27 mars 2020

Le rose d'une nouvelle aurore




« Je crois en la couleur rose. Je crois que le rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois aux baisers, beaucoup de baisers. Je crois qu'il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour et je crois aux miracles. »
Audrey Hepburn



***


Tu es de celles que j'admire profondément. Alors j'aime ce que tu dis là. C'est un rayon de soleil qui me réchauffe et rejaillit sur mon entourage. Merci à Miss Zen de m'avoir offert ces simples mots à haute charge positive.
 Tu avais raison, belle évaporée du Tiffany's. Puisque la vie n'est qu'un immense écran de brouillard. Que chacun y voit ce qu'il peut, ou ce qu'il veut. Que tout n'est qu'illusion en fait, et que rien ne dure. Puisque nous sommes ballotés dans les remous des vents temporels, fragiles comme des moucherons, des grains de blé minuscules. Soumis aux oscillations cosmiques. Aux variations climatiques. A la loi immuable de la Vie.
Alors, pourquoi ne pas croire au bonheur, à la force, au rire, à l'amour ? Et à la couleur rose, celle qui chaque matin, nimbe de splendeur, devant mes yeux éblouis, le vallon qui s'étend devant ma maison... 
Je suis une fille joyeuse, je n’y peux rien...

J'aime ce que je lis chez beaucoup d'entre vous en cette période exceptionnelle. On y parle de chance, de petits bonheurs, de nature, de printemps, d'espoir, de joie.
C'est vous qui avez raison, j'en suis intimement convaincue. Vous puisez votre énergie dans de petits riens qui sont tout.
On y voit des gens faire de chaque difficulté une opportunité. Des parents heureux de vivre avec leurs enfants, sans horaires, sans bousculade. Des gens qui découvrent que le temps est élastique. Mille idées jaillissent, en un partage sans fin, une chaîne d'amitié, des élans d'entraide et de solidarité. Beaucoup d'humour aussi. Et c'est bien. 

Le monde est à marée basse. L'immonde bestiole fait son boulot de virus. Comme tous les virus. Celui-là bloque notre respiration. C'est pour que nous comprenions que l'humanité est en train de bouffer son propre oxygène. De s'asphyxier. De scier la fameuse branche dont parlent les vieux chefs indiens depuis des lustres. Et les scientifiques. Que l'on écoute enfin... J'espère que ceux-ci seront aussi bien suivis, demain, quand il parleront de climat et de biodiversité...

C'est une pandémie symbolique. Une apnée à point nommé, mondiale, où chacun doit reprendre son souffle, et s'examiner la conscience au laser. Un mascaret violent qui remonte le courant de nos mauvaises habitudes, nos rivières d'argent sale, nous couloirs aériens, et nous contraint à lutter contre nous-mêmes. Un alignement nouveau de planètes, une syzygie inédite et bénéfique à la fois.

Il nous faut d'urgence cesser les va-et-vient, les agitations, les vanités, les inconséquences, les gaspillages. Cesser de lâcher la proie pour l'ombre. Cesser de courir après on ne sait même plus quoi. Remettre en cause nos formatages, nos formations, nos conformités, nos difformités.

Une plage immense s'étend devant nous. Immaculée. Vierge. Le changement de paradigme. Beaucoup ne comprendront pas la leçon. Elle se représentera à nous. Plus impérieuse, plus cruciale, plus meurtrière que celle-ci.
Jusqu'à ce qu'enfin, les hommes sortent de leur adolescence capricieuse et immature, de leurs névroses ravageuses et se décident à profiter de cette simple merveille : être vivant. 
Comme Audrey, je préfère croire aux miracles. Demain est un autre jour.










Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait placer les mots suivants:

HORAIRE VARIATION REMOUS HAUTE LUNE OSCILLATION VA-ET-VIENT
VENT MASCARET PLAGE BROUILLARD GRAIN SYZYGIE BASSE





21 mars 2020

Anne ma soeur Anne






Anne, ma chère Anne,
Tu sais, je pense souvent à toi, ces temps-ci. Toi qui as vécu un confinement absolu, durant deux ans, deux longues années claquemurée dans une cachette exiguë, sans confort, sans ordinateur, sans musique. Dans la promiscuité pas toujours facile de sept personnes... Confinée, non pour te protéger d’un microbe, mais de la haine et de la folie humaines…Avec la peur, la terreur quotidienne nouée à l’estomac.
Je pense à toi, qui n’a jamais perdu ta joie d’enfant, d'adolescente, trouvant dans chaque parcelle de vie un signe d'espoir, te confiant à ton journal comme pour y trouver la sécurité de bras aimants. Faisant des vœux pour que ton petit crayon à mine de plomb ne s’use pas trop vite…et tremblant à chaque bruit suspect. Pendant deux ans, et pour finir si tragiquement...
Je te dédie mon texte aujourd’hui.








Des bruissements d’insectes visitent les talus. A la fenêtre ouverte sur le monde, mes pensées respirent la lumière du petit matin, dont la poitrine bat plus fort. C’est la saison où les fleurs allument des poèmes dans chaque taillis. L’azur étend ses nuages blancs comme on étend du linge. Avec un parfum de frais, de neuf.
Les bourgeons, serrés dans leurs gangues vernies depuis l’automne, explosent à petit bruit.
La campagne est un jardin, un murmure d’eau, un immense nichoir empli de chants d’oiseaux. La vie ruisselle comme une averse de soleil. La vie répand son onde de créativité. Elle invente des cabanes, des huttes, des terriers, des nids douillets. Le coucou fait son kot dans celui des autres, rien ne change de l’immuable ligne naturelle qui célèbre l’éternel retour des saisons.
Et là, au milieu de ces mille verts, du tendre au soutenu, je respire fort. Au profond de l’air. Sans courir. Sans me presser. Juste en cueillant une brindille d’espoir dans cet instant magique.
Rien ne courbe le cou des arbres. Rien n’alourdit les pierres. Les chevaux brillent, protégés par leurs robes soyeuses. L’âme vraie discerne le bon grain, même quand le blé est en herbe. Elle n’a rien d’un métronome, d’un pâle sentiment, d’une pendule trop bien réglée. L’âme vraie accueille l’instant, et se débarrasse des miasmes factices, illusoires. Elle sait que le ruisseau est ourlé de patience originelle.
La carcasse d’un vieux prunier que l’on croyait mort resplendit d’une ultime et rayonnante floraison.
Les pigeons se cocoonent, se lovent,  dans leur danse de blanches parures.

Les cœurs menottés retrouveront-ils un jour cette sublime évidence d’un matin de mars sur la terre ? Verront-ils les diamants qui brillent dans chaque pierre du chemin ?
Entendront-ils, enfin...


***

Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie.
Il fallait utiliser les mots suivants :
CRÉATIVITÉ – JARDIN – PROTÉGER – SÉCURITÉ – COURIR – PENSÉE – CLAQUEMURER – NICHOIR – COCOONER – CABANE – BRAS – BON – KOT (merci à Adrienne de m'avoir appris ce mot)–

16 mars 2020

Confinement



Je suis là, assise à côté de lui. Un doux rayon de printemps effleure ma peau à travers le velours trop chaud de ma robe. On ne dit rien. On est bien. Jusqu'à quand ? Hier encore, je brassais par bouquets les fleurs de vivre. Mais la douche nous a surpris. Une averse acide. Enorme. Inimaginable. Un nuage noir d'encre qui se déplace à la vitesse de la peur.  J'ai fini par me ranger à la raison, un peu hagarde. J'ai écouté. J'ai réfléchi. Beaucoup. Longtemps. 
Les temps sont étrangement neufs, et pourtant résonnent de douloureux vieux échos.
Comme si l'Histoire se repassait régulièrement de vieux films d'épouvante, tel un gosse qui aime se faire peur. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Inch'Allah.
Je regarde la mer. La source de vie. Je contemple cette éternelle beauté dont jamais l'on ne se lasse, lui comme moi. Les traits furtifs des oiseaux rayant l'air. L'herbe ondulante et les arbres noueux.
Demain, il nous faudra rester là-haut, dans la maison de la colline. Oublier nos habitudes, nos plaisirs futiles, un verre sur une terrasse, une toile, une expo. Mais qu'importe ! On sera bien. On retrouvera l'essentiel. On respirera en croisant les doigts pour tous ceux que l'on aime et qu'on ne va plus voir. On se dira qu'il ne sert à rien de lutter contre l'inéluctable. On fera des voeux pour que la menace s'éloigne. On pensera à ceux qui ont mal, qui ont peur. Aux héros qui travaillent dans l'ombre. On oubliera les mots toxiques, les gens inconséquents, les mauvais augures.
Les écureuils viendront danser leur sarabande dans les mangeoires des mésanges. On écoutera pousser les fleurs. On mangera ce qui restera, et on boira l'eau de la source.
En sachant déjà que dans les temps qui se profilent, il nous faudra réinventer un autre monde. Oublier tout ce que l'on croyait immuable et se jeter dans le renouveau. Simple. Dépouillé. Rafraîchi. Plein de nouvelles promesses. D'habitudes inédites.
- Tu as bien fait de supprimer ton billet sur le chaos, me dit-il. Il sentait le moisi de l'ancien monde.
- Ah oui, je crois...Cela m'a semblé plus sage en effet, au regard de la gravité des choses.
- J'en suis certain. Regarde. Il n'est pas de chaos. Juste l'histoire des hommes qui amorce un fabuleux looping sur l'aile du temps. Wait, and see. Attendons sagement. Confinés, mais pas cons, in fine.
***




Pour l'Atelier du Goût, que je remercie pour cette image très belle et inspirante.

09 mars 2020

Oui, mais...


Je me souviens de ce film où Jugnot jouait un psychothérapeute jovial faisant remarquer avec justesse combien certaines personnes négatives commencent systématiquement leur réponse par « oui mais » dès qu'on essaie de leur proposer un bout de solution à leurs problèmes. S'ensuit toujours un flot de bonnes excuses et de cramponnements à des bénéfices secondaires pour ne pas bouger un auriculaire à améliorer leur situation, dont ils se plaignent pourtant avec application.
En clair, ils veulent bien, soi-disant, oui mais...ils ne peuvent pas.
Certes, ce film n'était pas un traité de psychologie, juste une comédie tendre et amère sur certaines incommunicabilités, certains blocages, certaines impasses ou difficultés de la vie, et leur possible résolution. 
Cependant, il donnait une vision assez juste de ce comportement étrange et pourtant répandu : on s'emporte contre sa vie, on peste, on râle, « oui mais » on ne fait rien pour la changer. On se laisse submerger au lieu de se battre, on reproduit inlassablement les mêmes schémas, les mêmes erreurs, on baisse les bras au lieu de relever le front. 
La vie m'a appris que les « oui mais » sont souvent des compromissions, des frilosités qui ne donnent rien de bon au final. Qui paralysent et empêchent d'agir.
Peut-être ai-je été élevée dans le principe (qui pourra paraître maladroit, vieillot, exagéré ou un peu magique) que « quand on veut, on peut » ? 
A moins que cette volonté d'acier, cette rage de vaincre qui m'anime, de vaincre mes faiblesses et les peurs ne vienne justement d'un désir farouche d'échapper à mes conditionnements ?
Je ne sais pas. On ne sait jamais vraiment quand on touche au subtil. Mais je rends grâce à mon éducation et à mon chemin de vie d'avoir « forgé mon âme plutôt que de l'avoir meublée » comme disait Montaigne.
Toujours est-il que ces pensées tournoient dans ma tête depuis quelques temps. Je ne puis m'empêcher de repenser à ma vie d'enseignante, d'éducatrice et de mère, certes pas infaillible, mais animée de valeurs et de sains questionnements,  quand je vois de plus en plus d'enfants tyranniques, irascibles et névrosés par un mal à la mode  « l'intolérance à la frustration ». Des parents croyant en toute bonne foi que leur rôle est de faire plaisir à leurs enfants. Des enfants à qui l'on cède tout, calcinés par l'angoisse que leur procure ce « no limit » permanent, et qui n'apprennent pas, de ce fait, à cultiver leur trésor intérieur. 
Or c'est ce trésor intérieur qui permet, plus tard, de se sortir des plus épineuses circonstances de la vie. D'allumer la petite incandescence du coeur, qui fait de l'adulte le créateur, conscient et responsable, de ses rêves d'enfant. 
C'est ce feu qui permet de se préparer à affronter n'importe quel lendemain, qu'il chante ou non. Et de dire oui à la Vie. 
Un oui beau et franc, inconditionnel comme l'amour devrait toujours l'être.



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Pour l'atelier de Lakévio chez le Goût.
A mon amie Den, qui se bat comme une lionne.
A vous tous, mes amis, qui savez cultiver votre trésor intérieur.

26 février 2020

Heaven can wait







C'était, je m'en souviens,  une belle ferme en pierres apparentes, nichée dans un vallon verdoyant. Au milieu coulait une rivière argentée qui glougloutait parmi les herbes. Dans un enclos en liberté batifolaient de jeunes cochons bien roses et dodus. Une enseigne de fer forgé rouillé indiquait « boutique ». Nous entrâmes, et là, devant le spectacle des jambons et des saucissons pendus au plafond, devant les étalages de rosette, de pâtés et de saucisses, devant les caillettes et autres jésus parfumés, mon fils aîné qui devait avoir six ou sept ans à l'époque, s'exclama : « Mais c'est le paradis ici ! » Je dois vous avouer que mon fils a toujours préféré le salé au sucré. Il m'en donna là une preuve éclatante.

L'événement n'a que peu d'importance pour vous, sans doute, mais moi, il m'interpella gravement au niveau du vécu et de ma conception philosophique personnelle de la notion de paradis. Je compris que j'avais toujours eu la prescience que le paradis est un concept mou et éminemment subjectif.
Précisons déjà que j'ai toujours trouvé étrange de passer sa vie à espérer aller dans un endroit où il ne se passe plus rien, où l'on ne fait plus rien, où il fait toujours beau. Comme disait Woody Allen, l'éternité c'est long, surtout vers la fin...
Pourtant, les îles paradisiaques ont toujours bonne presse dans les esprits. C'est fou comme les tour operators manquent d'imagination !
Moi, je trouverais assez effrayante l'idée de passer le restant de mes jours sur une plage de sable blanc, fût-il corallien, coincée entre une mer d'opale et un ciel céruléen, sous des palmiers échevelés par des alizés à température quasi constante. Une ou deux semaines, allez, ça passe...Mais je déprimerais au bout d'un mois, je crois. En rêvant de nuages, de vent, de crocus et de primevères et de chandelles de givre au fronton d'un chalet...Et pour ne pas périr d'ennui, je pense que j'en arriverais à casser ma chaise-longue en petits morceaux pointus pour me fabriquer un mikado.
Alors, l'idée d'y passer le restant de ma mort, même pas en rêve.
Notez bien que l'enfer ne me tente pas plus...Fait trop chaud ! Et y a trop de bruit, ça braille il paraît là-dedans, bref, pas pour moi.
Je préfère penser que je me réincarnerai pour revenir ici, sur cette bonne vieille terre, où je suis si bien, même si c'est en magnolia, en crocodile ou en moulinette à persil. 
En attendant, le ciel peut attendre comme disent les Grands Bretons. Mon paradis, c'est ici et maintenant. Niché au fond de mes émerveillements. Ces derniers jours, il a pris des formes variées et étonnantes :  la demeure de Léonard de Vinci et ses drôles de machines, un séquoïa de cinq cents ans,  la Loire gris acier étalant ses moires sous un soleil humide, un petit crachin matinal sur Angers, les éclats de rire et les premiers mots de ma petite-fille, Lambert Wilson triomphant dans le Misanthrope, les chevreuils sortant des forêts pour pâturer au crépuscule, des châteaux, un pont-canal, un évêché, un toboggan, une cathédrale, une mousse au chocolat, une chinoise hilarante et cette route merveilleuse à tes côtés, mon amour, et ces paysages variés et sublimes, le Mont Blanc tout là bas, au delà des volcans d'Auvergne...et ton sourire et tes bras en houppelande. J'en oublie, j'en oublie...

A chacun son nirvâna, son jardin d'Eden, son coin de paradis ou de parapluie, n’est-ce pas ?



11 février 2020

Cette légère vibration de l'air...

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Eluard





Je l'ai trouvé ravissant, ce bouquet de prunus en fleurs, que Lucile m'a délicatement offert aujourd'hui. Suave, élégant. La beauté de la simplicité absolue.
Un petit reste du billet précédent, sans doute, maintenant que le bruit du torrent s'est dissipé dans les brumes de l'hier : ce bouquet m'a évoqué le Japon. A une de ces aquarelles fines que Chinou peindrait sans doute avec grâce.
C'était l'anniversaire de Claude aujourd'hui. Mon gentleman des plaines picardes, tu es loin, mais j'ai pensé à toi. Je pense souvent à toi. A Clarisse, à Léna. A ce banc où je m'assois parfois, comme dans un songe.
Jacques est passé boire le café. Le vent du sud soufflait doux. Un merle, à sept heures du matin, quand la nuit paresse encore un peu du côté de l'ouest, tirait des plans sur sa comète. Deux écureuils se fritaient la queue, on aurait dit deux flammes autour de la mangeoire aux oiseaux. J'ai pensé à Françoise.
J'ai fait des sablés à la vanille, et du thé à la bergamote. 
Au marché,  j'ai croisé Nadine et Jean-Yves, deux autres comètes au pas de gymnastique, trop pressés pour prendre un café. Leur cours de Pilates les attendait...Drôle de nom pour une discipline sportive. Doit-on se laver les mains avant de pratiquer le Pilates ?
Puis je suis allée chez Jean-Marc, enfin dans sa librairie, ma caverne d'Ali Baba, mon triangle des Bermudes, mon losange de Michaelis. Je n'ai plus compté le temps. 
Une heure ? Deux heures ?
En sortant, j'ai vu que les nuages jouaient leur ombre contre un peu de soleil. C'était beau comme un Sisley.
Ma soeur m'a fait rire avec son billet du jour.
J'ai travaillé à un secret, je ne peux encore rien dire, chut ! Je suis écoutée, et lue... Mais cela m'a chauffé l'intérieur mieux que mon café crème au comptoir de chez Nico. Mais oui, vous saurez...
Seul mon ami Petrus est dans la confidence, mais je sais qu'il ne dira rien.
Les amis, ça tient les secrets au creux de leurs mains, serrées comme des bourgeons de marronnier. Les amis, ça ne te trahit jamais. Ça te connaît, et ça t'aime quand même.
Anne-So a passé une biopsie à la clinique, Véro s'est déchiré le tendon. Je pense à Mathilde et à son chagrin. La vie c'est parfois comme une diligence qui perd une roue sur les cahots du chemin. J'ai pensé à tous ceux dont je n'ai plus de nouvelles.
Mes journées ont mille parfums. Mille éclats. Aujourd'hui, comme chaque jour, j'ai senti l'odeur de l'amour, du café, du pain grillé, de l'herbe sèche, des pins et du linge au vent. Le fumier dans le champ. Les ravioles au pesto et le parmesan. 
Et toujours, cette légère vibration de l'air que seuls sentent ceux qui ont des antennes.
Avec en plus, quelques fleurs de prunus
Et mon amour qui me déclame comme de l'Eluard avec ses yeux et j'ai le coeur en confiture...





L'humour de ma soeur, j'adore !


31 janvier 2020

Kyudo



« Rallie-toi à tous ceux qui essaient, qui prennent des risques, qui tombent qui se blessent et qui se risquent à nouveau. Éloigne-toi de ceux qui assènent des vérités, qui critiquent les gens qui pensent autrement. Qui n'ont jamais fait un pas sans être certains d'être respectés. Et qui préfèrent avoir des certitudes plutôt que des doutes.

Rallie-toi à ceux qui s'exposent et qui ne craignent pas d'être vulnérables : ceux-là ont compris que l'on ne peut s'améliorer qu'en regardant ce que fait son prochain, non pas pour le juger, mais pour admirer son dévouement et son courage. »
Paulo Coehlo

























Ce matin, j'ai marché dans la mousse qui fait à la colline comme une sorte de pelisse vert fluorescent. J'ai senti sa douceur fraîche sous mes pas.  Je suis allée m'asseoir sur la pierre, là-haut. Elle était chaude des premiers rayons un peu hardis que prodigue le soleil à cette époque de l'année. Le ciel liserait l'horizon d'une étoffe bleu cobalt. C'était d'une beauté...
Les chênes frétillaient autant que des cerisiers japonais. 
 Les mésanges saluaient ce dernier jour de janvier de leur petit boucan joyeux. 
On aurait dit le printemps, dis, tu le crois ? 
J'ai lu d'un trait « La Voie de l'Archer » un petit livre que j'ai acheté à la librairie hier soir, au gré de mes musardages. Je vous ai dit combien j'aimais les librairies déjà ? Ah oui, bien sûr je vous l'ai dit...
 Un petit livre à la couverture sensuelle comme une peau. Quelle diablerie ces coquins d'éditeurs mettent-ils dans ces détails qui font vendre : la matière, la composition de la couverture, les couleurs choisies, la finesse de l'illustration ?
Je me suis laissé pénétrer lentement par cette sagesse du bout du monde, et pourtant si présente, si universelle. Je cheminais à côté de Tetsuya, le maître, et ses paroles simples et puissantes entraient en moi comme de fines aiguilles d'acupuncture, touchant chaque partie de moi pour lui faire du bien.
J'ai respiré profondément quand la flèche a pénétré dans la cerise. Oh je vois d'ici vos regards égrillards se réjouir de mes mots à double entrée...Et pourquoi pas ? La lecture a pour moi quelque chose de profondément charnel qui ne stimule pas seulement mon cortex. Mais aussi mon épiphyse, mon hypothalamus et ma glande pinéale (en forme de pomme de pin, bien évidemment)
Alors ouvrez votre troisième oeil et laissez-vous séduire par Paolo Coelho et son conte oriental et métaphorique. On y retrouve l'ambiance initiatique du Guerrier Pacifique de Dan Millman.

« La flèche est l'intention. Elle doit être cristalline, inflexible et bien équilibrée. Si tu ne prends pas de risques, tu ne sauras jamais quels changements tu devais mettre en oeuvre. »
Sous la douche bienfaisante de ces mots chargés de symboles, je réalise que j'ai l'âme d'un archer depuis toujours. J'irais presque, et pourquoi pas ? m'essayer au tir à l'arc...Peut-être en tirerais-je de nouveaux enseignements pour regarder le monde ?















Merci à Candide de m'avoir donné envie de lire ce livre.

24 janvier 2020

Les souffleurs de rêves


« Il n'y a pas un millimètre au monde qui ne soit savoureux. »
Jean Giono








La Souffleuse de Verre, Arte, 2019




En musardant dans le vieil Antibes, je suis entrée par hasard dans l’atelier d’un souffleur de verre. L’homme a de quoi vous surprendre. Il a l’âge limite des lecteurs de Tintin, et pourtant une énergie extraordinaire. Cet olibrius, tenant davantage de Haddock que de Tournesol, nous explique avec une truculence et une gentillesse faussement bourrue, qu’il aime le verre depuis l’enfance. 
C’est fou, une passion unique, ça m’a toujours interloquée. Toute une vie à donner sa préférence à l’objet de choix, au bel objet travaillé dans le secret d'un savoir-faire millénaire, toute une vie à tourner la pâte dans une chaleur d’enfer, et à souffler dans de longues flûtes pour gonfler des bulles de silicium. Lancer au défi du temps des bulles de rêve coloré. Un métier de poète, en somme, précieux et fragile...
Le geste est admirable, le tour de main fantastique.



Avec sa tête de maroufle des bas-fonds, patibulaire mais presque, notre homme tient son public en haleine, un rien cabotin. Il nous raconte se débuts avec un maître verrier de Venise, mazette ! 
Ce dernier – visionnaire ? Ou seulement attentif aux talents en herbe ?-  sut lui promettre sans se tromper une belle carrière. Et après avoir transmis l'amour du verre à son fils, il continue de former des débutants, infatigable.
Bramant comme un orignal après ses deux apprentis aux visages de jeunes pages, imperturbables et vaguement amusés, il nous explique les secrets du souffleur, ses yeux de braise emplis des étincelles de son four. Ses mains semblent dotée d'autonomie et cheminent seules dans les étapes entre l’idée de base et la réalisation finale. Ses citations bien rodées pour amuser les gens sont empreintes d’une sagesse bougonne, ponctuée de mots en patois nissart. 
« Les jeunes d’aujourd’hui travaillent comme des charafi , ils sont trop occupés avec leur IBM…» 
Je souris. Il est émouvant, ce vieux fou de Maurice...
La pâte incandescente a une couleur de corail brûlant. C'est fascinant. Le souffleur la tient au bout de sa canne, sa « fêle » comme on disait jadis, avec la légèreté du peintre pour son pinceau. Il la souffle vers le haut, puis vers le bas, dans un moule pour lui donner une forme ronde et régulière. Il la découpe, l'étire, la rechauffe, la torture avec dextérité.
« En douceur ! En douceur !  » Répète-t-il aux jeunes qui ont tendance à trop appuyer pour imbiber le verre, en le roulant sans le déformer, dans des cristaux de poudre blanche. Cette poudre, en fondant, décorera l’objet de dessins aléatoires et ravissants.
Aujourd’hui, ce sont des gobelets à sangria qui sortent de l’imagination du souffleur. Demain, des lampes, des poissons, des carafes...
Le maître-mot, pour continuer à attirer la clientèle, c’est innover. Etre original. Créatif. Mais dans la tradition des grands verriers du midi de la France.

En sortant, les joues rougies et le coeur content, j'ai repensé à ce superbe film, la Souffleuse de Verre, dont mon ami Didier m’avait parlé. Saviez-vous qu'à une époque, les femmes n'avaient pas le droit de souffler le verre ? Sans doute parce qu’elles n'étaient pas jugées dignes d'accéder au divin...
En tout cas, c'était un bonheur de regarder cet homme faire jaillir l'amour de ses mains.





La pâte incandescente a une couleur de corail brûlant....

...dans une chaleur d’enfer...

Toute une vie à tourner la pâte...

Un métier de poète, en somme, précieux et fragile...





...et à souffler dans de longues flûtes

...pour gonfler des bulles de silicium...

Il la découpe, l'étire, la chauffe, la torture avec dextérité.



...de jeunes pages.

Deux apprentis aux visages ...


« En douceur ! En douceur !  »

...imbiber le verre, en le roulant sans le déformer, dans des cristaux de poudre blanche.


Allez visiter l’atelier de Didier Saba à Antibes...

***






Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, il fallait placer les mots: EXTRAORDINAIRE FANTASTIQUE BIZARRE ORIGNAL   TOURNESOL 

OLIBRIUS UNIQUE VISIONNAIRE SURPRENDRE INNOVER   IDEE  
INTERLOQUER




Pour l'atelier d'Olivia, il fallait placer les mots
créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence