08 octobre 2021

Rome était dans Rome







Si je devais retenir un moment, un seul, de ce voyage à Rome, ce serait l'arrivée en taxi, depuis l'aéroport, cet instant magique où l'on quitte le monde actuel pour pénétrer au coeur de l'Histoire. Je ne saurais décrire précisément l'émotion qui m'a saisie en découvrant l'extrême poésie de ces ruines antiques. Mais c'était fort. C'était étreignant, là, au niveau de la gorge.
La ville a tenu les promesses de mon rêve : à chaque détour de ruelle ou d'avenue, une merveille architecturale, un prodige, une oeuvre d'art. C'est fou. 
Devant ces prouesses antiques, on est forcément pris d'interrogations existentielles sur l'humanité, ses grandeurs et ses décadences. Enfin, en tout cas, c'est ainsi que je fonctionne. L'esprit en fusion.
J'ai vu la saleté, les herbes folles sur les trottoirs, les verrues qui gâchent les prises de vue, les tags, les papiers gras, les mégots, les poubelles qui s'entassent. La campagne électorale et son cortège de compromissions et de tripotages pas très nets. La révolte qui gronde sous les drapeaux des manifs. 
Mais j'ai voulu regarder surtout la Beauté, les marbres rutilants, les coupoles, les colonnades, les pavés, les façades ocres, et partout, ces pins parasols géants qui sont pour eux comme nos platanes. Tutélaires, séculaires. Magnifiques.
Je ne vous ferai pas le reportage complet de nos pérégrinations pédestres à travers la ville éternelle. Une moyenne de quatorze kilomètres à pied journaliers, pensez donc ! Et puis j'aurais l'impression de paraphraser Miss Zen, qui a si bien raconté ses vacances romaines un peu avant moi.
Je garde au fond des yeux, du coeur, des dizaines de regards, de sourires, de parfums, et cette langue qui chante et coule comme la Fontaine de Trevi. 
La majesté époustouflante de San Pietro, le mystère feutré de la Chapelle Sixtine (que j'imaginais beaucoup plus grande) Les bersaglieri et leurs chapeaux à plumes noires, sur la Piazza di Spagna. Les perruches de la Villa Borghèse, le Tibre sauvage et calme, les religieux de toutes les couleurs voisinant avec les Ferrari rouge sang, partout dans les rues du Vatican.
Incorrigiblement romantique, serrer dans mes bras l'homme que j'aime, sur chaque pont, devant chaque fontaine, et goûter à l'amour, comme on rit, cheveux au vent sur une vespa. La petite guêpe mythique qui fleurit dans mon coeur d'Audrey Hepburn devant son Gregory Peck. 
Et l'extrême bonheur de partager avec mes amis, férus d'italien, des conversations charmantes dans ces petits restaurants typiques au coeur du vieux Rome. Rencontrer les gens. Rire. S'émouvoir. S'émerveiller. Réfléchir à la vie.
N'est-ce pas le propre des voyages ?

*****


En route ! Cliquez sur les photos pour les agrandir.



Le marché du Campo dei Fiori, coloré et parfumé

Le plafond d'or de la Galerie des cartes au Musée du Vatican

Le Colisée au couchant

Et plus tard dans la nuit

Les extraordinaires pins parasols encadrant la Colonne de Trajan
 et le dôme de l'église Santissimo nome di Maria al Foro

Le Mont Palatin vu du Circus Maximus

Ce qui reste du Circus Maximus

Une ruelle et l'un des 11000 restaurants de la ville



La fontaine de Trevi


Une perruche sauvage dans le parc de la Villa Borghèse

Un hymne au Limoncello

Et un autre à la Pasta

Une vespa

Une façade au bord du Tibre

Le bel Antinoüs

L'escalier en spirale du musée du Vatican

Saint Pierre de Rome aussi belle à l'extérieur...

...qu'à l'intérieur


L'ancien et le moderne à chaque carrefour

Les fameux « Tonarelli cacio e pepe »

La "Bocca della Verita" qui tranche la main des menteurs...




Rome vu de la Villa Medicis


Le Tibre sauvage et calme

La révolte gronde...


Le temple d'Aurélien et Faustine sur le Forum




Et pour finir…
Je vous emmène faire un petit tour
en fiat 500, ça vous dit ?
😉









23 septembre 2021

Si alla vita !

 




Quand mon amie Dolce Vita a proposé ce voyage à Rome, on a sauté de joie comme des gosses. 
Ah ! Découvrir cette ville mythique qui me fait rêver depuis toujours. La ville de Fellini, de Mastroianni, de la Grande Belleza. Arpenter les ruelles où flânent encore l'ombre de Stendhal et celle de Chateaubriand et leurs émois littéraires devant la Ville Eternelle...
Le départ me semblait lointain, et pourtant c'est demain. Je réalise à peine... j'aime bien ce moment de flottaison entre deux temps : on est là, et soudain, on est parti...
Que j'aime les voyages quand ils parlent fort à mon coeur ! L'Italie, ce sont mes racines, tu le sais bien, toi qui me lis depuis si longtemps. Un air de mandoline italienne me berce de sa mélopée pendant que j'écris ces quelques mots. 
Tu te rends compte ? Fouler la piazza Navona, admirer la Fontaine de Trevi, la Villa Borghèse, et tant d'autres prodiges qui défient le temps... J'en frissonne.
Aujourd'hui, l'automne a balbutié son premier jour. La lumière est belle et laisse croire au bonheur. 
Je t'abandonne encore, mais je te dirai tout à mon retour. Le vent chaud sur le Palatin, le murmure des pierres millénaires, l'odeur des scampi et des vongole sur les spaghetti, les fenêtres à jalousies, et la splendeur vaticane.
Avec, partout, cette musique du coeur qui ne me lâche pas.
Tu verras, ce sera bien.

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13 septembre 2021

Nous nous sommes tant aimés





Tu le savais, que je ne résisterais pas à cette photo... Tu savais que l'odeur de la craie, c'est ma madeleine dans le thé. Nous nous sommes tant aimés, mon métier et moi.

***


Ce soir-là, j’ai traversé la cour. Le soleil de septembre éclairait d’une lumière poudrée les cheveux en broussaille des derniers élèves de la journée. Ceux que l’on vient chercher tard et qui ont toujours peur qu’on les oublie. Leurs culottes courtes flottaient sur leurs genoux cagneux, et leurs incisives avançaient en ordre un peu dispersé…
J’ai regardé ces petits poulbots courir après leur balle en mousse un peu élimée. Ils portaient au front toute l’innocence et l’espoir du monde.
J’ai fermé les yeux. Ma maman s’est approchée de moi avec un gros morceau de clafoutis aux cerises. Elle a arrangé mes cheveux en les nouant de rubans turquoise et mauves. J’ai sauté à la corde. J'ai ouvert le portail qui a grincé comme une porte spatio-temporelle. Mes amours...
Mon petit dernier n'avait plus sa barbe. Il me racontait sa journée de classe en croquant dans son goûter. Sa soeur ne conduisait pas sa grosse moto sur la corniche de Monaco. Elle portait deux tresses blondes et donnait la main à son frère aîné, qui soufflait une bulle de malabar géante. Sans se douter qu'il deviendrait architecte un jour, et le papa de deux petites filles adorables.
J’ai rouvert les yeux. J’ai franchi le portail de l’école en faisant un petit signe aux élèves. « Au revoir, maîtresse ! » ils m’ont crié en agitant leurs mains pleines de poussière.
De loin, l’école brillait, comme une orange au soleil couchant. 
Aujourd’hui, Sibylle trottine sur le chemin de l'école. Son petit cartable tout neuf me serre la gorge d'émotion. Son ombre semble me dire : regarde, je vais grandir, vite, vite, si vite...
Tellement d'enfants ont ensoleillé ma vie...et ce n'est pas fini.

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Photo céleste


Pour l'atelier du Goût

09 septembre 2021

La chance

 





On est en 2021, une date qui faisait rêver les adolescents des années 70, une date pleine de voitures qui volent, de téléportations, de petits hommes verts et de monstres monoculaires et macrocéphales, mi humains-mi machines. Barjavel, Wells, Huxley, Boris Vian surfaient sur la vague du roman d'anticipation. Les bébés naissaient dans des tubes et les pianos composaient des cocktails. Ça donnait des frissons.
On est en 2021 et c'est encore le Moyen-Âge dans certains coins de notre pauvre petite planète.
Et le concept de « chance » est toujours aussi malaisé à définir. Mou. Flou. Fluctuant. Relatif.
Différent de l'un à l'autre.

Hier soir, le cadre était idyllique, écrin de verdure, lumières habilement dissimulées pour créer une ambiance chaleureuse. Piscine d'émeraude. Un vrai jardin d'instagram.
La conversation a roulé vers la chance. Ceux qui la tentent. Ceux qui en manquent. Ceux qui en ont trop. Ceux qui pensent qu'elle se provoque, qu'elle se gagne en bourse, ceux qui la jouent aux dés ou aux cartes, ceux qui la laissent passer, ceux qui l'attendent assis sur un banc, ceux qui croient qu'elle les a oubliés. Ceux qui envient celle des autres et ceux qui se réjouissent de la leur. Ceux qui se laissent couler et ceux qui ont la chance de savoir rebondir.

Et puis les autres. Là-bas, loin, dans ces pays étranges aux noms compliqués...mais qui pourraient être nous. Ceux, celles... qui se débattent dans de telles horreurs qu'elles, ils... ne peuvent même plus réfléchir à aucun concept. Ni s'asseoir à aucune table. Ni même voir briller Jupiter dans le ciel de septembre.

Comment me plaindre, après ça, de mes petites misères passagères ? Je ne juge personne. Chacun fait comme il peut avec sa vie. Moi, j'aime pratiquer la gratitude. Ce sentiment de reconnaissance qui fait tant de bien, au réveil, quand on dresse en secret, à l'encre de soi, la liste de tout ce qui va bien. De tout ce qui est bien.

Je me suis dit que la chance suprême, c'était de pouvoir débattre de nos définitions de la chance, le cul bien confortable sur nos belles pyramides de Maslow dont presqu'aucun étage ne manque.



03 septembre 2021

Le souffle

 

Gypsophile paniculée ou « souffle de bébé »


La langue française possède une musique unique au monde. Est-ce sa façon singulière de marier et d'entrelacer consonnes et voyelles qui la rend si particulière ?
J'ai toujours aimé goûter certains mots comme on déguste une préparation culinaire, lentement, en fermant les yeux, pour en apprécier le piquant, le moelleux, le croquant.
Ainsi en va-t-il du mot « souffle ». Entends-tu l'air légèrement humide passer délicatement dans ces sifflantes et ces fricatives labio-dentales ? sssssfffffffllllll... Quel mot formidablement bien choisi !
Il faut que tu respires, et ça c'est rien de le dire...Ce siècle avait trois ans. Mickey 3D ce grand poète occidental nous racontait l'histoire de l'être humain dans sa fosse à purin.
Dans notre occident à bout de souffle, certains apprennent à méditer, à soulever leur ventre au rythme de l'air qui entre et qui sort. Découvrent des techniques que les orientaux maîtrisent depuis toujours. Se connecter au vivant, à la source. Libérer ses émotions. Se nourrir de bonnes choses. Remercier.

Le souffle, c'est la vie. L'énergie. La pêche. L'envie. Le désir. La foi qui soulève l'Everest. L'inspiration créatrice.
La danse de la poussière dans un rai de lumière. Et l'amour qui coupe le souffle pour mieux inonder le coeur l'instant d'après.

clic






31 août 2021

A tout bientôt

« Une amie inquiète, hier : Jamais je n’oserais dire ouvertement - comme toi - que je suis très heureuse en amour. Moi : pourquoi ? Mon amie : ça me ferait peur. Le jugement des autres. Des aigris embusqués, des jalouses. De tous ceux qui veulent que le monde soit gris, sale, moche, tiédasse. Qui me reprocheraient de ne pas épouser leurs colères. De les nier en étant heureuse. Moi : Et si on arrêtait d’avoir la trouille d’être soi ? Si on préférait nos désirs à nos peurs ? Notre poésie illimitante ! Mon amie est restée avec sa peur. Étrange époque timbrée où dire sa joie pure et sa vérité fraîche est devenu un « courage ». Au diable la sinistrose officielle des télés, les oukases venin des réseaux, les fâchés avec la grande douceur et les conformismes aigreux ! Jubilons au nez et à la barbe des râleux ! Le bonheur de fou est une idée révolutionnaire. On peut changer le monde avec un sourire contagieux. L’amour dingue est de l’hyper carburant. »
Alexandre Jardin






Photo Céleste



Voilà. Un mois. Un petit mois. Un long mois, où j'ai eu l'impression de décrocher les nuages un à un. Mais des nuages qui auraient pesé une tonne. Gris. Lourds. Pâteux.
Pour retrouver mon ciel, celui que vous aimez, celui qui a la gueule de l'amour, et les ailes de l'ange.
J'avais besoin de ce bivouac, à mi-pente, à mi-été. J'avais besoin de m'extraire ce monde-ci, trop agité, trop loin des essentiels. De mes essentiels. J'avais besoin de me mettre l'âme en vacances. Vous arrivez à vous repérer, vous, dans ce monde rageux ? J'avoue qu'il m'a fallu un peu de temps pour lâcher prise, et me demander ce qui était vraiment important au regard de la Vie avec son grand V.
V comme vertige, vibrer, velours...
Drôle d'été, mouillé, frais, un été d'herbe bien verte et de ruisseaux qui coulent. C'est rare. Surtout dans mon sud.
J'ai adoré suivre les écrits emphatiques d'Alexandre Jardin. Amoureux. Fou. Ennuagé de bonheur. En dépit de tous ceux qui critiquent son enthousiasme.
Merci à tous ceux qui se sont inquiétés de moi. Vos messages privés et vos commentaires m'ont touchée. Juste là, dans la région du poumon gauche. Je sais que je vous ai manqué. Allez, je reviens. A tout bientôt, comme on dit.


27 juillet 2021

Pause

 




Je vais aller m'asseoir un peu sur le rebord du monde.
La tête et le coeur pris dans les rets des étoiles,
buvant à la source de vie,
battant pavillon d'amour, je reviendrai.
Un besoin de silence, dans ce brouhaha permanent.
Un besoin de pureté. De hauteur. De vérité.
Un besoin de temps et d'espace.
Le temps de régler quelque affaire de rare importance.
Prenez soin de vous, mes précieux.
Merci d'avance pour vos mots, toujours beaux et justes.

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20 juillet 2021

A la recherche du temps perdu

 

Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses

Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;

Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses

Et ne les donner qu’à l’amour. 

Gérard de Nerval











J'ai une bonne nouvelle les amis !  L'océan est toujours à sa place. Splendide. Fidèle.
J'étais à Biscarrosse, un lieu superbe, bercé entre pins et sable. Je fêtais la vie avec mon amoureux, c'était doux et frais. On avait l'impression que rien de futile n'existait plus. Que tout était essentiel. Et l'océan, face à notre fenêtre, roulait ses vagues sur le bord du monde. Les nuages jouaient avec la plage. Inconscients des délires humains. C'était beau. Comme toutes ces choses qui nous semblent éternelles : la course des étoiles, les rochers de granit rose, le vent dans les blés...et les mimiques d'un bébé. Vous avez remarqué comme c'est mignon, un bébé, avec ses petites bouilles impayables, toujours les mêmes ?  Quelle que soit l'époque et l'endroit. Comme si ces bouts de choux parlaient un langage universel, que l'on va s'ingénier à leur faire oublier dès qu'ils grandiront. Mais ça, c'est une autre histoire. 
Si je vous en parle, c'est que j'étais à Angers, pour une belle cousinade. J'ai aimé l'innocence de ma petite Alba. L'insouciance joyeuse de sa soeur Sibylle, qui ne sait rien encore de ce monde insensé. Leurs grands yeux de poupée m'ont rafraîchie comme une brise de matin. Mes petites-filles, mes beautés. 

Auparavant, nous passâmes quelques jours magiques chez mon amie Chinou, dans la montagne noire, loin des masques, des écouvillons dans le nez et des traçages numériques. Loin de cette folie qui a saisi le monde.  Dans le simple appareil d'une nature verte et sauvage, à doucement profiter des quatre-vingt-quatre mille six cents secondes de chaque journée. 
Etes-vous émerveillés, vous aussi, par ce crédit renouvelé permanent, sans contrepartie ni intérêts, que nous offre la vie ?  Tant que son fil n'est pas coupé, c'est le miracle quotidien. Ce fil est très fragile, quoi qu'en disent ceux qui veulent nous faire croire le contraire. On aura beau prendre toutes les précautions, on n'évitera pas notre destin de mortels. Mais c'est un fil de soie et d'or, si on l'utilise pour créer du lien, pour donner du sens, et pas pour blesser ou ligoter. 
J'ai dégusté des fruits de mer à Arcachon, visité la cathédrale d'Albi, impensable forteresse de brique rouge. Mangé un soir sur le port de la Rochelle avant le rush des Francofolies. 
J'ai relu avec bonheur Baudelaire, Musset, Rimbaud, Apollinaire. 
Les poètes du temps qui fuit. Ils me nourrissent de cette idée : je veux mourir vivante.
Je ne relirai pas Marcel. Je n'ai pas assez de temps à perdre.

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Pour l'atelier de la Licorne

05 juillet 2021

Une femme libre

 

« Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère. »
Simone de Beauvoir








Ma grand-tante Marcelline, je vous en ai déjà parlé,  n'aimait pas vivre au conditionnel passé. Le temps des regrets n'était pas pour elle. Les « j'aurais voulu », « j'aurais aimé », « j'aurais pas dû » ne firent jamais partie de son vocabulaire. Elle préférait, comme elle disait, les remords aux regrets. Marcelline, dans la légende familiale, c'était... comment vous dire...une gaillarde, une joyeuse luronne, une femme fatale, pour les plus polis. Une femme de mauvaise vie,  une catin, une Marie-couche-toi-là pour certains autres plus rigides, censeurs toujours pleins de bonhomie et d'indulgence pour leur prochain(e).
Les gens honnêtes de l'époque avaient tôt fait de cataloguer les femmes libres, les Simone en pantalons, les Colette en fume-cigarettes, avec ces mots peu élégants et totalement inappropriés. Exagérés. En réalité, Marcelline devait sûrement faire un peu rêver les ménagères dans les chaumières. Sa vie aventureuse, racontée par ma mère, me fascinait quand j'étais adolescente.
 Elle avait eu vingt ans en mil-neuf-cent-vingt. Cette belle concordance arithmétique, conjuguée à l'ambiance mythique des « années folles »,  la plaça sans doute sous une étoile particulière, toute scintillante des paillettes de Joséphine Baker et des cuivres du charleston. Un brin de fortune l'ayant quand même mise à l'abri des basses contingences matérielles, elle put assurer ses besoins matériels sans l'aide de personne.  Bref, ma riche aïeule de Roquebrune mena la vie, comme on dit. 
De combien de beaux jeunes hommes tremblants fit-elle tourner la tête ? Combien de rendez-vous galants sur cette belle plage de Cap-Martin où elle vivait, elle en coupe garçonne et eux en knicker-bocker à carreaux  ? Combien de passions dévorantes, d'étreintes sensuelles et de mauvaises rencontres aussi ? Combien de coeurs brisés par son indifférence ? Et combien de petits matins tristes après une nuit de folie ?
Le revers de la médaille de cette existence insouciante vouée au plaisir,  c'est que Marcelline ne connut jamais le bonheur d'être mère. Ni celui de vivre un amour partagé avec un amoureux. Ou une amoureuse.
Certains mois, elle dut subir aussi les affres de celle qui attend désespérément la preuve qu'elle n'est pas enceinte, et sans doute, une fois ou deux dans cette existence périlleuse, la déchirure atroce de la faiseuse d'anges. 
Elle mourut comme elle avait vécu : seule. Dans une solitude plus subie que choisie, certainement. 
Pourtant, on raconte qu'elle ne regretta jamais ses choix, farouchement libre jusqu'au bout. Vivante et effrontée.
Assise sur la plage, quelque cent ans plus tard, le coeur bercé de ressac et la peau caressée de lumière, je me suis sentie libre et heureuse. Pas de la même façon que Marcelline, non. Mais sans aucun regret moi non plus. Heureuse d'avoir su concilier toutes ces choses si contradictoires, les études,  la carrière, la morale, la maternité, l'aventure, l'éducation, l'indépendance, la sexualité, et l'Amour... Une vie de femme c'est cela, quoi qu'on en dise, et même si ça évolue peu à peu  : un combat quasi permanent pour concilier l'inconciliable. 



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Pour l'atelier du Goût.

28 juin 2021

Clic clac !










Aujourd'hui, je me suis installée à ma table de travail. J'avais envie de participer à mon atelier d'écriture préféré. Je contemplais la jeune femme rousse dans son boudoir, à la recherche de l'inspiration fatale. 
Les persiennes, qu'on laisse soigneusement baissées au coeur de l'après-midi,  laissaient jouer des gouttes de soleil sur la table, on aurait dit un petit banc de poissons blancs bien alignés. C'était joli. Dehors l'été soufflait son vent brûlant, celui qui amène l'orage. Je l'ai entendu grommeler au-dessus du Vercors, quelque part dans les énormes paquets de chantilly que formaient les nuages.
J'avais chaud. J'ai relevé mes cheveux en chignon. 
C'est alors que je l'ai senti arriver derrière moi. Son souffle. Son parfum. 
Oh, regarde, il a dit, tu ressembles au pastel de ton sujet, c'est fou !
Attends, je prends une photo. Clic-clac ! 
D'aucun, qui se reconnaîtra,  trouvera que je suis beaucoup trop hâlée pour ressembler au modèle de Sally Strand, qui est pâle comme un cul. 
Mais Lui, il a craqué. Il faut vous dire qu'il adore quand je relève mes cheveux comme on relève un plat avec du piment. Découvrant le petit endroit doux dans le cou qui rend fou. 

L'amour se construit de ces petites briques toutes simples. Loin des mots creux et emphatiques. 
Ce sont des tas de petits gestes que l'on aime chez l'autre, des parties de soi que l'on croit banales mais dont l'autre raffole, des élans imprévus et délicats. Des fous-rires. Des tâches de lumière. Des riens qui font un tout.
L'amour c'est un dimanche d'été, brûlant et frais à la fois.
L'amour, ce fil d'or ténu et indispensable telle une épingle dans une chevelure. Solide comme un cabestan.
Je me suis dit que j'avais beaucoup de chance de pouvoir le vivre au quotidien. 

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Pour l'atelier du Goût.





 



19 juin 2021

Petits cahiers d'amour

 




J'ai commencé un cahier de jardin. J'y raconte la vie de mes fleurs avec passion. Leurs noms étranges ou jolis, leurs couleurs. Mais aussi, les soins à leur prodiguer, les dates de leurs poussées de croissance et celles de leur mise en repos, et puis leurs préférences :  les fougueuses qui adorent le soleil à s'en faire péter la corolle, les timides qui n'aiment que la fraîcheur des sous-bois. Et puis les indécises qui minaudent, mi-ombre, mi-soleil, éventées doucement par une brise délicate mais blessées par le Mistral.  

Mon amie Dolce Vita me trouve méthodique. Je crois que je suis surtout une poétesse du jardinage. Pas certaine d'être toujours très orthodoxe dans mes pratiques...Mais quelle importance ? Où que mon regard se pose, je m'arrange pour y trouver du bonheur.
J'ai toujours aimé les petits cahiers, sans doute une réminiscence de ce métier de jardinière d'âmes qui fut le mien. J'entends tousser au fond de la salle : un vieux délire d'institutrice, penseront certains. Sans doute. Cette odeur subtile de papier neuf, de crayons neufs, de gommes neuves, cette odeur d'encre, ce parfum de rentrée des classes m'ont envoûtée toute ma vie. Commencer un cahier est un plaisir de gourmet. J'ai fait des cahiers de tout.

Mes cahiers d'adolescentes racontaient ma vie de lycéenne, enflammée de coups de coeur et ternie d'ombres grises. J'ai eu des cahiers d'accords de guitare, des cahiers de gourmandise, d'escapades, de croquis, dans lesquels j'ai crayonné des portraits maladroits, des paysages émouvants. 

Des cahiers de grossesse, suivis de cahiers de régime, au rythme vallonné de mes courbes de poids ... Un cahier d'acteurs très beaux, je guettais la couverture de Télépoche pour y découper mes idoles et les épingler comme des trophées. 
Un cahier de cueilleuse d'étoiles, un cahier de joies, et même un de lâcher-prise.

En classe, mes cahiers journaux* étaient des oeuvres d'art. Un de mes inspecteurs me dit un jour qu'il n'avait jamais vu cela en trente ans de carrière. Je m'appliquais comme un capitaine de galion remplit son journal de bord. Notant tout. Dans un arc-en-ciel de stabilos. Avec des dessins, des photos, des cartes. Bref, un truc vivant, agréable à lire et relire.

Dans mon cahier de lectures, j'ai consigné les centaines de livres que j'ai dévorés jusque tard dans la nuit. Car vous le savez, j'ai eu la fièvre des mots bien avant celle du samedi soir.
Et puis j'oubliais, mon cahier de chers poèmes qu'un malotru désinvolte m'emprunta un jour et que je faillis ne plus jamais revoir. Confiante, innocente, je n'avais pas pensé à lui préciser que j'y tenais comme à mes yeux. Et cet idiot qui l'avait laissé traîner sur un banc de la cour...

Chacun de mes enfants a eu droit à son cahier de vie, dans lequel rien ne manque, de la première mèche de cheveux au premier bulletin de notes. En passant par la photo du thermomètre de bain et du doudou informe, mâchouillé et tant aimé...

Mes chers lecteurs, vous faites partie d'un de mes plus beaux cahiers. Il est virtuel, il porte le nom de blog, mais je le tiens avec un soin extrême, veillant aux illustrations, à l'harmonie des mots et à la beauté de la présentation. Et vous écrire mes petits billets me rend heureuse.

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Pour les Plumes d'Asphodèle chez Emilie, les mots à placer étaient:

REGARD DELIRE PASSION DANSER SAMEDI NUIT THERMOMETRE TOUSSER OMBRE FRAICHEUR ENVOUTER ENFLAMMER EVENTER.


*Tenir son cahier-journal était une des obligations quotidiennes des maîtres d'école. Enfin, je crois qu'il l'est toujours...

14 juin 2021

Nirl power





« Ne devrait-on pas verbaliser la réalité 
quand elle dépasse la fiction sans mettre son clignotant ?  »
Grégoire Lacroix







 

Je suis comme toi, Nirl.  Mon sourire irradie partout, je flambe comme un Van Gogh dans ses blés. Ce n'est pas moi qui le dis, mais un ami très cher qui m'envoie souvent de petits mots gentils et plein de remarques passionnantes sur la vie, l'amour, la mort. Quoi d'autre en ce bas monde, à part ces trois thèmes éternels ? 
Je ne l'ai jamais vu. Cet ami, je veux dire.
Parce que tu vois, Nirl, ce qui est beau avec notre époque, c'est que l'on peut se faire un ami au bout du monde sans bouger de son jardin.
Comme toi, le vent de l'insouciance ébouriffe ma tignasse. J'ai beau avoir quelques décennies de plus que toi, au fond de mon coeur, nous avons le même âge. Exactement. Sous le même soleil. 
Je ne résiste pas à une balançoire quand j'en vois une.
Je souris aux étoiles. Aux coquelicots qui balancent leurs velours au vent d'été. Au rossignol quand il chante, comme ce soir où je ne dors pas.
Chez toi, il fait chaud, tout le temps.
Chez moi, c'est de temps en temps. Mais quand il fait chaud c'est pour de bon, hein ! Pfffiou ! Mais moi j’aime ça. Comme le Goût, je suis frileuse.
J'ai entendu chanter la première cigale, ce matin. Elle affûtait ses ailes comme un ébéniste son rabot. Ah,  Xoulec me dira sûrement que ça ne s'affûte pas un rabot. Mais ça ne fait rien, je trouve l'image jolie.
Je suis comme toi, Nirl, on lit la joie sur mon visage. Ce n'est pas parce que l'on connait les horreurs du monde qu'on est obligés d'être triste. Sinon on le serait tout le temps.
On les sait, mais on les oublie. On préfère respirer tant qu'on est vivants. Boire l'eau des fontaines. C'est à cause de la couleur des roses, comme dirait le Petit Prince.
Aujourd'hui, Eva m'a appelée. Elle avait besoin de paroles positives avant sa mammo de demain. Ça m'a réjouie qu'elle pense à moi pour se rasséréner.
Tu vois bien que l'on se ressemble, Nirl. Rien qu'en te regardant sourire on se sent déjà mieux.

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Pour l'atelier du Goût.

nb : NIRL est un acronyme signifiant Not In Real Life. Le nouveau nom des rêveurs et des poètes ?
En tout cas, c'est joli, en anglais, et ça rime avec GIRL...

04 juin 2021

Les vacances























J'étais en vacances dans le Luberon. 
Un bel endroit. C'est drôle, quand on a quitté une activité professionnelle, le mot vacances paraîtrait presque incongru. 
C'est vrai, quoi, tu es toujours en vacances, Célestine...
C'est à la fois vrai et faux, mes petits agneaux de lait ! 
Car enfin...Cet air neuf qui change du quotidien, ces longues promenades dans des paysages nouveaux, cette ambiance festive retrouvée, sur des placettes baignées de tilleul et de lumière...Le cri des guêpiers, les enfants qui jouent, tard, quand le soleil prend tout son temps pour aller se coucher...C'est tout ce que j'ai toujours aimé dans le mot « vacances ». 

Là-bas, c'est beau partout. Vous me connaissez, non ? Vous me donnez trois chapelles nichées dans la verdure, des petites routes semées de coquelicots, un ou deux vieux châteaux, une rivière qui coule au milieu, et je suis la plus heureuse.
Les villages se perchent sur des rocs ancestraux, Bonnieux, Lacoste, Ménerbes... Ils portent des noms qui fleurent bon la Provence. Cucuron, la Bastide des Jourdans, Mérindol, Beaumettes, Saint Saturnin, la Bastidonne... Les maisons se serrent les unes contre les autres, dans un écrin de fleurs : valérianes, roses, pourpiers, campanules des murailles.
La végétation me rappelle la Toscane chère à mon coeur : cyprès, oliviers, chênes verts enchantent mes yeux. Ils soulignent les paysages de leurs feuillages élégants.

Les bories et les murets de pierres sèches de Gordes témoignent d'un passé ancien de travailleurs de la pierre. Il faut avoir visité Oppède-le-Vieux pour comprendre cette omniprésence du minéral faisant corps avec l'aridité de la garrigue. Et le combat pour l'eau, de plus en plus crucial à chaque nouvel été.

De l'eau pourtant, j'en ai vu beaucoup à Fontaine de Vaucluse, verte, sublime sous les arbres centenaires. Et à l'Isle sur la Sorgues, la Venise provençale. Ses petits canaux et ses antiquaires.
Les carrières d'ocre de Roussillon étaient superbes après les pluies de printemps. A Lourmarin, l'ombre du Mistouflon rôde toujours. Et le marché d'Ansouis tient ses promesses, comme dans cette vieille chanson de Bécaud qu'aimait mon père.
J'ai vu, à Saint Hilaire, une ancienne Abbaye, moins connue que son illustre soeur de Sénanque, mais tout aussi belle. 
Et tout cela, sans la cohue oppressante de l'été dans ces lieux chargés d'histoire. Un vrai bonheur.

J'étais en vacances dans le Luberon.