Salut, vous, chers lecteurs de
Célestine
Voilà, je vous écris…d’un
monde meilleur. C’est pas mal ici. Je suis bien installé. J’ai un petit coin de
nuage pour moi tout seul.
Je sais…je lui ai fait un
sale coup à ma maîtresse. Elle était à peine remise de la disparition de mon
colocataire, cette tête brûlée de Cookie qui s’est fait avoir comme un bleu
avec une boulette empoisonnée, il y a trois mois. Je lui avais pourtant dit de
se méfier, à ce pied-tendre.
C’est ce qu’on appelle la
loi des séries. Il y a trois semaines, le chat de son amie Eva n’a pas entendu
la voiture de son maître et s’est retrouvé changé en galette de Pont-Aven sous
les pneus : ç'a été radical pour sa carcasse !
Et voilà que je suis parti
comme ça, moi aussi, après quelques semaines de souffrance. Des suites d’une
longue maladie, ils auraient dit aux infos. J’étais devenu maigre ! Un
vrai stoquefiche, comme on dit à Marseille…le véto n’a rien pu faire pour me
garder en vie. Il a pourtant tout essayé, mais vous savez ce que c’est. Quand
c’est l’heure, c’est l’heure.
Alors là je vois bien
qu’elle n’a pas trop le courage de vous écrire. Et puis elle se dit que de
s’éplorer pour un chat, ce n’est pas très correct. Avec tout ce qui se passe
dans le monde…
Mais voilà. Je dois
vous avouer que j’étais un peu plus qu’un chat pour elle. J’étais le compagnon
de jeu de ses mouflets depuis très longtemps. (Dame, une vie de chat, c'est
long, pour un chat !)
Je fus le confident de ses
secrets (j’ai toujours été nickel question gardage de secret, sans me
vanter !)
J’aimais me vautrer
sur le clavier de son ordinateur (il y faisait bien chaud) je ne comprenais pas
en quoi ça la dérangeait tant que ça...Elle n'écrit quand même pas des chefs-d'oeuvre de la plus haute importance...
Jamais un coup de griffe,
ou un miaulement plus haut que l’autre. Je ne perdais presque pas mes poils...Je me serrais contre sa cuisse,
l’hiver, quand elle regardait ses films à la gomme arabique. Des films dans
lesquels il n’y avait même pas la demi-queue d’une souris, c’est
vous dire ma patience.
Bref, en toute modestie, on
peut dire que j’étais le chat parfait.Je ne lui en ai même jamais voulu de m'avoir donné un nom de fille, me faire ça à moi...
Allez, ne soyez pas
tristes. Je suis bien, je vous dis !
Et tenez, dites donc à ma maîtresse de scruter ses chères étoiles ce
soir. J’agiterai un peu ma patte, à vingt-deux heures vingt-deux. Je sais
qu’elle aime bien cette heure-là.
Vanille


