14 janvier 2015

Contre-coup





J'aurais voulu écrire quelque chose de gai. Quelque chose de léger après les affres des derniers jours. Mais je n'aurais pas été vraie. Je n'aurais pas été moi. 
J'ai au fond du coeur une tristesse qui ne passe pas. La lave d'un volcan a inondé mes poumons et mes lèvres. Je ne peux plus respirer.
Je n'aurais pas dû lire tout ce que j'ai lu ces derniers temps. Je n'aurais pas dû lire, ni écouter, ni regarder autour de moi. Mais c'est trop tard, j'ai lu. Je n'y ai vu que de la cendre. De l'horreur. Du désespoir. De la vengeance. De l'ostracisme. Du fanatisme.
J'aurais aimé ne pas recevoir certains messages.
J'aurais voulu ne jamais avoir à vivre tant d'émotions négatives.
J'ai peur. Je pleure. Et je me sens seule dans l'univers. Toute petite et perdue dans mes rêves idiots. Je voudrais voir la mer, et me coucher en position foetale à même le sable. Ne plus bouger. 
Elle est où, la goutte d'espoir qui me manque pour faire repartir la machine ?


Je ne comprends rien à ce monde. 




Photo du net

Sonata in F minor K466 by Domenico Scarlatti on Grooveshark

10 janvier 2015

Morphée


Chantez-moi une berceuse. 
Racontez moi une histoire.
Dites-moi des mots doux.
Amenez-moi un champ de moutons.
Sortez votre lyre.
Faites un truc, quoi, j'arrive plus à dormir. Je pense trop.
Et il fait quoi Morphée, il glande ?
Vous voulez pas le remplacer ?
Comment je m'installe ? Comme ça, ça va ? Les yeux fermés? hein, voila. 
Allez-y. Je suis prête.



Arabesque No 1 by Debussy by Relaxing Piano Music on Grooveshark

07 janvier 2015

Nous sommes tous Charlie


Alchimie d'un rêve...







Je me demande parfois quelle vieille dame je serai...
Je me vois pétillante, avec une lueur d'oeil vif au coin de la lunette, de ce bleu un peu délavé des mers du sud après l'ouragan.
Ennuagée de poudre de riz, comme ma grand mère, mais pas de rang de perles. Me moquant de mes rides comme de l'an quarante.
Elégante et bien mise, sans trop d'apprêt, en somme. 
Naturelle. 
Ayant gardé ma souplesse, pour pouvoir continuer à entretenir mes pieds tout doux et mes orteils vernis. Oui, ça, ça me plairait bien. 
Sage, mais avec un minuscule grain de folie, pour faire bonne mesure.
J'habiterai sur une falaise, une maison biscornue. Ou un petit appartement sur le front de mer. Et je ferai chaque matin un footing sur la plage, tenue de sport grège et foulard de soie dans mes cheveux blancs.  
Je voyagerai en taxi mauve à travers des landes désolées.
Et je boirai du thé en mangeant des Merveilleux * et en écoutant le bruit furieux des vagues.

En tous cas, j'aimerais être une vieille dame délicieuse. Qui dédicacerait ses romans d'une plume alerte. La fille naturelle de Phillis Dorothy James et de Denise Grey.

En résumé, je voudrais être une jeune vieille dame. 

Ben quoi, on peut rêver...




Domenico Scarlatti (1685 - 1757) - Sonate E-Dur L 224 [K 135]: Allegro by Vladimir Horowitz on Grooveshark

*merveilleux : délicates pâtisseries que m'a fait découvrir Adrienne.

02 janvier 2015

Cinoche

Horizon, nature, ciel, échelle, fatigue, grimper, cabane, rideau, créneau, Éden, montagne, étagère, fièvre, transcender, panne, épuiser, oeuf, cheval, ascenseur, ravissement, remontant, rythme.



***
Mon autre texte, en forme de voeux de bonne année,  ICI



Eddy est venu me chercher à la sortie du magasin de porcelaines où je travaille. J’avais ma robe à carreaux vichy, et quelques tortillons blonds s’échappaient de mon chignon choucroute, de ceux qui le font craquer…enfin, quand il a les yeux en face des trous, que sa caisse pourrie, pardon sa fiat 500 Nuova bleu pâle, n’est pas en panne, qu’il ne loupe pas son créneau et qu’il n’est pas épuisé de n’avoir rien foutu de sa journée. Il faut dire qu’Eddy  est caissier au Majestic. Un cinéma permanent de la rue des Goulets. Une planque qu’il n’échangerait pour rien au monde ! D’ailleurs sa prétendue fatigue est une ruse de Sioux.
-« Salut Brigitte, tu montes poupée ? Qu’il me lance au volant de son pou du ciel, ce soir, c’est soirée grand écran, technicolor et tout le toutim. Ça te dit ?
-Si ça me dit ? Bien sûr et pas que le samedi ! Tu sais bien que j’adore le cinoche ! »
On pénètre dans la salle obscure. Enfin façon de parler, car pour l’instant les lumières tamisées éclairent le rideau incarnat, les sièges en velours, et les dorures du plafond. Cette salle, pour moi, c’est déjà un ravissement. Une courte échelle vers le rêve.
Il y a déjà plein de monde. Ça bruisse doucement et ça sent les cacahuètes et les pralines, l’ouvreuse distribue ses Miko glacés avec un sourire un peu niais.
« C’est complet au parterre ! » dit-elle de sa voix perchée.
Je la connais, c’est Juliette Beaudevant. On était en classe ensemble au cours de dactylo. Elle porte bien son nom. Les hommes louchent vers son corsage avantageux, et elle glousse comme une poule qui aurait égaré son œuf sur une étagère.
Nous grimpons quatre à quatre les marches de l’escalier qui nous mène au balcon.
Noir.
Le rideau s’ouvre sur un western en cinémascope. Les horizons sauvages des montagnes rocheuses au grand ouest, des cabanes perdues dans le désert, des hommes rudes, remontant la rivière à cheval dans une nature belle et hostile. La voix de Dean Martin me donne la fièvre. Eddy en profite pour passer ses bras autour de moi. Le shérif a l’air flegmatique et rassurant à la fois des hommes qui n’ont peur de rien. Sauf, peut-être, de la troublante Angie Dickinson… La musique qui rythme le film est enivrante, elle me restera longtemps dans les oreilles.

Lumière. 
Je réveille notre voisin, il dort comme un nouveau-né pendant que défile le générique.
« Ça te dit, des œufs brouillés, bébé ?
- Si ça me dit ! »
Au passage, je regarde les affiches des prochains films. « Ascenseur pour l’échafaud », « A l’est d’Eden »…Y’a pas à tortiller, le cinoche,  ça vous transcende le quotidien…
  






***


A Claude, qui aura reconnu le film au premier mot.¸¸.•*¨*• )
Merci à Asphodèle pour ses plumes qui m'enchantent toujours.





écritoire vanishingintoclouds(3)






01 janvier 2015

2015


Oeuf de pluie



Le moment est venu. 
C’est le temps des souhaits
Je voudrais  pour vous mille ravissements

Huit mille sept cent soixante heures d’une vie de douceur, aventureuse et gaie
Cinq cent vingt cinq mille six cents minutes, imaginez …
Trente et un millions cinq cent trente six mille secondes,
une montagne de bonheurs qui vous attendent,
 Pour allumer le quotidien,
 éclairer vos Edens de petites lucioles
Tout au long du chemin…

Avancez, en ouvrant vos mains.
Transcendez les malheurs,
Les morts, la violence, la tristesse,
tout ce qui bouche l’horizon
D’une fumée désespérante
Souriez de toutes vos fibres
les yeux tournés vers le ciel comme des astronomes.
Soyez sereins, contemplatifs, plus que jamais libres, imparfaits et heureux
Les possibles sont là, tout en haut de l’échelle,
Ne craignez surtout pas d’y grimper.
Epuisez-vous à rêver toujours plus.
 Et en cas de fatigue ou de fièvre, inspirez l'air jusqu'au vertige,
vertige de l’amour évidemment,
C’est le meilleur des remontants.
Décrochez une étoile, cherchez des œufs de pluie,
Bâtissez des cabanes, courez dans la rosée, envolez les manèges.
Déclarez votre flamme sur un cheval de bois, 
Ou en apesanteur
Dans un ascenseur
En panne de velours
ou en pull à carreaux
En tirant les rideaux,
En ratant un créneau
Ou en montant 
une étagère Ikea
Réfugiez vous dans la nature
Chaque fois que la vie vous fera ses griffures
Battez le rythme de vos jours à la mesure de votre cœur

Bonne année 2015 !

Passionnément Vôtre 
Célestine¸¸.•*¨*•


Mon autre texte ICI
Photo du net

Fernando Sor - Etude No 16 in D minor by Andres Segovia on Grooveshark

29 décembre 2014

Dix-sept ans




J’avais dix-sept ans ; j’aimais déjà le monde et sa lumière. La rage au front, le bonheur imprudent et volage, je baladais mes illusions en oriflamme. Me frottant à la perfidie, au sarcasme et aux airs supérieurs de certains de mes compagnons d’étude, qui m’appelaient le bébé. J’avais un an d’avance, il faut dire. J’étais naïve, de la naïveté troublante des filles qui découvrent le pouvoir de séduire sans vraiment y croire. Comme impressionnées d’elles-mêmes, et d’une pierre un peu magique qu’elles auraient tenue dans leur main et qui aurait lancé des étincelles vertes.
Qu’il était beau, cet Alexandre qui surgit tout à coup dans ma vie. Un cou puissant de taureau, des boucles brunes et des yeux de braise. Des bras forts, un sourire…Et bon sang, quel sourire … Dès que je l’aperçus le monde vacilla, et mon journal intime devint le théâtre secret de mes complots d’amoureuse : il me le fallait. Je voulais ces mains, ce regard, cette peau burinée par des nuits de bamboche. 
Mais Alexandre était un bad boy, et puis il y avait cette Daisy Léonaud qui se suspendait à son cou comme une araignée venimeuse. Je rêvais souvent que je la giflais. J’aurais aimé qu’il la jette comme un mouchoir, qu’il me remarque, mais j’étais trop lisse. Trop bien élevée. Alors, commença pour moi une longue période de stratégie, et je m’encanaillai sérieusement pour le conquérir.
C’est l’époque trouble où mes jupes raccourcissaient, où mes pulls caressaient mon corps sans aucun obstacle entre eux et ma peau, érigée, sensible, frémissante.
L’époque où je me couchais de plus en plus tard, traînant dans des soirées interlopes où les substances illicites dispensaient des nuages délétères qui déridaient les lèvres et faisaient ciller les yeux.
Un soir où Ramona, la sombre Ramona, me lança à nouveau une pique, comme à sa détestable habitude, Alexandre la rabroua vertement et me prit dans ses bras pour me consoler. Son air vainqueur et le parfum fou de ses doigts sur mes mains finirent de me faire chanceler. Je me donnai à lui avec la fougue de mon impatience et de la passion dévorante qui me consumait comme une torche. Il m’éblouit par son génie sexuel. Il faut dire que je n’avais pas beaucoup de recul à l’époque, mais même maintenant j’en garde un souvenir ému et il me suffit de l’évoquer pour prendre un air rêveur. Il était doué et me donna sans doute une belle image de l’amour. Il aurait pu me demander n'importe quoi, je lui avais littéralement aliéné ma raison... 
Hélas, après quelques mois d’une relation qui me réduisit en cendre, il me fallut me rendre à l’évidence. Ce n’était pas un garçon pour moi. Il me le dit d’ailleurs lui-même, un soir de détresse où je sentis mes pieds s’effondrer sous mon poids.

Il m’embrassa tendrement en me disant que je méritais mieux que lui. J’eus beau me défendre d’une telle idée avec énergie, rien n’y fit. Il m’abandonna à mon chagrin et disparut de ma vie. Définitivement. Et quelques semaines plus tard, ma voiture toute neuve termina sa route contre un rocher. Je pensais trop à lui. Je ne crois pas avoir voulu mourir...Mais est-on sérieux quand on a dix-sept ans ?
Mon père conclut que je n’avais pas assez d’expérience après l’obtention de mon permis. Mais je savais moi, que j’avais quitté les rives ouatées de l’enfance pour me jeter à corps perdu dans l’âge adulte, et que j’exprimais là le désespoir de mon cœur et de mes tripes d’avoir brûlé d’un amour impossible et sauvage.


Birth by Keith Jarrett on Grooveshark