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12 mai 2025

Mon petit soleil sur pattes

 






Mon petit soleil sur pattes. C'est comme cela que je l'appelais affectueusement.
 Enfant, elle avait une bouille ronde et les cheveux d'une blondeur de blé. On aurait dit une petite hutte toute illuminée de soleil. Le surnom lui est resté. La Hutte. Ma chère Hutte des Bois... Les plus fidèles parmi vous se souviennent peut-être de son blog « Petit Singe Vert ».
Les tribulations d'un adorable singe en peluche plus vivant que nature. J'adorais sa poésie. Son humour. Son caractère bien trempé. Ses facéties me faisaient souvent rire. Petit Singe Vert, c'était elle, et sa joie ingénue de peluche cachait sûrement des blessures. Peut-être n'ai-je pas su les voir ?
Notre relation n'a pas toujours été simple. Mais je l'aimais, et je l'aime toujours.
Bien sûr, dix ans nous séparent. Je suis l'aînée, elle la benjamine, d'une fratrie de quatre garçons. Rien que pour cette raison, notre sororité nous donnait une complicité qui aurait dû durer toujours. 
  Mais ces dix ans d'écart ne sont rien à côté de l'énorme fossé qui s'est creusé entre nous depuis quatre ans bientôt.  Notre petit fil de sœurettes s'est cassé. Nos chemins ont bifurqué. Je respecte son éloignement, son besoin de ne plus voir personne. J'essaie de comprendre ses raisons, de me dire que c'est passager, que ce n'est pas contre moi, que ça ne peut pas être définitif, et que nous nous reverrons. J'aimerais l'aider, mais peut-être n'a-t-elle pas besoin d'aide, au fond... 
Mais plus le temps file et plus je perds l'espoir. Je tente de maintenir le lien, par de petits messages, des photos, des clins d'oeil. J'ai parfois une réponse, pas toujours. Ou alors un smiley.
Qu'en est-il de toi, vraiment, ma sœur ? Où en es-tu ? Que fais-tu ? Quelle flamme t'anime encore ?
Oui, ma sœurette, j'essaie de me dire que tu vas bien, que tu es toujours un petit soleil sur pattes, mais je ne sais plus rien de toi. Je ne sais pas si tu lis toujours mon blog, parfois je l'espère secrètement, en me disant que nos amarres ne sont pas complètement rompues, et qu'un jour, on se reparlera. C'est quand même trop bête, dans ce monde dingue au-dessus duquel planent les vautours de l'incompréhension et de la violence, de ne pas pouvoir seulement se parler entre sœurs, non ?
Enfin, voilà. Mon bonheur est un grand ciel bleu, avec, tout au fond, un petit nuage gris persistant. Ce soir, il m'a grossi un peu le cœur. 





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10 avril 2025

Toi, moi et Baudelaire


 « Un mariage heureux est une longue conversation qui semble toujours trop brève. »
André Maurois







Oh mon vivant pilier, mon arbre tutélaire, Baudelaire avait raison. Nous nageons au milieu de symboles, une dense forêt de symboles.
Je vois des signes partout, des clins d'oeil du destin, de la vie, de l'univers, chacun lui donne le nom qu'il veut.
 Nous aimons nos mots, nous aimons nos silences si pleins, entre les mots. 
Notre longue conversation, notre chant du monde, notre cantique des cantiques, je les vois ici, dans ce paysage, là où mes dieux lares se penchent doucement sur moi pour m'insuffler leur force : ils ont pour nom Pagnol, Giono, Mistral, Daudet. Dans un souffle ils me rappellent que mon chemin pierreux s'est couvert de lavandes quand je t'ai rencontré. Les cigales se sont remises à chanter. Les tesselles de mon coeur en miettes ont reconstitué un beau vase aux filets d'or. Tu as fait de moi un Kintsugi. Ne cherche pas, je te donne le sens : « Le Kintsugi est la technique japonaise de réparation à l'or, pour valoriser un objet abîmé en magnifiant ses défauts. »  
La maison, c'est notre amour, solide et ancré à la terre, trait d'union entre ciel et horizon, havre et refuge, entre nature et culture, au confluent de nos deux âmes unies à jamais.
Le roc dur des montagnes, ce sont les difficultés. Qui n'en traverse pas ? Depuis sept ans que nous cheminons ensemble, nous en avons barré, des bateaux vacillants, des tempêtes rugissantes. Nous avons pleuré des rivières et griffé des murs de chagrin. Avec l'amour pour gouvernail. Nous sommes parés comme d'une armure.
 Les fleurs, c'est la douceur, de tes mains, de nos peaux. De nos petits matins, de nos midis gourmands, de nos soirs flamboyants. Ensemble. Et parce que nous avons aussi navigué sur des eaux scintillantes et calmes, sur des lacs miroirs et des torrents frissonnants. Dans la douceur d'un quotidien revigorant, tranquille, départi d'inquiétude.
Le ciel, c'est l'aventure, le voyage, la découverte. Vaste comme la nuit et comme la clarté, sacré Baudelaire ! Comment le dire mieux ?  Le ciel, cet infini toujours renouvelé. Parce que chaque mariage est unique et éclipse toutes les défaites. 
Mon beau pilier, mon loup alpha, mon bel amour d'ombre et d'eau fraîche, je suis heureuse de t'épouser, dans deux jours, dans deux nuits, pour le meilleur et pour le rire.


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22 avril 2024

C'est mon coeur













Mon dériveur a mouillé l'ancre voilà bientôt six ans, dans une rade paisible et calme, où les questions trouvent réponse. 
Réponse en moi, d'abord, depuis que j'ai pris l'habitude de me faire confiance, et puis en l'Autre aussi, en pratiquant, un peu comme on enseigne le bouche-à-bouche dans les cours de secourisme, je dirais le coeur-à-coeur, mieux encore : le « âme-à-âme ».
Même plus besoin de parler par moment.
Je constate à quel point tout s'aplanit quand on a fait la paix avec soi-même, et que l'on ouvre son être en grand.
Être dans l'amour, c'est comme respirer dans une forêt.
C'est aussi, chaque jour, étendre ses bras vers les amis chers, leur offrir ce coeur justement, qui bat et qui sait s'accrocher pour eux aux branches de leur arbre. 
Parce qu'ils ont su être là, à un moment où le moral s'effondrait comme les bords d'un glacier dans la mer gelée.
Hier, c'était l'installation d'Anne-Sophie dans son nouveau nid. Parmi les escholtzias et les bouquets de sauge, le glou-glou d'une fontaine, et derrière la barrière un troupeau bondissant de petits moutons. Un paysage biblique. Un petit paradis greffé dans la verdure, dans lequel elle pourra oublier peu à peu les affres du passé, les vertigineux malheurs qui ont griffé son âme depuis l'enfance. Et se dessiner une nouvelle vie. Je suis si contente pour elle. 
J'ai revu Nathalie, un brin de petite bonne femme qui se bat comme une louve alpha contre l'adversité qui peu à peu s'éloigne, pour elle aussi. Combien de mes amies luttent ainsi pour retrouver leur flamme intérieure ensevelie sous des cendres de turpitude ? 

J'ai fait la connaissance, enfin, du grand amour de Sophie, dont elle nous parle avec les mêmes étoiles dans les yeux que lorsque j'évoque Paul.
Martine était là aussi, et Sylvie, et Gabriel, et Daniel, et Bruno, j'ai pensé : comme c'est important, ce réseau serré de chaleur humaine, comme c'est doux de pouvoir compter les uns sur les autres...
Et ce grand-père plein de sagesse, avec son petit éclair coquin au coin de l'oeil, contemplant les flammes du poêle, et cette grand-mère qu'il appelle Renette, parce qu'elle n'aime pas son prénom Renée... 
C'était tout simplement un moment parfait dans l'immense imperfection des choses.
Vendredi, j'étais à un concert hommage à un très grand poète, Claude Nougaro. J'ai redécouvert ses textes ciselés, ses jeux de mots claquants, ses rimes rutilantes, son jazz envoûtant. Nougaro qui ressemble tant à un autre Claude qui m'est cher.
En compagnie de notre ami Louis, un amoureux de la vie au coeur bondissant comme un tigre en boîte, toujours prêt à s'émouvoir pour les mystérieux bonheurs que l'existence nous offre à chaque pas. Une espèce de Célestine au masculin en somme.
Louis, je te dédie la chanson « C'est mon coeur », elle te va bien je trouve.
Dolce Vita et son mari sont passés me souhaiter mon anniversaire avec un peu de retard mais beaucoup de sincérité. Autour d'un café fort comme notre amitié. 
Et puis vous, mes amis, qui m'attendez fidèlement, qui vous inquiétez de moi dès que je reste un peu trop silencieuse. La petite musique de vos emails bercent ces jours refroidis par la lune rousse, d'une chaleur douce et agréable.
Comme Louis, j'ai envie de dire « Bravo la Vie » !

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Toute ressemblance avec des personnages existants n'est pas totalement fortuite.


07 novembre 2023

La Force

 





Elle parle beaucoup. Elle en a besoin. Je la soutiens de mon mieux. Elle me raconte les détails de sa lutte quotidienne, contre la méchanceté, la bêtise, l'adversité, la solitude, et sa voix me remplit d'admiration pour sa détermination, de son courage sans relâche. Oui, je l'admire, cette amie qui se bat. Le crabe n'a pas réussi à la mettre sur le flanc, elle en est sortie victorieuse. Elle mène de front sa guérison, son travail, son divorce, ses filles...
 Ce sont les petites choses qui l'aident à ne pas s'écrouler. Un arc-en-ciel, une fleur, les caresses de son chat qui est revenu. C'est tellement émouvant de l'écouter croire en sa bonne étoile. 
Lui, c'est pareil. Le sourire toujours serein, la voix enjouée, le regard clair, il a décidé de donner une chance au bonheur malgré le malheur qui l'a frappé il y a quatre ans. C'est un père de famille admirable, qui semble ne jamais flancher. Il se bat pour que la vie reste belle. Sa famille est son étendard.
Et puis cette autre elle, encore, qui soutient de ses bras, sans se plaindre, son mari frappé de cette maladie de l'âme que l'on ne sait toujours pas soigner. Seule face à un cerveau qui part en lambeaux, à une mémoire qui se déchire comme un voile, à un corps qui ne répond plus. Grande malgré la douleur infinie de l'irréversible. Semant des grains d'espoir au vent du dérisoire.
Comment font-ils, tous, les aidants, les accompagnants, les mères Térésa, les Abbés Pierre du quotidien, ceux qui restent droit debout dans la tempête malgré les écueils, et les gifles des paquets de mer ?
Baudelaire avait raison. La vie est une forêt d'obscurs symboles où nous marchons tous. A la merci des dangers.  Mais dans ce fouillis, il n'est qu'un seul phare qui éclaire la route.
C'est l'amour.
Tous ces gens ne sont pas des héros de romans. Ils existent vraiment. Là, tout près. Une amie, un parent... J'aurais pu en citer beaucoup d'autres. Vous en connaissez sûrement. Vous en êtes parfois, aussi, de ces héros de l'ombre. Ou vous en serez un, peut-être, un jour. Par un de ces détours du destin qui font basculer l'existence en une seconde. Vous savez bien, alors, qu'aimer donne une force incroyable. La seule force de frappe qui ne détruise rien.

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Merci pour tous vos messages depuis mon retour d'Egypte. 

Je n'ai pas touché terre durant ces deux dernières semaines !


18 septembre 2023

L'admiration







Quand je te sens sortir du lit, dans la pénombre, tu es nu. Vêtu de ta seule probité candide. Je ne puis empêcher mes yeux de s'attarder sur les courbes de ton corps. Tes fossettes secrètes, la plaine de ton dos, le velouté de ta peau. C'est un voyage du regard, étonnant à chaque fois. Comme si je te découvrais.  Je te trouve beau. Beau à tracer des coeurs sur la buée des miroirs, beau à me tordre le cou pour continuer à t'apercevoir même quand tu disparais à moitié dans la salle de bains. Ta peau est attirante, caramel, tentante, douce amère sucrée, comme tu es fondant de naturel quand tu te balades sans pudeur dans le plus simple appareil ! Puis, pour descendre sur la terrasse,  tu daignes enfiler un de tes caleçons qui te vont si bien, et je te trouve beau. 
Quand tu verses le café tout frais et tout chaud pourtant, tu me fais rire dès le matin, par une de tes facéties qui brillent comme de petits grains de sel mouillés de rosée. Et là, je vais t'étonner, je te trouve beau.
Soudain tu réapparais avec la chemise que je t'ai offerte, celle avec le liseré bleu pâle, et ce pantalon de toile beige à la coupe parfaite. Ça y est, tu es habillé, tu sens bon, et si tu rajoutes la veste italienne avec sa pochette de satin, celles que nous avons achetées à Côme, je vais te trouver encore plus beau.
Quand tu souris, quand tu es sérieux, quand tu pleures ou quand tu dors, je te trouve beau dedans comme dehors. Quant tu m'emmènes, quand tu m'envoles, ou quand je pointe les étoiles de l'âme et du doigt. Tu abolis les heures, et je tiens la lumière entre mes mains.
Mais je t'aime aussi en bûcheron, de la sciure plein les poils des bras, en cuisinier, la sueur perlant au front devant le four, ou les mains barbouillées de boue, ou quand tu rentres du tennis, essoré et ravi, précédé d'une odeur de fauve. Je te trouve beau quand même. 
L'admiration, c'est le berceau de l'amour.


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Pour l'atelier du Goût

29 août 2022

Un gamin d'Paris

« Ce terrain faisait l’angle de deux rues. Il y poussait un magnifique cerisier qui donnait, chaque année en abondance, des cerises un peu aigrelettes que l’on nomme ici Montmorency, ailleurs c’est peut-être bien des guignes. C’est bon la Montmorency quand, après une chaude journée d’été, encore gorgée de soleil, vous la faites craquer sous la dent, puis en faisant la bouche en cul de poule, vous envoyez valdinguer le noyau dans la tronche du copain ! »
Jean-Louis Ferrera 

(extrait de « Un Gamin de 39 » éditions Librinova-Autres Mondes, 129 p.)








Au cours d'une de mes nombreuses et passionnantes vies, j'ai connu une joyeuse bande de drilles qui sévissaient sur un navire nommé « Blogborygmes ». J'en avais touché deux mots ici. C'était un temps déraisonnable où j'étais sans doute plus Troussecotte que Célestine. 
Dans cet espace irrévérencieux et sulfureux,  je pouvais laisser aller ma plume à des débordements tant sémantiques que lexicaux. Le ton général de l'équipe était léger et souvent coquin, ce qui n'empêchait pas en même temps une belle profondeur, et pas seulement de bonnets.
Tiens en m'y baladant j'ai retrouvé cet article « méridional » que j'avais écrit avec une certaine délectation. 
Bref, c'est à cette époque que je rencontrai Andiamo, vieux loup de mer menant le rafiot avec assurance vers des contrées toujours plus incertaines et infestées de pièges.
Il se trouve que ledit Andiamo, en collaboration étroite avec Françoise Simpère, une auteure talentueuse, vient de rédiger ses mémoires de titi parisien, un petit tour d'horizon savoureux de la vie d'un enfant au lendemain de la guerre. 
Le tout forme un opuscule agréable à lire, que vous trouverez facilement en trois clics adroits, pour la somme astronomique de 4,49 €. Bien situé, le prix, entre un kawa bien serré et une binouze bien fraîche. A vot' bon coeur, m'sieurs dames.
Eh oui, mon poteau fait dans le numérique, comme quoi, on peut dater de l'an quarante et naviguer moderne. Sauf ton respect, mon capitaine ! 
Alors, je compte sur vous, répandez la bonne nouvelle, et mouillez votre chemise, noble aréopage de mes lecteurs chéris, afin de propulser Andiamo sous les feux de la rentrée littéraire. Son livre est drôle et truffé d'anecdotes, il se déguste comme un vieil album photo dégotté dans un grenier.
Même s'il ne vise pas forcément la Pléiade, ce serait dommage de le laisser dans la panade...

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05 février 2022

Carnets de présence

 



Mon cher Alain X a eu ces très beaux mots pour moi, dans un de ses derniers commentaires. 
Mes billets seraient pour lui comme des « carnets de présence ».  J'aime beaucoup cette idée. Outre que l'expression a une force poétique qui ressemble à son auteur, le mot présence, lui,  évoque quelque chose de profond et d'intime que le sens commun ignore.

« Ecoute Janine, je vais aller à cette réunion, pour faire acte de présence. Mais je ne m'impliquerai pas. Tiens, d'ailleurs,  j'emporte un bouquin »
- Mais Raymond, j'ai envie de te dire que c'est tout le contraire ! Faire acte de présence, c'est s'impliquer dans l'instant, y mettre toute son énergie, tous ses sens en éveil. C'est observer les visages, écouter vraiment les paroles prononcées, et entrer en empathie avec les interlocuteurs. C'est être capable de dire où l'on en est à la virgule près, à la seconde près. C'est se sentir ici et maintenant, sans se laisser distraire. Etre présent, c'est être vivant.

Bien peu de gens sont capables de présence. C'est un travail de chaque instant. Une vraie conscience de ce présent qui coule tel de l'or fondu dans nos vies trop pressées, déroutées de leur but initial par des égarements qui parasitent notre être en permanence.
Dans ma jeunesse, souvent, trop souvent, je me suis laissé miner par ce fameux mental envahissant, ou emporter par les flots de souvenirs et de projections qui m'empêchaient de vivre vraiment ce que j'avais à vivre. Ces petits idées noires qui vous grignotent et vous éloignent de l'important. Vous savez, quand on est tantôt dans le passé, tantôt dans le futur. Jamais vraiment là. Au point que parfois, j'étais incapable de répéter la phrase que l'on venait de me dire. Absente. Ailleurs. 
Aujourd'hui je suis là.  J'aime témoigner de cette aventure extraordinaire, être vivant. Je ne suis pas près de refermer ces carnets, tant qu'il y aura des lecteurs comme vous, comme Alain, qui l'apprécieront , je continuerai à faire couler ma petite douche de joie bienfaisante. A broder le bonheur à petits points sur le tissu de vos vies. Pour un peu, je me sentirais presque investie d'une mission de rayon de soleil...
- Eh ! redescends, Célestine. Tu planes !
- Au contraire, Gemini Criquet, je colle au réel, à la Terre,  de toutes mes fibres. Mais y réfléchir ça s'appelle « prendre de la hauteur »... Tout est dans la finesse de cette contradiction apparente...Tu comprends ?



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31 janvier 2021

Entre amis

  
Karesansui



Nous étions invités chez les Dolcevita pour partager un repas. Un moment délicieux. Une discussion fort animée, puisant sans doute son éclat doré dans les bulles d'un bon champagne, enveloppa l'apéritif. Et une partie du plat de résistance.
-Du champagne ? Mais en quel honneur ? me dira-t-on.
-En l'honneur de nous-mêmes, répondrai-je. 
Faut-il toujours une raison spéciale de célébrer la vie, alors qu'il y en a mille à chaque instant ? ajouterai-je, encore grisée par celui-là (d'instant), la tête légèrement tourneboulée comme sur un manège du cirque Plume.
Bref, la lotte à l'armoricaine ne fut pas sacrifiée en vain sur l'autel de la gastronomie : nous lui fîmes honneur. Je rendis grâce, dans ma ford intérieure, pour tant de bienfaits tombant en pluie sur ma vie bouleversifiante.
Tiens, oui, la pluie : de ma place, je pouvais observer le ballet des mésanges dans le miroir des flaques. C'était beau comme un printemps. Il faut dire que leur jardin est un bonheur de verdure. Un écrin.
Ce qui est bien, entre amis, c'est que l'on peut être soi-même. Parler de tout et de rien, de livres, de danse, de musique. Parler des riens,  de ces petits riens qui rendent la vie si légère. Et puis des grands riens qui plombent l'air du temps. Les discordes du monde. Les bons, les méchants. Les trucs sérieux et tristes. Emmerdifiants, en un mot...
Ne pas être forcément d'accord. S'accorder pour revenir aux petits riens, crêpes à l'orange, café noir et mots croisés en dessert. Nourrir le corps et l'âme. Goûter l'espace et le moment.
Les amis sont de précieux îlots de sociabilité que l'on se doit, en cette période troublée, de cultiver avec art et patience.  Ça s'entretient, ça se ratisse avec douceur, comme un karesansui japonais. 

En rentrant, je suis passée chez Adrienne, qui m'a offert pour ma besace le mot muzak
Ravie d'apprendre, lui ai-je dit, que la musique d'ascenseur porte un nom. Ça ne lui donne pas forcément des lettres de noblesse, mais c'est égal. J'aime bien donner des mots aux choses. 

Aldor, lui, m'a fait un brillant cours de philosophie, avec son rasoir d'Ockham. Nul danger dans ce rasoir-là. Nul ennui non plus. Juste une sorte d'éloge de la simplicité heuristique dont certains auraient bien besoin de s'inspirer dans ce cafouillis moderne empli de bulles vides.

Heure-Bleue nous a dit qu'elle trouvait du bonheur à aller chez le dentiste (et pas seulement pour ses beaux yeux, bien qu'ils soient superbes à ses dires)... quelle philosophe cette Heure-Bleue ! Quelle leçon de vie !
Sont chouettes mes amis. Je ne peux pas tous les citer, mais sont chouettes.

Pour finir, j'ai pris un grand bol d'air frais chez Alain, une claque existentielle sur mes joues rosies de plaisir. 
Il a raison, l'ami : aujourd'hui, comme chaque jour, est une journée neuve. Pleine d'expériences, de rencontres, d'émotions, d'adrénaline, de danger, de joies, de contraintes. Mais neuve. Cela ne dépend que de nous, nous sommes les seuls capables au fond de nous-mêmes, de le décider. « Ce n'est même pas une question d'effort de volonté. C'est une question de qualité d'état intérieur. Seulement ça, rien que ça, mais totalement ça. »

Merci mes amis, pour être passés aujourd'hui sur mon chemin, j'ai mis vos pierres à mon cairn. C'est vous qui avez rendu ma journée unique, aujourd'hui.
Merci Alain. Ton phare scintille ce soir dans mon coeur.

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05 septembre 2020

Hey Joe !

Effet créatif sur le port de Sète







En arpentant les pelouses vert émeraude du parc du Thabor, à Rennes, sous les grands arbres centenaires agitant tendrement  leurs frondaisons tutélaires pour préserver du crachin les amoureux des bancs publics, je cherchais du regard la silhouette familière d'Oncle Joe.
Mais celui-ci avait mis la clé sous la porte pour aller respirer l'air marin breton. Autant dire que nous nous sommes croisés sans nous voir. D'aucuns y verront le doigt du destin...ou la main du hasard. J'y ai vu une occasion de lui rendre un hommage appuyé et néanmoins mérité.
Ah ce cher Joe ! 
S'il me fallait résumer le personnage en quelques mots je dirais... « concentré de bonne humeur ». Ou bien « remède contre la morosité ». A consommer sans modération. Il se présente lui même comme « poète à ses heures et photographe à seize heures trente »... Le ton est donné.
En réalité, je crois que, tel un Obélix moderne, il est tombé dans la marmite de la joie de vivre, à moins qu'il ne soit arrivé dans ce bas-monde nanti de son nez rouge de clown sur sa bouille réjouie. 

Joe est un touche-à-tout effervescent. Un amoureux de la photo, de l'aquarelle, de l'art décalé, un roi de l'oulipo, des jeux de mots, des logorallyes, des collages déjantés, des spectacles de rue. Un dessinateur doublé d'un poète friand de surréalisme : Queneau, Breton, Prévert, Magritte mangent à sa table presque chaque jour. Rimbaud est son pygmalion, son étoile à la Grande Ourse.
 Il traque la poésie dans le banal et le quotidien, les rues, les vitrines, les rassemblements divers ( et d'été) et ma foi il y réussit fort bien ! L'insolite surgit partout sous le regard aiguisé de lui-même et de son Nikon, et hop ! il met en petite boîte des milliers de clichés qu'il s'amuse parfois à modifier pour les rendre encore plus scintillants, fantasques, irisés, mordorés ou carrément psychédéliques...jusqu'à ressembler à des tableaux d'une beauté singulière.
Sa fièvre d'écriture le mène à échafauder des histoires foisonnantes, où les dragons dament le pion aux belles dames du temps jadis. Où des flics de série B style années cinquante croisent les plus étonnants héros de l'ultra moderne platitude, tels Jean-Emile Rabatjoie ou Augustin Traquenard.  

Et puis c'est aussi un fou d'échecs,  un mordu du gambit et de la diagonale, d'où son nom, Joe Krapov, en hommage anagrammatique à un fameux champion russe... Où va l'amour du jeu ? Jusqu'à avoir épousé une certaine Marina Bourgeoizovna. Quant à Isaure Chassériau, et Maïck la Conteuse, il me serait trop long d'expliquer le rôle qu'elles jouent (si ce n'est celui de fil rouge) dans la vie trépidante de cet oncle putatif (ce qui, comme aurait dit le grand et regretté Desproges, ne signifie pas que le susdit oncle entretienne un commerce un peu rapide avec des dames de petite vertu.)
Mais surtout, surtout, Oncle Joe est un musicien dilettante de la meilleure espèce : de ceux qui adorent gratter la guitare ou le ukulélé, juste pour le plaisir, les boeufs entre copains, le jazz, les impros, les montages audacieux sur youtube.. Quand je vous dis qu'il sait tout faire ! Et Brassens. Ah ! Brassens...
Bref, Joe est un énergumène qui ne se prend pas au sérieux. Un baladin, un saltimbanque des blogs. Je vais vous faire une confidence : je l'adore ce tonton sorti tout droit d'un imagier facétieux et plein d'irrévérence. Par l'étang qui court, ne pas se prendre au sérieux, je vous le dis, en un mot comme en cent, c'est une fortune.

Pour les curieux, les krapoveries, c'est ICI.
Sinon, on l'aperçoit quelque part dans cette video, à laquelle il m'aurait tellement plu de participer...


15 octobre 2019

Rêves en stock






« Lire quand on est enfant, c’est quitter sa famille et devenir jeune mendiant, tendre la main aux princes de passage. C’est aller en Sibérie, avec loups et cris de neige, si loin que votre mère ne vous retrouvera plus, criant « à table » dans le désert, loin, très loin du petit contemplatif aux yeux brun-vert gelés comme un lac. La lecture est un billet d’absence, une sortie du monde. »
Christian Bobin, un bruit de balançoire








Imagine. Nous n'avions que cela. Les livres. Je ne te parle pas du Moyen-Âge, non, mais d'une époque qui me semble pourtant si proche... J'avais dix ans, c'était hier. Nous ne possédions, pour nous distraire, des journées entières,  que ces objets étranges, ces assemblages hétéroclites de feuilles couvertes de signes bizarres, et d'où émergeaient des mondes, des immensités de mondes surprenants, effrayants, drôles...Nos lits devenaient des vaisseaux. 
J'avais besoin de m'y plonger, tout y était plus beau, comme lavé par la pluie de l'idéal. Tu le fais toi aussi, avec ta tablette, ou ton jeu video en réalité virtuelle. Tu as besoin de t'immerger, et toi non plus, tu n'entends pas crier « à table ! ».
Mes images aussi étaient virtuelles, puisqu'elles sortaient tout droit de mon cerveau. 
Mais c'était un intense travail de coopération entre l'auteur et le lecteur. Le premier s'efforçait de décrire précisément des lieux, de transcrire fidèlement des ressentis, des situations, avec des mots choisis, parfois un peu difficiles, et le second fabriquait des images singulières, personnelles, inédites, à partir de ces mots. Cela stimulait grandement mes neurones, quand les tiens sont si malmenés par les écrans et leur lumière bleue. 
Tu comprends maintenant pourquoi les mots ont pris tant d'importance dans ma vie ? 
Ce ne sont pas seulement pour moi des lettres agglutinées griffant le blanc du papier de leur noirceur de jais. Non. Ce sont des êtres vivants. Ils bougent, ils respirent, ils ont une couleur, une odeur et une vie propres. On ne peut les inter-changer sans mettre en péril l'équilibre d'une phrase, la justesse d'une pensée. 
Ils ne sont jamais anodins. Ils reflètent bien souvent le tréfonds du puits que l'on appelle l'inconscient. Ils sont chargés de symboles. Chargés comme des atomes, négativement ou positivement. Ils sont les éléments premier de la délicate chimie communicative. Blessants parfois comme des lames, ou doux comme des caresses. Eblouissants. Quelconques.  Sonnant parfois ensemble de façon sublime, à la manière d'un concerto.
Une fabrique infinie de rêves en stock.
Je leur attache sans doute trop d'importance, dans un monde où les chiffres, les faits, les images se taillent la part du lion. 
Mais je me suis construite ainsi. Dans l'amour du langage écrit. Et je continuerai, jusqu'à mon dernier souffle, à transmettre et à aimer la richesse des mots. A te lire, dans le petit matin tremblant de premier soleil, quand l'aube allume au jardin des étincelles de rosée, des passages de livres aimés, et à relire, les mains éberluées, et le coeur en dentelle, la douce mélodie d'une lettre d'amour. 
Parce que tout cela fait grandir, toujours. Elargit le regard et ouvre le coeur et l'âme. Infiniment.



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Merci Biche*



12 août 2019

Il faut savoir







Il faut parfois s'éloigner de l'arbre 
pour en voir la beauté immense
 Et sa ramure agitant au vent, 
ses bois, comme mains de géant. 
Il faut parfois plisser les yeux 
Pour mieux voir les gouttes de pluie
 Bourdonner sur le chaud velours 
Des prés bleus noyés de soleil

Il faut parfois savoir se taire 
pour mieux s'emplir et s'enivrer 
De la musique des saisons
Il faut parfois un peu attendre 
sur le bord poudreux du chemin
avant de reprendre la route 
qui déroulait son long brouillard 
pour égarer nos pas fourbus.

Quitter la rosée du matin
Pour mieux y revenir demain
Et puis laisser le creux du lit, vide de soi,
Encore chaud du corps de la veille
Pour retrouver les mains aimées 
et la suave brûlure du temps

Il me faut savoir te quitter 
Pour mieux te revenir ensuite
Dormir dans le lit du hasard
Quelques nuits volées à la lune
Avant de retrouver tes bras, 
Avec au coeur l'intacte joie
D'un premier tour de carousel. 

❤️




05 août 2019

Comme les étoiles


Les amis sont comme les étoiles.
Même quand on ne les voit pas, ils sont là.










Ce soir, contemplant un ciel superbe étinceler au-dessus des rocs, je pense à vous. 
Mes amis.
Vous étiez là. 
Oui, tous, à poser vos pas avec moi dans le sable gris entre les tombes, sous un soleil plombant, à écouter tomber les larmes dans le berceau des grandes voûtes, et vibrer la musique qu'aimait le petit ange, à partager l'extrême émotion de voir chanceler une mère épuisée de douleur, légère comme un fétu de blé dans sa robe rouge sang.
Une image qui m'a marquée infiniment.
Vous étiez tous là, même si je ne vous appelle plus, même si je ne vous écris plus, ne vous lis plus et vous réponds avec des plombes de retard...même si j'ai délaissé ce blog pour tenir ferme, entre mes mains émues,  les lianes qui me relient à cette peine, pour raccrocher de la lumière à l'obscure amertume, pour aider celui que j'aime à passer le mieux possible ce cap Horn inimaginable.
J'ai senti votre présence dans vos mots, vos innombrables mots, par tous les moyens dont on dispose aujourd'hui pour communiquer. 
Vous étiez là aussi quand j'ai craqué, subissant l'inévitable contrecoup de la tempête. C'est que vous nous connaissez si bien, moi et mon empathie...
Je ne sais plus ce que vous devenez, mais sachez-le : vous me manquez. Vos sourires, vos anecdotes, vos élans, vos emballements, tout me manque. Ecrire me manque.
Alors merci à tous ceux qui ont témoigné que non, les mots ne sont pas inutiles, ni dérisoires, malgré ce que l'on dit toujours dans ces cas-là. Les mots sont le ferment de l'espoir, le substrat sur lequel pousse l'amour du monde, et le signe distinctif de notre belle humanité. Ne les boudons pas.
Certains de ces mots ont transcendé la cérémonie en instillant de la philosophie, de la sagesse, et même de la joie au coeur du chagrin. C'était beau et très émouvant.
Ce sont les mots encore qui aideront ces parents dévastés à reconstruire peu à peu leur vie, sans jamais oublier cette déchirure, mais en apprivoisant tant bien que mal la souffrance. Parce que la vie est là. Triomphante à l'instant présent, vibrante dans chaque grain de poussière, malgré ce mystère irrésolu de la mort qui rôde sans logique ni pitié.

Et une petite étoile bleue m'a fait un clin d'oeil, juste là, devant mes yeux émerveillés.

A bientôt

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03 janvier 2019

2019






L'instant précis que l'on est en train de vivre est toujours un cadeau : 
C'est pour cela qu'on l'appelle le Présent.











- Hola Célestine ! Sors un peu de ta tanière !
Pendant que tu rêvassais à compter les étoiles dans la nuit glacée de janvier, ou à tirer des plans sur ta comète magique, le monde s'est pris un an dans la brioche, tu es au courant au moins ?
Et tous tes amis attendent tes voeux, figure-toi ! Qu'est-ce que tu fabriques ? Il y a même certains de tes lecteurs qui ont commencé à poser les leurs sur ton billet de Noël, ça fait désordre !
- Ah ? Oui, j'avoue que je traîne un peu, cette année. Toute à la joie d'être en vie, en bonne santé, et pleine de projets et d'enthousiasme, toute au bonheur de parcourir une campagne  poudrée de lune et de brume, et de contempler ma petite Prunelle à la peau si douce,  je pensais tout à coup, et à brûle-pourpoint à Joachim Du Bellay,  Sophie Daumier, Vincent Auriol, Fausto Coppi, Maurice Chevalier, Giani Esposito, Jean Bernoulli et quelques autres...
- Qui sont ces gens ? Des amis à toi qui habitent la région ?
- Mais non voyons, ce sont des célébrités plus ou moins connues des siècles passés (tu demanderas à monsieur Wiki, pédiatre) , et qui ont toutes un point commun assez troublant, bien que très mathématique. (Notre cerveau, tu le sais,  a tendance à voir des choses troublantes là où il n'est question que de hasard et de nombres rationnels)
- Ah bon, et quel point commun ?
- Eh bien imagine donc que ces braves gens, la veille de leur mort...
- ... étaient encore vivants ! comme disait notre cher Monsieur de La Palisse, qui ne loupait jamais une occasion de se faire brillamment remarquer.
- Bien sûr, ils étaient vivants, et même, très vivants, et même joyeux. Même qu'ils se sont embrassés sous le gui, tout comme toi et moi, qu'ils ont ri et chanté en se tapant le ventre et en sifflant une flûte de Veuve Cliquot. (Enfin, pour Du Bellay, je ne suis pas tout à fait sûre que le champagne existât déjà, mais bon, ne pinaillons pas, tu saisis l'idée) Ils se sont souhaité la bonne année avec force effusions comme il sied à chaque Saint Sylvestre en dansant devant le feu.
Et pouf, le lendemain, contre toute attente, ils sont morts. 
Etonnant non ?
Alors mes chers lecteurs et lectrices adorées, j'ai envie de ne vous souhaiter qu'une seule chose pour cette nouvelle année : celle d'apprécier à chaque instant ce cadeau fabuleux qui s'appelle la Vie. Faites-en le meilleur usage, car sa vieille compagne, la Faucheuse, ne demande jamais la permission avant de nous l'arracher des mains. 
Je vous embrasse du fond du coeur et du bout de mes yeux d'étoiles.


Belle année 2019 !



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