19 août 2015

La loi des séries
















Salut, vous, chers lecteurs de Célestine

Voilà, je vous écris…d’un monde meilleur. C’est pas mal ici. Je suis bien installé. J’ai un petit coin de nuage pour moi tout seul.
Je sais…je lui ai fait un sale coup à ma maîtresse. Elle était à peine remise de la disparition de mon colocataire, cette tête brûlée de Cookie qui s’est fait avoir comme un bleu avec une boulette empoisonnée, il y a trois mois. Je lui avais pourtant dit de se méfier, à ce pied-tendre.

C’est ce qu’on appelle la loi des séries. Il y a trois semaines, le chat de son amie Eva n’a pas entendu la voiture de son maître et s’est retrouvé changé en galette de Pont-Aven sous les pneus : ç'a été radical pour sa carcasse !
Et voilà que je suis parti comme ça, moi aussi, après quelques semaines de souffrance. Des suites d’une longue maladie, ils auraient dit aux infos. J’étais devenu maigre ! Un vrai stoquefiche, comme on dit à Marseille…le véto n’a rien pu faire pour me garder en vie. Il a pourtant tout essayé, mais vous savez ce que c’est. Quand c’est l’heure, c’est l’heure.
Alors là je vois bien qu’elle n’a pas trop le courage de vous écrire. Et puis elle se dit que de s’éplorer pour un chat, ce n’est pas très correct. Avec tout ce qui se passe dans le monde…
 Mais voilà. Je dois vous avouer que j’étais un peu plus qu’un chat pour elle. J’étais le compagnon de jeu de ses mouflets depuis très longtemps. (Dame, une vie de chat, c'est long, pour un chat !) 
Je fus le confident de ses secrets (j’ai toujours été nickel question gardage de secret, sans me vanter !)
 J’aimais me vautrer sur le clavier de son ordinateur (il y faisait bien chaud) je ne comprenais pas en quoi ça la dérangeait tant que ça...Elle n'écrit quand même pas des chefs-d'oeuvre de la plus haute importance...
Jamais un coup de griffe, ou un miaulement plus haut que l’autre. Je ne perdais presque pas mes poils...Je me serrais contre sa cuisse, l’hiver, quand elle regardait ses films à la gomme arabique. Des films dans lesquels  il n’y avait même pas la demi-queue d’une souris, c’est vous dire ma patience.
Bref, en toute modestie, on peut dire que j’étais le chat parfait.Je ne lui en ai même jamais voulu de m'avoir donné un nom de fille, me faire ça à moi...

Allez, ne soyez pas tristes. Je suis bien, je vous dis ! 
Et tenez, dites donc à ma maîtresse de scruter ses chères étoiles ce soir. J’agiterai un peu ma patte, à vingt-deux heures vingt-deux. Je sais qu’elle aime bien cette heure-là.

Vanille








16 août 2015

Belle-mère

"Parwana n’était pas dépourvue de tendresse envers lui et sa sœur. Il y avait eu cette fois où elle avait cousu une robe vert et gris argenté à Pari à partir d’un rouleau de tissu que leur père avait rapporté de Kaboul. Celle aussi où, avec une patience étonnante, elle avait montré à Abdullah comment casser deux œufs simultanément sans briser les jaunes.

Mais il s’agissait là de gestes accomplis par devoir, des gestes tirés d’un puits bien moins profond que celui réservé à Iqbal, son fils. Si une nuit leur maison prenait feu, il savait sans l’ombre d’un doute qui Parwana saisirait avant de se précipiter au-dehors. Elle n’y réfléchirait pas à deux fois. Au bout du compte, tout se résumait à ça : Pari et Abdullah n’étaient pas ses enfants. Ils ne lui appartenaient pas et ne pouvaient rien y changer. Ils n’étaient que les restes laissés par une autre femme..."
Khaled Hosseini, Ainsi résonne l'écho infini des montagnes.

Cette dernière phrase m'a choquée, je la trouve terrible. Et pourtant... 
 Pourquoi les liens entre une belle-mère et les enfants de son conjoint semblent-ils souvent sulfureux et compliqués ? Quel mystère insondable, cette fameuse marâtre si détestable des contes de notre enfance ! J'en ai rencontré, dans ma carrière des enfants mal aimés par leur "fausse maman"... (par leur vraie aussi, d'ailleurs, mais c'est un autre débat)
Je n’aurai certainement jamais la réponse à cette question, et d’ailleurs il y a-t-il une seule réponse ou cela ne dépend-t-il pas des situations et des cas particuliers ...cela ne m'empêche pas de m'interroger : aurais-je su aimer les enfants d'une autre ? Il me semble que oui. Intellectuellement. Mais viscéralement, je n'en sais rien après tout...
On la montre du doigt, mais n'exige-t-on pas d' une belle-mère quelque chose de trop difficile, voire d'insurmontable ?

14 août 2015

Derrière les volets

Elle aime la lumière que filtrent les persiennes. Le soleil joue sur le mur à tracer des portées dans l’air qui tremble. Et sous la soie, ça lui fait une peau toute de zèbre vêtue…
Elle aime la pénombre douce de la chambre.
Elle imagine, en bas, le chat qui somnole, le clapotis de la fontaine giclant sur la pierre moussue, les margelles assoupies. Et sur la table désertée, venant boire au pot à eau, l’œil apeuré d’une tourterelle.
Elle aime tirer les volets quand l’été se fait lourd,  de chaleur, de soupirs, de silences.
Mi-clos telles des paupières, ils sont comme une promesse de rêve éveillé.
Mais la nuit, tout change.
Ne lui demandez pas de les fermer, alors. Elle vit à contresens.

Quand le vent fraîchit, et que le ciel rosit, puis devient mauve d’étoiles, elle veut que sa fenêtre ouverte devienne le cadre d’un tableau infini. Sinon, elle étouffe. Elle veut voir grand, respirer loin, et sentir l’air frais  lui donner la chair de poule sous ses dentelles.

09 août 2015

Délicatesse




Me voilà de retour de ma colline, la baguette magique regonflée à bloc par une semaine de délices gustatifs et littéraires, visuels et olfactifs. 
Et les discussions entre fées, autour de mille sujets, ont battu leur plein sous la voûte céleste, et dans les villages de vieilles pierres chauffées à blanc par le soleil d'août.
Un mot est revenu plusieurs fois. Délicatesse. 
J'aime ce mot. Délicatesse. Le prononcer, c'est déjà s'enrober le palais de sucre, comme lorsque l'on déguste une friandise. La délicatesse, c'est rechercher un certain raffinement des choses, une élégance de l'être, c'est trouver les mots pour ne pas blesser, c'est une manière délicieuse et subtile de faire sentir aux autres combien ils sont importants. 
C'est aussi savoir exprimer sa vulnérabilité, oser dire ce qui est doux pour soi, accueillir l'autre dans cet élan du coeur et de l'âme, sans le juger, sans l'interrompre dans sa recherche de vrai. Créer des liens de soie et non des chaînes en fer qui entrent dans la peau et la marquent.
Certaines parties de nous ont tant besoin de délicatesse...
Cette belle qualité, faite de respect, de compréhension, de petits gestes émouvants et simples qui font plaisir, qui élèvent, qui exultent. 
Malheureusement elle n'est pas assez répandue à mon goût. Il faut souvent gratter la croûte de rugosité ou de balourdise pour la trouver. Pourquoi, je ne saurais le dire. Sans doute est-ce une notion trop douce. Dans ce monde qui prône et exige d'être agressif, pugnace et un peu égocentré. A petite dose, il faut l'être, c'est une question de survie. Mais cela empêche-t-il d'être soucieux de la sensibilité d'autrui, et bienveillant ? L'élévation des sentiments est-elle vraiment vintage, voire has-been ? Ou bien est-ce au contraire une chance d'avenir pour les relations humaines ?

Je crois que je vais choisir de ne m'entourer dorénavant que de gens prévenants, fins et attentifs à moi-même comme j'essaie de l'être envers eux. 
Délicats, en un mot.