Sous-titre :
À tous ceux qui ont senti un jour la morsure
du « rien ne dure »

« J'ai sur la peau le reste d'un rêve qui refuse l'oubli... » *
De longs filaments
Diaphanes et scintillants tels des filaires
pêchés dans la rivière
Etoilaient le chemin.
Oh bien sûr, il y eut
Des cahots
Des cailloux
Des cabosses...
Et pourtant l'herbe faisait aussi un velours doux
sous leurs corps si beaux.
C'était comme respirer ensemble un parfum rare.
Le voyage palpitait sous les roues.
C'était toujours neuf.
C'était bon.
Cela sentait la giroflée et le jasmin.
Elle avait sa façon à elle d'ouvrir le flacon des nuits et des jours.
Pas toutes les nuits.
Pas tous les jours.
Il leur fallait en garder
pour ne pas succomber à l'habitude.
Pour ne pas casser le cristal fragile
De l'éblouissement.
N'est-ce pas pas comme cela
Que l'on préserve
La fraîcheur des choses
et le sel des instants ?
Il disait qu'elle mettait la barre haute,
Il disait haute, oui,
Elle avait plutôt l'impression d'être
mouette égarée que vieux loup de mer.
Elle avait dû le faire marrer
Avec ses candeurs enfantines
Elle n'était pas si haute,
finalement,
cette barre.
Elle s'est échouée dans le goudron,
Amoco Cadiz éventrée déposée sur le bas-côté
avec les mille précautions d'usage.
Elle s'est sentie paquetage
de marin.
Filet troué.
Un goéland qui gît
sans force
un peu sonné
aile engluée.
Un vent glacé souffle dans ses doigts engourdis
Pourtant
Elle a sur la peau le reste d'un rêve qui refuse l'oubli...
¸¸.•*¨*• ☆
* Phrase trouvée sur le net.
Musique: Kevin Kern, Remembering the light.








