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15 janvier 2017

Espace temps


Sous-titre : petit délire sans gravité.





                                                 
Pour l'agenda ironique de Janvier, organisé par Carnets paresseux
le thème est « Espèces d'espaces » et le texte devait contenir les mots imposés suivants : 
hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.





- « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… » disait Pascal.
- Pascal… le fontainier * ?
- Mais non Marcel, tu n’y es pas, Pascal, c’est le type qui prenait le frais en regardant les étoiles en bonnet de nuit et qui se tourmentait l’hippocampe à échafauder des théories compliquées aux tentacules alambiqués…
- Ah oui !
- Tu ne connais pas sa petite histoire ? Un jour, à force de cogiter son ergosum, suivant les conseils avisés de son ami René, et de prendre des paris sur tout et n’importe quoi, il a eu un éclair de génie des Carpates, et il est entré comme un seul homme dans une faille spatio-temporelle. Enfin disons plutôt qu’il s’est pris les pieds dans sa chemise de nuit, ou dans la queue du chat… bref, il est tombé dans une espèce d’espace-temps spécial et spacieux.
- Diantre ! C’est spécieux !
- Oui, il s’est retrouvé dans un grand champ de possibles. Rempli de fleurs de l’âge, d’arbres à Camantêtes et de mi-mosas. (Oui, ce sont des mosas qui n’ont pas fini leur croissance) Et dans le ciel, quelques nuages de lait qui s’amoncelaient au-dessus du Mont de Vénus.
- Sans blague ! Et ensuite ?
- Ensuite...Il s’est assis un moment à l’ombre d’un doute, histoire de réfléchir.
- Et là tu vas me dire qu’une pomme …
- Mais non, tu confonds avec Nioutonne, l’arboriculteur !
- Autant pour moi.** Et donc ?
- Ne m’interromps pas tout le temps !
Là, donc, il a bien été obligé de demander son chemin de Damas. -Vous voyez ce pont d’or, là-bas ? Lui ont répondu en chœur le passant qui passe et le chaland qui chiale. Eh bien, prenez-le, longez la rivière de diamants jusqu’à la mine de six pieds de long. Vous pourrez peut-être y arriver par un train de vie élevé, ou encore en prenant un ballon d’essai. Mais le plus sûr reste quand même l’autoroute de l’information. Marchez longtemps,  traversez la forêt de saules meunières, escaladez le plateau télé, laissez les moulins à paroles sur votre droite, avec de beaux bouquets thématiques sur votre gauche. Marchez encore, tout droit, sur la crête du succès, et si vous êtes épuisé, trouvez l’œil de la nuit, et fermez-le dans un lit de Procuste, à l’auberge du cul tourné, non sans avoir au préalable mangé une bonne assiette fiscale assaisonnée au citron vert.
- Et alors ? Et alors ?
- Et alors, surgissant de nulle part, Jean-Claude Vandamme est arrivé. Et il a eu cette phrase magnifique : « Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre » En entendant ça, pas très à l’aise Blaise a renoncé à son périple à Tétitienne, et il est remonté dare-dare dans son XVII° ciel. Il lui fallait trouver une phrase exceptionnelle, qui marquerait l’histoire et ferait oublier cet imposteur du XX° qui risquait de lui voler la vedette des garde-côtes. C’est là qu’il a pondu sa phrase, la phrase qui me permet de faire de ce texte d’eunuque décapité (c’est-à-dire sans queue ni tête, mais vous aviez compris, vous êtes sagaces) une splendide, spéciale et spatiale antépiphore :
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie… »


¸¸.•*¨*• ☆






* Réplique de Marcel Pagnol dans Jean de Florette.
** On devrait d'ailleurs écrire « au temps pour moi » mais ça fait tarte.


17 juin 2016

C'était à Mégara...









Répondant à l'invitation d'Anne, pour ma première participation à l'agenda ironique, il s'agissait d'obéir à une triple consigne: 
>Utiliser l'incipit de Flaubert dans Salammbô :
« C'était à Megara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar »
>Placer les mots « cannibale, fourbir, niquedouille, praliné, rentable, sautiller, tellurique »
> et s'inspirer de la photo ci-dessous.




***




Cela aurait pu se passer à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Si j’avais été Flaubert.
Ou, en moins littéraire,  à Niquedouille, faubourg de Conchy-les-Pots, dans les jardins du presbytère. Ç’aurait été drôle et décalé.
Dans le désert, peut-être,  à mille miles de toute terre habitée.
A Babylone, Kairouan, Vérone, Syracuse ou au sommet du Fuji Yama.
Ou encore au milieu d’une jungle sévère, cernée de cannibales ventrus et féroces.
Mais rien de tout cela. C’était juste sur un infime point entre ciel et moi.  Juste là. Sur l’appui de ma fenêtre un soir de juin sur la terre. Seule devant l’univers bleu nuit. Au loin, la rumeur diffuse d’un vague journal présenté par un godelureau à la mèche blonde fixée au gel,  laissait échapper les mots grinçants et lassants d’un monde en décadence.
« Profit…rentable…actions…bénéfices...»
Fuir !
Le ciel fourbissait ses plus mirifiques étoiles, diamants acérés à l’éclat impétueux ou discret,  astéries lointaines piquetées sur le sable noir de la voûte. La voie Lactée, grand jet de sperme sidéral praliné de taches plus sombres, ajoutait de la grandeur mystérieuse au sentiment qui m’étreignait. Altaïr bleuissait d'une langueur extrême.
Les petits éventails du gingko biloba sautillaient à quelques encablures, en ombres chinoises, agitées faiblement par un vent calme d’avant-tempête. Je sentis les énergies telluriques se frayer clairement en moi un chemin, en investissant mes pores, mes vaisseaux,  mes organes d’une étrange paix métaphysique. J’étais en train de glisser dans une dangereuse rêverie chateaubriantesque, imaginant que là-bas, on contemplait aussi les étoiles…
Quand, soudain, un hurlement raya le silence comme un ongle sur une ardoise et s’engouffra dans ma bulle spatio-temporelle.
La baby-sitter des voisins, une hipster quelque peu évaporée et excentrique, venait de se prendre les pieds dans une bouée et de s’étaler dans la piscine en pestant contre ces 
« saloperies de gamins trop gâtés qui sortaient tout et ne rangeaient rien ».

En quoi, je ne pus lui donner tout à fait tort.


19 avril 2013

Quatrième de couv '


Pour l'agenda ironique de février 2017, il s'agissait de parler d'un livre réel ou imaginaire...


 *

















Au départ de l’histoire, Victoria pose nue pour un cours de dessin. Capable de rester pendant des heures immobile sans frissonner, sa patience extraordinaire contraste avec l’impatience fébrile des étudiants,  troublés par sa sculpturale beauté.
Elle attise secrètement le désir d’Arturo, d’un jeune homme timide et insignifiant, dévoré par des crises d’angoisses épileptiques. Arturo caresse l’espoir fou d’être aimé de Victoria, lui que ses nombreuses frustrations amoureuses ont terriblement déçu depuis qu’il est enfant. Un soir, après le cours, dans la salle de dessin, Victoria trouve une étrange liste de mots griffonnés dans une langue inconnue, parmi lesquels elle reconnaît néanmoins son prénom, inscrit dans un cercle rouge. A la même minute, elle reçoit un coup de téléphone de son père. Or celui-ci est mort depuis trois ans. Déstabilisée comme sous l’effet d’une gifle, elle confie sa stupeur à Arturo .
Dès lors les voilà plongés au grand galop dans une gigantesque course contre un ennemi invisible et machiavélique qui semble avoir juré leur perte…
(Pandémonium,  de Célestine Troussecotte, ed. Presses de la Cité,  210 pages)




¸¸.•*¨*• ☆







J'ai repris pour cela  un logorallye des Plumes d'Asphodèle où il s'agissait de placer les mots suivants...
Départ – salle – téléphone – heure – désir – impatience – minute – frustration – déçu – enfant – pandémonium – liste – angoisse – patience – espoir – stupeur – galop – gifle – gigantesque.