29 novembre 2021

D'âme à âme

 Le tableau du jour, avec sa frêle barque esseulée sur une grève, et son clair obscur lunaire, m'a ramenée à un voyage étrange que je fis il y a trois ans. Etrange, parce que je suis partie avec un de mes frères. Celui dont ma mère disait toujours, à demi-mots :  « Non, mais lui, c'est différent » ... Traînant le fardeau d'un handicap qui ne se voit pas, mais qui est là pourtant :  la peur sociale. La phobie des autres, de la sociabilité ordinaire et son cortège de contraintes. Une grande sensibilité, un peu enfantine, un cerveau très développé,  des paroles souvent cash, sans filtre, un coeur gros comme ça, et toujours cette difficulté à s'insérer, à s'exprimer. Il y a des étiquettes pour désigner ce syndrome, mais mon frérot n'est pas une étiquette.


Bref, c'est la première fois que nous partons tous les deux. Il s'est mis en tête de voir la Bretagne, qu'il ne connait pas. Et peut-être, aussi, secrètement, de revoir une certaine Bretonne, infirmière de son état, pour qui il a eu un crush, comme on dit maintenant. Je me dis que tout est possible...

C'est à Saint Nazaire, en longeant la plage, que j'ai pris cette photo. J'en suis assez fière. Elle conte une histoire.  Un souvenir resté extraordinairement présent. 

 Personne encore sur la plage à cette heure très matinale. La frange d'écume ourlée d'argent scintille devant la statue du Sammy, une oeuvre d'art américaine surplombant la baie.
Le sable de velours mat a la couleur du désert. Le ciel coule dans la mer comme de l'encre. C'est irréel. Epantelant. Superbe. La beauté joue pour nous sa musique en silence. Et encore, je ne te parle pas du goéland qui traçait de son aile une arabesque charmante, juste au-dessus du soldat sculpté. Imagine : un éclair blanc sur l'horizon bleu sombre...mais trop rapide pour une photographe de pacotille, subjuguée par son tableau.
Cette contemplation dure de longues minutes. Je n'ose bouger de crainte de dissiper le charme.
Je regarde furtivement le visage de mon frangin : il semble transfiguré. Comme éclairé de l'intérieur. Avec un sourire apaisé que je ne lui connais pas. C'est comme un tissu qui se déchire, laissant entrevoir un nouveau paysage.


On n'a pas vu la Bretonne. La possibilité d'une rencontre, quand elle a commencé à se concrétiser, lui a fait peur. C'était trop angoissant pour lui.
Mais durant ces quelques jours, et c'est sans doute cela, l'étrangeté heureuse de ce voyage,  j'ai connu mon frère. Vraiment connu, je veux dire. Compris. Comme jamais je ne l'avais connu ni compris au cours des cinquante dernières années. D'âme à âme. 
« Non mais lui, c'est différent »... Pas tant que cela, au final.
Rien que d'en parler j'ai le coeur au bord des yeux.







 Pour l'atelier du Goût.

Et si vous voulez en savoir plus sur le Sammy.

27 novembre 2021

Jusqu'au bout

 



Vaste débat philo, l'autre jour, avec mon amie Prudence et son mari, sur la chance et le libre arbitre...L'opiniâtreté, la persévérance, le courage, l'énergie constructive, l'esprit d'entreprendre, toutes ces qualités si précieuses sont-elles des chances, des diamants posés dans un berceau, ou sont-elles données à tout le monde, et dans ce cas, pourquoi certains les cultivent-ils et  d'autres pas ? Pourquoi certains en paraissent-ils si dépourvus, comme après un mauvais tirage à la loterie ? Pourquoi d'autres, au contraire, en semblent-ils bardés (de nouilles, pour paraphraser une expression populaire un peu triviale) ? Extérieurement, cela ressemblerait assez à l'injustice du destin. Mais ne doit-on pas essayer d'aller plus loin que cette apparence un peu manichéenne ?
Bref, le débat est sans fin. Il est des êtres qui rebondissent, qui saisissent les opportunités, qui vont de l'avant, et d'autres qui se laissent submerger par les difficultés et ne trouvent pas le ressort nécessaire au rebond. 
J'ai toujours pensé que c'était une grande chance d'avoir ce caractère de tête de mule qui va au bout des choses, et qui ne renonce jamais. Depuis quelque temps, cultivant ma confiance en moi, je me dis qu'il doit bien y avoir aussi un peu de mérite personnel, dans cette force que je convoque (non sans peine) pour réaliser mes désirs, mes aspirations profondes... Un peu de chance et beaucoup de travail. Un peu d'inspiration et beaucoup de transpiration. Dans quel pourcentage, personne ne saurait le dire. 
Du coup, tout imputer à la chance, ou au contraire tout imputer au travail, ne sauraient être que des positions extrêmes, et au final paralysantes, parce que rien n'est facile, rien ne va de soi. Et que l'environnement extérieur, les encouragements, le soutien des amis, c'est peut-être cela qui fait la différence.
Toujours est-il que la satisfaction profonde de m'être dépassée, d'être allée jusqu'au bout d'un projet, quel qu'il soit, a toujours été une récompense très douce aux efforts que j'ai dû fournir. 
Et c'est dans cet état que je me trouve aujourd'hui, où un de mes rêves devenu projet vient de se réaliser. 

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24 novembre 2021

Quand le temps s'arrête



 


Ce matin.
La fenêtre ouverte sur le jardin laisse entrer l'odeur d'un vieil automne qui craquèle la terre. Une odeur de mousse et d'écorce humide, de lichen et de feu de bois.
Le rideau se soulève sous la houle d'un léger vent frais. Il faut bien aérer, même quand il fait froid.
Soudain... une feuille craque. Un ombre passe...

Ooooh ! Mais que tu es mignon ! D'où viens-tu, toi qui ne sait rien des hommes et de leur monde fourbu ? Que fais-tu là, si près de notre maison ? 
Tu grignotes avec précaution, à côté du rhododendron. Un brin d'herbe ? Un gland ? Tu n'as pas l'air très goulu...

Tes oreilles sont deux paraboles qui captent le moindre son. Ta babine blanche te donne un air espiègle. Tu n'oublies pas de te mettre aux aguets., régulièrement, comme te l'a appris ta maman.  Ne t'inquiète pas : ici aucun chasseur ne pointe vers toi le feu de la mort.  Il y a juste deux imbéciles heureux qui te contemplent sans rien dire. La joie sait se poser sur les coeurs, quand le temps s'arrête. Elle n'a pas besoin de paroles. Le prodige est là, dans l'instant.

Tu regardes vers moi. Le clic-clac de l'appareil ne te fait pas fuir, mais il t'interpelle par moment, il me semble... Ce que tu restes longtemps ! C'est un vrai cadeau que tu nous fais. Ça doit faire cinq bonnes minutes que tu as investi ce coin du jardin, et ta présence lui a donné comme une lumière différente, sous le ciel plombé de novembre. 
Et puis soudain. Pfft ! Tu repars dans la colline. Comme tu es venu. Furtivement, tel un feu follet. Inconscient d'avoir semé tant de gratitude sous ses pattes frêles.

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A Miss Zen, qui se demande ce qui met en joie ses lecteurs en ce moment.

22 novembre 2021

On est bien


 



On est bien, bien, bien, mais alors ce qui s'appelle bien. Avec trois grands B. Je t'entends soupirer d'aise. On vient de planter des bambous. Cinq bambous superbes qui étofferont ce coin du jardin, dépouillé par la dernière tempête de neige qui a sévi il y a deux ans. Par la baie sans rideaux qu'on appelle l'aquarium, fenêtre large ouverte sur la verdure, on contemple notre travail. Encore emplis de l'odeur de la terre, des feuilles, des champignons, de cette belle pourriture noble qui ensemence et nourrit, le cycle de la vie, le terreau noir, les racines...
On a beau jardiner en amateurs, l'émotion est la même : au contact de la nature, les bleus à l'âme, les ecchymoses du coeur, tout s'envole. On oublie tout. On oublie à quel point on est pris pour des jambons par le flux ronronnant de la parole médiatique, qui nous harcèle de tant de bons conseils sirupeux pour prendre « soin de soi » : rester bien loin les uns des autres, surtout ne pas se toucher, ne pas s'embrasser, ne pas respirer autrement qu'à travers un filtre synthétique...Pauvre époque. Je le dis sans équivoque : on perd le sens. Vivre, ce n'est pas s'abstenir de prendre des risques. Surtout le risque majeur, celui dont on ne dit pas le nom, par pudeur idiote ou par peur mesquine. Vivre est une maladie mortelle. 
Le vrai sens de la vie, c'est les peaux qui se frôlent, boire dans le même verre pour lire dans les pensées de l'autre, sentir le roulis et le tangage de l'aventure humaine, sur un long fleuve fluide de sueur, de sang,  de lait, de larmes, de salive, de sperme, de cyprine. L'aventure de la vie, c'est de se mélanger, comme le sel à la mer, l'algue à la rivière et la graine à la terre. 
Alors on est bien. 





Pour l'atelier du Goût, il fallait placer les mots
Pourriture, amateur, jambon, ecchymoses, tangage, rideaux, équivoque, harceler, s’abstenir.

19 novembre 2021

Citadine intermittente









 Je t'ai dit mon rapport quasi amoureux à la ville ? Les petits matins brumeux sur Paris, ma mégapole préférée, avec juste un léger rayon floconneux et timide pour illuminer la cime des platanes... L'odeur du café et des croissants dans les petits bars de quartier...Les reflets des lumières sur les pavés mouillés, le soir. Le ballet incessant de cette foule de gens si divers, si colorés, si attachants dans leurs différences mêmes,  comme on peut en voir fleurir les trottoirs un jour de printemps. 
Et cette surprenante rencontre d'époques qui te saisit parfois au détour d'une place, d'une avenue...
Et les toits...La canopée géante des toits d'une ville, sur lesquels il se passe tant de choses...
J'ai toujours des yeux littéraires pour me repaître de ces amoncellements de bâtiments, de ces entrelacs de rues, de murs, de réverbères dans lesquels toute âme poète sent battre le coeur des villes. Un peu d'Hemingway, un peu de Modiano, un peu d'Anaïs Nin. J'ai adoré, à une époque, laisser traîner mon coeur entre béton et bitume juchée sur mon Chappy, enivrée des plaisirs adolescents qui firent de moi pour longtemps une citadine. 
Et depuis quelque temps, pour autant, je vis à la campagne. Je l'ai choisie en pleine conscience. J'aime cet écrin de chênes et d'écureuils dont je t'ai parlé souvent. J'en ai besoin. Je m'y sens moi-même.
La ville, ses théâtres, ses musées, ses ponts, sa foule, sa fièvre, m'attirent toujours, mais comme ces amants que l'on voit par intermittence, qui nous exaltent de plaisirs, mais dont on ne saurait partager la vie en permanence. 
C'est vrai, parfois, la grande ville me manque. Mais juste comme une amie qu'on ne voit plus, parce que nos chemins ont divergé. 

18 novembre 2021

Etre ange, c'est étrange, dit l'ange*



 


Cher vieux blog de Célestine,   




Ça fait un moment que je tourne autour de toi, voyant comment tu te tapis sur toi-même au point qu'on en arriverait presque à t'oublier. Oh, je sais ce qui se passe en toi. Tu te dis que ta vieille enveloppe est devenue trop étroite pour la nouvelle Célestine. Que tes zones de confort ont besoin d'être quittées, et de nouveaux territoires foulés.

Tu n'as pas tort. Tu as déjà subi des transformations dans ta vie de blog. Des rafraîchissements d'apparence, des petits désincrustages de points noirs...

Mais aujourd'hui, c'est plus sérieux : il va te falloir prendre un virage bien sec, mon vieux.  Oublier tout ce que tu as pu représenter par le passé, et repartir d'un souffle nouveau. D'une énergie inédite.
Ou alors mourir de ta belle mort. Ou de chagrin, peut-être. 
Mais ce faisant, tu ferais de la peine aux lecteurs de Célestine, si ça se trouve. Sont tellement chouettes ses lecteurs ... ( mais non, être ange n'empêche pas un peu de démagogie...)
Tu sais, de là-haut, j'observe les Z'humains avec attention. Beaucoup fuient le changement, l'évolution. Ils se figent dans leurs habitudes, se cristallisent en elles comme des insectes pris dans de l'ambre. Mais l'inertie, c'est la mort lente. Et la vie c'est comme le vélo : si on s'arrête de pédaler on tombe. 
J'observe surtout beaucoup Célestine. Je suis payé pour ça. Et je vois qu'elle n'hésite jamais, elle, à bouleverser sa vie en profondeur. A envoyer valser cul par dessus tête de vieilles accoutumances, avant qu'elles ne lui grignotent complètement le bulbe. Et à toujours avancer, avancer sur son beau chemin pavé de joie et d'imprévu.
Tout cela pour te dire, vieux blog, qu'il va falloir te réveiller parce que tu files vraiment un mauvais coton depuis quelque temps.


Signé Gudule, l'ange gardien de Célestine









* Citation de Jacques Prévert

30 octobre 2021

Complicité

 


Tu as déjà passé une semaine entière avec une petite fille de trois ans ? Attends, pas n'importe laquelle : ta petite-fille. La mini-elle de ton mini-toi. Ce n'est pas rien. C'est même toute la différence avec une autre petite fille lambda.
Une semaine en tête à tête avec une boule d'énergie pure... C'est un peu comme un entraînement à un voyage interspatial. Physique, et intense en émotion.
Elle te regarde de ses grands yeux innocents, et son regard te fouille l'âme. Elle est comme un diamant brut, tout en elle est neuf. Inexploré. Et en même temps, telle une promesse de graine, tout est déjà là, de celle qu'elle deviendra. Blé en herbe. Cheveux soleil. Intelligence qui étincelle. Rire qui cascade en perles. Pleurs qui jaillissent. 
Pousse de bambou, verte et croquante. Craquante. Usante aussi, quand elle demande vingt fois le même air à la guitare, le même jeu des animaux de la ferme, la même histoire. Bouleversante, parce qu'à chaque instant tu revois son père, ce grand costaud barbu, sous les mêmes boucles blondes... Tu le revois sur le manège, au parc des animaux, ou sur la balançoire. Retour à la case départ : le temps qui passe, vertigineux, et toute cette sorte de choses...
Je suis devenue Mamie Couleurs. A cause du vernis sur les pieds. Et sûrement un peu, aussi, à cause de ma propension à peindre la vie en arc en ciel. A faire chatoyer le temps. A créer des liens.
Ça me botte, ce petit nom. Je dirais même que c'est le pied. 
Mais tu vois, ce soir, elle me manque, Boucle d'Or. Beaucoup. Comme une brise fraîche sur la peau, après une chaude journée.





 

18 octobre 2021

La vie secrète d'une écrit-vaine



Le temps, cet assassin, le temps nous est compté. Il nous catapulte dans des dimensions cosmiques incompréhensibles.  Il nous échappe. Il se tortille comme un multivers, une guimauve interstellaire et métaphysique glissant entre nos doigts comme du vif-argent. Comment expliquer autrement, monsieur le Juge, ce sentiment étrange que les heures ne font plus leurs soixante minutes règlementaires ? Que tout s'accélère au point que même les jeunes, oui monsieur le Président, même les jeunes disent : « Le temps passe trop vite ! » Cette sorte de phrase était jusqu'ici réservée au personnes « d'un âge », joli euphémisme pour ne pas dire « les vieux ». Les croûtons, les has-been, les anciens qui ronchonnent que tout fout le camp et que c'était mieux avant. Oui, même les jeunes déplorent la fuite du temps...
Comment expliquer qu'il fut un temps (oui, un autre) où j'avais le temps (encore)  d'écrire, et même parfois chaque jour, un billet foisonnant, un atelier d'écriture, un poème, un récit, une fantaisie, un mémoire, un reportage, alors que je consacrai le plus clair de mon temps (oui, toujours lui) à barrer un bateau énorme, et à faire entrer dans de petites têtes multicolores l'accord du participe et la règle de trois ? Et accessoirement à élever trois de ces charmants petits êtres, ce qui est, vous en conviendrez, une activité à plein...temps ?
Ah, monsieur le juge, il y a là-dedans un mystère aussi épais qu'une grammaire chinoise. Ou que la muraille du même nom.
Et le pire, c'est qu'à chaque minute paisible, délicieuse ou haletante qu'il m'est donné de vivre aujourd'hui, j'ai le titre d'un billet qui apparaît en filigrane. Je me vois déjà vous partager, avec cet élan que vous aimez chez moi, ce concert, cette exposition, cet enthousiasme, cette indignation,  cette promenade, ce paysage beau à couper la chique, ou simplement un moment philosophique passé à tisser le monde de nouveaux fils...
Et puis la journée passe, et le soir, j'ai en tête un feu d'artifice d'idées, d'images, de couleurs, qui explosent en tous sens, et pas un seul instant pour remplir ma page blanche. Parce qu'au moment précis où je pourrais caresser ce clavier tant aimé, il y a toujours un clair de lune, une ombre de chêne bleue sur le gazon, le frôlement furtif d'un hibou ou d'un chevreuil, un piano qui me tend les bras, des amis qui passent à l'improviste, un vin à goûter, un enfant à câliner ou une branche de saule à couper,  qui viennent me rappeler qu'écrire, c'est bien, mais que vivre c'est mieux. 
Prenons Balzac. La Camarde l'ayant fauché à l'âge canonique de 51 ans, il a, au mieux, même en commençant très tôt, disons à seize ans, consacré trente-cinq ans de sa vie à noircir du papier. Si l'on compte que la Comédie Humaine, pour ne parler que d'elle, comporte quatre vingt dix romans de quelques centaines de pages, à une époque où l'on n'avait que l'encre, la plume et le papier...Si l'on rajoute les cent Contes drolatiques, et les vingt-cinq oeuvres inachevées, c'est colossal. 
Pas de touche "delete", pas de copier-coller, pas de clavier. La conclusion est facile à tirer : Balzac ne faisait que ça du matin au soir. Et parfois du soir au matin. A raison d'un roman tous les trois mois. J'appellerais plutôt cela la Comédie Surhumaine. 
Non, pour moi, c'est certain :  le Temps devait durer beaucoup plus longtemps au XIX siècle. Ou alors Balzac, ce prétendu bon vivant,  amateur de femmes et de bonne chère, n'est qu'un affreux mystificateur qui n'a en réalité pas vraiment vécu, consacrant parfois jusqu'à vingt heures par jour à ce despotisme de l'écriture névralgique qu'il s'infligea à lui même. 
Quelque part, tiens, ça me console de n'être pas Balzac. 


Pour l'atelier Filigrane.
Merci à La Licorne pour son sujet (inspirant) du mois.






 

08 octobre 2021

Rome était dans Rome







Si je devais retenir un moment, un seul, de ce voyage à Rome, ce serait l'arrivée en taxi, depuis l'aéroport, cet instant magique où l'on quitte le monde actuel pour pénétrer au coeur de l'Histoire. Je ne saurais décrire précisément l'émotion qui m'a saisie en découvrant l'extrême poésie de ces ruines antiques. Mais c'était fort. C'était étreignant, là, au niveau de la gorge.
La ville a tenu les promesses de mon rêve : à chaque détour de ruelle ou d'avenue, une merveille architecturale, un prodige, une oeuvre d'art. C'est fou. 
Devant ces prouesses antiques, on est forcément pris d'interrogations existentielles sur l'humanité, ses grandeurs et ses décadences. Enfin, en tout cas, c'est ainsi que je fonctionne. L'esprit en fusion.
J'ai vu la saleté, les herbes folles sur les trottoirs, les verrues qui gâchent les prises de vue, les tags, les papiers gras, les mégots, les poubelles qui s'entassent. La campagne électorale et son cortège de compromissions et de tripotages pas très nets. La révolte qui gronde sous les drapeaux des manifs. 
Mais j'ai voulu regarder surtout la Beauté, les marbres rutilants, les coupoles, les colonnades, les pavés, les façades ocres, et partout, ces pins parasols géants qui sont pour eux comme nos platanes. Tutélaires, séculaires. Magnifiques.
Je ne vous ferai pas le reportage complet de nos pérégrinations pédestres à travers la ville éternelle. Une moyenne de quatorze kilomètres à pied journaliers, pensez donc ! Et puis j'aurais l'impression de paraphraser Miss Zen, qui a si bien raconté ses vacances romaines un peu avant moi.
Je garde au fond des yeux, du coeur, des dizaines de regards, de sourires, de parfums, et cette langue qui chante et coule comme la Fontaine de Trevi. 
La majesté époustouflante de San Pietro, le mystère feutré de la Chapelle Sixtine (que j'imaginais beaucoup plus grande) Les bersaglieri et leurs chapeaux à plumes noires, sur la Piazza di Spagna. Les perruches de la Villa Borghèse, le Tibre sauvage et calme, les religieux de toutes les couleurs voisinant avec les Ferrari rouge sang, partout dans les rues du Vatican.
Incorrigiblement romantique, serrer dans mes bras l'homme que j'aime, sur chaque pont, devant chaque fontaine, et goûter à l'amour, comme on rit, cheveux au vent sur une vespa. La petite guêpe mythique qui fleurit dans mon coeur d'Audrey Hepburn devant son Gregory Peck. 
Et l'extrême bonheur de partager avec mes amis, férus d'italien, des conversations charmantes dans ces petits restaurants typiques au coeur du vieux Rome. Rencontrer les gens. Rire. S'émouvoir. S'émerveiller. Réfléchir à la vie.
N'est-ce pas le propre des voyages ?

*****


En route ! Cliquez sur les photos pour les agrandir.



Le marché du Campo dei Fiori, coloré et parfumé

Le plafond d'or de la Galerie des cartes au Musée du Vatican

Le Colisée au couchant

Et plus tard dans la nuit

Les extraordinaires pins parasols encadrant la Colonne de Trajan
 et le dôme de l'église Santissimo nome di Maria al Foro

Le Mont Palatin vu du Circus Maximus

Ce qui reste du Circus Maximus

Une ruelle et l'un des 11000 restaurants de la ville



La fontaine de Trevi


Une perruche sauvage dans le parc de la Villa Borghèse

Un hymne au Limoncello

Et un autre à la Pasta

Une vespa

Une façade au bord du Tibre

Le bel Antinoüs

L'escalier en spirale du musée du Vatican

Saint Pierre de Rome aussi belle à l'extérieur...

...qu'à l'intérieur


L'ancien et le moderne à chaque carrefour

Les fameux « Tonarelli cacio e pepe »

La "Bocca della Verita" qui tranche la main des menteurs...




Rome vu de la Villa Medicis


Le Tibre sauvage et calme

La révolte gronde...


Le temple d'Aurélien et Faustine sur le Forum




Et pour finir…
Je vous emmène faire un petit tour
en fiat 500, ça vous dit ?
😉









23 septembre 2021

Si alla vita !

 




Quand mon amie Dolce Vita a proposé ce voyage à Rome, on a sauté de joie comme des gosses. 
Ah ! Découvrir cette ville mythique qui me fait rêver depuis toujours. La ville de Fellini, de Mastroianni, de la Grande Belleza. Arpenter les ruelles où flânent encore l'ombre de Stendhal et celle de Chateaubriand et leurs émois littéraires devant la Ville Eternelle...
Le départ me semblait lointain, et pourtant c'est demain. Je réalise à peine... j'aime bien ce moment de flottaison entre deux temps : on est là, et soudain, on est parti...
Que j'aime les voyages quand ils parlent fort à mon coeur ! L'Italie, ce sont mes racines, tu le sais bien, toi qui me lis depuis si longtemps. Un air de mandoline italienne me berce de sa mélopée pendant que j'écris ces quelques mots. 
Tu te rends compte ? Fouler la piazza Navona, admirer la Fontaine de Trevi, la Villa Borghèse, et tant d'autres prodiges qui défient le temps... J'en frissonne.
Aujourd'hui, l'automne a balbutié son premier jour. La lumière est belle et laisse croire au bonheur. 
Je t'abandonne encore, mais je te dirai tout à mon retour. Le vent chaud sur le Palatin, le murmure des pierres millénaires, l'odeur des scampi et des vongole sur les spaghetti, les fenêtres à jalousies, et la splendeur vaticane.
Avec, partout, cette musique du coeur qui ne me lâche pas.
Tu verras, ce sera bien.

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13 septembre 2021

Nous nous sommes tant aimés





Tu le savais, que je ne résisterais pas à cette photo... Tu savais que l'odeur de la craie, c'est ma madeleine dans le thé. Nous nous sommes tant aimés, mon métier et moi.

***


Ce soir-là, j’ai traversé la cour. Le soleil de septembre éclairait d’une lumière poudrée les cheveux en broussaille des derniers élèves de la journée. Ceux que l’on vient chercher tard et qui ont toujours peur qu’on les oublie. Leurs culottes courtes flottaient sur leurs genoux cagneux, et leurs incisives avançaient en ordre un peu dispersé…
J’ai regardé ces petits poulbots courir après leur balle en mousse un peu élimée. Ils portaient au front toute l’innocence et l’espoir du monde.
J’ai fermé les yeux. Ma maman s’est approchée de moi avec un gros morceau de clafoutis aux cerises. Elle a arrangé mes cheveux en les nouant de rubans turquoise et mauves. J’ai sauté à la corde. J'ai ouvert le portail qui a grincé comme une porte spatio-temporelle. Mes amours...
Mon petit dernier n'avait plus sa barbe. Il me racontait sa journée de classe en croquant dans son goûter. Sa soeur ne conduisait pas sa grosse moto sur la corniche de Monaco. Elle portait deux tresses blondes et donnait la main à son frère aîné, qui soufflait une bulle de malabar géante. Sans se douter qu'il deviendrait architecte un jour, et le papa de deux petites filles adorables.
J’ai rouvert les yeux. J’ai franchi le portail de l’école en faisant un petit signe aux élèves. « Au revoir, maîtresse ! » ils m’ont crié en agitant leurs mains pleines de poussière.
De loin, l’école brillait, comme une orange au soleil couchant. 
Aujourd’hui, Sibylle trottine sur le chemin de l'école. Son petit cartable tout neuf me serre la gorge d'émotion. Son ombre semble me dire : regarde, je vais grandir, vite, vite, si vite...
Tellement d'enfants ont ensoleillé ma vie...et ce n'est pas fini.

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Photo céleste


Pour l'atelier du Goût