Juin, ce sont les tilleuls en fleurs, omniprésents, entêtants, ravissants. L'odeur de mon enfance a chaque coin de rue. Ce miel qui me donne des papillons dans le ventre et un sourire extatique de statue grecque.
Des orages, des ondées, des averses, presque chaque jour, apportant au jardin cette vigueur qui lui manquait : l'eau, la vie, la profusion. Les amaryllis explosent de leurs étendards rouge carmin, les lauriers plantés cet automne offrent généreusement leurs premières fleurs.
Comme dit mon amie Mathilde Doublétoile, le temps nous file entre les doigts de pieds. Que je n'ai même pas eu le loisir de mettre en éventail, durant ces trois semaines d'absence. La tête et le coeur pris par un projet dont je vous parlerai bientôt. Il y est question de musique sous les étoiles, d'une réunion d'amis, et d'un pays lointain souffrant les mille morts de la folie humaine.
Tiens, oui, les étoiles, parlons-en. Mes douces compagnes de toujours étincellent à nouveau, après leur éclipse derrière des rideaux cotonneux de cumulonimbus.
(Devrait-on dire cumulonimbi ?...) Le vent du nord les a chassés. Venus était de toute beauté, hier soir, juste en face de mon lit.
Juin, rêver de partance, souquer les artibuses et mettre les voiles dimanche, vers des cieux différents. Mon appel du 18 juin sera plutôt celui du large…
Juin. On a accroché des moustiquaires aux fenêtres. Les compagnies aériennes de nos ennemis ailés, frelons asiatiques, guêpes, moustiques tigres, taons, mouches bleues, affûtent leurs armes. On se prépare à l'été, parce qu'ici, l'été, c'est un combat journalier : le plomb fondu du soleil, la terre qui se craquèle, les fontaines qui pleurent, et ce bleu aveuglant de tableau à l'acrylique. Partout. Les maisons ferment leurs paupières, on essaie de conserver la fraîcheur comme Cro-Magnon conservait le feu. Avec jalousie. Et tout un tas de précautions.
Juin. La saison des spectacles en plein air commence. Une pièce de théâtre de Jean-Michel Ribes, pièce en douze appartements, un concierge dans l'escalier et une rue devant. Décapante et tellement drôle.
Un concert avec François-René Duchâble, merveilleux pianiste dont je vous parlai ICI. Accompagnant Baudelaire, Rimbaud, Lamartine, pur moment de belle poésie.
Des feux d'artifice. Des sons et lumières. Des gens qui râlent parce qu'il pleut. Et qui vont râler parce qu'il fait trop chaud.
Juin, quoi...

















