En réponse aux déchaînements plumitifs, picaresques et piratesques de
Rackham le Rouge et de Bizak son complice de tribulations, je vous offre
une petite fantaisie légère pour égayer ce début d'automne.
Pour toutes celles, et ceux qui aiment rêver d'aventure ...
Pour toutes celles, et ceux qui aiment rêver d'aventure ...
***
Laissez-moi vous conter la rencontre singulière que je fis un soir de longue lune où les courants avaient ramené
mon vaisseau tout contre celui d’un écumeur des mers bien connu.
J’avais jeté négligemment, pour les réchauffer, ma capeline de
velours noir sur mes frêles épaules dénudées par le même vent. Ma
robe blanche flottait en étendard autour de mes cuisses.
Cependant que nous descendîmes dans le ventre
chaud du bateau, pas un bruit ne troublait cette nuit fabuleuse où
scintillaient les reflets de la lune sur l’eau comme autant de diamants. Le Capitaine avait
dû assommer ses hommes d’une triple ration de rhum.
Une fois dans la cache secrète, Jack fit
jouer un hasardeux mécanisme qui, fruit de mon imagination en fièvre, ou
réalité tangible, déclencha l’apparition de maître Pô.
« Par Carradine ! Comment est-ce
possible ? » Murmurai-je in petto. Cela dura quelques minutes. De sa
voix énigmatique, Maître Pô me prédit un imminent bonheur.
Puis l’image disparut, me laissant sans voix.
Je regardai mon compagnon dont le corps se colla au mien.
La tête pleine de cette magie puissante que
seuls les maîtres pirates savent dispenser, telle une musique envoûtante, au
cœur des moussaillonnes, je me promis pourtant de résister à l’appel de ces
bras puissants, en me concentrant sur celui de ma drogue favorite. Mais Jack me la
servit aussitôt, dans la profondeur humide de cette cale prodigieuse : un
chocolat fumant et diabolique qui pouvait facilement embarquer les neurones
dans le désir vibrant de la chair étonnée.
Soudain l’homme au tricorne lécha mes
moustaches de chocolat, d’une langue si douce que tout mon être fondit comme beurre de cacao au soleil des Tropiques. C’en fut fait de mes résolutions de
rebelle.
Dans un grand élan de soie et de bure, nos
corps firent voler leurs vêtements pour se retrouver nus et plaqués au sol par des alizés espiègles. C’était d’une surprenante langueur et en même temps d’une
force tremblante qui ôtait les mots de la bouche et les faisait sécher comme
des harengs sur des cordes de lin.
Je fus subjuguée. La vigueur conquérante de Jack n’était donc pas un mythe ! La quille de son navire me chavira, tout de go, investit mes creux et mes monts, parcourus mes abris côtiers, s’attarda sur mes plages, souffla dans mes haubans et bientôt je ne fus plus que houle ondulante et flots déferlants.
Je fus subjuguée. La vigueur conquérante de Jack n’était donc pas un mythe ! La quille de son navire me chavira, tout de go, investit mes creux et mes monts, parcourus mes abris côtiers, s’attarda sur mes plages, souffla dans mes haubans et bientôt je ne fus plus que houle ondulante et flots déferlants.
Il manoeuvra dans mes eaux troubles durant ce
qui me sembla des heures, infatigable pourfendeur et havre bienfaisant à la
fois. Ses mains affolantes semblaient trouver seules les chemins de mon haletant désir,
connaître chaque crique, chaque grain de sel de ma peau. Le cuivre de la sienne
luisait d’un éclat sauvage à la lueur des lampes à huile. Nous bûmes encore et
encore de ce breuvage si inspirant, et je repartis à l’assaut en l’enfourchant
en amazone pour une cavalcade sauvage qui me laissa épantelée.
Au matin, je quittai la goélette, la dentelle
en désordre, les cheveux fous et le cœur renversé de félicité.
Comme jadis, le voyant aveugle ne se trompait jamais.






