Il y a trois jours, constatant combien l'administration et les élus faisaient peu de cas des problèmes de la base agissante, une maman d'élève voulant me faire un compliment me dit, dans un langage imagé et néanmoins pertinent: "Pourtant, vous vous déchirez vraiment pour cette école, depuis deux ans!"
Hier j'ai entendu un bruit bizarre dans mon dos en attrapant une pile de dictionnaires. Craaaac!
Je me suis déchirée.
Depuis, je marche à une allure de tortue anémique, et mon corps donne une image assez exacte de la perpendicularité de deux segments de droite. Déchirure de l'ilio-costal sacro-lombaire.
Étranges, ces concomitances entre sens propre et sens figuré. Les choses nous gonflent, nous saoulent, nous prennent la tête, nous sortent des yeux...On se fait de la bile, ou du mauvais sang, on se fait des cheveux blancs. On en a plein le dos, plein le c..., on prend sur soi, on a du mal à avaler, ça ne passe pas, on n'a pas digéré, on reste sans voix...
Chaque expression correspond à une pathologie, c'est bien connu!
Parfois, j'en ai peut-être un peu plein le dos de me déchirer, quand je vois le peu de reconnaissance des élites pensantes...
L'une
des conséquences collatérales de mon métier, c'est que je n'ai jamais quitté
l'école.
Il
en résulte que les mots mêmes de la scolarité sont attachés à ma vie comme des
chewing-gums mâchés sous la semelle de mes chaussures. Jamais quittés, le
cartable, les classeurs, les feuilles doubles ou simples, à grands ou petits
carreaux.
Jamais
perdu l'habitude de plonger mon nez dans les livres neufs, de respirer la
colle, d'essayer mon stylo dans la paume de ma main.
Je
goûte toujours en rentrant, et quand j'ouvre mon cartable, que je consulte mon
agenda "septembre à septembre", j'ai toujours l'impression de faire
mes devoirs.
L'odeur
de la craie humide sur le tableau, les soirs d'hiver blêmes où l'on allume la
lumière pour l'étude du soir. Et quelques vestiges du temps passé: les
vieux livres de bibliothèque avec la fiche glissée à l'intérieur, les images et
les bons points, les cartes de France physique ou politique (selon le côté que
l'on accroche).
Les
tubes de gouache, l'encre de Chine, le papier Canson format raisin, les cartons
à dessin verts ou rouge chinés de noir.
J'ai
toujours ma boite de crayons de couleur Caran d'Ache, arc-en-ciel magique que
je sors de temps en temps pour donner à mes élèves l'envie de posséder la même:
une boîte de Pandore d'où s'échappent en farandole des milliers de rêves
multicolores.
Les
poèmes de Prévert, les compléments circonstanciels, les fractions et la règle
de trois ne m'ont jamais quittée, fidèles compagnons de mon chemin atypique.
La
sonnerie qui retentit dans le couloir, rythmant les heures de son long appel
aigrelet. La récréation, les cordes à sauter, les élastiques, les billes (ah!
les billes...) qui fleurissent toujours, résistant malgré l'invasion des
jeux de cartes japonisants, et autres toupies à tête chercheuse sorties tout
droit des mangas à la mode.
La
magie des vacances qui approchent, cette sorte de jubilation de l'attente,
les cadeaux de Noël , l'odeur des papillotes et des
mandarines pour le goûter du dernier jour. Le jeu du pendu au
tableau, parfois, quand il pleut et que l'on fait récré en classe...
Je
suce mon crayon pour réfléchir, je souligne toujours la date en rouge, j'aime
écrire au stylo-plume...J'ai encore de l'encre ou de la colle sur les doigts,
de la craie sur mes vêtements, et des désirs d'adolescente.
Je
n'ai jamais quitté l'école, et je cache toujours dans mes cahiers d'écolière
mes rêves et mes blessures, mes secrets et mes bleus à l'âme.
Mon week end a ressemblé à ces fleurs duveteuses sur lesquelles on souffle : des petits bouts de rien, des petits bouts de bonheur. Disséminés au vent comme des graines de pissenlit.
D'abord ma fille unique et préférée qui a débarqué par surprise mercredi soir alors que je ne l'attendais que pour le weekend. La dernière fois, c'était le 4 août.. Que d'émotion! Ma fille solaire, douce et obstinée, avec de temps en temps des éclats de bouillonnement qui me rappellent vaguement quelqu'un...Pour tout vous dire je me retrouve beaucoup en elle.
Ma fille et ses petits attirails créatifs, rubans, tulle, plumes, toujours une soirée en perspective, ou un déguisement original à confectionner. Elle sera superbe en...chut, je n'ai pas le droit de le dire! pour sa soirée à thème "Cinéma". Ma fille future ingénieur(e?) en génie biologique, scientifique et pourtant tellement sensible et artiste...
Soirées délicieuses, chocolat chaud, canapé moelleux, films que l'on loue. Du bonheur à la demande. Séance coiffure maison, où elle me confie le champ de blé qui lui sert de chevelure pour une coupe " des pointes, hein maman, seulement des pointes!"
Petits déjeuners câlins complices sur la terrasse, un temps d'une douceur extrême, et samedi matin, nous voilà parties en ville. Après les magasins de chaussures en quête de la paire de bottines pour premières pluies qui s'annoncent, nous arpentons le marché du samedi, le poulet rôti parfume le sac, les tomates s'arrondissent de plaisir, les rencontres sont plaisantes, les terrasses de café bruissent au soleil. Ah quel relief les choses prennent-elles soudain, quand on est entre filles! J'aurais voulu que ces heures ne s'arrêtent jamais.
Le repas de midi nous a donné un beau fou-rire, quand, interrogé par sa grande soeur, le Zado nous a donné son premier sentiment sur la philo. Ayant découvert Platon et sa caverne, mon grand sifflet nous assène avec la prodigieuse assurance de son âge: "on dira ce qu'on voudra, ils étaient quand même bien chargés, les philosophes! Je me demande qu'est-ce qu'il fumait, Platon, pour inventer un truc pareil!"
J'ai une pensée émue pour mon amie Zenondelle, qui a la délicate mission d'éveiller de jeunes esprits à la philosophie...
Et les heures ont passé, tendres et belles, jusqu'au départ, tout à l'heure. Et à l'inévitable retour sur terre. Les choses sont bien ordonnées. Les enfants ne sont pétris de nous-mêmes que pour mieux s'en aller.
Le coeur d'une mère se déchire toujours un peu. Elle hésite: laisser parler ses sentiments, ses ressentis, ne pas nier ce pincement léger, ce picotement de l'oeil, ou bien se dire que c'est bien ainsi, et enfouir sa nostalgie pour ne pas culpabiliser l'enfant et l'aider à grandir. Pour ne pas être abusive.
Alors je choisis de sourire en évoquant avec vous mes petits serrements de coeur, et je ramasse une à une les petites graines de pissenlit qui traînent encore dans la maison.
"Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes Et depuis chaque année à la date susdite Je mouillais mon mouchoir En souvenir de vous Or nous y revoilà mais je reste de pierre Plus une seule larme à me mettre aux paupières Le 22 septembre aujourd'hui je m'en fous." Georges Brassens Cliquez sur la flèche rouge sans toucher le bandeau
Il y a ceux qui racontent toute leur vie, avec des photos de leurs vrais gosses, avec leur vrai nom et le vrai lieu où ils vivent. Ceux-là pensent qu'ils n'ont rien à cacher.
Parmi ceux-là, quand même, certains ne donnent pas accès aux commentaires. On regarde, mais on ne touche pas! Ceux-là mettent leur vie derrière une vitrine.
Il y a ceux qui s'emmitouflent frileusement dans un pseudo mystérieux, qui floutent leurs gosses, qui leur donnent de faux noms, restent évasifs sur leur lieu de vie, ne mettent que des photos tronquées, ou absconses...Ceux-là s'expriment en se cachant.
Il y a ceux qui ne mettent jamais de photos, ou alors piquées sur le net, et ne donnent aucune indication permettant de les reconnaître, mais qui savent que certains les reconnaissent en les lisant. Ceux-là n'osent plus vraiment se lâcher...
Il y a ceux qui s'amusent, lisent, vont au ciné, au théâtre, au concert, regardent la télé, cousent, cuisinent, peignent, chantent, sculptent, scrapbookent, chassent les papillons, escaladent, plongent, jardinent, volent, photographient, bricolent, dessinent, collent, coupent, inventent, tricotent, font du théâtre, découvrent, voyagent ou font un métier qu'ils aiment...ceux-là veulent simplement nous faire partager leur passion.
Il y a ceux qui organisent des concours de lecture, des défis d'écriture, des salons où l'on cause. Ceux-là ont un agenda bien rempli et une pile à lire impressionnante!
Il y a ceux qui se soignent le corps et l'âme par l'écriture, transcendent, psychanalysent, analysent, parfois nombrilisent.Ceux-là osent parler d'eux-mêmes et regarder leur vie en face.
Il y a ceux qui nouent des liens, ont besoin de parler, cherchent l'amour ou l'amitié.Ceux-là cherchent à rompre leur solitude.
Il y a ceux qui politisent, attisent, militent, philosophent, revendiquent, réfléchissent, pensent.Ceux-là transforment leur blog en agora, en plate-forme d'expression directe, en dissertation, en essai, en forum.
Il y a ceux qui rêvent, poétisent, racontent, content, récitent, relatent, traduisent, jouent avec les mots.Ceux-là ont choisi la métaphore pour parler d'eux.
Il y a ceux qui se font des programmes, pour maigrir, pour mettre de l'ordre, pour leurs loisirs, pour retrouver leurs priorités.Ceux-là ont besoin d'un public qui les encourage.
Et au final, combien de cris d'amour ou de souffrance pour cette vie qui aspire, dérange, fait peur, excite ou exalte? Combien de mots ou d'images pour s'arracher à la douleur d'être, ou s'adonner au bonheur d'exister? Combien de ponts pour les timides, les grincheux, les joyeux, les sceptiques?
Tant de miroirs différents me renvoyant mon image comme un immense kaléidoscope.
Tant de façons de parler de vous, qui me donnez grande tendresse pour l'humaine fragilité, et le sentiment d'un fil ineffable entre vous et moi.
Parfois, elle se disait que la lumière de début d'automne était la plus belle qui fût.
Peut-être à cause de la fragilité de l'air, impalpable, mais pourtant bien réelle. L'été finissant avait les interrogations muettes et fatalistes d'une femme encore belle. Elle se sentait être cette femme. C'était dans cet "encore" que résidait toute cette fragilité. Comme si les feuilles encore vertes, l'air encore chaud savaient déjà la morte saison, ses décrépitudes et ses déconfitures, et s'y préparaient par un sursaut de splendeur.Il lui semblait qu'il lui faudrait vivre toujours plus fort, entendre davantage encore battre dans son coeur cette sarabande effrénée, cueillir toujours davantage les roses de la vie.
Peut-être à cause de la chaleur encore présente dans le flamboiement de midi, mais qui s'enfuyait vite au crépuscule.Comme si le soir aspirait toute la chaleur du jour. L'heure du thé ne s'étirait plus en longueur. Les premiers frissons du soir faisaient rentrer les tasses et les miettes de gâteau dès la dernière gorgée avalée.
La lumière de l'automne balbutiant flattait les formes et nimbait de belles dorures les arbres du jardin.
Le ciel paraissait intensément plus bleu. Les visages plus doux et apaisés.
Les fièvres étincelantes de l'été feraient bientôt place aux journées d'ocre et de rouge, à la simplicité fraîche et belle des octobres lumineux. Ainsi allait la vie, ses saisons et ses cycles virevoltants appelés parfois très justement tourbillon.
Il y a quatre mois, je décrivais l'imperceptible vent de légèreté qui flottait dans l'air débarrassé de la chape de plomb du sarkozysme. Dans les bulles de l'euphorie, je n'oubliais pas, quand même, de rappeler qu'il faudrait être vigilant, et ne pas se laisser emporter par trop d'enthousiasme.
Une petite voix me disait que ces beaux messieurs, qu'ils se réclament de la droite décomplexée ou de la gauche "socio-libérale" , n'ont que très peu d'ambition véritable pour la France, et ses habitants.
En revanche, leur ambition personnelle me semble démesurée.
Les "purs" sont systématiquement évincés des urnes, et lorsqu'ils parviennent au pouvoir, ils finissent assassinés. Les exemples ne sont pas rares dans l'histoire. La probité, ça dérange en politique, et le glissement est aisé entre les nécessaires compromis et les ignobles compromissions.
Il me semble que l'on est définitivement englué dans un système qui ne renaîtra jamais de ses cendres, et que le jeu de Monopoly que nous vivons depuis deux siècles, avec la naissance du capitalisme, va arriver à sa fin, naturellement et sans que l'on y puisse rien. Et quelle que soit la couleur du pouvoir en place. Et par forcément dans la sérénité, hélas...
En attendant, quatre mois après, je sens déjà poindre, à travers les conversations de comptoir, l'inévitable déception de mes contemporains. Les riches "se cassent" en Belgique à grands coups médiatiques, le gaz augmente, les impôts augmentent, le chômage perdure, les Roms sont encore mis dehors...Les sdf se préparent à l'hiver...
Quant à l'école, avec sa lourdeur mammouthesque, elle ne s'est aperçu de rien encore.
Ben oui, le discours anaphorique du candidat, "moi, président de la République" s'est dégonflé comme une baudruche. Parce qu'il ne pouvait en être autrement.
C'est toujours la haute finance qui tient la barre.Et le peuple se trompe en râlant contre les impôts. Il faut payer des impôts directs, bon sang, ceux-là seuls sont justes, les taxes indirectes sont d'une injustice flagrante et insupportable. Il faut être content de payer des impôts, voilà un slogan qui ferait chou-blanc, et pourtant...(heureusement je n'ai pas d'ambition politique, je serais vraiment très mauvaise!)
Réguler les frontières ni trop ni trop peu, économiser sans spolier, consommer moins, mieux, plus équitable, mieux gérer les budgets dans les mairies, les départements, les régions, arrêter de jeter l'argent par les fenêtres , arrêter de tricher, de truander le fisc, arrêter de se complaire dans la critique, de former des clans haineux, de se monter les uns contre les autres, au contraire essayer de puiser les bonnes idées dans tous les horizons, débattre calmement, et essayer de construire ensemble plutôt que de détruire séparément, vivre sans stress dans le positif pour être moins malades et coûter moins d'argent...voilà un programme qui ferait sûrement ricaner les pros de la politique. C'est pourtant le programme qu'il nous faudra essayer d'appliquer un jour, sinon...
Le plus à craindre est qu'un mot en -isme vienne aligner tout le monde dans quelque temps, un mot en -isme qui arriverait démocratiquement et avec le consentement du peuple aveuglé par des leurres. Ça s'est vu par le passé. Brr! j'en ai froid dans le dos par avance.
La baguette magique ne peut être détenue par un chef d'état, tout seul avec ses deux petites mains dans son grand bureau en cuir. Même avec de grandes et belles idées humanistes.
La baguette magique, elle est cachée au coeur de l'humain, dans les valeurs qui devront triompher un jour sous peine d'extinction de l'espèce. La solidarité, l'entraide, la générosité, le partage, l'humilité et le respect de l'autre. Et ce, à l’échelle de la planète toute entière.
Mais là, il me semble que c'est voir un peu loin pour le nez à courte vue de ces chers politicards...
Sur la route un peu grise des petits matins de rentrée, où l'on sort trop tôt du lit, où il fait un peu frais, où l'on frissonne sur le paradis perdu des vacances au soleil, le temps a semé pour moi ses éclats de mica. Ils brillent comme autant de petites étoiles après une pluie de rosée.
C'est cette chanteuse sublime , Lou Doillon, et sa voix incroyable: du granit enveloppé dans du velours. Un velouté incomparable et au-dessous, une force étrange. Je suis envoûtée, comme mon amie Croukougnouche.
C'est la découverte d'un système que je n'avais pas encore expérimenté: les courses alimentaires sur internet.Je me suis lancée. J'ai choisi tranquillement mes salades, mes yaourts , tous mes produits préférés, dans un fauteuil, et quand je suis arrivée au magasin, à l'heure H, un charmant monsieur m'a apporté en trois minutes mon cabas rempli de bonnes choses. Magique! et gratuit...Pourquoi n'en ai-je pas profité plus tôt? Economique aussi, car on ne prend que ce dont on a besoin, et l'on n'est pas tenté par tout un tas de jolies choses parfaitement inutiles...
C'est ce temps d'été indien, un temps de citronnade et de flâneries pour mon premier vrai weekend depuis ma rentrée le vingt-sept août. De quoi oublier les fatigues, et la somme colossale de tout ce que j'ai eu à gérer ces derniers jours. L'air flotte enrubanné de promesses, et je me sens portée sur les ailes de mon ange favori.
C'est pouvoir encore se promener en robe d'été, manger dehors, siester sous l'arbre. Étrenner mon nouveau vélo venu effacer ma mésaventure de juillet. Respirer les odeurs grisantes d'une saison qui n'est pas encore l'automne et plus tout à fait l'été...
Ce sont mille petits signes , des paroles réconfortantes, des encouragements, de la part de gens que j'aime. Merci à mon amie C. pour sa petite leçon de vie du matin, aujourd'hui à la bibliothèque.
Merci à la vie, simplement, de me permettre de savoir toujours pourquoi je me lève le matin.
Cela fait neuf jours que je remets mon bateau à flot...
Ce soir j' ai la tête à l'envers. Et le corps engourdi de sommeil.
J'ai la tête pleine de tous ces menus soucis qui font la beauté d'une rentrée des classes. Les petits et les gros travaux, les erreurs de commandes, les peintures trop criardes ou trop pâles, les portes qui ne ferment plus, les cartons qui s'amoncellent...Les classes qui s'habillent pour le grand jour, qui se réveillent de la léthargie et de la poussière de l'été.
Les tableaux à préparer, les mille tâches administratives! Ô joie ineffable de retrouver la poésie implacable des circulaires de rentrée: délai de rigueur, décret, projets et autres joyeusetés.
Entendre son nom prononcé des dizaines de fois par jour, redevenir le dieu lare, la Pythie et la Fée du Logis...le maillon qui se doit de n'être ni faible ni manquant...
Ne pas manquer la réunion traditionnelle des directeurs, avec la lecture solennelle des dernières " impulsions gouvernementales"...et parfois un bâillement étouffé à l'heure de la sieste, quand il fait si beau dehors et que l'on doit absorber toutes ces indigestes recommandations...alors s'accorder une pause de trois minutes pour décompresser et rêver un peu.
Et puis ils sont arrivés, ce matin, joli cortège de visages rayonnants ou grimaçants, avec leurs petites tenues d'écoliers tout neufs...des larmes de joie ou d'inquiétude, la peur d'entrer dans cette grande école si impressionnante.
Les "anciens du CM2 " roulent tranquillement les mécaniques, avec leur petite gueule "de celui à qui on ne la fait plus", regardant avec commisération les nains du CP et du CE1...
Les listes que l'on consulte, comme pour les résultats du bac, avec un peu d'appréhension de ne pas retrouver ses meilleurs copains...les cris de joie, les déceptions, les jérémiades de certains.
Rassurer, expliquer, consoler. Faire oeuvre de pédagogie avec le sourire. En soignant aussi sa tenue de rentrée. Donner le meilleur de soi-même, jusque dans les petits détails. Les enfants aiment les jolies maîtresses bien habillées, les colliers, le parfum...
Mettre en route une classe: tout un art! Ne pas trop en dire, dévoiler un peu mais laisser planer quelque mystère, sur ce que sera cette nouvelle année scolaire. Regarder un à un les regards s'allumer comme de petites bougies, à l'écoute des paroles rassurantes de la maîtresse, que l'on croyait sévère "mais qui, en fait, est très gentille, tu sais maman, et elle nous a joué de la guitare dès le premier jour.."
En fait, ce n'est pas la tête, c'est le coeur que j'ai à " sɹǝʌuǝ,l ", chavirée par l'émotion des premiers jours, bien différente de celle des derniers...Une émotion chargée de l'odeur des cahiers neufs, des boites de feutres arc-en-ciel, des bonnes résolutions, et de l'espoir de tous les possibles. Comme un nouveau départ, une nouvelle chance que l'on donne à chacun de repartir sur du neuf.
Tout me dit que je n' ai pas encore fini d'aimer ce métier de fou!
Voilà, Asphodèle, tu nous as régalés pendant si longtemps avec ton alphabet magique. Aujourd'hui c'est l'apothéose, la clé de voûte, le point d'orgue, l'apogée, enfin bref! La fin.
Elle
était arrivée un beau jour à midi au village. Aux alentours, et jusqu'en haut en haut de la ziggourat au moment
de la prière, le temps avait semblé se suspendre. Un léger zéphyr soulevait
sa robe d’une couleur excitante à mi-chemin entre incarnat et zinzolin, laissant entrevoir des jambes à faire
frémir la culotte d’un Zouave. Rien que son prénom était déjà une injure à
la vertu. Elle s’appelait Zarzuela.
A-t-on idée d’un nom pareil ?
Chaque jour, elle allait faire son marché. Sous
le zénith insolent du bled, émanait d'elle une irradiante beauté et elle passait innocemment
la pointe de sa langue sur sa lèvre supérieure, pour l’humecter à cause de la chaleur intense. Mais ce geste apical semblait une invitation en pointillé…
Elle
était du genre qui laisse présager rapidement une zizanie générale, à en juger par
l’hostilité tangible des femmes qui la regardaient traverser la place. Elle avait ce zeste de provocation naturelle qui
rend zinzins la plupart des hommes, des Mozabites aux Zoulous…Quand elle parlait, son
adorable bouche zozotait très légèrement, ce qui ajoutait encore à son charme innocent.
« Retourne
dans ton zoo, sale gazelle ! » crachaient ses rivales qui voyaient d’un
mauvais œil ce papillon nocturne tourner autour de leurs maris comme les zeuzères autour des
lampes, le soir, quand le désert fait payer sa chaleur à la nuit.
Comment
rester zen, en effet, quand cette créature du diable faisait tanguer sa croupe
affriolante à tout bout de champ, en zigzaguant sur le sable de la route, perchée sur ses talons
trop hauts…
Comment
ne pas avoir le trouillomètre à zéro quand chacune voyait son homme faire le
zèbre devant la donzelle et grossir le rang de ses zélateurs rivalisant de zèle …Attablés
devant leur anisette, ils la couvaient tous d’œillades zenamourées, et quand
elle se penchait pour ramasser son panier, il y avait, comme on dit, un blanc dans la conversation. Assurément les plus
beaux fruits n’étaient jamais ceux du panier.
Lassée et triste de cette situation inconfortable, entre des hommes lubriques et des femmes jalouses, Zarzuela partit un beau matin comme elle était venue. Elle
avait lu dans son zodiaque qu'un meilleur destin l’appelait ailleurs.
Le village retrouva une morne tranquillité.
Zut !
s’exclamèrent les femmes du village quand elles comprirent, un peu tard, que c'était cette muse qui inspirait à leurs époux leurs assauts pleins de vigueur virile, pour leur plus grand plaisir…Vigueur qui, bien que personne n'osât se l'avouer, n'était plus vraiment la même, depuis le départ de Zarzuela...
Un commentaire sur mon précédent message m'a d'abord fichu le blues, puis beaucoup fait réfléchir.
"Un retour aux sources après la pause ...
Un détachement lucide, mais que deviendra-t-il quand il se frottera aux dures réalités ?
Tes mots sonnent comme une incantation, paroles magiques d'un acte surnaturel(?): être heureuse quoiqu'il en soit !"
Comment le comprendre? Comment comprendre pourquoi ces simples mots m'ont mis le coeur en berne? J'ai tourné cette phrase longtemps dans tous les sens pour essayer de saisir pourquoi, à travers quelques mots, tout mon être s'est mis à vibrer à basse fréquence, comme si je recevais une giclée d'eau froide en pleine poire.
Ma grand-mère disait;"il n'y a que la vérité qui fâche". Et elle avait raison, une fois de plus. Non que cette vérité m'ait "fâchée" au sens de mettre en colère. Mais plutôt apporté une sorte de contrariété diffuse, une sensation indéfinissable que j'ai éprouvé le désir de définir, justement.
C'est vrai, c'est pure vérité, je pratique la magie incantatoire pour attirer ma bonne étoile au-dessus de ma tête. Je tâche toujours de me persuader que je n'ai aucune raison de ne pas être heureuse, c'est vrai. D'aucuns appelleront ça la méthode Coué. C'est vrai que j'enrobe tout d'un voile de miel et de rose. C'est vrai que j'essaie de toujours voir le bon côté des choses.
Et pourtant j'ai, au fond de moi, comme chacun, des blessures profondes, des cicatrices, des désillusions, des choses sombres et sales qui ont tourné au-dessus de ma tête comme des vautours, et se sont même posées sur moi dans le passé. J'ai mis un temps infini à me laver de leur empreinte malfaisante.
Mais je ne ressasse plus le passé.Oui, c'est vrai, j'ai la faiblesse de penser que l'on peut décider d'être heureux. Par des tas de petits gestes quotidiens. Par une acceptation de ce que l'on a plutôt que dans la convoitise de ce que l'on n'a pas. La contemplation des bienfaits de la vie m'aide à oublier mes p'tites misères.
Quant aux dures réalités, magie ou pas, elles me rattraperont un jour, je m'y attends, la mort des proches, les accidents, les maladies, les revers de l'existence. Je les affronterai alors comme tout le monde, ni mieux, ni moins bien, et je verserai alors toutes les larmes de mon pauvre corps.
Alors au final, ai-je à rougir ou me justifier de ces vérités? Non. Ce qui, dans ce commentaire lucide et très vrai, m'a stoppée net dans mon élan de béatitude, c'est de réaliser tout à coup combien il est maladroit, en voulant partager son bonheur, de ne réussir qu'à en éclabousser tout le monde . De comprendre après coup que cela puisse paraître surnaturel, et de mettre mes chers lecteurs mal à l'aise. Parce que ce n'est pas dans ma nature de faire de la peine aux gens, tous ceux qui me connaissent vous le diront.
Et que trop de bonheur peut gêner.Pire, agacer.
Le commentaire était de mon cherAntiblues, que je remercie de m'avoir secoué le cocotier quelque peu. Ça fait un bien fou en ces périodes de bonnes résolutions et de redémarrage septembrien. Et je ne lui en veux absolument pas si je suis comme je suis!
Merci à Delphine de m'avoir fait redécouvrir l'original de cette chanson que je ne connaissais que par Diana Krall...
Je profite des derniers jours pour égayer mon esprit dans la lecture d'un roman de Colette.(Duo, 1927)
Je me laisse envahir par sa langue chaude et enclose de capiteux parfums. Ouvrir un livre de Colette, c'est comme entrouvrir un flacon précieux, et se sentir vaciller d'un frisson délicieux.
Je ressens la langueur de ces journées d'été qui s'étirent à l'infini. Sans doute cette langueur est-elle due à un trop plein de chaleur, de moiteur d'une saison qui fait encore semblant quelque temps de battre son plein, mais qui n'y croit plus vraiment. Comme si les orages promis tournaient au-dessus des margelles assoiffées sans vouloir lâcher leur bonde. Une respiration désordonnée de la Nature. Un hoquet qui ne vient pas.
J'ai passé mon été à regarder vivre mes chats, telle cette grande dame des mots, cette femme admirable qui troua le casque des conventions de sa plume étourdissante. Je vais comme elle, le visage incliné négligemment appuyé sur ma main en forme de conque. Attentive au moindre souffle de la vie en moi, aux pulsations d'un coeur aimant la fièvre et le miel, plus que jamais. Je ne regrette rien. Je suis toute entière tournée vers l'avenir. J'adore mon métier, comme vous le savez. Comme j'ai adoré le temps des vacances.
Les actualités me sont devenues lointaines comme ces sirènes déchirant à peine le silence tellement elles parviennent assourdies , comme dans ces masets de Provence où l'air vibre de mille bruits agréables dans la colline, et où l'on entend vaguement, au loin, les pompiers en se disant qu'on a peut-être rêvé.
Plus que jamais, je rassemble en moi la force nécessaire à une nouvelle année, me débarrassant, comme de vulgaires miasmes, de tout ce qui viendrait polluer mon espace intérieur. M'entourant de gens me ravissant l'âme, m'emplissant de mots d'une beauté farouche, refusant avec énergie de laisser entrer en moi les doutes, les mesquineries, les revanches, les colères, les compromissions, les contrariétés.
Acceptant et laissant couler comme une source tous les bonheurs qu'offre la vie à des yeux avides. Prenant la vie comme un roman. M'abandonnant à la rêverie plus que jamais.
Et je lisse mes ailes de papillon aux derniers rayons d'août, attendant d'aller me frotter sans crainte aux scintillants éclats d'une existence que j'adore et qui me le rend bien.
On
n’a pas encore attaqué la répétition que Walter Valentine, le célèbre metteur
en scène wallon, a déjà les yeux exorbités, et la face rubiconde d’un
Peau-Rouge à qui on a piqué son wigwam.
La métaphore n’a rien d’innocent :
le très polémique Belge a pris en effet le pari audacieux de transposer Marivaux
dans un décor de western. Sur le plan de la création néo-contemporaine, il n’en
est pas à son coup d’essai. Mais pour l’instant, cette pièce, c’est plutôt « le Jeu de
l’Amour et du Bazar »…
-Bon!
C’est la dernière avant la générale, j’espère que tout le monde est prêt !
Un
soupir collectif et désabusé accueille cette entrée en matière. Depuis des
mois, les acteurs ont beau faire du yoga, et se saouler tous les soirs, pour oublier, les hommes au whisky
et les filles au Xérès, ils en ont plus qu’assez
de se faire hurler dessus par cet excentrique et furieux énergumène.
-Bon, crie ledit chef dans son mégalomane mégaphone, le wagon et la diligence,
c'est ok! Mais c'est quoi cette yole sur la rivière ?
Pourquoi pas un yacht, tant que vous y êtes ? Bon sang, j’avais demandé
une pirogue, c’est pourtant pas compliqué ! Ils sont où, les décorateurs?
...Dorante et Arlequin, quand vous
aurez fini de jouer au whist, on pourra peut-être commencer ? Allez, les
trois coups, Sylvia, Lisette, en place !
-Mais encore une fois, de quoi vous
mêlez-vous, pourquoi répondre de mes sentiments ? -C'est que j'ai cru que dans cette occasion-ci, vos sentiments...
-Non non non non non ! Les filles, c’est
du yaourt, ça ! Je vous l’ai dit, je veux du piment, du wasabi, ça doit brûler,ça doit piquer !
…Et Mario, tu tiens ton banjo comme un
xylophone ! Tu veux des baguettes peut-être ?
…Eh, Orgon! Tu es censé
chasser le wapiti, pas le wallaby ! Arrête de faire des bonds, on dirait
un yoyo ! Tu vas finir par m’énerver…
-Ah,parce que vous êtes calme, là ? Qui a osé? Silence sur le plateau.Tout le monde se regarde. C'est Mario qui a osé.On chuchote. La tension est à son comble. Le retour de bâton va être énorme! On sent que les acteurs, dépités, sont en train de devenir un à un xénophobes...