Cela s'appelait « la Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ». Une petite rubrique complètement déjantée proposée par Pierre Desproges.
J'ai grandi dans le culte de quelques grands de l'humour décapant et jubilatoire, dont les 3D : Dac, Devos, Desproges...
Je l'aimais beaucoup.
Pour commémorer l'anniversaire de sa triste disparition, que dis-je de sa perte irréparable, il y a trente ans déjà, Valentyne nous propose de réécrire une « Minute nécessaire » en s'inspirant d'un de ses titres et de son style. Ce qui n'est pas une mince affaire...
Mais j'ai bien aimé l'idée. J'ai choisi la minute numéro 17.
Commémorons n'importe quoi
En vous promenant, le dimanche, dans nos belles campagnes bucoliques, vous n’êtes pas sans avoir remarqué la prétentieuse manie de nos contemporains de commémorer n’importe quoi. Dans un pays où chacun peut se targuer d’être ou d’avoir été président de quelque chose, tout est bon pour se réunir autour de l’un d’eux et d’un monument quelconque, de préférence hideux et orné de fleurs périssables, et affublé d’un tapis rouge sur lequel les huiles, appelés corps constitués, viendront avec empressement et tremoli dans la voix prononcer des discours creux et superfétatoires, sur les valeurs de la république et autres mirages, au regard de la moralité élastique de ceux qui les prononcent.
Puis le cortège, bille en tête et comme dans une danse bien réglée, ira se sustenter auprès d’un buffet aimablement payé par le contribuable pourtant réfractaire, qui se consolera en sifflant quelques verres de Picon bière et quelques cacahuètes douteuses offerts par l’épicerie du coin en échange d’un service rendu par le maire, qui sait allonger son bras si nécessaire.
Mais évitons d’emmener notre discours dans des ramifications superflues et néanmoins concomitantes, et concentrons-nous sur l’essentiel : que pourrait-on commémorer à Clochemerle ou ailleurs si, par le plus grand des hasards, on n’avait soudain plus d’idées ?
Commémorons alors vraiment n'importe quoi :
Versons une larme mémorable pour l’invention du taille-crayons, la date d’entrée des deux Dupondt dans la police, ou encore la victoire des Xylocopes sur les Ammophiles en 46 avant notre ère. Evénements qui, vous en conviendrez, ont largement contribué à changer la face du monde et des environs, et méritent à ce titre les honneurs d'une cérémonie aussi magnifique que parfaitement inutile.
Etonnant, non ?
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Pour l'atelier de Valentyne, donc.
Et aussi pour l'atelier d'écriture « Treize à la douzaine » où il s'agissait de placer les mots : crayon, police, allonger, xylocope, prétentieuse, épicerie, danse, empressement
ramification, réfractaire, tête, consoler, promener.
Et enfin, ici, la « vraie » minute, du titre de laquelle je me suis inspirée.
