Sous-titre : Un deux trois nous z-irons z-au bois...
Les
nombres... quelles étranges entités mystérieuses ! Pourquoi règnent-ils autant sur notre vie
?
Nombre d'Or, chiffre de la Bête, suite de Fibonacci, décimales de Pi,
tout cela nous fascine depuis toujours...
Il y a
dans ce goût des nombres un penchant sans doute naturel, depuis que l'homme a
dix doigts et qu'il a inventé le calcul, en jouant avec des cailloux, un jour
d'ennui.
Vive les énigmes arithmétiques, les sudokus, les jeux de dés, les carrés magiques. C'est ludique.
Mais au quotidien, je trouve qu’on se laisse trop impressionner et dicter notre
conduite par les nombres. Et notamment par notre satané âge.
Un de
mes amis de blog vient de franchir une de ces fameuses dizaines fatales et l'on
sent bien que son billet incantatoire essaie de s'auto-persuader :
«
Soixante ans, même pas peur » ironise-t-il.
J'ai
envie de lui dire: « Ne te laisse pas définir par ce nombre du diable. Tu n'as
pas fondamentalement changé depuis hier, quand ton âge commençait par un
5...Tout ça c'est dans la tête, il n’y a pas de lapin blanc avec une montre
au-dessus de ta tête…Allez hop ! »
Non sérieusement, et si on
faisait péter les pendules, les calendriers, les curseurs, les jauges, les
balances ? C’est dingue le nombre d’appareils qui décident de tout à notre place…
Si on
oubliait de s’obliger toutes les cinq minutes, à mesurer, peser, compter, pourcentager, gagner plus, travailler
moins, baiser davantage, aller plus vite, manger moins, mincir,
abaisser son tour de taille, augmenter son tour de poitrine, rouler plus
lentement, courir plus vite ?
Et si Roméo
se remettait à rêver d'embrasser Juliette au lieu de ne voir en elle qu'un 06, ou un 90-60-90 ?
Halte à
la dictature des nombres, moi je dis.
E égale mc2 mon amour, et joyeux non-anniversaire à tous !
et les
étoiles, de m'avaler moi-même en un
flot incessant. »
Jim Harisson, né le 11décembre 1937 - mort le 26 mars 2016
Pendant ce temps-là, toi, tu gambades, le sabot léger dans le serpolet, telle la chèvre de Monsieur Seguin... Comment vis-tu, petit animal farouche et insouciant ? Tu broutes, tu broutes, tu ne sais pas que la mort te guette, tu vis seulement ta simple vie, loin du fracas des hommes. A quoi penses-tu, toi qui ne connais aucun de nos mots, de nos maux ? Ni jalousie, ni peine, ni perfidie, ni cupidité, ni intolérance, ni manipulation, ni mépris, ni ambition, ni racisme, ni misère. Tu es heureux. Pendant ce temps-là, la nature s'épanche. C'est l'éclat de rire printanier ! Etamines, pistils, graines, bourgeons, chatons entament leur sarabande dans le seul but de reproduire le miracle de la nature belle et pleine de quiétude. Pendant ce temps-là, on sent l'air vibrer comme un violoncelle, et l'eau surgit aux cascades, la forêt lance ses verdures à l'assaut du ciel. Les rivières poissonnent, les prairies boutonnent, les abeilles bourdonnent. Une pluie bienfaisante noie parfois le paysage de son voile gris bleu. Oui, pendant ce temps-là, toi, petit chevreuil, ainsi que chaque parcelle, chaque être infime de cette nature si généreuse, vous nous donnez une suprême leçon. La seule vraie leçon. Sans relâche. Ce billet prend la suite de celui de Pierre, comme un clin d'oeil à sa dernière phrase... "Dans le bec jaune orange d'un merle, dans une fleur quelconque, dans l'horizon lointain et perdu de la mer, la Beauté existe. C'est un mystère dévoilé, un secret évident: la Vie. La Beauté existe et elle n'a pas peur de rien, pas même de nous, les gens." Gianmaria Testa
Ce matin, je me suis réveillé en me disant : « Bon sang, c'est
l'anniversaire de Denise ! » Denise, c'est ma femme. Je me suis dit que
j'allais rendre cette journée parfaite.
En me levant, dans l'obscurité, je me suis pris les pieds dans le
tapis et j'ai terminé ma course contre la porte. J'ai allumé le couloir. Mon
arcade sourcilière pissait le sang : un petit jet bien rouge sur la moquette
bleue. Je me suis dit : « C'est beau, on dirait du Miro ! »
Je suis descendu à la cuisine lui préparer un bon petit déjeuner.
Je me suis brûlé la main avec le grille-pain en essayant de rattraper un toast
récalcitrant. Mais j'étais content de lui faire la première surprise de la
journée.
Mon plateau à la main, j'ai eu l'air idiot de trouver dans le lit
le traversin installé sous la couverture, version mauvaise blague de potache
qui fait le mur. « Chéri, je suis partie faire du shopping, poisson d'avril ! »
Ça m'a fait rire, vu qu'on était en juin. J'ai trouvé ma femme merveilleuse.
J'ai commandé un repas somptueux chez un traiteur, mais les
invités ont commencé à arriver, et je ne voyais toujours rien venir. Alors je
me suis rappelé que la livraison étant hors de prix, j'avais choisi la version
éco « à aller chercher sur place ». Malheureusement, j'ai oublié de noter les
coordonnées du traiteur, que j'avais pioché au hasard dans l'annuaire. J'ai
regardé l'annuaire. Il y avait deux cents traiteurs. J'ai commandé des pizzas.
Marie et Lucas, les ados, se sont disputés pour choisir les
pizzas, pour changer un peu, et quand Denise est arrivée, ils étaient en train
de se battre à coups de cacahuètes dans l’œil. Belle-maman a gueulé que ces
gosses étaient vraiment très mal élevés !
Le chien a renversé la table basse en
verre en voulant faire des fêtes à Denise, et Beau-Papa est parti s'installer
sur le balcon parce qu'il fumait et que Belle-Maman déteste ça. J'ai allumé des
bougies pour faire une ambiance zen, mais la nappe en papier s'est enflammée. Denise
a voulu balancer le contenu du pot à eau sur la table. Ma belle-mère a tout
pris dans la tronche et ça a ruiné son rimmel. Denise était désolée.
Belle-maman est partie en gueulant dans la salle de bains, et au passage, elle
a écrasé la queue du chat qui a poussé un miaulement de douleur terrible, et du
coup, le chien a eu peur et il a essayé d'attraper sa queue comme il fait
toujours quand il est stressé. Sa queue a renversé le bocal du poisson rouge
qui a rejoint les débris de la table basse. Le chat a bondi sans se couper les
pattes sur les morceaux de verre et il a bouffé le poisson.
Lucas a dit « j'ai la dalle, quand est-ce qu'on mange ? »
Marie a dit «t'es qu'une
tripe »
Lucas a dit « Pétasse »
Marie a dit « Ta gueule ».
« Taisez-vous ! » j'ai crié.
Denise s'est mise à pleurer, quand on a sonné à la porte. C'était
le livreur de pizzas. Pendant que je cherchais en vain de la monnaie dans toute
la maison, les ados avaient repris leur rixe, et la basket de Lucas a raté sa
cible pour aller se ficher dans la bobine du livreur qui, de surprise, a lâché
les pizzas. « Gardez tout ! Il a dit en prenant la fuite comme s'il avait vu
des ovnis.
Mon beau-frère et ma belle sœur, Gérard et Jeannette, sont arrivés
sur ces entrefaites. « On est en retard !... les embouteillages ! » a dit
Jeannette en s'étalant de tout son long dans la sauce tomate des pizzas que le
chien et le chat avaient commencé à déguster.
Pendant que Jeannette réparait les dégâts collatéraux dans la
salle de bains, j'ai dit à Marie de préparer un plat de pâtes. Lucas a rigolé,
je lui ai flanqué la serpillère dans les mains. Marie a rigolé. Denise pleurait
toujours.
Mes beaux-parents sont partis prétextant qu'ils avaient soi-disant
oublié leurs gouttes.
Marie a dit « Papa, il n'y a plus de pâtes, et plus rien dans le
frigo ». Du coup, Gérard et Jeannette ont proposé d'emmener les ados au
fast-food.
"C'est pas de refus" j'ai dit.
Denise a essuyé ses yeux. J'ai essuyé partout, le chat et le chien
repus (les veinards) se sont endormis dans leur panier. Avec Denise, on s'est
assis sur le canapé. On s'est ouvert une boîte de tripes.
Elle a souri. « Tu as de la sauce tomate sur l'arcade » elle a
dit.
« C'est pas de la sauce tomate » j'ai dit.
Je lui ai offert sa bague. Elle lui allait comme un gant.
« Bon anniversaire, mon amour » j'ai dit.
Elle a souri.
La journée n'avait pas été parfaite.
Je me suis dit que ma femme, elle, était parfaite.
Bref, c'était l'anniversaire de ma femme.
Pour le défi du samedi, il y a ...longtemps. Ecrit à la manière de Bref, la série déjantée de Canal.
Edit du 31 mars
Mon amie Boulgom a
été inspirée par mon histoire. Elle m'a transmis sa vision artistique qui est
vraiment chouette ! Merci beaucoup ma belle.
-Un peu. Je me sens nue et désarmée devant les malheurs du monde.
-Nue ? hé hé ! Mmmmh ! C'est sympa ça ! j'aime bien, personnellement...
-Tu te moques...
-Un peu. Oui, je vois que tu t'accroches à ta guitare comme à un mât de misère dans la tempête...Mais tu n'es pas désarmée...ta guitare c'est ton arme. C'est comme le crayon d'un dessinateur, le pinceau d'un peintre, comme ton clavier, tiens, qui te fait écrire de si belles choses parfois ...
-Tu es drôle, Gemini Criquet. Je me sens un peu découragée, d'un coup... Je n'ai rien d'autre à donner que moi-même, ma musique, mes mots, ma douceur, mes élans, ma fièvre. Mes enthousiasmes de mioche montée en graine.
-Mais c'est déjà énorme ! Tu fais du bien aux gens, ne l'oublie jamais. Tu les touches. Tu leur donnes ta lumière. N'en doute pas. Et puis les graines, ça te connaît ! Les graines de « maîcresse » que l'on s'aime dans le coeur des enfants ...
Les graines de paix, les graines d'optimisme. Les graines de joie...une vraie jardinière !
-Tu crois...Oui, dans un sens, c'est vrai, je suis dans le don.
-Le Don ? Le fleuve russe cher aux cruciverbistes ?
-Mouarf ! Je vois bien que tu essaies de me faire rire, chétive bestiole !
-J'essaie surtout de faire rire tes lecteurs avant qu'ils se barrent tous en courant...Allez, secoue-moi tout ça, la vie est belle, nom d'une sauterelle ! Chante la, danse la, danse moi jusqu'au bout de l'Amour, en équilibre sur le bord des cratères en éruption, entre les arbres, sur ton fil de soi...Fais comme tu sais faire. N'y a-t-il pas quelque chose que tu voudrais leur dire ?
-Oui, je voudrais leur demander s'ils ont, comme moi, la chance d'avoir un criquet, une luciole, une espèce de ver luisant qui leur secoue les puces quand il le faut, et chasse leur bourdon... Ah et puis, tiens, je leur offre ma dernière petite interprétation...jusqu'au bout de l'Amour...