22 juillet 2023

Miroslava

  




Photo Instants d'images

Il y avait de la magie dans l'air ce soir-là. C'était un beau soir de juillet où le vent avait fait une pause, la température était idéale et les amis au rendez-vous. Mon ami Bernard nous avait parlé de Miroslava, cette violoncelliste ukrainienne réfugiée en France, qu'il héberge, et de la possibilité d'organiser un concert privé pour la soutenir.
Nous avions dit oui avec enthousiasme. Souvenez-vous, je vous en avais touché deux mots dans mes miscellanées de juin. 
 Sous le vieux chêne, la mélopée nostalgique de son violoncelle électrique, bizarre instrument allongé, tel un gros insecte blanc niché dans les bras de la belle virtuose, a envahi la nuit. Nous avions soigné les éclairages, et fait briller les flûtes à champagne pour la collation d'après concert. Le jardin semblait transcendé par la musique.
Ce fut doux et très réussi. Notre public fut généreux, sensible à l'aspect caritatif de ce projet.
Ce n'est pas rien de se retrouver séparée de l'homme que l'on aime, et de son père, dans un pays lointain, embarquée dans l'aventure avec une mère et une petite fille d'un an. Le tragique de la guerre n'est jamais ordinaire. La musique, elle, contient tout l'espoir de ce monde qui oublie si souvent l'essentiel.




Pour en savoir plus:


Avant que la guerre ne les sépare, momentanément espérons-le, Miroslava faisait partie du Quartet Asturia, un groupe de quatre filles somptueuses qui dépoussièrent la musique classique et composent aussi des pièces originales. Les puristes seront sans doute agacés par leurs arrangements musicaux de Vivaldi ou Bach, ou par leurs instruments électriques. Mais leur talent est indéniable. Elle portent en elles la fougue et l'espérance des peuples meurtris. Et chacune de leurs videos fait plusieurs millions de vues. Ce n'est pas forcément un critère, mais en l'occurrence, je crois que oui.







Les photos sont de mon ami Dominique Hallier, photographe de grand talent.

12 juillet 2023

Petite pause
















J’ai le coeur trop occupé. L’été m’ébouriffe dans son flot de vents chauds, de beaux soirs de cigales et de fontaines, les tomates rougissent, est-ce de me voir baigner nue quand la chaleur se fait si lourde ? Demain un nouveau train m’emporte, vers un ailleurs, peut-être sans écran, sans réseau, et sans vous. Je vais retrouver la famiglia. La mifa, comme ils disent. On va lire, jouer, rire, chanter. Redonner nos couleurs au monde, nichés dans nos guitares. Je vais revoir mes miniminimoi. Mes trois princesses aux yeux purs.
Mais vous savez bien que je reviens, toujours. Ce n’est pas comme si je pouvais me passer de vous.
En attendant, regardez les étoiles, rêvez un peu, riez beaucoup. Laissez couler des larmes aussi. Il n’y a rien de plus doux en ce monde, que de réaliser que l’on en fait partie.
Et ne jouez pas (trop) avec les allumettes.
Tendrement


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Citation de voyage

30 juin 2023

Lettres de Ré (fin)

 



Dix jours passent décidément bien vite, lorsque l'on est en bonne compagnie, et dans un lieu d'exception. Les grincheux fulmineront que la furie immobilière s'est emparée des maisons de pêcheurs, des petites fermes ostréicoles et de la tranquillité de l'île pour en faire un paradis pour riches. Ils vous parleront du prix au mètre carré qui ne tourne pas rond. De la valse des étiquettes sur les marchés et aux terrasses. Et de l'invasion des touristes à cause du pont qui a volé l'âme de l'île. C'est sans doute vrai. 
Mais moi, je vais garder au fond de mes yeux la lumière. Cette lumière inexprimable, baignée d'océan. Le petit bois de Trousse Chemise et le Banc du Bûcheron, empreints de poésie. Les colliers d'escargots blancs accrochés aux poteaux. Les façades immaculées ponctuées de volets verts. Le microclimat qui laisse exploser les lauriers, les pins d'Alep, les acanthes, les myrtes et les succulentes, et puis les vignes donnant un vin léger et ambré, un petit bout de Méditerranée au milieu de l'Atlantique. Je vais emporter au fond de moi le son des vagues berçant mes nuits, les longues bandes de grève striées d'algues vertes, ce ponton où tu m'as sublimée. Les baudets du Poitou et les ânes en culotte, vieille tradition rhétaise. Ou rétaise, au choix*. 
 Le clocher d'Ars sur le velours du crépuscule, et les feux de la Saint Jean brûlant mon coeur.
Et tous ces oiseaux étonnants, habitants les marais, comme autant de traits de liberté entre le ciel et l'eau.
Merci à vous, mes fidèles, qui avez suivi mes tribulations d'amoureuse de la vie, à travers ces quelques lettres de la belle adorée chère à Nougaro.

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*Voir ici l'explication.



























25 juin 2023

Lettres de Ré (3)

 



Sur l'île, la bicyclette est un art de vivre. Une douceur de déplacement, pour mieux sentir le vent de l'océan nous parcourir de frissons. J'apprécie la chance d'être ici en juin. Le temps est superbe, mais sans les hordes de l'été. Sans le stress de la foule. C'est un peu comme si l'île s'offrait en toute intimité. Aux regards épris de sa beauté sauvage. L'air de la mer donne une transparence unique et fraîche à toute heure de la journée.
Je croyais avoir vu le plus beau, les jours précédents. Mais la réserve naturelle du Fier est une splendeur à chaque tournant de chemin. Une splendeur encore plus splendide, si j'ose ce barbarisme pléonastique. Un paradis pour la gent ailée. Quand on roule parmi les sternes, les goélands argentés et les spatules, c'est très exaltant. On a l'impression d'être admis, en quelque sorte, dans le grand dessein de l'univers.
Quant aux couleurs...Quel peintre ne rêverait d'une telle palette ? Les salicornes et leur vert presque fluo, les algues d'or recouvrant les étangs, les camaïeux de bleus, gris verts, c'est d'une beauté, si tu savais !
La soirée fut festive. Clin d'oeil à « Alceste à bicyclette » tourné ici, sur la plage du Grouin, et dans le fameux restaurant « les Frères de la Côte ». Les fruits de mer étaient délicieux, la mer sublime, les amis joyeux et drôles; bref, un de ces soirs précieux où l'on se sent encore plus vivant que d'habitude. Quant aux couchers de soleil, le Petit Prince les envierait, sans doute.

(à suivre)

























23 juin 2023

Lettres de Ré (2)

 





La promenade des marais salants, d'Ars jusqu'à Loix, quitte le port pour s'enfoncer dans une symphonie rafraîchissante de couleurs et d'oiseaux. C'est un royaume liquide, humide, la mousse repeint les pontons, les aigrettes, les échasses à pattes rouges, les tadornes de Belon, les avocettes élégantes et les huîtriers-pies s'ébattent parmi les roseaux. Cela allonge considérablement le trajet, car à chaque détour du chemin, on a envie de photographier quelque chose. Une lumière. Un paysage. Un oiseau. Un trait d'horizon
Les sauniers proposent de petits étals en libre service où chacun peut acquérir un peu de ces précieuses gemmes qui font la réputation de l'île. Il suffit de laisser l'argent dans une boîte. Ici, on dirait que la confiance et l'honnêteté sont préservées, au même titre que tous ces animaux menacés d'extinction.

Hier soir, à Saint Martin, c'était un autre univers. Plus sonore, moins sauvage, la fête de la musique célébrait l'été, emplissant le port de ses notes de blues ou de jazz. Les remparts brillaient sur la mer au soleil couchant, faisant oublier la chanson de Léo Ferré, « Merde à Vauban ». Les lieux d'histoire perdent de leur tragique, toujours, avec le temps.
Moi, je vis ici chaque minute avec ce sentiment profond d'être dans un lieu mythique. J'ouvre grand mes yeux, mes narines, mes chakras. Je m'emplis de tout. Et j'essaie, j'essaie seulement, mais y parviendrai-je ? de vous faire goûter un peu de la saveur salée de cette île unique.

(à suivre)