14 juin 2021

Nirl power





« Ne devrait-on pas verbaliser la réalité 
quand elle dépasse la fiction sans mettre son clignotant ?  »
Grégoire Lacroix







 

Je suis comme toi, Nirl.  Mon sourire irradie partout, je flambe comme un Van Gogh dans ses blés. Ce n'est pas moi qui le dis, mais un ami très cher qui m'envoie souvent de petits mots gentils et plein de remarques passionnantes sur la vie, l'amour, la mort. Quoi d'autre en ce bas monde, à part ces trois thèmes éternels ? 
Je ne l'ai jamais vu. Cet ami, je veux dire.
Parce que tu vois, Nirl, ce qui est beau avec notre époque, c'est que l'on peut se faire un ami au bout du monde sans bouger de son jardin.
Comme toi, le vent de l'insouciance ébouriffe ma tignasse. J'ai beau avoir quelques décennies de plus que toi, au fond de mon coeur, nous avons le même âge. Exactement. Sous le même soleil. 
Je ne résiste pas à une balançoire quand j'en vois une.
Je souris aux étoiles. Aux coquelicots qui balancent leurs velours au vent d'été. Au rossignol quand il chante, comme ce soir où je ne dors pas.
Chez toi, il fait chaud, tout le temps.
Chez moi, c'est de temps en temps. Mais quand il fait chaud c'est pour de bon, hein ! Pfffiou ! Mais moi j’aime ça. Comme le Goût, je suis frileuse.
J'ai entendu chanter la première cigale, ce matin. Elle affûtait ses ailes comme un ébéniste son rabot. Ah,  Xoulec me dira sûrement que ça ne s'affûte pas un rabot. Mais ça ne fait rien, je trouve l'image jolie.
Je suis comme toi, Nirl, on lit la joie sur mon visage. Ce n'est pas parce que l'on connait les horreurs du monde qu'on est obligés d'être triste. Sinon on le serait tout le temps.
On les sait, mais on les oublie. On préfère respirer tant qu'on est vivants. Boire l'eau des fontaines. C'est à cause de la couleur des roses, comme dirait le Petit Prince.
Aujourd'hui, Eva m'a appelée. Elle avait besoin de paroles positives avant sa mammo de demain. Ça m'a réjouie qu'elle pense à moi pour se rasséréner.
Tu vois bien que l'on se ressemble, Nirl. Rien qu'en te regardant sourire on se sent déjà mieux.

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Pour l'atelier du Goût.

nb : NIRL est un acronyme signifiant Not In Real Life. Le nouveau nom des rêveurs et des poètes ?
En tout cas, c'est joli, en anglais, et ça rime avec GIRL...

04 juin 2021

Les vacances























J'étais en vacances dans le Luberon. 
Un bel endroit. C'est drôle, quand on a quitté une activité professionnelle, le mot vacances paraîtrait presque incongru. 
C'est vrai, quoi, tu es toujours en vacances, Célestine...
C'est à la fois vrai et faux, mes petits agneaux de lait ! 
Car enfin...Cet air neuf qui change du quotidien, ces longues promenades dans des paysages nouveaux, cette ambiance festive retrouvée, sur des placettes baignées de tilleul et de lumière...Le cri des guêpiers, les enfants qui jouent, tard, quand le soleil prend tout son temps pour aller se coucher...C'est tout ce que j'ai toujours aimé dans le mot « vacances ». 

Là-bas, c'est beau partout. Vous me connaissez, non ? Vous me donnez trois chapelles nichées dans la verdure, des petites routes semées de coquelicots, un ou deux vieux châteaux, une rivière qui coule au milieu, et je suis la plus heureuse.
Les villages se perchent sur des rocs ancestraux, Bonnieux, Lacoste, Ménerbes... Ils portent des noms qui fleurent bon la Provence. Cucuron, la Bastide des Jourdans, Mérindol, Beaumettes, Saint Saturnin, la Bastidonne... Les maisons se serrent les unes contre les autres, dans un écrin de fleurs : valérianes, roses, pourpiers, campanules des murailles.
La végétation me rappelle la Toscane chère à mon coeur : cyprès, oliviers, chênes verts enchantent mes yeux. Ils soulignent les paysages de leurs feuillages élégants.

Les bories et les murets de pierres sèches de Gordes témoignent d'un passé ancien de travailleurs de la pierre. Il faut avoir visité Oppède-le-Vieux pour comprendre cette omniprésence du minéral faisant corps avec l'aridité de la garrigue. Et le combat pour l'eau, de plus en plus crucial à chaque nouvel été.

De l'eau pourtant, j'en ai vu beaucoup à Fontaine de Vaucluse, verte, sublime sous les arbres centenaires. Et à l'Isle sur la Sorgues, la Venise provençale. Ses petits canaux et ses antiquaires.
Les carrières d'ocre de Roussillon étaient superbes après les pluies de printemps. A Lourmarin, l'ombre du Mistouflon rôde toujours. Et le marché d'Ansouis tient ses promesses, comme dans cette vieille chanson de Bécaud qu'aimait mon père.
J'ai vu, à Saint Hilaire, une ancienne Abbaye, moins connue que son illustre soeur de Sénanque, mais tout aussi belle. 
Et tout cela, sans la cohue oppressante de l'été dans ces lieux chargés d'histoire. Un vrai bonheur.

J'étais en vacances dans le Luberon.















24 mai 2021

Tenségrité

Poster La Joconde



Connaissez-vous la tenségrité ? C'est un principe physique utilisé par les architectes et les bâtisseurs de ponts, selon lequel « une structure a la faculté de se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui s'y répartissent et s'y équilibrent. »
Ce qui signifie, par exemple, qu'en reliant des barres par des câbles, sans relier directement les barres entre elles, on arrive à constituer un système solide et cohérent, et en même temps remarquablement aérien et léger. 
Vous ne comprenez rien ? C'est normal. Les explications techniques sont toujours un peu nébuleuses, comme un mode d'emploi de machine à laver made in Taïwan.

Mais sachez que ce week-end, jouant les Philippe Delerm en savourant ma première gorgée de bière depuis des lustres au café Bancel, j'ai repensé à cette notion que je ne connaissais encore pas la veille. On en apprend tous les jours, c'est connu.
La tenségrité...Savant mélange de tension et d'intégrité.  Ah, que la science est une chose belle quand elle touche à la poésie des mots-valises !
 J'ai pensé que nous sommes des structures complexes, nous aussi, sujets à des tensions, des compressions, des tiraillements, et pourtant capables, par le jeu subtil de nos forces intérieures, de nous stabiliser et d'atteindre notre point d'équilibre intègre...

L'ai était frais, doux et empreint de ces prémices d'été qui tournent un peu la tête, comme un vin rosé siroté trop vite : cris stridents des guêpiers fendant le ciel, odeurs grisantes de chèvrefeuille et fortes de poisson grillé, foule gentiment bigarrée, et partout cette joie d'enfants trop longtemps privés de récré...Les enfants que nous sommes tous, au fond. 
 J'avais presque oublié combien c'était beau à voir, des dents blanches illuminant des visages.
J'ai respiré à grandes goulées ce vent d'espoir. Et j'ai senti se dessiner, sur mon visage à moi, mon sourire de Joconde, celui que l'on m'a si souvent attribué : le sourire de la joie pure, jubilatoire. Cette joie de funambule en parfait équilibre.

Sans doute Lisa Gherardini avait-elle découvert, elle aussi, le concept de tenségrité, en farfouillant avec curiosité dans les carnets de Léonardo ...Et sans doute possédait-elle cette faculté de rester sereine malgré les adversités, un mariage précoce avec un vieux barbon de quarante ans, et six gosses à torcher. Tout cela, sans qu'il lui fût impossible, (au Quattrocento, imaginez ...) d'aller boire un pot en terrasse pour goûter aux effets intérieurs de la joie pure. Mais quelle femme, Monalisa !
Je ne vois pas d'autre explication à son sourire mythique.

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Pour l'atelier du Goût, on se demandait à quoi pensait la Joconde.




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Un exemple de tenségrité :
La Tour d'aiguilles par Kenneth Snelson 
au musée Kröller-Müller à Otterlo (Pays-Bas).


D'autres exemples plus simples de tenségrité pour celles et ceux qui veulent s'amuser une après-midi de pluie :
 



 


10 mai 2021

Respirer


 Je suis plantée depuis dix minutes devant ce tableau de Caillebotte. 
Un tableau très réussi, nous dit le guide en se lançant dans une étude approfondie du style de l'artiste.



A dire le vrai, il approfondit surtout mon ennui abyssal. Je baille.
Pas un seul couple d'amoureux qui se bécotent, sur ces bancs ?   Pas plus d'écureuils dans ces arbres que de beurre en branche ?
Quant à cette jolie verdure, elle m'étouffe un peu. Peut-être parce qu'elle bouche l'horizon. 
Depuis quelque temps, j'ai besoin d'oxygène, de grands espaces, de sentiers qui verdoient vers de hautes montagnes...



             ...tel celui des Marmottes, un beau souvenir de vacances dans les Alpes. L'air pur me coupait le souffle, mais paradoxalement je respirais de tout mon être.


Je me prends à rêver à ce bord de mer sauvage que tu me fis découvrir en septembre dernier... Le clapotis des vagues sur les rochers ocres, le bleu étincelant tout alentour, je me sentais comme happée par le paysage, c'était ressourçant.
C'était à l'occasion d'un séjour au Lavandou, une de ces parenthèses qui font tant de bien à l'âme.









J'ai repensé à la beauté rose des salins de 
Camargue, quand l'eau prend la teinte des flamants, par un de ces sortilèges dont la nature a le secret.
Ce spectacle est une magie difficile à décrire, c'est superbe.
 Caillebotte l'aurait peut-être peinte, 
qui sait, s'il avait traîné ses guêtres à Aigues-Mortes ?



Mon esprit a glissé vers la Normandie d'où j'étais revenue gaie et hardie, souvenez-vous...Histoire de me remémorer un autre moment de belle respiration. C'était à la Pointe du Grouin. Le soleil descendait sur les flots comme dans un poème de Victor Hugo...




Je suis sortie de l'exposition sur Caillebotte, l'esprit tout ragaillardi d'un air neuf. Il pleuvait sur Aix. Avec Josy, nous sommes allées boire un chocolat sur le cours Mirabeau. J'ai senti mon coeur se soulever doucement dans ma poitrine. J'étais comme un faon au coeur de la forêt.

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Pour l'atelier du Goût.


02 mai 2021

Que ma joie demeure




L'homme, on a dit qu'il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc, mais composé d'images éparses comme les feuilles dans les branches des arbres, et à travers lesquelles il faut que le vent passe pour que ça chante.
Jean Giono






Certains coins du jardin sont encore plus beaux sous une pluie battante. Une pluie serrée, depuis deux jours, donne au ciel un air mauve et arrose généreusement les gauras, les sauges et les campanules.
La pluie s'accorde bien avec la joie. Peut-être parce que le mélange n'est pas attendu. La pluie me réjouit, c'est sans doute ma sagesse intrinsèque qui me dépeint le monde autrement ...
On dit toujours « un temps triste », mais quel manque d'imagination, n'est-ce pas...
Il faut dire que l'imagination n'est plus au pouvoir depuis longtemps. Les temps sont durs pour les rêveurs, dit-on aussi. 
Et pourtant.
Deux jeunes femmes qui me sont très chères se sont lancées dans la réalisation de leur rêve professionnel. Première étape : s'émanciper de l'emprise gluante d'une mère toxique et de son chantage affectif, prendre un appartement, ouvrir leurs ailes. Voilà qui est fait. Elles ont toute ma tendresse et mon soutien, et les clés de leur avenir en couleurs. Volez, petites colombes !
La vente de notre maison familiale va se concrétiser elle aussi, malgré des lenteurs administratives inimaginables, on touche enfin au but. Et en tant que soeur aînée à qui le bébé a été confié,  je ne suis pas peu fière de mon implication et de ma détermination dans l'aventure.
La pluie redouble d'effort pour ripoliner le gazon d'une belle teinte grenouille. Ici, j'ai ajouté des impatiens rouge intense. Comme un baiser de fleurs dans tout ce vert. C'est d'un joli effet. 
Les chatons des chênes tapissent la terrasse, on dirait des colonies de chenilles velues agglutinées par la pluie.
Après Giono, que je relis régulièrement, comme un mantra apaisant, je viens de finir un livre superbe, Douze palais de Mémoire, d'Anna Moï. Délicate histoire d'un père et de sa fille fuyant leur pays pour retrouver leur liberté. Un livre de mer, de thé et de poésie. Magnifique. Vietnamien. Universel.
Ce matin, deux chevreuils ont traversé le jardin, dans la lumière magique de l'aube. C'était féerique.
- La nature te rend philosophe, Célestine... 
- Pas vous ? Ne vous posez-vous pas ce genre de questions essentielles et revigorantes :
Et si par exemple, nous fabriquions tous, chaque jour,  notre propre journal des nouvelles du monde ? 
Mais du vrai monde, celui que nous créons de nos mains aimantes, de nos actes généreux, et de nos rêves fous ? Celui qui prend racine dans nos vies simples et tranquilles, avec pour horizon l'amour des êtres chers.
Et si nous suivions une voie inédite, ne cédant ni à la peur des uns ni à la colère ou la suspicion des autres ? En n'accordant notre confiance qu'à notre raison, et à notre coeur, plutôt qu'à des personnages de carton-pâte, ne possédant plus ni l'un ni l'autre, et agitant leurs egos comme des bannières de guerre, éclaboussées de bêtise ou de cupidité ?
Si nous avions raison de croire en nos valeurs ?
Si nous cultivions notre jardin comme Voltaire ? Au propre, mais surtout au figuré.
En écoutant chanter en nous le vent fécond de la joie quotidienne.

Et si nous décidions simplement d'être heureux, puisqu'avant de mourir  ça vous paraîtra fou mais nous avons tous 100% de chance de vivre ? ;-)


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26 avril 2021

John

Pourquoi ces rivières
Soudain sur les joues qui coulent
Dans la fourmilière
C'est l'ultra moderne solitude








 
Je m'appelle Peter. Je me souviens du jour où j'ai rencontré John au cours d'art moderne. Il était peintre. Moi je m'essayais au fusain, à l'huile, à l'aquarelle, mais j'étais un nain à côté d'un géant.
Il peignait avec une sorte de fièvre des personnages solitaires écrasés par la ville, perdus dans un entrelacs menaçant de pierre, de macadam, de verre et d'acier, dans de subtils jeux d'ombres et de lumières.
Notre ami Mike n'était pas d'accord avec cette analyse. Il aimait ces tableaux. Il ne ressentait pas cette lutte entre l'homme seul et l'entité citadine, ce désespoir citadin qui pue si fort le goudron et la sueur dès l'abord des premiers faubourgs. L'air vicié des mégapoles.
Il ne voyait là que des gens épris de liberté badine, des affairés joyeux, des solitudes paisibles et choisies, là où je lisais l'échec cuisant d'une civilisation qui réduit en poudre l'individu et le prive de sa liberté.
Moi aussi, j'aimais ces toiles. Je dois reconnaître que son talent me fascinait, mais de façon morbide. Peu saine. A côté de lui, je n'étais qu'un barbouilleux, une ébauche, une esquisse d'artiste, un brouillon à la mine de plomb. Je lui faisais allégeance inconsciemment. Il était un maître.
Encore aujourd'hui, je contemple son oeuvre avec admiration et effroi. Sa profondeur. Sa puissance.
Ces gens sans liens, enfermés dans leurs peurs, criant silencieusement, abandonnant peu à peu leur espérance en resserrant frileusement leurs bras sur... rien, me laissent toujours tremblant. Je scrute des heures durant ces paysages urbains qui me glacent. J'attends qu'il se passe quelque chose, ce quelque chose qui s'annonce subtilement dans les tableaux de John. 
Mike dit que je devrais consulter. 
Mais regardez-les, bon sang ! Ils cherchent tous un sourire, une main tendue, l'ombre d'une caresse. Un peu de chaleur humaine. Un regroupement. Un rapprochement. Ils n'ont même pas de chien.  Leurs yeux sont morts. Il ne leur manque qu'un hideux masque de papier bleu pour finir de se barricader à la vie. 
Bien avant Souchon, John avait inventé l'Ultra moderne solitude. Celle de notre monde qui part en brioche. Ou en pain rassis, plutôt. On ferait bien d'y réfléchir...
























Pour l'atelier du Goût
Merci à toi et à Pivoine qui m'avez fait découvrir ce peintre magnifique. John Salminen.

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18 avril 2021

Poil de Carotte

Je veux de l’inutile, du majestueux, je veux des bustes en marbre sur des façades lépreuses, je veux des rues où l’on s’égare, un labyrinthe, un dédale, les chansons hurlées de mon quartier et les bars grands ouverts, je veux des dieux à triple visage et des allégories aux carrefours, je veux de l’inexplicable, de la légende et des dragons, 
de vastes jardins et des gerbes d’étoiles, je veux Palerme...

Edmonde Charles-Roux
Oublier Palerme












Voilà la fougue. Voilà cette force vitale qui explose en soi. C'est Palerme.
Au fond de mes yeux d'enfant marchant pieds nus sur les galets de Nice, précoce, inconsciemment, je vivais déjà en moi les tiraillements entre deux fougues. L'Italienne et l'Irlandaise. Mes jambes traçaient des ponts imaginaires de la Toscane à l'Ulster, de Sophia Loren à Maureen O'Hara.

Dans mon sang, indissociables, coulent la lave rouge du Vésuve et et le sang noir du Connemara. Les indignations, les révoltes, les enthousiasmes de ces peuples fiers.
Je suis née brune à l'extérieur, mais résolument rousse inside. Avec seulement quelques éphélides sur le bout du nez. Ceux qui me connaissent bien savent mon goût pour ces landes vertes et ces falaises luttant contre la mer, et combien le soleil toscan, piqueté de cyprès, m'a éblouie l'an dernier. Bref, mes marraines les fées ont dû consommer de la substance hallucinogène, ou en tout cas illicite, juste avant de se pencher sur mon berceau, pour m'avoir ainsi dotée de ce  double tempérament, héritage lointain d'aïeules pas toujours commodes, sans doute. Un cadeau longtemps lourd à porter. Maintenant, j'en ris.

Il y a quelque années, je me suis essayée à la couleur rousse. Mon coiffeur a fait flamber ma crinière à tout vent, allumant des flammèches mystérieuses dans mon sillage. Ça m'a plu. J'ai décidé que j'avais été brune assez longtemps.
Une manche dans chaque camp, me suis-je dit. Si les brunes ne comptent pas pour des prunes, que dire des rousses ? Je veux dire, d'intelligent.
Je vous avais raconté comment, un jour de mauvaise lune, je m'étais fait traiter par un malotru, un minable crapaud de basse fosse juché sur une trottinette électrique,  de « sale rousse ». Ce fut ma première ostracisation pour cause de couleur de cheveu.  Ça vous marque une Célestine. 
Ce jour-là, j'ai ressenti l'espace d'une instant la détresse du petit François devant la méchanceté de la mère Lepic. L'espace d'un instant seulement, car si d'aventure vous (re)lisez cette mésaventure, vous verrez que je ne me suis pas laissée abattre par ce trait de fiel. Et que j'ai relevé la tête, telle la reine de Saba quand elle sort faire ses courses.

Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ? Ah oui, parce que je suis là, dans ce café, à essayer de faire partir la tache de jus d'orange que le serveur a renversé sur ma jupe, subjugué sans doute par ma flamboyance capillaire inopinée. Alentour, comme souvent, du gris, du blond, du brun, du blanc.
L'autre rousse qui me sourit, là-bas,  c'est seulement mon reflet dans la glace. 
Je lui rends son sourire. Et je comprends soudain pourquoi je me sens si bien depuis que j'ai changé de vie.
Je n'ai plus de colère en moi. Cette colère noire et blanche qui m'a tenaillée si longtemps, a disparu, Comme un grand oiseau gris qui plonge dans l'écume. 
Le feu a eu raison de mes noirceurs de plume.
Voilà que j'alexandrise, moi... Je n'ai pourtant bu que du jus d'orange. Ah te voilà, mon amour.
Ça faisait si longtemps que l'on n'avait pas bu un verre dans un bar.




Pour l'atelier de la Licorne
Et pour celui du Goût.
Merci à tous les deux.

07 avril 2021

Un esprit en étoile


Photo du net






- De quoi vas-tu nous parler aujourd'hui, Célestine ? 
- Eh bien, mon ami le Goût-des-autres, dans une remarque -pertinente- sur mon dernier billet, a trouvé surprenant que je m'intéresse à la suite de Fibonacci. 
Outre que cela ne me déplaise point de surprendre les gens, surtout ceux que j'apprécie, je dois avouer que oui, je m'intéresse aux  sciences, aux mathématiques, à la physique, et à toutes ces matières qui stimulent mon cerveau en arborescence, jamais rassasié d'apprendre. Suite de Fibonacci, nombre de Neper, Chat de Schroedinger, Fusil de Tchékov, Boson de Higgs,  ces sujets passionnants me fascinent.
- Pourtant, tu aimes aussi beaucoup la poésie, l'art, la spiritualité, toutes ces choses irrationnelles ...
- Est-ce vraiment incompatible ? Doit-on vraiment correspondre à des cases, bon en math,  bon en français ? Moi j'aimais tout à l'école. Mon esprit fuse, en étoile, dans toutes les directions. Les mots fléchés, par exemple,  sont une source précieuse de pistes nouvelles, pas une grille qui ne m'apprenne au moins un mot. Le jeu d' échecs me titille le cortex. L'informatique est un terrain de jeu très excitant.  J'aime lire, surfer sur le net, découvrir, comparer, comprendre, analyser...
- Tout cela reste très intellectuel !
- Ne croyez pas cela, les amis. J'aime aussi beaucoup travailler de mes mains. Et pas seulement pour « massacrer » quelques morceaux de piano... J'adore jardiner, coudre, dessiner, cuisiner, peindre, scier du bois, créer des objets...
Tiens en ce moment, je me suis prise de passion pour les vieux meubles. Enfin, plus exactement, j'aime leur donner une nouvelle vie. Il faut vous dire que la maison de la colline était un château endormi qui attendait quelques coups de baguette magique pour sortir de sa léthargie. Un vrai défi pour ma réputation de fée...
Peu à peu, elle se transforme, un vent de neuf et de propre y fait circuler une nouvelle et belle énergie. C'est agréable et gratifiant. Ce n'est pas mon ami Daniel qui me contredira...
Et je trouve un vrai bonheur, une vraie joie créative à choisir les couleurs, les accessoires, et habiller de frais un vieux buffet qui s'ennuyait dans son costume passé de mode. Ou une armoire. Ou une table...
- Ah oui, pas mal du tout Célestine !
-  Vous comprendrez pourquoi le temps, filant entre mes doigts comme du sable fin, me flanque de telles sacrées châtaignes... C'est parce que je suis une fille éclectrique.

 


Aujourd'hui
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