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29 avril 2022
Vibrer
C'est beau, la vibration. J'aime ce mot. Il contient tant d'images étonnantes. Des coeurs qui battent, des quartz qui oscillent, des sentiments retenus qui effleurent la bouche mais n'osent sortir. Une sorte de fièvre. Des poils qui se dressent, un frisson qui les ondulent au passage sans que l'on comprenne pourquoi. Mais faut-il tout comprendre ?
Ce que je sais, c'est qu'elle m'accompagne partout où je suis. Je la sens dans chaque parcelle de temps, dans chaque pierre de mon chemin. Je la sens traverser les arbres. Les rues, les terrasses, les couloirs du métro. Tout vibre, tout palpite, tout frémit.
Elle me transporte, et donne à la vie une couleur inimitable. Imprévue. Extraordinaire.
Aujourd'hui, j'étais attablée au soleil sur une terrasse. Seule. La terrasse était pleine, fourmillant de cette fébrilité printanière qui prend les villes aux premiers vrais beaux jours. Pas de vent. Juste une légère brise. Me dégustais ma salade en badant derrière mes lunettes noires.
Je sentais pulser l'air comme le sang qui bat aux tempes. Palpable. Comme par un phénomène de tension superficielle il me semblait que tous les gens qui dégustaient leur menu du jour sous les palmiers du VH étaient reliés entre eux. Et que j'en étais le barycentre. Ou l'épicentre. Enfin, bref, le milieu. Je me sentais dans mon juste milieu, à ma place, et connectée au monde.
Je me suis mise à repenser à toutes ces personnes que j'ai rencontrées, au fil du temps, et qui ont compté pour moi à une période de mon existence. J'ai réfléchi à ce qu'elles avaient en commun. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles étaient réellement très différentes. Elles n'avaient ni le même caractère, ni la même énergie, ni les mêmes goûts, ni le même bagage intellectuel. Ne parlons pas de leurs opinions politiques, ou de leur conception de l'art ou de la cuisine. Alors quoi ?
Eh bien... une petite vibration, inaudible, invisible, improbable, et pourtant, crochetant solidement nos atomes...
A un moment précis, nous sentons vibrer quelqu'un sur la même fréquence que nous. Sans pouvoir l'expliquer, on se comprend sans mots, on s'émeut des mêmes choses. On respire ensemble. On sourit en même temps.
Ou alors, on se sent comme relié, à la nature, aux plantes, aux montagnes et aux fourmis.
Ne grimpez pas sur vos ergots, camarades cartésiens, je ne suis pas en train de vous vendre un traité de pseudo-science. Je n'ai pas non plus fumé du chanvre des Indes dans une secte étrange.
J'essaie juste d'exprimer un ressenti subtil. Que la langue française résume par l'expression « être sur la même longueur d'ondes » Ou encore « Ne faire qu'un avec ... »
Aujourd'hui, j'ai eu la forte impression de vibrer encore plus que d'ordinaire. La caresse du soleil a dû exciter mes transistors.
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24 avril 2022
Azur
Plus que jamais la vie triomphe. Elle prend toute la place, élargit les coeurs et grimpe aux arbres nus de l'hiver pour les recouvrir de feuilles et de fleurs.
Il y a eu cette parenthèse en basse Ardèche, les Gorges vertigineuses et le Pont d'Arc. Un long week-end en tête à tête pour fêter une révolution de plus autour du soleil. Mais pas seulement.
Il y a eu le jardin, impérieusement exigeant en ce début de printemps où les graines explosent tels de petits feux d'artifice entre les frondaisons, où les pousses se bousculent pour prendre leur place au soleil. Mais pas seulement.
Il y a eu deux schtroumphs à garder toute une semaine, les jeux, les balades au parc, les coloriages au goût d'enfance. Mais pas seulement.
Car surtout, il y a eu Azur. Un angelot débarqué de sa planète le jour de Pâques, venu célébrer le bonheur dans une famille frappée il y a trois ans par le malheur. Chuchoter de sa voix intérieure, de ses grands yeux, qu'il est possible de garder au fond du coeur la blessure tout en laissant parler la joie. Sans effacer les « pourquoi », mais en accueillant les « merci ». Azur au nom tendre et bleu, plein de cette promesse qui fait oublier tout le reste.
La vie plus que jamais est un cadeau. Précieux, grave et léger en même temps.
Et l'émotion ce matin fait encore trembler cette plume qui palpite au vent de l'espoir.
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Merci à tous pour vos messages sur les deux derniers billets. Vous êtes trop choux.
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19 avril 2022
Tout va bien
J'ai reçu plein de messages inquiets. Je ne suis pourtant pas partie si longtemps...Merci pour votre sollicitude les amis, cela m'a touchée.
Je ne suis pas loin. Je vais bien. Je reviens bientôt, les yeux toujours pleins de ces étoiles qui donnent tant de lumière à la Vie.
04 avril 2022
Partie de campagne
Le ciel serait azur, d'un bleu de joie, très pur, avec ce qu'il faudrait de nuages nacrés pour draper le soleil dans une majesté. De fin d'été. Ou même de début d'automne, à cause des coucourdes et des potimarrons.
- Oh oui, nous garnirions illico un panier d'un bon jambon de Parme et d'un vin d'Italie.
- Je mettrais, à coup sûr, ma belle robe blanche...
- Moi mes éternels knickerbockers à carreaux. Et surtout, s'il faisait aussi beau que cela, je t'offrirais des roses.
- Des roses ? Ah mais alors, ce serait plutôt mai. Le joli mois de mai. C'est bien connu, je l'aime. Evidemment, j'aime Paris au mois de mai.
- C'est encore une de tes fichues citations... tu en vois des blés mûrs à Paris, ma chérie ? Et des coucourdes grosses comme la porte d'Aix, ça court la capitale ? Je te demande un peu...
- Et toi, tu vois des blés mûrs ou des potirons, au mois de mai joli, non mais quelle folie ?
- N' importe. Il ferait chaud, et voilà l'essentiel. Et si tu n'aimais pas les roses de la vie, je cueillerais pour toi de grands coquelicots.
- Quand on les a coupés, ils s'écroulent, tu sais. C'est une fleur farouche aimant sa liberté...
- Laissons-les dans le champ, alors, tu as raison. Nous trouverions un coin, silencieux, bien à nous, juste pour nous poser le cul dans l'herbe tendre. Ne sois pas horrifiée, c'est une citation. Tu n'as pas, tout de même, je suis bien informé, l'exclusif monopole de l'extrait musical. Il ferait très beau voir, comme dirait Simone.
- Laissons-là ces broutilles et ces calembredaines. J'aurais l'âme lyrique à contempler tes muscles, dessous le fin tissu de ta chemise neuve. Celle que je t'aurais achetée chez Prisu. A moins que chez Harrod's ils n'aient prévu des soldes. Une chemise blanche, d'un blanc immaculé, profond, comme tu aimes...
- J'aime surtout, en sus de ton âme lyrique, découvrir ton corps fou sous ton fougueux corsage...
- Héros de mes nuits blanches et de mes jours de feu, j'humerais ton parfum de paille et de benjoin, de serpolet, de musc... Ah ! Quelle volupté !
- Je te renverserais dans le sainfoin, ma chère, in naturalibus, pour un peu d'escalade sur ton mont de Vénus.
- Ta chemise si blanche, vite, je la verrais aller faire de l'ombre aux grillons ensuqués, découvrant ton beau torse au bout de mes doigts fous.
- J'effeuillerais tous tes jupons l'un après l'autre, jusqu'à ton Graal, ta source, ton trésor, ton joyau...
- Le panier volerait sous nos ébats sauvages...
- Ah non ! Perdre un bon vin, n'y pense même pas ! Plutôt le boire, enfin, pour sublimer l'ardeur que donnerait la fièvre à nos coeurs enivrés...Et, les flancs tout piqués de luzerne et de roses, gémissant, ahanant, dans une apothéose...
- ...Enfin ! tu cueillerais ma suave pâquerette, et moi ton doux pistil.
- Alors j'exploserais, sous ce ciel moucheté de rêves z'et d'insectes, épuisé mais heureux...
- Et moi, épanouie, ruisselante et ravie, je viendrais te rejoindre en ce feu d'artifice, ondulant, tels les blés, sur ton corps tout tremblant...
-Oui mais il neige, amour. Il fait un temps de gueux.
Le thermomètre flirte avec les négatives.
Remets du bois dans le foyer, j'étends la couette.
La partie de campagne va attendre un peu.
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27 mars 2022
Ebène et ivoire
« Ebony and ivory live together in perfect harmony
Side by side on my piano keyboard, oh Lord, why don't we? »
Paul Mc Cartney
Les voisins de mes parents, à Barcelonnette, étaient des gens de la petite bourgeoisie de province. Un capitaine de l'armée et une femme au foyer. Leur fille s'appelait Catherine et avait le même âge que moi.
Un jour, chez Catherine, je demandai la permission à sa mère de jouer du piano. C'était une dame délicieuse. Et c'était un magnifique piano droit en bois très sombre, orné de deux chandeliers comme celui du tableau de Renoir. Elle dit oui.
Je n'avais jamais vu de piano de ma vie, et pourtant, je me mis à jouer à deux doigts Au clair de la Lune et Ah vous Dirai-je Maman sans une fausse note.
C'était comme si mes doigts trouvaient tous seuls l'enchaînement des touches. J'ai toujours su faire ça, depuis l'enfance. Une espèce de don d'oreille, hélas laissé en friche...
Sa mère fut très impressionnée et alla dire à la mienne qu'il serait bon qu'elle m'inscrivît à un cours de piano. Ma mère refusa tout net. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi elle avait fait ce blocage. J'en suis restée à des suppositions qui sont venues longtemps me hanter, papillons noirs d'incompréhensions et de non-dits voletant devant mes yeux, et que je chassais d'une pichenette. Avec un soupir de résignation.
Plus tard, à l'Ecole Normale, après les cours, dans le gymnase, je passais des heures à pianoter sur un vieux bastringue désaccordé qui sonnait comme ceux des westerns. Mais j'adorais ça.
Il a fallu que j'attende l'âge adulte pour m'offrir mon premier piano. (Il sera aussi, sans doute, le dernier)
Nous avons été séparés quelque temps, lui et moi, après mon divorce.
Mais désormais, il est là, dans la Maison de la Colline. Il enchante le quotidien tel un ami fidèle. J'aime caresser ses touches brillantes, et improviser de petits airs au gré de mon humeur.
Tant pis pour ma vocation loupée de soliste internationale. Je n'échangerais pas une carrière même étincelante contre le bonheur de jouer juste pour ceux qui m'aiment. Pour Celui que j'aime. L'amour est le plus beau des métronomes.
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22 mars 2022
Nonante-neuf
Hier, c'était l'anniversaire d'Odette. Souvenez-vous, je vous l'avais présentée, il y a deux ans. La plus charmante des vieilles dames que je connaisse. Odette est née à l'équinoxe de printemps, en l'an de grâce 1923. L'année où Bernard Clavel est né, et Gustave Eiffel est mort. L'année où a débuté la fameuse « affaire Seznec » toujours pas élucidée...
Si elle était belge, on aurait dit : « Elle fête ses nonante-neuf ans. » J'aime ce mot. Les sonorités en sont douces. Plus douce qu'en français « de France »…
Depuis deux ans, Odette a traversé toute cette gabegie, les confinements, les interdictions, les injections, les injonctions, avec le même sourire. Résignée sans être triste. En prime, elle a même contracté « la maladie à la mode » comme elle l'a qualifiée avec son flegme tout britannique. Et elle est toujours là. Souriante. Heureuse.
Ah, Odette, quel est donc ton secret de longévité ?
Ta bonne humeur ? Ton extraordinaire philosophie de la vie, faite de gratitude et de joies sans prétention ? Ton esprit pétillant ? Ta capacité d'émerveillement ? Ta spiritualité humble et joyeuse ? Ou ton petit verre de vin de noix pour fêter la vie à chaque occasion ?
Hier- t'en es-tu rendu compte? - c'était le premier jour de ta centième année. Tu as apprécié d'être entourée de ceux qui t'aiment. Tu as fait honneur au repas, simple et raffiné, tu as ouvert tes cadeaux, tu étais joyeuse comme on l'est à dix ans, quand tes yeux ont brillé devant « ta » bougie. Une grosse bougie scintillante remplaçant les quatre-vingt-dix-neuf qui n'auraient pas toutes tenu sur le gâteau.
Tu as eu l'air d'avoir vingt ans quand cette cliente du restaurant s'est écriée en te voyant :
« Comme vous êtes belle ! »
Elle avait raison. Tu as tous les âges en même temps. Et tu es belle parce que tu connais le secret de l'Essentiel. Laisser glisser sur soi les choses sans importance, comme on s'ébroue après la pluie. Et savoir dire merci. Longtemps. Toujours. Souvent.
Merci !
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18 mars 2022
Je te promets
Qu'est-ce que les acteurs sont bons, de nos jours ! Avant, même bons, ils "jouaient" des rôles et ça se sentait. Désormais, même dans les séries de divertissement dites "sans prétention", ils vivent leur personnage en oubliant la caméra. C'est bluffant.
Il y a eu cette petite série le lundi soir. Je ne sais pas si vous l'avez vue.
Je te promets. Comme dans la chanson de Johnny.
Je ne sais pas pourquoi cette histoire m'a autant touchée. Sans doute à cause des liens familiaux, et de l'impact de l'enfance sur la vie adulte. Ça me percute de plein fouet.
En gros, c'est l'histoire d'un couple dans les années 80, qui attend des triplés. A la naissance, l'un des trois ne survit pas. Mais dans le même temps, un enfant noir est abandonné par ses parents dans la même maternité. Le couple décide de l'adopter.
Mathis, Maud, Mickaël. On "M" beaucoup chez les Gallo.
C'est l'histoire d'un couple banal, et pourtant unique, qui fait de son mieux, mais n'empêche pas les maladresses de marquer profondément chaque enfant, qui se construit alors comme il peut dans cette drôle de famille traversée par des drames ordinaires ou brûlants.
Maladresses, inconscientes sans doute, ancrées dans le tissu de chaque protagoniste de l'histoire. La grand-mère, qui marque la différence entre les "jumeaux" et Mathis, le petit adopté. Qui multiplie les gaffes sur la couleur de l'un, le poids de l'autre...
Le père, personnalité écrasante, "enchanteur de quotidien", héros familial idéalisé par la mère.
La mère qui tangue sur le fil entre femme libérée, amoureuse, et mère de famille parfois dépassée.
Le père biologique qui aime son fils à distance depuis sa naissance...
Les amis qui savent des secrets qui les empoisonnent depuis si longtemps.
Les enfants devenus adultes sont en proie à des problèmes récurrents.
Les problèmes d'identité de Mathis, le racisme latent qu'il doit affronter depuis l'enfance, sa volonté farouche de réussir, son désir de retrouver ses parents biologiques.
Les problèmes de poids de Maud, qui entoure son corps de graisse comme une carapace pour remplir son vide, protéger sa blessure, celle d'avoir une mère parfaite et de ne pas se sentir à la hauteur.
Les problèmes d'addiction de Mickaël, brillant footballeur puis acteur, toujours en recherche de l'amour d'un public, mais coquille vide désespérée, loser de l'amour.
Pourtant l'amour est là. Le lien est fort entre les trois. Les conjoints font de leur mieux pour trouver leur place dans ce bloc soudé que constituent des triplés. Mais l'incommunicabilité dans les relations humaines, c'est terrible.
Et c'est sans doute de contempler fugacement le miroir de mes propres expériences en matière familiale qui me bouleverse tant.
C'est Maud qui m'a le plus émue. Marylou Berry est tout simplement épatante.
14 mars 2022
Comme des pas sur le sable
Mes chers parents.
« Ma songerie, aimant à me martyriser, s’enivrait savamment du parfum de tristesse » aurais-je pu écrire si j'étais Mallarmé. Mais je n'aime pas la tristesse. Même si, parfois, fugacement, elle m'étreint, comme aujourd'hui, nimbée de nostalgie heureuse.
Mes chers parents, donc, c'est fou comme cette maison, là, sur le tableau, ressemble à celle où vous avez vécu tant d'années. Jusqu'au bout. Notre maison. C'est fou comme elle ressemble à la dernière image que j'ai gardée d'elle : une maison vidée de ses meubles, de son âme. Comme réduite à son squelette. Prête pour la vente.
Ce couloir central, séparant les pièces, ces plinthes, ces portes en bois peint avec leur bouton en porcelaine, jusqu'à cette cheminée art déco aux jambages de marbre...En la voyant, j'ai été saisie d'émotion. La maison n'existe plus que dans les replis de nos mémoires. Son âme est là. En nous. Et sur les photos que je m'efforce de rassembler pour en faire un album souvenir.
On l'a toujours appelée la Maison.
Oh, bien sûr, les murs sont toujours là, mais le nouveau propriétaire a tout chamboulé. Il a cassé les cloisons, réagencé les pièces, ouvert des fenêtres, fait sauter les plafonds. Vos chambres sont devenus une grande pièce à vivre, le grenier une mezzanine, et le salon une chambre. La cuisine a doublé de surface.
Il a heureusement gardé les carreaux de ciment, dernier vestige d'une époque enfuie, enfouie. Parce qu'ils sont redevenus à la mode et qu'ils ont un charme fou.
Mais l'odeur a disparu. L'odeur si particulière qui me saisissait chaque fois que j'y entrais. C'est drôle, chaque maison a son odeur. Indéfinissable. Personnelle. Unique.
C'était mon enfance. C'étaient les vacances, le long voyage en DS familiale, chaque premier juillet. Le bruit familier de la rivière qui berçait nos nuits et nos jours. Qui aurait pensé qu'elle ravagerait tout sur son passage cinquante ans plus tard ?
Ton jardin, papa, tes haricots et tes tomates. Le vieux rosier. Tes gnocchi, maman, sur la table de la cuisine. On était sept. On accrochait ces mythiques patins à roulettes en fer avec des lanières de cuir. C'était casse-gueule mais on s'en foutait. On patinait sur le bonheur. Insouciants de vivre. Ça sentait le seringa, le chèvrefeuille et le sapin. L'ambre solaire et la friture.
Ça sentait les commencements, l'énergie, le soleil.
Et puis un jour, ça s'est mis à sentir la fin. Subrepticement, et sous le même soleil, pourtant.
Ces milliers de souvenirs, mieux qu'un album photo, j'ai envie d'en faire un livre. Retenir les traces comme des pas sur le sable. Puisque je suis, à tout jamais votre petit soldat de plume.
Et toi, cher lecteur, c'est fou, mais surtout ne t'imagine pas que je dis des folies.
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Merci au cher Goût pour ce beau sujet.
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09 mars 2022
Ophiuchus
Ah mes amis. J'ai appris aujourd'hui une nouvelle bouleversifiante... Figurez-vous que je ne serais pas née sous le signe du bélier, mais sous celui du poisson. Non mais quelle baliverne ! Quand on connaît mon rapport compliqué à l'eau, qui me rapprocherait davantage de la godasse en plomb que de la naïade, il y a de quoi se gausser. Moi, un poisson...pfff! Un signe d'eau...Moi qui suis tout feu tout flamme...
Mais commençons par le commencement.
Au départ, nous avons les Babyloniens. Vous connaissez le vieil adage : il ne faut pas parler sèchement à un Numide. Les Grecs en avaient un autre : il ne faut pas prendre au sérieux un Babylonien.
Imaginez donc qu'il y a 3000 ans, ces sacrés Babyloniens ont découvert les constellations dites « du zodiaque » c'est à dire celles qui accompagnent la course apparente du soleil (entre nous, il fallait être balèze pour être aussi précis, sans téléscope électronique, pour distinguer toutes ces bestioles dans le ciel nocturne.) Jusque là, c'était plutôt une avancée de la connaissance en matière d'étoiles.
Au départ, nous avons les Babyloniens. Vous connaissez le vieil adage : il ne faut pas parler sèchement à un Numide. Les Grecs en avaient un autre : il ne faut pas prendre au sérieux un Babylonien.
Imaginez donc qu'il y a 3000 ans, ces sacrés Babyloniens ont découvert les constellations dites « du zodiaque » c'est à dire celles qui accompagnent la course apparente du soleil (entre nous, il fallait être balèze pour être aussi précis, sans téléscope électronique, pour distinguer toutes ces bestioles dans le ciel nocturne.) Jusque là, c'était plutôt une avancée de la connaissance en matière d'étoiles.
Ce que l'on ne sait pas, c'est qu'ils en avaient décompté treize, à la base.
Au mépris de leur découverte, les inventeurs de l'horoscope, dont le grec Ptolémée, estimèrent que pour coller à une année de douze mois, treize constellations, ça faisait gravement désordre. Ils se sont donc réunis pour décider duquel serait évincé de la ronde des signes. Eh oui, treize à table, déjà, à l'époque, il valait mieux éviter...
Ils ont jeté leur super dévolu sur un drôle de bonhomme, pas très beau, et nanti de surcroît d'un serpent enroulé autour d'un bâton. Avec un nom à coucher dehors, Ophiuchus, tellement difficile à prononcer qu'on a préféré l'appeler le Serpentaire.
De toutes façons, les serpents n'ont jamais eu très bonne presse dans les genèses, les cosmogonies et autres mythologies. C'était perdu d'avance pour le serpentaire. Les Grecs l'appelaient Asclépios, les Romains Esculape, mais cela ne changea pas d'un iota son destin de banni des astrologues.
Le hic, c'est que le Soleil, lui, a continué sa course (apparente) dans le zodiaque, y compris dans Ophiuchus, et que petit à petit, les dates se sont méchamment décalées. Sans compter la précession des équinoxes qui n'arrange rien.
Bref, les astrophysiciens ont recadré tout ça dernièrement, ne résistant pas à ce pied de nez aux adeptes de l'astrologie. Coupant le sifflet aux conspirationnistes qui les accusaient d'avoir "inventé" ce nouveau signe.
Aujourd'hui, 9 mars, le soleil est en verseau.
Pour ma part, peu importe, finalement. Le soleil est surtout dans mon coeur. Je sais, c'est bô...
Enfin, pour rigoler (parce qu'il vaut mieux en rire) si vous voulez savoir si votre signe personnel a changé ou pas, ou si vous avez la veine d'être né sous le signe du serpentaire, rendez-vous chez mon ami Tiniak.
Sinon, vous pouvez aussi consulter mon horoscope mystérieux perpétuel, toujours d'actualité, c'est ICI. J'ai même rajouté le Serpentaire, au cas où.
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billevesées,
la tête dans les étoiles,
quelle époque épique
27 février 2022
La grande consolatrice
“La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus.”
Antoine de Saint Exupéry
| Le lac de Champos |
Vladimir Cauchemar a un concurrent sérieux, un homonyme maudit qui, celui-là, ne fait pas dans la dentelle ni danser les gens en frottant des disques vinyles. Il serait plutôt du genre à nous faire marcher sur la tête.
Quel sera le Sarajevo moderne qui mettra le feu aux poudres ? Qui ouvrira le bal ? Quand ?
La question agite les corbeilles, qui s'enflamment ou s'effondrent selon les chroniqueurs. Rien ne changera jamais. Le mot fait vendre, le mot fait peur. La guerre...
La guerre, disait Paul Valéry, « ce massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas... » C'est tellement vrai. Quelle connerie, Barbara. Et en deux mille vingt-deux, on en est toujours là ?
A quoi bon en parler ? De toutes façons, personne ne nous demandera notre avis, quoi qu'il arrive. Le peuple subit. Les glands de ce monde n'en font qu'à leur tête. Qu'ils ont bien petite, entre nous...A se demander s'il y a de la place pour un cerveau là-dedans. Bref. Wait and see.
Je refuse d'ajouter de l'angoisse, de la peur, de la spéculation à ce monde qui n'en a aucun besoin supplémentaire.
Je préfère me concentrer sur sa lumière. Tendre la main à cet homme qui faisait du stop, l'autre soir, avec ses béquilles. Brisé par un terrible accident. L'amener jusqu'à chez lui, écouter sa triste histoire, sa solitude, son dénuement et le voir pourtant sourire sans se plaindre. Quelle leçon !
Me réjouir de la victoire de mon amie Prunelle sur le méchant nénuphar qui lui rongeait le sein. Vivre dans la gratitude de tout ce qui m'est donné, chaque jour. Me sentir toute petite, impuissante, mais forte, vivante, et heureuse de l'être. Si certains mégalomanes atrophiés du cortex pouvaient en faire autant, déjà, le monde irait mieux…
Bouffer de la guimauve au chocolat en lisant le dernier Pennac.
Aller voir le Chêne, un film superbe plein d'animaux gentils, qui s'en battent l'oeil des derniers soubresauts de la bourse.
Rêver au bord d'un lac. Ecouter les premiers chants d'oiseaux annonciateurs de printemps. Soigner mes iris.
Parce que plus que jamais, comme Dédé devant la prodigieuse beauté de la montagne, je trouve salutaire de se réfugier dans la contemplation de la Nature. La grande consolatrice d'âmes.
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PS.
J'avoue que j'ai hésité, pour faire plaisir à Bleck, à vous écrire le mode d'emploi du four à vapeur X27-86 à injection directe par induction sous-jacente intuitive en alternance bi-nomique. C'était pourtant un beau sujet. Qu'est-ce qui m'a retenue, au dernier moment...ça, qui pourrait le dire ?
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20 février 2022
Souvenirs nomades
“Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours...”
Marguerite Duras
“Filez dans vos chambres ! ”
C'est ainsi que parlait mon père quand il en avait assez de supporter le raffut de ses cinq enfants.
Je filais dans ma chambre avec bonheur...J'aimais ce havre clair-obscur où se jouait mon théâtre personnel. Les livres étaient mes amis de solitude.
Je lisais la Famille Tant-Mieux, et sa vie aventureuse en roulotte. C'était un peu mièvre. Mais c'était doux et rassurant à mon coeur d'enfant. Quelque part, cela m'aida à comprendre et à faire mien l'optimisme de mon père, sa vertu cardinale.
Pour mon esprit aigu et ma sensibilité piquée au vif, les roulottes étaient le symbole de l'aventure. Je les trouvais d'une poésie terrible, ces petites maisons à roulettes, de puissants appels au rêve.
Le Club des Cinq, dans une de leurs péripéties, rencontrait des Saltimbanques, et ce mot sentait le voyage, les petits cirques miteux, les auberges grises, les baladins d'Apollinaire, l'ours et le singe, animaux sages... Dans un autre tome, ils partaient en roulotte, eux aussi.
Ma maîtresse d'école nous apprenait à lire avec “ La roulotte du bonheur ”. L'auteur, Paul-Jacques Bonzon, qui habitait la même ville que moi, avait écrit cette histoire pour donner le goût de lire. Je crois bien qu'il avait réussi son pari.
Plus tard, je fis découvrir à mes élèves le merveilleux “ Pierrot et les secrets de la nuit ”, de Michel Tournier. Comme elle était bien écrite, cette histoire dont raffolaient les enfants...Un bijou de poésie.
Pierrot le Boulanger aime Colombine la Blanchisseuse, mais voilà qu'une roulotte débarque à Pouldreuzic, toute enluminée de fleurs et d'oiseaux, et à son bord, Arlequin... Arlequin et sa poudre aux yeux, et son parfum d'ailleurs... Je rêvais moi aussi, à cet appel du large...
On les appelait candidement les Gitans, les Romanichels, les Bohémiens. Sans penser à mal. C'étaient leurs noms. Ces mots faisaient s'envoler comme des papillons des airs de guitare manouche, la plainte nostalgique des violons tziganes, les étincelles des feux de camp.
Les Bohémiens...Cela rimait encore avec comédiens, musiciens, magiciens, comme dans la chanson d'Aznavour. Les tréteaux, les calicots, les théâtres ambulants, les funambules, les acrobates avaient un côté mystérieux. C'était Jean-Baptiste Poquelin le bateleur ou Esméralda, l'ardente aux yeux de braise.
Le gel du politiquement correct n'avait pas encore lissé les épis rebelles, et parqué les “ gens du voyage ” dans des “ aires d'accueil de grand passage à créer par les établissements publics de coopération intercommunale...”
Ce frisson d'enfance, je l'ai retrouvé un peu avec la magie du cirque Plume.
Mais en 2020, “L’épidémie nous condamne à finir dans la brume pandémique” écrit la troupe en guise d’adieu. Je n'ai pu m'empêcher de verser une larme. Comme pour un poète qui meurt.
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12 février 2022
Mamy Time
Il y a au fond de moi une Petite Fille que certains d'entre vous connaissent bien. La balançoire sur laquelle elle est juchée y oscille depuis toujours. Rythmant mon coeur. Pulsant mes désirs, mes rêves, m'empêchant doucement de devenir ce que je ne veux pas être, refusant les compromis foireux de la vie. Eclairant ma route, en somme.
Et c'est fou, chaque fois que je retrouve mes deux étoiles, elle ressurgit, comme si le temps était aboli. Je redeviens cette Petite Fille, fugacement, par éclairs.
Fascinant comme le contact de très jeunes enfants apaise et rend joyeux. C'est une vraie leçon de vie. Le vacarme du monde, déformé par le miroir concave de ces satanés concentrés de conneries qu'on nomme « informations », n'est plus qu'un murmure lointain, assourdi, un bafouillis de pauvres rois géographes et de businessmen vaniteux.
La vérité est là, dans ces petites graines en devenir, dans ce blé vert comme l'espoir.
J'adore les observer en train de jouer. Il se trame entre elles, parfois, de mini-drames en trois actes, aussitôt suivis d'éclats de rire qui éclaboussent comme des perles d'eau. Et puis, surtout, d'extraordinaires moments de tendresse qui font fondre mon coeur tel un caramel mou sur un radiateur.
Les émotions bondissent constamment, s'expriment sans filtres. Des diamants bruts. Un bébé, ou un tout jeune enfant, ça ne vit pas. Ça palpite. En permanence. Ça étincelle, ça fuse, ça dégouline, ça explose. C'est souple, doux, élastique, soyeux. Et ce regard, oh ce regard qui vous chavire... innocent et confiant, transperçant jusqu'à l'âme...
Et puis soudain, plus un bruit. Un enfant, c'est bien aussi parce que ça dort. Enfin, vous allez peut-être me dire que j'ai de la chance mais c'est un fait : ces deux-là dorment.
Chuuuut !... Profitons de ce calme surnaturel pour reprendre souffle. C'est que, l'on a beau dire, c'est sportif aussi. Et même de haut niveau.
Heureusement que j'ai une forme olympienne. L'énergie en bandoulière et les anticorps au taquet. Au bout d'une semaine de mamy time, je sors sans dommage, brillamment même, de l'épreuve du bain quotidien de miasmes, yeux brillants, petits nez qui coulent, qui niflent, qui atchoument en postillonnant, poussées fiévreuses et toux allergiques des muqueuses irritées par le froid. En réalité, je ne risque rien : chaque bisou bien baveux contient un ingrédient secret, un philtre puissant encore ignoré du monde scientifique. Aucun risque d'overdose.
Mais je ne vous fais pas un dessin.
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05 février 2022
Carnets de présence
Mon cher Alain X a eu ces très beaux mots pour moi, dans un de ses derniers commentaires.
Mes billets seraient pour lui comme des « carnets de présence ». J'aime beaucoup cette idée. Outre que l'expression a une force poétique qui ressemble à son auteur, le mot présence, lui, évoque quelque chose de profond et d'intime que le sens commun ignore.
« Ecoute Janine, je vais aller à cette réunion, pour faire acte de présence. Mais je ne m'impliquerai pas. Tiens, d'ailleurs, j'emporte un bouquin »
- Mais Raymond, j'ai envie de te dire que c'est tout le contraire ! Faire acte de présence, c'est s'impliquer dans l'instant, y mettre toute son énergie, tous ses sens en éveil. C'est observer les visages, écouter vraiment les paroles prononcées, et entrer en empathie avec les interlocuteurs. C'est être capable de dire où l'on en est à la virgule près, à la seconde près. C'est se sentir ici et maintenant, sans se laisser distraire. Etre présent, c'est être vivant.
Bien peu de gens sont capables de présence. C'est un travail de chaque instant. Une vraie conscience de ce présent qui coule tel de l'or fondu dans nos vies trop pressées, déroutées de leur but initial par des égarements qui parasitent notre être en permanence.
Dans ma jeunesse, souvent, trop souvent, je me suis laissé miner par ce fameux mental envahissant, ou emporter par les flots de souvenirs et de projections qui m'empêchaient de vivre vraiment ce que j'avais à vivre. Ces petits idées noires qui vous grignotent et vous éloignent de l'important. Vous savez, quand on est tantôt dans le passé, tantôt dans le futur. Jamais vraiment là. Au point que parfois, j'étais incapable de répéter la phrase que l'on venait de me dire. Absente. Ailleurs.
Aujourd'hui je suis là. J'aime témoigner de cette aventure extraordinaire, être vivant. Je ne suis pas près de refermer ces carnets, tant qu'il y aura des lecteurs comme vous, comme Alain, qui l'apprécieront , je continuerai à faire couler ma petite douche de joie bienfaisante. A broder le bonheur à petits points sur le tissu de vos vies. Pour un peu, je me sentirais presque investie d'une mission de rayon de soleil...
- Eh ! redescends, Célestine. Tu planes !
- Au contraire, Gemini Criquet, je colle au réel, à la Terre, de toutes mes fibres. Mais y réfléchir ça s'appelle « prendre de la hauteur »... Tout est dans la finesse de cette contradiction apparente...Tu comprends ?
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