C'est une scène que j'adore, extraite d' Un Singe en Hiver", un de mes films-cultes.
Pas seulement parce qu'elle met en présence deux "monstres sacrés" éternels du cinéma français.
Mais surtout parce qu'en quelques mots, Antoine Blondin nous déploie avec génie le grand Barnum des passions humaines, et le choc de deux conceptions de l'existence: ceux qui aiment l'imprévu, les fantaisistes, les audacieux, les poètes face à ceux à qui le mot fait peur, qui plient leur bonheur percalisé dans des armoires, qui se réfugient dans une rassurante routine. Ceux qui n'osent pas, parce que ça ne se fait pas, les tétanisés du qu'en dira-t-on.
Les gentils et les méchants de Fugain, ceux qui font l'amour le samedi et ceux qui font ça n'importe quand...
Les oiseaux de passage de Brassens...
Et le fossé est si grand entre ces deux façons de vivre, qu'on a l'impression que la communication est impossible. Le point d'orgue de cette scène sublime, c'est le monologue de Gabin, l'alcoolique repenti, qui se met visiblement à parler chinois à une Suzanne Flon médusée et consternée à la fois.
"-Ecoute ma bonne Suzanne, t'es une épouse modèle...Mais si, t'as que des qualités.Et physiquement t'es restée comme je pouvais l'espérer.C'est l'bonheur rangé dans une armoire...Et tu vois, même si c'était à refaire, eh bien je crois que je t'épouserais de nouveau. Mais tu m'emmerdes. Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour, mais TU- M'EM-MERDES!
J'ai pas encore les pieds dans le trou mais ça vient, bon dieu, tu te rends pas compte que ça vient? Et plus ça vient plus je m'aperçois que j'ai pas eu ma ration d'imprévu. Et j'en redemande! t'entends, j'en redemande!
-L'imprévu, qu'est-ce que ça veut dire?
-Ah...rien, c'est des idées d'un autre monde, et puis ne parlons plus de ça, va.
-Parce que tu sais, si ça te manquait vraiment, si t'y pensais trop, tu pourrais...je sais pas moi...reprendre un peu de vin aux repas, un demi-verre...
-Un demi verre...Dis toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce serait plus le vin, ce serait l'ivresse."
L'ivresse...
Un génie, cet Antoine Blondin, je vous dis.
Un génie, cet Antoine Blondin, je vous dis.
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