25 avril 2020

Ce qui me manque

 
Photo Céleste

J’aimerais bien sentir sous mes doigts, sous mes lèvres, le velours de la peau de Sibylle, mon petit ange angevin…
La regarder danser et rire de toutes ses quenottes et de ses grands yeux bleu de lin. Lui montrer les papillons et les écureuils et boire son regard.

J’irais bien m’asseoir au Bistrot de la Marine, à Cagnes avec ma fille, ma prunelle, parler de tout et de rien, tandis que le vent tiède courberait les palmiers comme pour saluer la mer. Voir ses bambous sur son balcon.

Ah…La mer…Ses rouleaux sombres, ses crêtes blanches,  ses pointus qui tanguent. Et le sel sur la peau, qu’on lèche gourmande les yeux fermés. Et la petite crique écrasée de pins parasols où l’air vibre d’insectes.

Mes fils me manquent. Leur humour, leur décontraction. 
Et leurs bras qui me serrent… « Je t’aime très fort ma petite Moune ». Fondre comme un caramel mou…Visiter une expo avec l’un, écouter de la musique avec l’autre.

Aller me balader avec ma soeurette tout un dimanche. Revoir les Iris du Grand Barbu et la barque bleue de Gigors. Et l'arc-en-ciel de Portes.

Partir, pas loin, mais sans entrave, sans papiers, sans soucis …Prendre nos bicyclettes, cheveux au vent, et hop ! avec Olga, Fred, Albert, Germaine, Eva, Patrick, Lola, toute la bande, un pique-nique, des blagues et de la joie en touffes, en bouquets, en gerbes, en étincelles.
Les amis. Les inviter, les voir, les embrasser. Leur toucher le bras en signe d’amitié. Jouer à des jeux...

Le marché du mardi matin, bigarré, bon enfant, mêlé de tant d’odeurs et de parfums, sarriette, thym, fromages,  poissons, épices, abricots, de tant de couleurs chatoyantes, huiles, vins, étals de légumes, où l’on se frôle, se parle, rit, gesticule, papote, où l’on tâte les fruits comme dans un corsage, avec des mines gourmandes. Et le petit coup en terrasse où le rosé coule à flot.
Regarder des choses belles et inutiles, une statuette représentant une femme africaine qui danse, un coffret en raku, un bracelet brésilien en coton, essayer une jupe à volants, ou un chapeau. Et finalement ne rien acheter.

Des manques doux, comme des traces de miel. Et d'autres plus poignants, comme un feu au creux du ventre.


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21 avril 2020

Les belles âmes






« Discerner la beauté d’une chose 
est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre »
Oscar Wilde



La beauté...il faudrait déjà quatre heures pour en définir quelques contours, qui resteraient flous pour la plupart. Et vous tomberiez tous de votre chaise, cernés par un ennui profond. 
Accordons-nous à dire que la beauté d'une chose est ce qui nous fait du bien. Aux yeux. Aux oreilles. Au coeur. Au fond de soi. 
La courbe d'une ligne, l'harmonie d'un ensemble. Une sorte d'évidence qui nous remplit.
Ce quelque chose de subtil qui nous libère et nous donne envie d'y revenir. Incitant en nous un besoin de contemplation et de plénitude.

Plus difficile est de parler de la beauté des âmes. Les mots, les actes sont alors les vents porteurs de cette beauté impalpable, qui fait dire de quelqu'un : 
« C'est une belle personne ». On sait bien que les canons esthétiques ne sont pas pour grand-chose dans ce fleurissement de la personnalité, cette expansion des qualités humaines qui nous font trouver beau un être. Peu importe les rides, les grosseurs, les difformités. Peu importe ce qu'il possède matériellement. Ce qui compte, c'est la flamme qui brille dans le creuset. La chaleur du regard, la bienveillance des mots. Cette énergie positive qui dégage une tendresse profonde pour les faiblesses et les failles d'autrui. Cette bonté qui ne juge pas, qui ne tranche pas. Qui exprime sans imprimer, qui passe sur le cours des choses à pas de papillon. En ayant toujours l'air de s'excuser de déranger. 
Ou alors, une force tranquille de marcheur d'altitude, qui donne un rythme à la cordée sans jamais se mettre en avant. Un maître d'âme, qui guide sans brimer, qui indique sans démontrer.

Nous sommes tous peu ou prou des hérissons de Schopenhauer. Nous recherchons la chaleur, le contact des autres pour combler un manque existentiel. Attirés souvent par des choses un peu nébuleuses que nous ne savons expliquer. Sauf par ce besoin irrépressible de rapprochement, d'effleurement, de partage. Mais nous savons aussi qu'un contact trop rapproché, surtout quand il s'est établi à l'aveuglette et sans prudence, peut nous blesser. Nous ne savons pas toujours discerner la vraie beauté derrière les artifices enjôleurs et les mots de carton-pâte. Nous nous laissons séduire.
Pauvres hérissons condamner à trembler, soit de froid, soit de souffrance. 
Mais la vie nous offre d'apprendre.
La sagesse, ou son autre nom plus moderne, le bonheur,  résident sans doute dans ce fragile et délicat équilibre : privilégier la relation qui ne nous blessera pas. Parce qu'elle lissera ses piquants et nous permettra de garder un petit espace bien à soi.
Les belles âmes sont de celles-là. 
Elles subliment leur conscience au monde, et la nôtre. Nous évitant la peur du futur, ou le refuge dans la nostalgie ou le regret qui faisait dire au poète :
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée.  »
Je suis entourée de belles âmes. Elles se reconnaîtront à ma lecture.
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Pour l'atelier du Goût, avec l'image de l'artiste russe Gueorgui Pinkhassov et la phrase en excipit d'Agrippa d'Aubigné. 

17 avril 2020

Road trip



Toute ressemblance avec la vraie vie est parfaitement plausible.








En ces temps troublés comme une anisette par de l'eau d'Evian, où le mot d'ordre est de rester chez soi, on en est réduit à voyager par procuration, en s'inventant des roads trips de calebasse. 
En un sens, c'est pas plus mal : on a l'hydrocarburogramme plat, ça nous coûte peanuts, et les piafs nous disent merci. Les voilà qui réinvestissent les parcs, faisant frétiller les frondaisons de leurs trilles guillerettes. Tu m'étonnes ! Cinquante ans au moins que le ciel n'avait pas été si bleu.
Guillerette, je le suis tout autant quand, profitant d'un petit zeph printanier, je décide de troquer mes pelures d'hiver contre la seule chose qui tourne sur terre : une robe légère version Souchon. J'ai un rencard de première, à ne pas louper. La lumière du soir est plus rasante qu'un discours électoral.
Soudain, apparaît en pétaradant comme de juste, une splendide torpedo Panhard et Levassor, magnifiquement surmontée d'un bel homme tirant sur le blond et sur une cibiche qui volute comme dans les films des années 50. Je reconnais Bleck. 
- Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule ! lui dis-je en souriant.
- Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi, qu'il me répond.
Et nous voilà embarqués sur la route de Madison, via le boulevard du Rhum. 
- Il me faut faire Allemande honorable, dit-il en souriant. Ça fait cinq ans que je te dois un resto, alors cette fois, je me suis dit ne reculons plus, sautons. Enfin si je puis me permettre cette expression hardie autant qu'osée... Ça fait cinq ans que je me dis que je vais franchir des Himalayas de réprobation, et annapurniser dans le désenchantement... Alors aujourd'hui : alinéa jacte à l'aise ! je t'emmène chez Eugène manger des frites.

Au carrefour des Etoiles, deux clampins traversent devant lui sans regarder. Il pile. 
- Toujours pareil, quand on algarade en ville, les badauds pullulent comme cellules en tumeur ! s'écrie-t-il. 
Et je vois bien que ça le met furinx. Il émet quelques bouts de râle, il ferre de lance, il abordage...puis reprend son sourire ultra brite. Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.
Je pourrais avoir peur, s'il s'agissait de Jojo la défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche.
Mais là, il s'agit du type le plus réglo de la blogosphère. Un chic type du genre de mon oncle Joe Krapov, qui dit toujours que « quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin.» 
Et c'est ainsi que, de fil en conversation, nous sommes arrivés chez Eugène, après une cinquantaine de bornes de décoiffage décapoté. (Contrairement aux films des années 50 où pas un cheveu ne bouge malgré la vitesse) 
Il passe ses mains sur ma chevelure, blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.
- Bon on se le fait ce resto ? demande-t-il d'une voix gris clair.
- Vamos, amigo ! réponds-je, le palpitant en capilotade. Et je franchis le seuil de la caverne alibabesque, en pensant au pont de Noirmoutier.

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A Bleck.


Quelques explications.
La consigne de l'atelier de Villejean aimablement proposée par le susdit Joe Krapov qui a peur qu’on s’ennuie pendant le confinement, se trouve ici. J'y ai découvert les oeuvres de Hopper croisées avec les personnages d'Hergé par un artiste talentueux nommé Xavier Marabout. Formidables !
Mon texte est émaillé de citations du grand Michel Audiard, en italique dans le texte.
Pour la petite histoire, mon ami Bleck avait organisé en janvier 2015, un concours dont le prix était un repas au restaurant. Il s'agissait de reconnaître un pont célèbre sur une photo.
Et j'ai gagné, grâce à ma suréminente perspicacité. Depuis, j'attends mon prix avec une impatience non dissimulée. Voilà, voilà. Vous savez tout  ;-)

11 avril 2020

Avril au fil du vent



Le soleil n'est jamais si beau que le jour où l'on se met en route.
Jean Giono







Photo Céleste


Mon vieux papa,



Depuis ton départ, et surtout depuis ma dernière lettre en 17, tu serais étonné de tout ce qui m'est arrivé. A moi, ton petit soldat de plume, moi dont tu étais si fier. Tu le serais encore, je crois.
J'ai décousu pas mal de fils de mon canevas d'avant. Patiemment, comme une Pénélope, fil à fil. L'ouvrage commençait vraiment à partir dans tous les sens. La trame se défaisait en longs filaments, faisant flotter ma vie comme des algues molles ballotées par les flots. 
Je me suis recentrée avec courage et détermination, entreprenant un long travail que j'ai consigné dans un livre. Aidée par une gentille thérapeute et quelques amis fidèles et précieux. Des diamants.
Au terme de cette reconquête de moi-même, où j'ai donné un grand coup de plumeau sur la poussière grise de ma vie, j'ai rompu ma relation avec le père de mes enfants. 
Tu n'imagines pas l'étrangeté paradoxale de ce fait : tout quitter, tirer un trait sur de longues années,  et en éprouver une sorte de libération, de grand souffle d'air frais. Sans remords ni regrets. Je me suis retrouvée dans un petit appartement, lumineux et calme, et cette paix, et cette lumière ont jailli du fond de moi, trop longtemps comprimée derrière des faisceaux d'apparences et de faux semblants. J'étais bien. 

C'est là que le miracle de l'amour m'a effleurée de son aile blanche. Dans un bruissement de théâtre, parfaitement synchronisé. 
Par hasard, sur un quai de gare, romantique en diable. J'ai rencontré un bel inconnu. Il m'a souri. Je lui ai souri. Nous nous sommes reconnus. C'était beau comme un matin vibrant de chaleur sur la Provence. Et chaque jour, depuis bientôt deux ans, le mystère de l'alchimie se renouvelle. Une harmonie, une tranquillité pleine de douceur et de tendresse. De fougue aussi, foi de Troussecotte ! Et des moissons de mots d'amour qui dormaient au fond de mon coeur, des brassées de blé d'or. 

En 18, une adorable petite fille nommée Sibylle a fondu comme une étoile filante sur mon ciel de juillet. Elle m'a promue au rang de grand-mère. Et comme les bonheurs arrivent en grappes, comme tu le sais, elle aura un petit frère aux vendanges.
Les bonheurs, et les épreuves aussi, et en 19, nous avons fait face ensemble au plus grand malheur qui soit : la perte d'un enfant. Une petite princesse arrivée. Un petit prince parti. Le sel de la vie dans la joie et les larmes. 
Si je t'écris, aujourd'hui, c'est que nous sommes en 20, (mais pas en vain) devant une nouvelle épreuve. Nous assistons à un virage,  une nouvelle ère s'annonce. Magistrale. Effrayante. Encore floue. Pleine d'espoirs et d'appréhensions.

Tu n'en croirais pas tes lunettes, mon vieux papa... Imagine : le monde entier, malmené par une bestiole au nom de centurion romain dans Astérix, s'est arrêté de battre. Comme un coeur fatigué. On compte les morts. On dissimule derrière des masques notre peur de demain. L'humanité va peut-être aussi devoir tirer les fils de son canevas, et en retisser un autre. Se regarder le nombril avec introspection.  Rompre avec un passé devenu trop étriqué. Avec des habitudes et des exigences hors de mise. Et tenter de renouer avec l'harmonie d'une planète merveilleuse, dont la nature prodigue ses bienfaits sans compter depuis toujours. Tu te souviens de ton expression ? « A force de tirer sur la corde » ...
On y est. On a trop tiré sur la corde d'abondance. Il serait temps de s'en apercevoir.

Tu as vu ? Ton vieux pommier se porte bien. Il se pare de fleurs. Et de la fragilité de ces quelques pétales au parfum subtil, émane sa force. Comme celle que tu continues à me donner depuis ton nuage.

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« Effets secondaires ».
Le nouveau titre de GCM dont les bénéfices seront reversés à l'Hôpital.

04 avril 2020

Chlorophylle




A tous ceux qui sont privés de verdure en ce moment, je dédie ce petit texte.




***



« Remember when you were young, you shone like the sun » *
Pink Floyd



On était trois. On avait quoi, seize ans ? Dix-sept ans à la limite comme dans la chanson ? 
On était trois, mon frère Mike, son meilleur pote Alban et moi. 
Notre trio s'était tissé de trois relations entrecroisées, de nature différente, mais très fortes. Les liens du sang m'unissaient à Mike, c'était, de mes frères, le plus proche en âge et en affinités. Celui des tuiles, vous vous souvenez ?
Les deux garçons nourrissaient entre eux une amitié solide et indéfectible. 
Quant à Alban et moi...J'avais pour lui les yeux de Chimène, un amour flou et léger, sans lendemain mais fondant comme un cookie à la fraise. Il me regardait avec des yeux de gosse bavant devant un chou à la crème. 
Rien d'écoeurant dans cette métaphore pâtissière : nous ne consommâmes jamais que quelques baisers volés, mais j'en ai gardé longtemps la douceur sur mes lèvres. Ce garçon était délicat. Une qualité qui, déjà, me faisait vibrer.

Cet été-là, on prenait nos vélos et on partait à l'aventure loin des adultes. En haut, sur le plateau, commençait la forêt et ses mystères. Les futaies s'étiraient vers le ciel comme des tuyaux d'orgue, ces bois fascinants possédaient un frêne magnifique à l’allure de Bonsaï géant. C’était un arbre tortueux et ses belles branches horizontales invitaient à y grimper à la recherche de vertiges. Les pics-verts jaillissaient tels des flèches d'émeraude entre les branches. Le simple froissement de l'air, dans la chaleur de juillet, quand les insectes s'éparpillent de leur vrombissement sucré, faisait bondir mon coeur : je goûtais déjà le sel de l'existence de tous mes pores. 

Un caprice du ciel nous abritait le temps de l'orage dans une excavation naturelle dans le rocher baptisée « la grotte »  où nous chantions « Shine on you crazy Diamond » plus ou moins juste, au risque de réveiller les chauves-souris...
Le soleil revenu, on se baignait, enfin, on pataugeait dans un trou d'eau glacée envahi de spirodèles, d'à peine un pied de profondeur, que j'appelais sentencieusement l'Etang aux Sortilèges. On y croisait parfois grenouilles et salamandres. Et ces étranges bestioles élastiques appelées geris, aux longues pattes de fil abouties par des spatules. 

Je me sentais de la même famille que les chênes, les iris d'eau et les renards. 
La clé du mystère était là, entier, au creux de moi, dans le mélange des émotions, des vibrations de nos corps adolescents en émoi, et de cette évidence chlorophyllienne qui nous entourait de partout comme une matrice dans laquelle nous nous enfoncions avec le sentiment de découvrir, au bas mot, l'Amazonie. Et sans substance illicites, je fis cette année-là de délicieux voyages, scintillants comme des diamants fous.










* Souviens toi, quand tu étais jeune, tu brillais comme le soleil...




Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait utiliser les mots :
PÂTISSERIE AMOUR SUCRE ORGUE SEL FRAISE SORTILEGE CAPRICE TRIO
FAMILLE COOKIE DOUCEUR ECOEURANT

27 mars 2020

Le rose d'une nouvelle aurore




« Je crois en la couleur rose. Je crois que le rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois aux baisers, beaucoup de baisers. Je crois qu'il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour et je crois aux miracles. »
Audrey Hepburn



***


Tu es de celles que j'admire profondément. Alors j'aime ce que tu dis là. C'est un rayon de soleil qui me réchauffe et rejaillit sur mon entourage. Merci à Miss Zen de m'avoir offert ces simples mots à haute charge positive.
 Tu avais raison, belle évaporée du Tiffany's. Puisque la vie n'est qu'un immense écran de brouillard. Que chacun y voit ce qu'il peut, ou ce qu'il veut. Que tout n'est qu'illusion en fait, et que rien ne dure. Puisque nous sommes ballotés dans les remous des vents temporels, fragiles comme des moucherons, des grains de blé minuscules. Soumis aux oscillations cosmiques. Aux variations climatiques. A la loi immuable de la Vie.
Alors, pourquoi ne pas croire au bonheur, à la force, au rire, à l'amour ? Et à la couleur rose, celle qui chaque matin, nimbe de splendeur, devant mes yeux éblouis, le vallon qui s'étend devant ma maison... 
Je suis une fille joyeuse, je n’y peux rien...

J'aime ce que je lis chez beaucoup d'entre vous en cette période exceptionnelle. On y parle de chance, de petits bonheurs, de nature, de printemps, d'espoir, de joie.
C'est vous qui avez raison, j'en suis intimement convaincue. Vous puisez votre énergie dans de petits riens qui sont tout.
On y voit des gens faire de chaque difficulté une opportunité. Des parents heureux de vivre avec leurs enfants, sans horaires, sans bousculade. Des gens qui découvrent que le temps est élastique. Mille idées jaillissent, en un partage sans fin, une chaîne d'amitié, des élans d'entraide et de solidarité. Beaucoup d'humour aussi. Et c'est bien. 

Le monde est à marée basse. L'immonde bestiole fait son boulot de virus. Comme tous les virus. Celui-là bloque notre respiration. C'est pour que nous comprenions que l'humanité est en train de bouffer son propre oxygène. De s'asphyxier. De scier la fameuse branche dont parlent les vieux chefs indiens depuis des lustres. Et les scientifiques. Que l'on écoute enfin... J'espère que ceux-ci seront aussi bien suivis, demain, quand il parleront de climat et de biodiversité...

C'est une pandémie symbolique. Une apnée à point nommé, mondiale, où chacun doit reprendre son souffle, et s'examiner la conscience au laser. Un mascaret violent qui remonte le courant de nos mauvaises habitudes, nos rivières d'argent sale, nous couloirs aériens, et nous contraint à lutter contre nous-mêmes. Un alignement nouveau de planètes, une syzygie inédite et bénéfique à la fois.

Il nous faut d'urgence cesser les va-et-vient, les agitations, les vanités, les inconséquences, les gaspillages. Cesser de lâcher la proie pour l'ombre. Cesser de courir après on ne sait même plus quoi. Remettre en cause nos formatages, nos formations, nos conformités, nos difformités.

Une plage immense s'étend devant nous. Immaculée. Vierge. Le changement de paradigme. Beaucoup ne comprendront pas la leçon. Elle se représentera à nous. Plus impérieuse, plus cruciale, plus meurtrière que celle-ci.
Jusqu'à ce qu'enfin, les hommes sortent de leur adolescence capricieuse et immature, de leurs névroses ravageuses et se décident à profiter de cette simple merveille : être vivant. 
Comme Audrey, je préfère croire aux miracles. Demain est un autre jour.










Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait placer les mots suivants:

HORAIRE VARIATION REMOUS HAUTE LUNE OSCILLATION VA-ET-VIENT
VENT MASCARET PLAGE BROUILLARD GRAIN SYZYGIE BASSE





21 mars 2020

Anne ma soeur Anne






Anne, ma chère Anne,
Tu sais, je pense souvent à toi, ces temps-ci. Toi qui as vécu un confinement absolu, durant deux ans, deux longues années claquemurée dans une cachette exiguë, sans confort, sans ordinateur, sans musique. Dans la promiscuité pas toujours facile de sept personnes... Confinée, non pour te protéger d’un microbe, mais de la haine et de la folie humaines…Avec la peur, la terreur quotidienne nouée à l’estomac.
Je pense à toi, qui n’a jamais perdu ta joie d’enfant, d'adolescente, trouvant dans chaque parcelle de vie un signe d'espoir, te confiant à ton journal comme pour y trouver la sécurité de bras aimants. Faisant des vœux pour que ton petit crayon à mine de plomb ne s’use pas trop vite…et tremblant à chaque bruit suspect. Pendant deux ans, et pour finir si tragiquement...
Je te dédie mon texte aujourd’hui.








Des bruissements d’insectes visitent les talus. A la fenêtre ouverte sur le monde, mes pensées respirent la lumière du petit matin, dont la poitrine bat plus fort. C’est la saison où les fleurs allument des poèmes dans chaque taillis. L’azur étend ses nuages blancs comme on étend du linge. Avec un parfum de frais, de neuf.
Les bourgeons, serrés dans leurs gangues vernies depuis l’automne, explosent à petit bruit.
La campagne est un jardin, un murmure d’eau, un immense nichoir empli de chants d’oiseaux. La vie ruisselle comme une averse de soleil. La vie répand son onde de créativité. Elle invente des cabanes, des huttes, des terriers, des nids douillets. Le coucou fait son kot dans celui des autres, rien ne change de l’immuable ligne naturelle qui célèbre l’éternel retour des saisons.
Et là, au milieu de ces mille verts, du tendre au soutenu, je respire fort. Au profond de l’air. Sans courir. Sans me presser. Juste en cueillant une brindille d’espoir dans cet instant magique.
Rien ne courbe le cou des arbres. Rien n’alourdit les pierres. Les chevaux brillent, protégés par leurs robes soyeuses. L’âme vraie discerne le bon grain, même quand le blé est en herbe. Elle n’a rien d’un métronome, d’un pâle sentiment, d’une pendule trop bien réglée. L’âme vraie accueille l’instant, et se débarrasse des miasmes factices, illusoires. Elle sait que le ruisseau est ourlé de patience originelle.
La carcasse d’un vieux prunier que l’on croyait mort resplendit d’une ultime et rayonnante floraison.
Les pigeons se cocoonent, se lovent,  dans leur danse de blanches parures.

Les cœurs menottés retrouveront-ils un jour cette sublime évidence d’un matin de mars sur la terre ? Verront-ils les diamants qui brillent dans chaque pierre du chemin ?
Entendront-ils, enfin...


***

Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie.
Il fallait utiliser les mots suivants :
CRÉATIVITÉ – JARDIN – PROTÉGER – SÉCURITÉ – COURIR – PENSÉE – CLAQUEMURER – NICHOIR – COCOONER – CABANE – BRAS – BON – KOT (merci à Adrienne de m'avoir appris ce mot)–

16 mars 2020

Confinement



Je suis là, assise à côté de lui. Un doux rayon de printemps effleure ma peau à travers le velours trop chaud de ma robe. On ne dit rien. On est bien. Jusqu'à quand ? Hier encore, je brassais par bouquets les fleurs de vivre. Mais la douche nous a surpris. Une averse acide. Enorme. Inimaginable. Un nuage noir d'encre qui se déplace à la vitesse de la peur.  J'ai fini par me ranger à la raison, un peu hagarde. J'ai écouté. J'ai réfléchi. Beaucoup. Longtemps. 
Les temps sont étrangement neufs, et pourtant résonnent de douloureux vieux échos.
Comme si l'Histoire se repassait régulièrement de vieux films d'épouvante, tel un gosse qui aime se faire peur. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Inch'Allah.
Je regarde la mer. La source de vie. Je contemple cette éternelle beauté dont jamais l'on ne se lasse, lui comme moi. Les traits furtifs des oiseaux rayant l'air. L'herbe ondulante et les arbres noueux.
Demain, il nous faudra rester là-haut, dans la maison de la colline. Oublier nos habitudes, nos plaisirs futiles, un verre sur une terrasse, une toile, une expo. Mais qu'importe ! On sera bien. On retrouvera l'essentiel. On respirera en croisant les doigts pour tous ceux que l'on aime et qu'on ne va plus voir. On se dira qu'il ne sert à rien de lutter contre l'inéluctable. On fera des voeux pour que la menace s'éloigne. On pensera à ceux qui ont mal, qui ont peur. Aux héros qui travaillent dans l'ombre. On oubliera les mots toxiques, les gens inconséquents, les mauvais augures.
Les écureuils viendront danser leur sarabande dans les mangeoires des mésanges. On écoutera pousser les fleurs. On mangera ce qui restera, et on boira l'eau de la source.
En sachant déjà que dans les temps qui se profilent, il nous faudra réinventer un autre monde. Oublier tout ce que l'on croyait immuable et se jeter dans le renouveau. Simple. Dépouillé. Rafraîchi. Plein de nouvelles promesses. D'habitudes inédites.
- Tu as bien fait de supprimer ton billet sur le chaos, me dit-il. Il sentait le moisi de l'ancien monde.
- Ah oui, je crois...Cela m'a semblé plus sage en effet, au regard de la gravité des choses.
- J'en suis certain. Regarde. Il n'est pas de chaos. Juste l'histoire des hommes qui amorce un fabuleux looping sur l'aile du temps. Wait, and see. Attendons sagement. Confinés, mais pas cons, in fine.
***




Pour l'Atelier du Goût, que je remercie pour cette image très belle et inspirante.

09 mars 2020

Oui, mais...


Je me souviens de ce film où Jugnot jouait un psychothérapeute jovial faisant remarquer avec justesse combien certaines personnes négatives commencent systématiquement leur réponse par « oui mais » dès qu'on essaie de leur proposer un bout de solution à leurs problèmes. S'ensuit toujours un flot de bonnes excuses et de cramponnements à des bénéfices secondaires pour ne pas bouger un auriculaire à améliorer leur situation, dont ils se plaignent pourtant avec application.
En clair, ils veulent bien, soi-disant, oui mais...ils ne peuvent pas.
Certes, ce film n'était pas un traité de psychologie, juste une comédie tendre et amère sur certaines incommunicabilités, certains blocages, certaines impasses ou difficultés de la vie, et leur possible résolution. 
Cependant, il donnait une vision assez juste de ce comportement étrange et pourtant répandu : on s'emporte contre sa vie, on peste, on râle, « oui mais » on ne fait rien pour la changer. On se laisse submerger au lieu de se battre, on reproduit inlassablement les mêmes schémas, les mêmes erreurs, on baisse les bras au lieu de relever le front. 
La vie m'a appris que les « oui mais » sont souvent des compromissions, des frilosités qui ne donnent rien de bon au final. Qui paralysent et empêchent d'agir.
Peut-être ai-je été élevée dans le principe (qui pourra paraître maladroit, vieillot, exagéré ou un peu magique) que « quand on veut, on peut » ? 
A moins que cette volonté d'acier, cette rage de vaincre qui m'anime, de vaincre mes faiblesses et les peurs ne vienne justement d'un désir farouche d'échapper à mes conditionnements ?
Je ne sais pas. On ne sait jamais vraiment quand on touche au subtil. Mais je rends grâce à mon éducation et à mon chemin de vie d'avoir « forgé mon âme plutôt que de l'avoir meublée » comme disait Montaigne.
Toujours est-il que ces pensées tournoient dans ma tête depuis quelques temps. Je ne puis m'empêcher de repenser à ma vie d'enseignante, d'éducatrice et de mère, certes pas infaillible, mais animée de valeurs et de sains questionnements,  quand je vois de plus en plus d'enfants tyranniques, irascibles et névrosés par un mal à la mode  « l'intolérance à la frustration ». Des parents croyant en toute bonne foi que leur rôle est de faire plaisir à leurs enfants. Des enfants à qui l'on cède tout, calcinés par l'angoisse que leur procure ce « no limit » permanent, et qui n'apprennent pas, de ce fait, à cultiver leur trésor intérieur. 
Or c'est ce trésor intérieur qui permet, plus tard, de se sortir des plus épineuses circonstances de la vie. D'allumer la petite incandescence du coeur, qui fait de l'adulte le créateur, conscient et responsable, de ses rêves d'enfant. 
C'est ce feu qui permet de se préparer à affronter n'importe quel lendemain, qu'il chante ou non. Et de dire oui à la Vie. 
Un oui beau et franc, inconditionnel comme l'amour devrait toujours l'être.



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Pour l'atelier de Lakévio chez le Goût.
A mon amie Den, qui se bat comme une lionne.
A vous tous, mes amis, qui savez cultiver votre trésor intérieur.

26 février 2020

Heaven can wait







C'était, je m'en souviens,  une belle ferme en pierres apparentes, nichée dans un vallon verdoyant. Au milieu coulait une rivière argentée qui glougloutait parmi les herbes. Dans un enclos en liberté batifolaient de jeunes cochons bien roses et dodus. Une enseigne de fer forgé rouillé indiquait « boutique ». Nous entrâmes, et là, devant le spectacle des jambons et des saucissons pendus au plafond, devant les étalages de rosette, de pâtés et de saucisses, devant les caillettes et autres jésus parfumés, mon fils aîné qui devait avoir six ou sept ans à l'époque, s'exclama : « Mais c'est le paradis ici ! » Je dois vous avouer que mon fils a toujours préféré le salé au sucré. Il m'en donna là une preuve éclatante.

L'événement n'a que peu d'importance pour vous, sans doute, mais moi, il m'interpella gravement au niveau du vécu et de ma conception philosophique personnelle de la notion de paradis. Je compris que j'avais toujours eu la prescience que le paradis est un concept mou et éminemment subjectif.
Précisons déjà que j'ai toujours trouvé étrange de passer sa vie à espérer aller dans un endroit où il ne se passe plus rien, où l'on ne fait plus rien, où il fait toujours beau. Comme disait Woody Allen, l'éternité c'est long, surtout vers la fin...
Pourtant, les îles paradisiaques ont toujours bonne presse dans les esprits. C'est fou comme les tour operators manquent d'imagination !
Moi, je trouverais assez effrayante l'idée de passer le restant de mes jours sur une plage de sable blanc, fût-il corallien, coincée entre une mer d'opale et un ciel céruléen, sous des palmiers échevelés par des alizés à température quasi constante. Une ou deux semaines, allez, ça passe...Mais je déprimerais au bout d'un mois, je crois. En rêvant de nuages, de vent, de crocus et de primevères et de chandelles de givre au fronton d'un chalet...Et pour ne pas périr d'ennui, je pense que j'en arriverais à casser ma chaise-longue en petits morceaux pointus pour me fabriquer un mikado.
Alors, l'idée d'y passer le restant de ma mort, même pas en rêve.
Notez bien que l'enfer ne me tente pas plus...Fait trop chaud ! Et y a trop de bruit, ça braille il paraît là-dedans, bref, pas pour moi.
Je préfère penser que je me réincarnerai pour revenir ici, sur cette bonne vieille terre, où je suis si bien, même si c'est en magnolia, en crocodile ou en moulinette à persil. 
En attendant, le ciel peut attendre comme disent les Grands Bretons. Mon paradis, c'est ici et maintenant. Niché au fond de mes émerveillements. Ces derniers jours, il a pris des formes variées et étonnantes :  la demeure de Léonard de Vinci et ses drôles de machines, un séquoïa de cinq cents ans,  la Loire gris acier étalant ses moires sous un soleil humide, un petit crachin matinal sur Angers, les éclats de rire et les premiers mots de ma petite-fille, Lambert Wilson triomphant dans le Misanthrope, les chevreuils sortant des forêts pour pâturer au crépuscule, des châteaux, un pont-canal, un évêché, un toboggan, une cathédrale, une mousse au chocolat, une chinoise hilarante et cette route merveilleuse à tes côtés, mon amour, et ces paysages variés et sublimes, le Mont Blanc tout là bas, au delà des volcans d'Auvergne...et ton sourire et tes bras en houppelande. J'en oublie, j'en oublie...

A chacun son nirvâna, son jardin d'Eden, son coin de paradis ou de parapluie, n’est-ce pas ?



11 février 2020

Cette légère vibration de l'air...

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Eluard





Je l'ai trouvé ravissant, ce bouquet de prunus en fleurs, que Lucile m'a délicatement offert aujourd'hui. Suave, élégant. La beauté de la simplicité absolue.
Un petit reste du billet précédent, sans doute, maintenant que le bruit du torrent s'est dissipé dans les brumes de l'hier : ce bouquet m'a évoqué le Japon. A une de ces aquarelles fines que Chinou peindrait sans doute avec grâce.
C'était l'anniversaire de Claude aujourd'hui. Mon gentleman des plaines picardes, tu es loin, mais j'ai pensé à toi. Je pense souvent à toi. A Clarisse, à Léna. A ce banc où je m'assois parfois, comme dans un songe.
Jacques est passé boire le café. Le vent du sud soufflait doux. Un merle, à sept heures du matin, quand la nuit paresse encore un peu du côté de l'ouest, tirait des plans sur sa comète. Deux écureuils se fritaient la queue, on aurait dit deux flammes autour de la mangeoire aux oiseaux. J'ai pensé à Françoise.
J'ai fait des sablés à la vanille, et du thé à la bergamote. 
Au marché,  j'ai croisé Nadine et Jean-Yves, deux autres comètes au pas de gymnastique, trop pressés pour prendre un café. Leur cours de Pilates les attendait...Drôle de nom pour une discipline sportive. Doit-on se laver les mains avant de pratiquer le Pilates ?
Puis je suis allée chez Jean-Marc, enfin dans sa librairie, ma caverne d'Ali Baba, mon triangle des Bermudes, mon losange de Michaelis. Je n'ai plus compté le temps. 
Une heure ? Deux heures ?
En sortant, j'ai vu que les nuages jouaient leur ombre contre un peu de soleil. C'était beau comme un Sisley.
Ma soeur m'a fait rire avec son billet du jour.
J'ai travaillé à un secret, je ne peux encore rien dire, chut ! Je suis écoutée, et lue... Mais cela m'a chauffé l'intérieur mieux que mon café crème au comptoir de chez Nico. Mais oui, vous saurez...
Seul mon ami Petrus est dans la confidence, mais je sais qu'il ne dira rien.
Les amis, ça tient les secrets au creux de leurs mains, serrées comme des bourgeons de marronnier. Les amis, ça ne te trahit jamais. Ça te connaît, et ça t'aime quand même.
Anne-So a passé une biopsie à la clinique, Véro s'est déchiré le tendon. Je pense à Mathilde et à son chagrin. La vie c'est parfois comme une diligence qui perd une roue sur les cahots du chemin. J'ai pensé à tous ceux dont je n'ai plus de nouvelles.
Mes journées ont mille parfums. Mille éclats. Aujourd'hui, comme chaque jour, j'ai senti l'odeur de l'amour, du café, du pain grillé, de l'herbe sèche, des pins et du linge au vent. Le fumier dans le champ. Les ravioles au pesto et le parmesan. 
Et toujours, cette légère vibration de l'air que seuls sentent ceux qui ont des antennes.
Avec en plus, quelques fleurs de prunus. 
Et mon amour qui me déclame comme de l'Eluard avec ses yeux et j'ai le coeur en confiture...





L'humour de ma soeur, j'adore !