution. Mais il sait tout sur le cours du sel, la guerre des Malouines, ou la prise de la Smalah d'Abd-El-Kader par les troupes du duc D'Aumale en mil huit cent quarante-trois. C'est dire !
Quant au fin stratège répondant à un surnom évoquant irrésistiblement le cheval, c’est sans doute grâce à son esprit brillamment scientifique que le vaisseau s’est sorti des situations les plus épineuses. Rajoutons au tableau un oncle d’Amérique, toujours prompt à raconter ses souvenirs d'ancien con battant, et une charmante corsaire à la beauté ravageuse et à la tête aussi bien pleine que bien faite, avec qui je partage une certaine philosophie de l’existence…et je ne parle pas des compagnons d'infortune disparus dans les différents naufrages traversés par cette bougre de galère.


Blogborygmes, ça vous tient chaud les jours de grain, ça vous fait voyager loin, c’est beau comme une chanson de Georges : «  On est n’importe qui, on vient n’importe quand, et comme par miracle, par enchantement, on fait partie de la famille. »