Affichage des articles dont le libellé est billevesées. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est billevesées. Afficher tous les articles

22 juillet 2026

Fourmidable !




« Lentement mais toujours en avant... »
Bernard Werber 
( Les Fourmis)




Ce matin, je me laissais aller à rêvasser quelque peu après mon petit déjeuner, quand mon attention fut attirée par une fourmi (appelons-la Simone) qui tentait de soulever une miette de pain quatre fois plus lourde qu'elle. 
Quand je dis « tentait de » je devrais plutôt dire « réussit à » .
En effet, Simone souleva l'énorme masse et entreprit de traverser la table. Après un rapide calcul, il s'avère qu'une fourmi de 5 mm environ est 348 fois plus petite que votre Célestine. 
( Les plus matheux d'entre vous auront ainsi trouvé ma taille). Selon le même calcul, une table de deux mètres de longueur représente donc pour elle une distance de six cent quatre vingt seize mètres.

Imaginez-vous donc soulever une vache à bout de bras, traverser une place de 696 mètres, pour vous retrouver au bord d'un ravin à-pic de 278 mètres. 
Et là, contre toute attente, Simone attaque le surplomb la tête en bas. Par quelle vertigineuse magie tient-elle collée au bois de la table ? 
 Là, elle croise une congénère qui -ô stupeur !-au lieu de lui donner la patte, monte sur la miette de pain alourdissant son fardeau.  Héroïque, Simone tient bon, s'accroche à sa vache, et  finit...

 ...par se laisser tomber dans le vide, toujours sans lâcher son précieux chargement et se retrouve sur le carrelage de la terrasse. 
C'en est fait d'elle, adieu Simone...
Adieu ? Que nenni. Elle se relève sans une égratignure.
 Ebouriffant, n'est-il pas ?

Prise d'un intérêt hautement scientifique pour ses tribulations, je décide de suivre Iron Fourmi dans son périple afin de voir jusqu'où elle va aller. Ne doutant pas qu'elle ait dans l'idée d'amener la bouftance at home. Allez Simone, courage !
En chemin, elle croise d'autres congénères avec qui elle échange de mystérieuses informations. En réalité, elle doit leur dire : « Les gars, y un filon, là haut, des tas de miettes laissées par la grande rousse. Allez-y, c'est Byzance. » 

Et en effet, d'autres fourmis arrivent sur la table pour passer la balayette dans mes reliefs de tartines. Leur système de com marche mieux que whatsapp.
Mais revenons à Simone. Au ras du sol, mille dangers la guettent.  
Les joints du carrelage doivent ressembler pour elle aux rues de New-York, mais sans leurs célèbres numéros, toutes pareilles, sans aucun repère. De quoi devenir dingue. 
Simone, non. 
Elle trace sa route, évite soigneusement un gendarme rouge à taches noires, une flaque d'eau aux dimensions du lac du Bourget, passe par-dessus un tuyau d'arrosage de 8 mètres de haut, aux parois lisses et glissantes.
Sans vaciller, Simone et sa miette traversent leurs 1,566 km de terrasse et pénètrent dans la jungle de l'herbe. Des pissenlits comme des baobabs, du chiendent aux lames coupantes, des brindilles de bois grosses comme des troncs, tout s'enchevêtre en un dédale qui découragerait plus d'un d'entre nous. 
Et soudain, enfin, elles arrivent, avec pour seul GPS leurs phéromones bien affutées,  en vue de la fourmilière-patrie, gardée par quelques copines armées jusqu'aux mandibules. Ma miette disparaît avec Simone dans les entrailles du gazon. Mission accomplie.

Sans jouer les Werber, je reste subjuguée par les capacités de ces chétifs insectes, excréments de la terre, comme les nommait La Fontaine. A n'en pas douter, ils survivront tous à notre malade humanité. La moindre sauterelle saute dix fois plus haut que le champion olympique pourtant aidé de sa perche. Les écureuils escaladent en courant des arbres plus hauts que la Tour Eiffel. L'oeil des éperviers repère une souris à cent mètres d'altitude. Les fourmis ont un sens aigu de la vie en société et de la solidarité. 
Et on se croit les rois du monde parce que l'on peut donner bêtement un coup de pied dans une fourmilière...
Chaque coin de nature recèle une leçon de vie et d'humilité. 
Quand je serai ministre de l'éducation, je rendrai obligatoire l'observation des fourmis.











21 janvier 2026

Humanus pingouinus



L'humour sauve de tout, comme disait mon père.
Mieux vaut donc en rire, comme disait Confucius.
Et pardon aux vrais pingouins, manchots, et autre animaux pour qui j'ai le plus profond respect. J'avais d'ailleurs écrit ICI sur leur sens inné de la solidarité.









Malgré ma bienveillance naturelle, dont nous devisâmes abondamment dans mon dernier billet, deux ou trois choses m'agacent quand même prodigieusement en ce bas monde. 
Et notamment, cette propension qu'ont les pouvoirs publics à nous prendre pour des jambons. Ou des enfants incapables de pourvoir nous-mêmes à nos besoins. Une vraie manie, ont-ils, de constamment nous abreuver de bons conseils, sensés nous éviter des problèmes de toute sorte. 
Hydratez-vous, mouchez-vous, fermez les volets, éteignez les lampes, mettez une petite laine, roulez à droite, attendez le feu vert, lavez vos draps régulièrement, mangez cinq fruits et légumes par jour, pas trop de gras, pas trop de sucre, pas trop de sel, marchez dix mille pas, lavez-vous les mains, buvez et fumez avec modération, aérez votre maison, mettez un casque, mettez un masque, éternuez dans votre coude (beurk, entre nous, je préfère ne pas voir l'état de certains coudes enrhumés...) 
J'en passe : la liste ne cesse de s'allonger. Tous azimuts. La semaine dernière, un journal tout ce qu'il y a de plus sérieux expliquait aux gens comment marcher comme un pingouin sur la neige. Mais si. Mais non, ce n'était pas le Gorafi. Il est vrai que la démarche altière et conquérante qui en résulte fait rêver...
Et je ne parle pas des notices d'utilisation, stipulant qu'on doit enlever le bébé de la poussette avant de la replier... Ni de celles accompagnant le moindre médicament : on vous soigne pour un panaris, mais attention, vous pouvez faire un choc anaphylactique, attraper des bubons, la vérole ou le scorbut, c'est vous qui voyez.
On pourrait en déduire que les concepteurs de ces messages hautement intellectuels se basent sur un postulat simple : « Le peuple est con. Désolée, il n'y a pas d'autre mot. Le peuple est sale, inculte, ignorant, ridicule, incapable d'anticiper ou d'adapter ses réactions à une situation imprévue, et même prévue, telle la neige en hiver. Le peuple ne sait pas que la neige ça glisse, qu'il fait froid en hiver, qu'il fait chaud en été, que l'eau ça mouille et que le feu ça brûle.
Le peuple ne comprend rien, heureusement qu'on est là pour lui dire ce qu'il doit faire, ce qu'il doit aimer, ce qu'il doit acheter, pour qui il doit voter. » 
Voilà mes amis. Nous qui nous pensons citoyens éclairés du monde, on nous apprend quotidiennement que nous ne sommes que de vulgaires humanus pingouinus qui n'ont pas la lumière à tous les étages. Ça rend humble, finalement.






02 novembre 2025

L' Arbre Vagabond

Image : Gier

Petite dystopie en chlorophylle majeure.


Par la magie des coïncidences, j’ai été amenée à visiter, grâce à mon ami Gérard, un de ces lieux qui font du bien, où les nourritures de l’esprit et du corps se mêlent adroitement pour un moment paisible et hors du temps. L’Arbre Vagabond, il s’appelle. C’est une librairie au milieu de nulle part, salon de thé, bar à vin, restaurant, où l’on peut errer librement durant des heures. Niché dans un coin paumé entre la Haute Loire et l’Ardèche, vous savez, là où le bruit et la fureur ne parviennent qu’étouffés, ce genre de bulle de sérénité sertie dans les pâturages gras et la rude pierre de là-bas.

Dans le même temps, chez Gier un autre ami de la toile (aux deux sens du terme, car il est artiste et je ne le connais (pour l’instant) que sur le web) je découvre une série de dessins intitulée L’Arbre Vagabond. 

Cette concomitance m’a donné envie d’écrire une petite histoire pour les (grands) enfants que nous sommes.



***


Cette année-là, certains arbres commencèrent à en avoir ras la ramure de l'engeance avec qui ils partageaient la terre depuis le matin des temps. Maltraités, pollués, acidifiés, abattus, calcinés, débités, dépités, ébranchés, écimés, décimés par cette espèce particulièrement néfaste et obtuse, qui ne comprenait toujours rien, malgré son cerveau prétendument développé.

 Les Z'humains.

Ces arbres aventureux décidèrent de s'arracher pour aller voir ailleurs si l'homme était moins con. Mais quand je dis s'arracher, c'est au sens propre. Vous n'imaginez pas l'énergie qu'il fallut à ces mastodontes pour soulever leur gigantesque motte de terre hors du sol, délicatement en somme, sans mettre à nu leurs racines. D'aucuns auraient parlé d'énergie du désespoir, vous voyez... Tout de suite, le phénomène attira les journalistes, toujours avides de sensationnel, les éminentes sommités scientifiques, les milieux autorisés, le gratin politicard, bref, la routine habituelle en cas d'événement inhabituel. On ne parlait plus que de ça.

Par un système de câbles qualifié d'ingénieux, on attacha vite les végétaux épris de grands espaces. Certains virent là l'occasion d'une belle opération financière, ils placèrent tout autour une clôture électrifiée, une guérite à l'entrée et fondèrent le Parc d'attraction des arbres vagabonds. Ce fut un immense succès.


Cependant les arbres grommelaient dans leur for intérieur, et leur colère silencieuse, ( que l'on aurait pu résumer par « mais ils sont vraiment dingues ou quoi ? » ) leur colère donc, par une connexion subtile qu'aucun scientifique ne s'explique vraiment, se répandit tout autour de la planète, et bientôt, ce furent des dizaines, puis des centaines d'arbres qui s'envolèrent, et conséquemment des centaines de parcs d'attraction qui fleurirent un peu partout. Les businessmen et les géographes de tout poil se frottaient la panse à l'idée de produire encore plus de pognon. 


Mais quand une chose devient banale, elle n'intéresse plus les foules et on laissa peu à peu les arbres à leur lévitation. Ce fut un désastre boursier.

Alors, les arbres décidèrent une bonne fois d'en finir avec l'espèce humaine, et voyant que personne n'avait pris la symbolique de leur mouvement de contestation au sérieux, ils n'eurent aucun mal à casser leurs dérisoires câbles et quittèrent la terre tous en même temps, emmenant avec eux la biodiversité qui fait le miracle de la vie. Ils savaient bien que sans eau, ils ne tiendraient pas très longtemps. Mais quitte à mourir, autant le faire avec panache. Ils formèrent un immense nuage vert, qui entoura la planète d'un halo moussu, devenant un manteau de plus en plus touffu obscurcissant l'atmosphère. En trois jours de nuit noire, une épaisse couche de glace avait tout recouvert. Au bout d'une semaine, tout s'arrêta, figé dans un gel quasi absolu. Les quelques survivants (il en faut toujours dans les dystopies) grelottaient à la recherche de pitance, mais la vie animale et végétale avaient déserté la surface, et les billets de banque avaient un goût de fiel filandreux. Leurs os gelèrent en se brisant comme du petit bois sec. Quant à la mer, complètement prise dans les glaces, elle ne nourrirait plus son homme. De toutes façons, il n'y avait plus d'hommes. L'humanité était toute mourue. Foutue. Disparue. Ratatinue.


Bon débarras ! se dit la Terre, qui ébroua ses hémisphères, étira ses méridiens en baillant, et rappela les arbres un à un par leur petit nom.

Flattés, ils redescendirent doucement et ce ballet fut extraordinaire. La vie triomphait enfin, délivrée de cet éternuement cosmique que l'on appelait les Z'humains.

Seul un vénérable chêne millénaire, qui en avait vu passer des vertes et des bien mûres, bougonnait un petit regret : « Dommage, ils étaient pourtant capables de grandes et belles choses... »



Merci à Gier pour son dessin.

25 mai 2025

Le bonheur du linge












Le linge frais, éclatant, celui que les lavandières étalaient à même l'herbe, en prenant bien garde de ne pas frotter le tissu : les taches vertes sont si récalcitrantes au savon... Aux temps anciens, on étendait le linge, littéralement, le mot est resté, même si l'invention de l'épingle à linge a changé les habitudes.
Un étendoir balançant doucement le linge au vent et au soleil, c'est beau comme un film italien. Et étendre le linge à deux, oser mélanger pour une fois les torchons et les serviettes, se chercher, se trouver, braver les interdits... c'est la magie cachée de la pince à linge.
Qui dira l'érotisme subtil de ce jeu de cache-cache à travers les draps humides ? Un jeu vertical, prélude sans nul doute à d'autres jeux plus horizontaux. 
Une silhouette nue derrière une nappe à carreaux vichy et l'on devient Bardot et sa croupe incendiaire, zieutée par un Curt Jurgens cramé de désir. 
Un soutien-gorge en satin rose et l'on est Magnani. Belluci. Cardinale. Héroïne fellinienne de la lessive Plouf.
Les draps sont les rideaux d'un théâtre d'ombres derrière lesquels se jouent l'amour et le hasard. Leur odeur de verveine ou de lin bleu enflamme les sens, enivre le corps qui se met à battre la campagne. Rien de plus suggestif qu'un triangle de dentelle ensouplinée qui oscille sur son fil sous la brise d'un matin de mai.
D'ailleurs, en parlant de campagne, voilà un plaisir que les pauvres citadins, condamnés au « tancarville » ou à l'affreux sèche-linge qui roule les fringues en boule ont le droit de ne pas connaître. Sauf peut-être dans les villes du sud, où le linge pavoise les rues en oriflammes grâce à un système ingénieux de fils et de poulies. On en revient à l'Italie. On ne quitte pas l'Italie. Ma mère ne reniait pas ses origines. Santa madre ! « Le linge, ça sèche à l'air sinon ça pue » ! Elle n'y allait pas par quatre chemins, la madre. Elle étendait dehors, tout le temps, et l'hiver, le gel rendait parfois les vêtements durs comme du bois et friables comme du verre. Nos chemises étaient en carton, ourlées de givre, ça nous faisait rire. 
Elle les rangeait dans l'armoire dédiée avec de petits sacs de lavande. Elle repassait tout, même les gants de toilette. Je suis moins assidue au fer.
Mais d'elle, j'ai hérité ce goût pour la lessive qui sèche à l'air. Et pour la délicieuse odeur du linge de maison impeccable.
 Quant à l'érotisme de l'étendage, je crois qu'elle se serait signée en levant les yeux au ciel à la lecture de mes billevesées... Alors que mon père, bien qu'il fût imberbe,  aurait frisé sa moustache. 

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆









01 février 2025

Sale petit bonhomme

« Il y a un temps pour tout... »
L'Ecclesiaste III, 1-8







Afficher l'image d'origine


La cartomancienne lui avait prédit l’amour. Au creux de sa main, elle avait suivi les lignes délicatement du bout de ses doigts noueux et noirs. Et à seize ans, dix-sept ans à la limite, Laura, dans la fougue de son innocence aventureuse, fut persuadée qu’elle le rencontrerait.
Ni avisée, ni rompue au décryptage des signaux non-verbaux, elle ne vit pas dans les yeux de la Bohémienne cette ombre, cette hésitation de l’âme de celle qui croit savoir mais n'est sûre de rien. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
- Comment le reconnaîtrai-je ? avait-elle demandé.
- Tu le reconnaîtras. Dans ton cœur, là, au plus profond, tu le sauras, avait répondu la femme en regardant au loin, un peu absente.
Depuis lors, forte de cette prophétie, Laura n’avait cessé de guetter dans chaque regard rencontré, dans chaque parole un peu fébrile, dans chaque attitude masculine à son égard les signes de ce grand amour sublimé. Celui que les peintres et les poètes ne cessent de chanter, de plume en pinceaux, avec de grandes envolées d’oiseaux et des fibrillations merveilleuses…

Alors, oui, bien sûr, elle était tombée en amour, plusieurs fois, presque souvent, mais à chaque fois, ce fut d’un bel indifférent. Ou d'un homme impossible. Elle connaissait bien ces trépidations, ces jubilations délicieuses, cette apnée qui emportent, envolent, qui laminent et laissent sans force. Cette envie de crier, d'écrire partout son nom, de se fondre dans l'autre, de le boire, de le respirer. Mais l'autre passait, détaché, insouciant, piétinant son coeur sans le vouloir. A peine navré de ce sentiment à sens unique.
Ou bien, au contraire,  c’était d’un amour transi qu’un de ses admirateurs se mourait. Et le voir ainsi se traîner à ses pieds, en perdre l'appétit et le sommeil pour elle avait quelque chose d'étrange et de déplacé. Presque agaçant. Cette douce folie, pour être acceptable, ne peut se pratiquer qu'à deux. Elle avait essayé de se persuader que oui, elle aimait, mais ce n'était que se leurrer elle-même, dans le désir fou de rencontrer ce Graal promis. Confondant désir et amour, comme beaucoup. Prenant des vessies pour des lanternes. 
Ce que Laura se mit à penser, à force d'échecs, c’est que Cupidon se fait vieux, qu'il n’a plus les yeux bien en face. Il décoche toujours, certes, ses flèches malignes, mais sans méthode, un peu au hasard, et souvent, seulement dans un cœur mais pas dans l’autre.
Un véritable habitué du cinquante pour cent, du mi-temps, de la tâche à demi-bâclée. 
Dans la vie de Laura, il en avait fait une spécialité.
Aimer, être aimée, c’était toujours l’un ou l’autre, jamais les deux en même temps…
Il n’est rien de plus angoissant et triste qu’un amour non partagé. Et Laura observait, dépitée, les égarements du « sale petit bonhomme » ravager son coeur, ou consumer ceux qui, par malheur, croisaient sa route.

Elle avait fini par admettre que la Grande Amour n’était pas pour elle, et surtout, qu'il fallait fuir comme la peste les oiseaux de mauvaise aventure...


J'ai écrit ce texte parfaitement fictif et néanmoins complètement autobiographique il y a dix ans. Jamais publié. Comme disait Louis XIV, Laura c'est moi. (Oui bon, je sais, c'est capillotracté)
Et puis un jour, un jour de palme et de feuillages au front... J'ai pâli, j'ai rougi, j'ai reconnu Venus et ses feux redoutables...
Je l'ai enfin trouvé, cet amour partagé que j'ai cherché toute ma vie. Cupidon n'est pas aussi décrépit qu'on le dit et la prédiction de la voyante était exacte, finalement. Elle avait juste oublié de préciser qu'il me faudrait attendre presque un demi-siècle.

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆






Librement inspiré de deux chansons de Georges Brassens
 « Cupidon s'en fout et Sale Petit Bonhomme. »
La  "grande amour" est le titre d'une chanson de Marc Lavoine.
Clins d'oeil à Racine, Phèdre, Rimbaud, Aragon
La peinture est de Marc Chagall.







13 décembre 2024

Etre simple

 

Après une conversation avec mon amie Mathilde Doublétoile, il me revient en mémoire un de ses mots, qui m'interpelle profondément. Me parlant d'une de ses amies, elle me dit soudain : 
« Elle est comme toi, elle est simple ».  
Moi qui me suis toujours trouvée compliquée, je serais donc quelqu'un de simple. Soit. Admettons. Encore faut-il s'entendre sur le sens de ce mot... pas si simple à définir !
Dans les relations humaines, simplicité égale, sans nul doute, franchise, sincérité. Ce serait bien  le contraire de la duplicité, la ruse, l'esprit retors, la tromperie, la manipulation. Il est certain que toutes ces qualités me manqueraient pour faire de la politique. Ha ha ! J'exècre les compromissions, les reniements, les paroles non suivies d'actes.

Etre simple, c'est aussi, à mon sens, sur le plan humain, faire preuve d'humilité. Ne pas se la péter, pas plus haut que son postérieur en tout cas. C'est accepter l'autre dans sa différence, sans la lui faire sentir. C'est peut-être à cette qualité-là que faisait allusion mon amie. Cela demande patience, tolérance, un certain recul, beaucoup d'humour, et de don de soi. J'ai appris à cultiver cette simplicité-là.

Intellectuellement, simplicité égale clarté, netteté, précision. Esprit logique, cartésien. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. C'est sans doute pour cela que j'aime appeler un chat un chat, utiliser le mot précis pour chaque chose, et que j'ai toujours exécré le vocabulaire ampoulé et pédant de l'éducation nationale. Faisons simple, que diable ! disais-je toujours à ma supérieure hiérarchique quand elle se gargarisait de barbarismes emphatiques et de solécismes pompeux, croyant m'en mettre plein la vue. A bas les nœuds au cerveau et la rate au court-bouillon ! 
En réalité, cette pauvre madame Jargonos me faisait presque pitié, à force d'être pathétique. Comme tous ces rois, ces géographes, ces businessmen, qui pensent que parler nébuleux leur donne de l'importance, et qui se raccrochent au superflu parce qu'ils ont perdu le sens de l'essentiel.

Simple est aussi le contraire de difficile, qui lui même a deux sens : complexe, ardu, tel un problème de mathématiques ou une ascension montagneuse, mais aussi capricieux, ombrageux, jamais content, pinailleur, ergoteur ... J'aime la difficulté des mathématiques et leurs lumineux cheminements vers la (ré)solution, le dépassement de soi, les choses qui se font désirer au lieu de tomber toutes cuites dans nos assiettes. 
Mais j'ai aussi des goûts simples, naturels, le contentement et la gratitude à fleur de plexus. 
L'émerveillement n'est-il pas la plus simple façon de regarder le monde ? Une nature fabuleusement riche dans sa diversité et sa complexité, et pourtant si simple. Quand en en saisit l'intime et unique rouage : la Vie.

Alors oui, si j'ai longtemps pensé être une fille compliquée, ce n'est pas uniquement parce que je ne voulais pas être une fille facile, avec toute la connotation sulfureuse du mot.
Ni une simple d'esprit, même si le royaume des cieux est à eux.
C'est surtout à cause de cette personnalité foisonnante, multifacettes, protéiforme, hypersensible et surefficiente que j'ai longtemps portée comme un lourd ballot de foin, tel un handicap.
Désormais, je sais que l'on peut être à la fois d'une fascinante complexité et d'une simplicité biblique.
C'est pourtant simple, non ?

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆


Il manque la Célestine dans ce jardin de simples







Merci à Mathilde** pour son inspiration du jour.
Quelques billets sur le sujet, pour ceux qui aiment me lire encore plus :


11 septembre 2024

Encaustique et vieilles dentelles

 



Ce qui m'attire l'oeil dans ce tableau, c'est la chaise. Que fait-elle là, au bord de l'eau ? Il est pourtant bien plus agréable de se poser le cul dans l'herbe tendre comme dit la chanson. Et pourquoi une seule chaise ? La fille reste debout pour pêcher, quand le gars est assis. Il se la joue, avec sa gaule deux fois plus grosse. Une représentation des rapports homme-femme qui sent un peu la naphtaline, n'est-il pas ?
Certains tableaux impressionnistes ont gardé un charme puissant à travers les âges, j'en suis la première émue. Celui-là ne me procure aucune émotion. La chaise m'obnubile. Comme si elle était en réalité le personnage central du tableau.
Enfin, tout cela pour dire que cette chaise, sans aucun doute, a dû se retrouver un jour ou l'autre dans un bric-à-brac de vieilles choses, pieds vermoulus et cannage percé. 
Je dois vous avouer, lecteurs chéris, que j'ai toujours eu une aversion prononcée pour les magasins d'antiquités, et les brocantes.  Les Puces me donnent des démangeaisons, et chiner est pour moi un supplice chinois.
 L'odeur de ces vieux meubles, généralement marron foncé, mélange de cire à la térébenthine et de moisissures dues à des séjours prolongés dans de sombres caves ou greniers, cette odeur m'est insupportable. En les voyant, je me prends à imaginer systématiquement leur donner un coup de peinture, un coup de moderne. Un bon relooking, comme on dit maintenant au grand dam des adorateurs de l'armoire normande en orme massif. (Qui, soit dit en passant, ne vaut plus tripette, selon l'implacable loi de l'offre et de la demande)
Il reste que les livres jaunis, les tissus élimés des sofas, les tentures miteuses, les parquets qui craquent, les pots en étain, les napperons, les lampes à huile, tout cet attirail suranné et empesé des siècles passés me donne la nausée. Je ne m'explique pas (si ce n'est par cette hypersensibilité olfactive à l'odeur de renfermé) ce dégoût pour les vieux objets. Peut-être faudrait-il remuer le tréfonds de mes souvenirs enfouis, et même refoulés, pour trouver réponse. L'enfance est le creuset bouillonnant de nos émotions d'adultes. Il s'y forge nos goûts et nos dégoûts, aussi forts les uns que les autres.
Les bestioles empaillées des musées d'histoire naturelle me provoquent le même sentiment de malaise. Comment s'extasier devant des dépouilles de bêtes mortes, je vous le demande ? 
Moi ce que j'aime, c'est le parfum subtil des cahiers et des livres neufs, des tissus bien blancs, de la peinture fraîche, de la lessive qui a séché au grand vent. J'aime les meubles clairs, les plantes vertes, les carnets encore vierges d'écriture, qui sont comme des pages ouvertes sur l'infini de l'avenir. Et les tableaux qui m'émeuvent. Dans mes propos, aucun jeunisme ou racisme anti-vieux. Je serais mal placée, moi qui balance entre deux âges au point de basculer bientôt dans le suivant...
A plus de quatre-vingt-dix ans, ma grand-mère avait la télé en couleur, « parce que la vie, c'est la couleur, et que le noir et blanc c'est vieillot » Elle aima jusqu'au bout s'apprêter, se coiffer, s'acheter des vêtements neufs et vivre dans un intérieur propre et clair. Elle disait que c'était un respect qu'elle devait aux autres comme à elle-même. Ses cheveux de neige sentaient l'ambre et ses joues la poudre de rose. Et elle n'aimait pas les vieilleries. « Déjà que je suis une vieillerie moi-même » disait-elle avec un éclair d'humour dans son oeil toujours vif.
Elle était à part, ma grand-mère.


Pour l'atelier du Goût.





08 avril 2024

Surprises




 De temps en temps, mon père, ce héros d'un autre temps, nous rapportait de la ville une pochette-surprise. Il n'y avait pas vraiment de raison, ni d'occasion particulière. Il était comme ça, le dabe. Il aimait faire plaisir, voir s'allumer dans nos yeux cette petite flamme de bonheur enfantin. 
C'était une sorte de cornet de carton, aux couleurs vives, soigneusement différenciées entre filles et garçons. Les remises en cause des stéréotypes de genre n'avaient pas encore émergé dans les consciences. Epoque étrange où chaque chose semblait immuablement à sa place. 
J'avais déjà cette curiosité d'esprit qui me faisait me poser la question : ai-je le droit d'avoir une pochette bleue, celle réservée aux garçons ? Mon père me connaissait bien, puisqu'il me fit ce plaisir transgressif plus d'une fois, autant qu'il m'en souvienne.
 Mais peu importait : c'était la fête quand j'ouvrais fébrilement cette corne d'abondance, le coeur battant. Ce qui s'y trouvait avait moins de valeur que ce simple geste plein de suspense et de joie... Je sentais tout l'amour paternel enrubanné dans le papier de soie.

En retour, j'ai aimé très vite surprendre mon entourage. Préparer en secret ces infusions de coeur, ces embuscades d'amour qui font pétiller la vie des autres. 

J'en ai gardé le goût profond des surprises : rien ne m'enchante plus que de préparer soigneusement ces petits riens qui feront plaisir à leur destinataire. Jouer les pères Noël, les Mary Poppins, les Amélie Poulain, voilà mon truc. J'y trouve un plaisir subtil. Préparer le gâteau de Peau d'Ane, et y glisser un diamant.

Alors pour toi, dont l'horloge va sonner demain un nouveau tour de soleil, j'ai mijoté une escapade dont tu ne sais rien. J'ai hâte. Hâte de voir tes yeux, d'entendre tes exclamations confondues, ébahies, éberluées. Tu es si beau quand tu souris.

Et vous, me raconterez-vous vos surprises, que vous fîtes ou que l'on vous fit ?

 •.¸¸.•*`*•.¸¸☆ •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

*************************************