Sigma
Les filles, j'ai le nez qui gratte...et j'ai une crampe, là...Je suis harassée. Pas vous ?
Zeta
(agacée)
Ne fais pas ta mégère. Tu sais bien que nous sommes coincées là depuis des millénaires. Autant accepter le destin de notre fratrie avec grandeur.
Lambda
(esquissant un sourire pincé)
Tu parles d'une grandeur...Sigma a raison. On fatigue ! Je rêverais, juste une heure, une heure seulement, de faire partie d'une autre histoire...
Zeta
(sarcastique)
Quelle utopie ! Une autre histoire que notre sublime antiquité grecque ?
...Mademoiselle se berce d'illusions, et voudrait refaire le monde, je rêve...
Lambda
(l'oeil vague)
Je me suis laissé dire qu'il existe un endroit merveilleux où les princesses ne finissent pas en vulgaires porte-charges, comme nous. Cela s'appelle les contes de fées.
Sigma
Oh ! Raconte !
Lambda
(avec emphase)
C'est un endroit étoilé de fleurs et de velours, où des princes courageux affrontent vaillamment de gros soucis, dragons, sorcières et autres forêts inextricables, avant de célébrer leur mariage avec la plus belle princesse qui soit. Ils vivent heureux et ont en général beaucoup d'enfants...J'aurais tant aimé avoir des enfants...
Zeta
(irritée)
Balivernes ! Les Cariatides n'ont pas d'enfants ! Ton imagination fertile te joue des tours, n'aurais-tu pas consommé quelque substance hallucinogène, ma soeur ?
Sigma
Ecoute Zeta, pour une fois qu'on parle d'autre chose que du ciel désespérément bleu de l'Acropole ou de l'Érechthéion...Avoue que c'est agréable, tu ne vas pas nous censurer quand même, sous prétexte que tu es l'aînée de nous trois ...
Célestine
(Qui vient mettre son grain de sel)
Les filles, ne vous disputez pas. Vous savez, moi aussi, j'y ai cru à ces calembredaines...Le prince charmant, la belle robe de princesse, et patati et patata, et vas-y que je mords dans la pomme empoisonnée, et vas-y que le baiser du prince n'attend pas cent ans pour me réveiller. Bref, me voilà embarquée dans l'aventure, heureuse et beaucoup d'enfants, pendant longtemps, oui, longtemps, et puis un jour... oui, mais alors qu'est-ce qui fait qu'un jour, comme dans la chanson de Nougaro, le vilain mari tue le prince charmant... Qu'est-ce qui fait qu'un jour, on se retrouve chez un avocat à signer au bas d'un parchemin la fin de l'histoire qu'on croyait éternelle ? Avec un sentiment bizarre et mélangé de déception, de soulagement, d'échec, de nostalgie et de joie.
Ce n'est jamais anodin de quitter le père de ses enfants...
Pour Les Plumes d'Asphodèle chez Emilie.
Il fallait placer les motsMERVEILLEUX CONSOMMER MARIAGE SOUCI FLEUR MÉGÈRE FRATRIE UTOPIE
HARASSE HISTOIRE FERTILE ILLUSION CÉLÉBRER CONTE CENSURE







