11 mai 2022

Lettres d'Italie (8) : de Bergame à Sirmione

 « Et juste à côté de Milan, dans une ville qu'on appelle Bergame, je te ferais construire une villa »



Les paroles de la chanson de Diane Tell me trottaient dans le coeur en montant à la ville haute. La « citta alta » et ses tours grandioses. La ville a quelque chose de profondément romantique et mystérieux, sans doute à cause de l'ombre d'Arlequin dont elle est le berceau. Mais je l'ai trouvée moins belle que dans mes rêves. 
Le spectacle était dans la rue. Beaucoup de couleurs et de bruit sur la Piazza Vecchia. Des collégiens braillards en voyage scolaire, des jeunes filles accoutrées de manière voyante, enterrant leur vie de jeune fille, beaucoup de touristes.
Le temps d'un spritz, la boisson reine à la robe orange vif, sous un soleil devenu très généreux, et nous quittâmes Bergame.
La fantastique cité de Sirmione nous attendait en fin de journée, au bord du lac de Garde.
Cette citadelle  inouïe, est le point d'orgue inattendu d'une étroite presqu'île en forme de point d'exclamation. J'y ai retrouvé l'ambiance d'Arcachon, des pins, de somptueuses villas, et une grande douceur de l'air. J'ai aimé en faire le tour en bateau.

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10 mai 2022

Lettres d'Italie (7) : Bellagio



La perle du Lac de Côme est sans doute Bellagio, idéalement situé à l'embranchement des deux « jambes » du lac. D'ailleurs, la colline boisée qui le couronne évoquerait assez une sorte de Mont de Vénus, pour ceux qui voient des symboles dans la forme aléatoire des choses... Il est vrai que c'est assez frappant, ce lac à la silhouette de plongeur sous-marin. 

De Bellagio on a une vue splendide sur les montagnes et tous les villages environnants, et l'on peut y assister au ballet incessant des ferrys, des bateaux privés, des barques de pêche et des voiliers qui ne cessent de se croiser. L'endroit est stratégique.
Sur les hauteurs, le panorama m'a bluffée. Je n'avais jamais connu de restaurant avec une telle vue. Quel vertige. Quelle beauté. 
Et puis, vers le soir, il a fallu se décider à quitter ce lac superbe. Un dernier regard sur ses eaux lisses, à Lecco, et je m'arrache à regret à ce lieu enchanté et mythique.

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09 mai 2022

Lettres d'Italie (6) : Varenna


Les villages du lac de Côme ont su garder leur âme. Rien à voir avec les hauts-lieux provençaux en carton-pâte, aux rues proprettes et phagocytées par les galeries d'art hors de prix et les souvenirs à la lavande. Tels Le Castellet, Les Baux ou Saint Tropez.
A Varenna, les maisons ont toujours leurs formes tarabiscotées, certaines auraient sérieusement besoin d'un coup de peinture. Les pavés sont irréguliers, on s'y tord les pieds, et les escaliers drus et raides ont des marches hautes qui malmènent les jambes. Seulement quelques boutiques, quelques hôtels et restaurants. Les habitants sont vraiment d'ici, ils se connaissent et palabrent avec les mains, comme s'ils voulaient confirmer le cliché attaché aux Italiens. C'est amusant, ils te parlent comme si tu les comprenais, dans cette langue chantante que ma mère connaissait si bien... je pense souvent à elle, ces jours-ci, elle qui aurait adoré revoir l'Italie avant de partir voir les anges.
Les barques de pêcheurs sont tirées sur la grève, le soir, on ne pourrait appeler plage cette bande mince de cailloux et de boue mêlés. Pas de goélands, mais des canards et leurs canetons viennent te manger dans la main.
Ce matin, à la Chiesa San Giorgio, c'était la messe des premiers communiants. Il y a longtemps que je n'avais pas vu des garçons et des filles en aube blanche, fiers comme Artaban. On se serait cru soixante ans en arrière, ou dans un film de Pagnol.

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08 mai 2022

Lettres d'Italie (5) : Côme







J'ai adoré cette journée à Côme. Visiter les ruelles, découvrir les placettes, les statues, les boutiques.  Le joyau de Stendhal, celui dont il était fou, a tenu pour moi sa promesse littéraire : le Lac vit littéralement en osmose avec la Ville, c'est comme un long et beau dialogue entre les flots et les villas. Entre l'horizontalité de l'eau et la verticalité de ces formidables édifices sertis dans leurs jardins d'émeraude, avec leurs petits embarcadères privés si désuets à présent.
La promenade le long du Lac est très agréable, propice à la rêverie. Je suis restée de longues minutes en contemplation devant cette étendue d'eau cernée de montagnes, baignée de cet extraordinaire ciel changeant...La vie y fourmille, canards, cygnes, goélands, aigrettes se disputent l'espace avec les avirons, la voix de stentor de leur barreur, et le ballet des hydravions et des bateaux. Et toujours de nouvelles villas...
J'ai trouvé les gens affables et gais. Au marché, sur les terrasses, devant la cathédrale à la façade de marbre blanc, partout, j'ai ressenti comme une sorte de bonhomie insouciante. Est-ce particulier aux Comasques ? ( En écho aux Bergamasques, c'est ainsi que l'on appelle les habitants de Côme) 
Le soir venu, la magie est encore plus forte. Les petits restaurants au bord de l'eau étincellent comme les perles d'un collier. 

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07 mai 2022

Lettres d'Italie (4) : Varese


 



Je me suis réveillée tôt. L'Ile des Pêcheurs scintillait encore comme une belle en robe de bal au bout de la nuit. De ma fenêtre j'ai vu l'aube monter et draper l'île dans une étole de nuages, elle semblait réellement émerger d'un rêve. Les montagnes avaient perdu de leur écrasante présence, laissant l'eau miroir capter toute l'attention. Une symphonie de gris bleutés. 
De fines barques surmontées d'un parapluie traçaient d'imperceptibles sillages sur cette surface sans défaut. C'était encore plus beau que dans une chanson de Mort Schuman.
Je me suis réjouie de n'avoir choisi que des chambres avec vue. Bien sûr, c'est un peu plus cher, mais ratiociner me semble idiot, en ce domaine. Si l'on vient sur les Lacs, c'est pour les voir constamment, jour et nuit. S'en remplir les yeux jusqu'à plus soif. S'enivrer de leur splendeur.  Sous la pluie comme sous le soleil. Il est fort probable que je ne reviendrai jamais par ici, alors autant s'en fabriquer un souvenir inoubliable. 
Le temps humide ne nous a pas quittés aujourd'hui. Jusqu'à Varese aux pavés luisants et aux belles façades colorées. Et couronnant la ville, la chapelle de Santa Maria Del Monte.
Là-haut, un Italien charmant et serviable nous a aidé à sortir notre voiture d'un chemin si étroit et si pentu que votre Célestine aurait pu ne jamais écrire ce billet, si ça se trouve. 

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06 mai 2022

Lettres d'Italie (3) : Santa Caterina del Sasso





Le temps est très changeant sur le Lac. Au matin, une pluie grise et froide noyait de brume le petit déjeuner. Dans les jardins somptueux de la Villa Taranto à Verbania, le ciel s'éclaircissait déjà. Le soleil est apparu avec bonheur pour la visite de l'Ermitage Santa Caterina del Sasso. 
Avec un tel régime d'eau et de lumière, on comprend la foisonnante exubérance des fleurs.

Cet ermitage... Quel défi d'architecture ! Comment ont-ils réussi à édifier tant de pierres au flanc d'une si étroite falaise ? Un prodige qui m'a rappelé les extraordinaires Météores en Grèce.
C'est fascinant cette récurrence des paris fous semblant impossibles. De tout temps et en tout lieu, toujours ce dépassement des limites humaines, toujours plus haut, plus grand, plus rutilant, plus escarpé, plus retiré du monde...
J'ai aimé ce lieu simple, empreint de sérénité. Pour y accéder, les deux-cent trente quatre marches taillées dans le granit permettent d'en apprécier toute la valeur, surtout dans les mollets. 
Les fresques du XIV° siècle font de l'église une vénérable vieille dame de huit siècles. La vue sur le Lac Majeur depuis le cloître est époustouflante.
Et puis surtout, aujourd'hui, il n'y avait personne. C'est une chance absolue d'être seul au monde dans un lieu pareil. Je n'ose imaginer l'endroit au mois d'août...

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05 mai 2022

Lettres d'Italie (2) : Les îles Borromée

 


Le Lac Majeur est une légende. Un endroit cerné de montagnes où les fées ont déversé un sortilège dans chaque goutte d'eau. Et au beau milieu de ces flots transparents, nés des neiges éternelles, trois îlots surgissent. Trois cailloux fascinants entre ciel et eau.
Isola dei Pescatori, l'île des pêcheurs, petit village blotti sur lui même, aux ruelles obscures et tordues, aux façades peintes. Le mot pittoresque a sans doute été inventé pour lui.
Isola Bella, la plus célèbre, où Charles Borromée fit ériger un palais ahurissant, baroque, démesuré, au milieu de jardins fabuleux. Les rhododendrons et les azalées sont les rois de la saison. Ils y explosent de couleurs.
Isola Madre, l'île mère, pour moi la plus belle. La plus secrète. Presque intime. Chaque recoin de son immense jardin est un enchantement pour les yeux. Mille espèces de plantes et de fleurs s'y côtoient. Les paons blancs y font leur show, sans aucune peur des touristes, au côté des faisans et des perroquets. C'est de toute beauté. Un autre palais, moins prétentieux, et empli de mystère et de curiosités, comme des théâtres de marionnettes géants, se dresse dans cette luxuriante nature.
Une journée à s'ébahir et à s'interroger en même temps sur ce qui a toujours poussé les hommes à mener à bien d'aussi incroyables réalisations.

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04 mai 2022

Lettres d'Italie (1) : Asti


Entre Monaco et Asti se trouve le berceau de ma famille maternelle. L'Italie piémontaise, vallonée et farouche. Les vignes d'Asti mûrissent au soleil un vin chaud et joyeux qui m'a un peu tourné la tête, ce soir.
Chaque jour, je vous enverrai une carte postale. Tel un Tobias Smolett moderne je vous emmènerai dans mes pas.
Pour vous faire partager ma nonchalante et fébrile découverte du nord de l'Italie. J'ai hâte d'être à demain. Quelques gouttes d'un ciel d'encre tombent sur Asti. Mais l'air essaie d'adoucir le paysage en soufflant tiède.

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29 avril 2022

Vibrer

La terrasse du VH à Valence, ses palmiers, sa plage...




C'est beau, la vibration. J'aime ce mot. Il contient tant d'images étonnantes. Des coeurs qui battent, des quartz qui oscillent, des sentiments retenus qui effleurent la bouche mais n'osent sortir. Une sorte de fièvre. Des poils qui se dressent, un frisson qui les ondulent au passage sans que l'on comprenne pourquoi. Mais faut-il tout comprendre ? 
Ce que je sais, c'est qu'elle m'accompagne partout où je suis. Je la sens dans chaque parcelle de temps, dans chaque pierre de mon chemin. Je la sens traverser les arbres. Les rues, les terrasses, les couloirs du métro. Tout vibre, tout palpite, tout frémit.
Elle me transporte, et donne à la vie une couleur inimitable. Imprévue. Extraordinaire.

Aujourd'hui, j'étais attablée au soleil sur une terrasse. Seule. La terrasse était pleine, fourmillant de cette fébrilité printanière qui prend les villes aux premiers vrais beaux jours. Pas de vent. Juste une légère brise. Me dégustais ma salade en badant derrière mes lunettes noires.
Je sentais pulser l'air comme le sang qui bat aux tempes. Palpable. Comme par un phénomène de tension superficielle il me semblait que tous les gens qui dégustaient leur menu du jour sous les palmiers du VH étaient reliés entre eux. Et que j'en étais le barycentre. Ou l'épicentre. Enfin, bref, le milieu. Je me sentais dans mon juste milieu, à ma place, et connectée au monde.

Je me suis mise à repenser à toutes ces personnes que j'ai rencontrées, au fil du temps, et qui ont compté pour moi à une période de mon existence. J'ai réfléchi à ce qu'elles avaient en commun. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles étaient réellement très différentes. Elles n'avaient ni le même caractère, ni la même énergie, ni les mêmes goûts, ni le même bagage intellectuel. Ne parlons pas de leurs opinions politiques, ou de leur conception de l'art ou de la cuisine. Alors quoi ? 
Eh bien... une petite vibration, inaudible, invisible, improbable, et pourtant, crochetant solidement nos atomes...
A un moment précis, nous sentons vibrer quelqu'un sur la même fréquence que nous. Sans pouvoir l'expliquer, on se comprend sans mots, on s'émeut des mêmes choses. On respire ensemble. On sourit en même temps.
Ou alors, on se sent comme relié, à la nature, aux plantes, aux montagnes et aux fourmis.
Ne grimpez pas sur vos ergots, camarades cartésiens, je ne suis pas en train de vous vendre un traité de pseudo-science. Je n'ai pas non plus fumé du chanvre des Indes dans une secte étrange. 
 J'essaie juste d'exprimer un ressenti subtil. Que la langue française résume par l'expression « être sur la même longueur d'ondes » Ou encore « Ne faire qu'un avec ... »  
Aujourd'hui, j'ai eu la forte impression de vibrer encore plus que d'ordinaire. La caresse du soleil a dû exciter mes transistors.

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24 avril 2022

Azur








Plus que jamais la vie triomphe. Elle prend toute la place, élargit les coeurs et grimpe aux arbres nus de l'hiver pour les recouvrir de feuilles et de fleurs.

Il y a eu cette parenthèse en basse Ardèche, les Gorges vertigineuses et le Pont d'Arc. Un long week-end en tête à tête pour fêter une révolution de plus autour du soleil. Mais pas seulement.

Il y a eu le jardin, impérieusement exigeant en ce début de printemps où les graines explosent tels de petits feux d'artifice entre les frondaisons, où les pousses se bousculent pour prendre leur place au soleil. Mais pas seulement. 

Il y a eu deux schtroumphs à garder toute une semaine, les jeux, les balades au parc, les coloriages au goût d'enfance. Mais pas seulement.

Car surtout, il y a eu Azur. Un angelot débarqué de sa planète le jour de Pâques, venu célébrer le bonheur dans une famille frappée il y a trois ans par le malheur. Chuchoter de sa voix intérieure, de ses grands yeux, qu'il est possible de garder au fond du coeur la blessure tout en laissant parler la joie. Sans effacer les « pourquoi », mais en accueillant les « merci ». Azur au nom tendre et bleu, plein de cette promesse qui fait oublier tout le reste.
La vie plus que jamais est un cadeau. Précieux, grave et léger en même temps.
Et l'émotion ce matin fait encore trembler cette plume qui palpite au vent de l'espoir.


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Merci à tous pour vos messages sur les deux derniers billets. Vous êtes trop choux.

19 avril 2022

Tout va bien




J'ai reçu plein de messages inquiets. Je ne suis pourtant pas partie si longtemps...Merci pour votre sollicitude les amis, cela m'a touchée.
Je ne suis pas loin. Je vais bien. Je reviens bientôt, les yeux toujours pleins de ces étoiles qui donnent tant de lumière à la Vie.