« Prends soin de ton corps pour que ton âme ait envie d'y habiter. »
Proverbe chinois
J'ai ouvert la fenêtre. L'air sent la frangipane et le sel marin. On va encore dire que ce n'est pas normal pour un onze novembre. Toute cette douceur bleue qui enrobe les jours, ces feuilles qui meurent sans le gris qui sied aux funérailles.
Les lichens frisent les tuiles comme des dentelles.
Ils attendent la pluie, mais c'est le soleil qui pleut ses petits rayons très obliques : ils caressent mon tapis de yoga.
Je m'installe.
Salutation au soleil, justement. Etirements de chat. Chien tête en bas. Scorpion. Cobra. Charmant bestiaire. Le souffle envahit l'espace. Ne plus penser. Juste ressentir les courbures et les allongements. Le corps qui se délie telle une liane. L'énergie vitale. Les postures qui étirent l'âme.
Il y a un an, le jardin s'enveloppait d'hermine, un lourd manteau, et les arbres criaient leur plainte sous le poids de la neige.
Rien n'est jamais comme avant. Cette année, le monde s'enlise dans la peur. C'est une neige moins jolie. Elle est sale parce qu'elle a un goût de malheur, de défaite.
La nature, elle, nous refait le coup du temps sublime, comme pour parer à la névrose ambiante.
On ne connaît plus le sens des mots. Qu'est-ce qui est indispensable ?
Les livres, la musique, le chant d'un merle ou le parfum d'une rose sont jetés aux orties de l'inutile, par décret. On tend de ridicules rubalises devant les rayons musique et littérature.
Bien malin pourtant qui pourrait affirmer sans crainte de s'égarer ce qui est utile ou pas aux hommes. On a oublié le Petit Prince et sa fleur.
Je ramène à ma respiration ma conscience un instant distraite par mon mental fugitif. Des pensées qui passent à l'horizon, comme un voilier qui recoud la mer et le ciel.
Plus que jamais, je sais, moi, ce qui m'est indispensable.
Et vous ?

















