« Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. »
Khalil Djibran
Pour ceux de mes lecteurs adorés qui prennent le train en route du passionnant roman-feuilleton de ma vie, il me semble de bon aloi de rappeler que durant de longues années, je fus capitaine d'un rafiot un peu déglingué battant pavillon « éducation nationale ».
Ah...les beaux jours !
C'était du temps où je croisais, aventureuse, dans les eaux glauques de la mer des Sagaces. Il m'en fallait, c'est vrai, de la sagacité pour ne pas me laisser démolir le gaillard d'avant par les vents contraires. De la patience, de la constance...et de l'humour, surtout, beaucoup d'humour.
*
Quand le phare paternel s'est éteint, il y a un peu plus d'un mois, un petit matin gris de septembre, une tempête s'est déchaînée, et une pluie noire d'emmerdements s'est abattue avec un malin plaisir sur la famille.
Quand on meurt, rien n'est simple pour ceux qui restent...
Je ne pensais pas que mes vieux réflexes de loup de mer referaient aussi vite surface.
Je suis repartie au combat, sabre au clair.
Trier des papiers, ranger, classer...téléphoner, ouvrir des dossiers, réunir des pièces, gérer des comptes, payer des factures, écrire des lettres, argumenter, relancer, expliquer, prendre rendez-vous, quémander des informations, et se battre, se battre toujours contre les errances de l'administration, les situations ubuesques, les délais, les choses qui traînent en longueur quand on voudrait que ça avance...Une mer saumâtre truffée de formalités et de tracasseries...Et que dire de l'inertie de certains interlocuteurs...mais pourquoi tout est-il toujours comme ça ? Ça ne pourrait pas être simple ?
C'est mon karma. Je « gère » ...Chacun se tourne vers moi, parce que « je sais faire »...
Parfois, je me demande où je trouve la force.
Ce soir, comme aux heures sombres de ma traversée au long cours, je suis montée sur le pont, seule et découragée sous le clair de lune. La journée a été dure. Beaucoup de soucis. Peu de progrès. Pourtant tout là-haut, une petite étoile bleue brillait davantage que les autres.
J'ai entendu la voix de mon père, je crois qu'il était fier de son petit soldat.
« Allez, on y arrivera bien...»
C'était sa phrase. C'est ma force.

