16 octobre 2013

Simplissime


Sur le blog ami où j'ai trouvé cette amusante allégorie, elle trônait seule au milieu d'une page blanche.
C'est vrai que le message se suffit à lui même. Mais je me suis prise à imaginer quelques développements autour de l'idée force. L'on me pardonnera d'être bavarde, n'est-ce pas?
Ah, oui, la vie serait parfaite si nous possédions ces quelques commandes simplissimes!
Imaginez. 
On utiliserait le retour en arrière en fin de vacances, pour en reprendre une petite lampée avant la rentrée. Et bien sûr, à l'échelle de la vie elle même, dès que l'on se sentirait devenir vieux, hop, un petit zap, et ça repart! Je me recalerais volontiers sur dix-huit ans, quant à moi...histoire d'être en accord avec mon âge mental...
La pause nous permettrait de faire un arrêt sur l'image sur tous ces  moments délicieux mais fugaces que la vie nous offre, et pour lesquels on n'a pas le temps d'aller chercher l'appareil photo. Jules en équilibre sur son tricycle, Lola qui fait sauter sa première crêpe, Papi qui s'est endormi assis le menton sur sa canne. Mais aussi, une étoile filante, un daim rencontré au détour d'un sentier, un vol de cigognes, ou le regard d'un bel inconnu... 
Il suffirait d'appuyer sur  répéter pour revivre à volonté un moment qui nous a plu. Un moment d'exception, où le coeur bat la chamade. Je me suis demandé lequel je choisirais.La vie ne vaut d'être vécue que pour ces moments-là, et j'en ai eu tellement déjà!
La touche arrêt, véritable remède miracle et définitif pour stopper net tout ce qui est affreux, tout ce qui est caca, les coups du sort, les chagrins, les pertes, les mauvaises nouvelles, la laideur, la violence...et les discours oiseux des politicards. 
Un petit coup d'avance rapide résoudrait une bonne fois le problème de l'ennui chaque fois que l'on trouve que le temps s'englue comme dans un épisode de Derrick: ce serait vraiment royal dans certaines conférences pédagogiques! Ou pour le montage de l'armoire glütflück d'Ikéa...
Enfin, pour tous les carrefours de l'existence où l'on doit faire des choix, on laisserait la lecture aléatoire décider à notre place, arbitrairement, comme sur un coup de dés. 
Alors, elle est où, la zapette magique? Une forte récompense, sous forme de trois caramels mous,  à qui me l'apportera sur un plateau d'argent.


13 octobre 2013

Perdue dans la forêt




Elle l'avait imaginé comme un père Noël, mais un père Noël habillé de vert. Avec des fragments de givre comme de petits diamants accrochés à sa barbe. Elle avait imaginé la montagne frémissant sous la première neige. La brume de la vallée qui monte lentement, noyant dans son étole soyeuse le paysage,  rendant flous les contours.
Et cependant que dans son fauteuil, bien à l'abri, elle se laissait envahir par une douche chaude d'énergie dans son ventre et au-dessus de sa tête, comme un mini-soleil censé apaiser ses tensions, en conversant doucement, et à bâtons rompus, grâce à la magie du téléphone mobile...  une crainte irrationnelle avait pointé, celle qu'il ne retrouvât point son chemin dans la montagne crépusculaire. Elle s'était mise à s'inquiéter.
Il lui restait, dans quelque coin obscur de son cerveau, quelques peurs incontrôlées qui devaient forcément remonter à l'enfance. Elle se demanda si elle ne s'était pas perdue dans la forêt, étant petite...Aucun souvenir. A moins que le conte du Petit Poucet ne lui eût agrandi les yeux d'effroi plus que de raison, à un âge où l'on a la comprenette friable et la crédulité ravageuse...

Les forêts-cathédrales où le bruit de la cognée résonne, les fûts longilignes dont la tête touche le ciel, lui rappelaient cette poésie de Ronsard "contre les bûcherons de la forêt de Gastine" qu'elle avait apprise vers l'âge de huit ans:

"Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras 
Ce ne sont pas des bois que tu jettes-z- à bas 
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force 
Des nymphes qui vivraient dessous la dure écorce?"


Ce texte avait imprimé en elle une sorte de dégoût...(d'ailleurs, c'est ce qu'elle entendait en récitant: "lequel dégoûte, à force...") Le sang des nymphes qui giclait des saignées pratiquées par des bûcherons cruels dans les troncs de ces pauvres arbres, était une image insupportable. Les êtres surnaturels, grimaçants et maléfiques  habitant une  forêt, lourde de symboles psychanalytiques, peuplaient ses cauchemars de petite fille. 

Maintenant, évidemment, plus d'elfes, plus de trolls. Elle adorait la forêt. S'étendre sur la mousse et embrasser les arbres. Y oublier ses tracas. Y respirer l'air frais.
Mais son amour de la nature, celui de la montagne, des petits chemins escarpés et tout mousselinants de verdure, des rais de lumière dans les mélèzes, n'avaient jamais eu totalement raison d'une étrange peur: celle de se perdre. Ou pire: celle de perdre un être cher. Comme dans un labyrinthe, dans le brouillard, dans la neige. Ou dans une ville inconnue. Le jour où, au cœur de Narbonne, elle avait cru égarer sa fille de douze ans, le sien, de cœur, s'était arrêté de battre pendant vingt gigantesques minutes. Une autre fois, c'est un de ses fils qui s'était perdu pendant une randonnée. Soudain, elle ne l'avait plus entendu babiller derrière elle. La terre avait semblé s'ouvrir devant elle pour l'engloutir. Jusqu'à ce qu'elle l'eût retrouvé, nonchalamment appuyé contre la voiture. Et serré dans ses bras à l'étouffer. Elle se souvenait aussi de ce collègue qui, au début de sa carrière, avait égaré un élève dans la forêt de Lente, que l'on avait retrouvé à la lampe de poche à neuf heures du soir, et les terribles conséquences que cet événement avait eues à l'époque.

C'est pourquoi elle prit soin de demander au père Noël vert qu'il lui envoyât un texto sitôt revenu au refuge. Juste histoire d'éloigner les mauvais esprits.Et sitôt raccroché, elle réalisa que désormais, saint Gépéhesse veillait sur les marcheurs plus sûrement qu'un dieu lare. Et elle se moqua gentiment d'elle-même...



08 octobre 2013

Il est des journées...





Il est des journées-sofas, lascives et languissantes, des journées-promenades, où l'on allonge le pas sur des chemins de terre rouge dominant des mers calmes ou moutonnantes, des journées-papillons, où l'on butine chaque instant avec des mines gourmandes. Chaque journée a son empreinte, son parfum.

Aujourd'hui fut une journée-train. Pas train-train, non, une journée véritablement TGV! Une furie de journée, sans une pause.
Lancée à une vitesse étourdissante, démarrée à toute berzingue  à 8h 09, la grosse pendule de l'école dégoulinant comme une montre molle, et moi,  mal assise dans l'exigu compartiment de mes grises obligations, je voyais défiler le paysage de mes émois, au rythme du bruit familier de l'ordinateur et de la souris qui a fini par me déchirer le muscle sous-épineux de ses petites dents acides. Il me faut maintenant utiliser ce charmant petit animal de la main gauche, qui n'a jamais porté aussi bien son nom, en l’occurrence...
Il m'a fallu être souriante, comme toujours, il m'a fallu être efficace, compréhensive, assertive. Gérer en même temps de petits soubresauts personnels et tenir la barre de mon rafiot. Et faire des tas de choses inutiles et même me prendre une avoinée par la grande surchef parce que j'avais "oublié" une très importante enquête administrative sans laquelle le monde aurait sûrement arrêté son absurde manège...
Il m'a fallu lutter contre mes larmes, me raccrocher aux branches pour ne pas sombrer. Oublier les mauvaises ondes. Je suis épuisée. Je ne le dis pas souvent, vous avouerez, mais là, the cup is full...
Vivement les vacances!

J'ai envie de me déshabiller lentement, de m'allonger, de fermer les yeux, de sentir des bras me soulever, des mains se promener sur moi avec des gestes experts. J'ai envie de sentir la douceur d'une peau caresser ma peau, trouver mes points sensibles, insister mais sans faire mal, avec délicatesse. J'ai envie de sentir des frissons me remonter l'échine et me parcourir délicieusement le dos du haut jusques z'en bas. J'ai envie de m'abandonner, de sentir mon souffle sortir doucement de mes lèvres au rythme calme de ma respiration, j'ai envie de ne penser qu'au plaisir, au bonheur de l'instant, de me laisser pénétrer par la musique, de laisser la vague m'envahir dans une demi-pénombre. J'ai envie d'offrir à mon corps une onde de bien-être qui fera s'envoler tous ces miasmes comme un nuage de moucherons dans une nuit chaude au dessus de la savane.
Je vais prendre rendez-vous. 

J'ai retrouvé un papier froissé dans mon sac: "Bon pour un massage californien". 

^^








Photo du net
 



04 octobre 2013

La Dirlette

Dirlette: N.f. (de dirlo, directeur en argot des potaches) Spécimen femelle d'une espèce particulière de fonctionnaires, appelés directeurs d'école,  caractérisés par une grande capacité à régler les problèmes en majorité posés par l'administration elle-même, et en même temps par une prime mensuelle* ridiculement basse au regard des responsabilités qui leur incombent. 
Dessin Jac

Il ne vous a pas échappé que je passe le plus clair de mon temps (et aussi, parfois, le plus sombre) à diriger tant bien que mal une école élémentaire (qui est l'adjectif idoine, celui de primaire étant abusivement utilisé) Une école que j'appelle mon paquebot. 
Il n'a pas échappé non plus à votre sagacité que cette tâche s'est complexifiée de plus en plus, jusqu'à en être pitoyablement comique. L'humour et la dérision sont devenus plus que jamais des armes précieuses pour se protéger de l'ulcère à l'estomac et de la dépression galopante.

Or, je découvre aujourd'hui que je ressemble à l'héroïne d'un blog humoristique, mais une héroïne plutôt tragique. Car l'auteur de ces dessins mordants et talentueux, qui croque la vie d'une dirlette optimiste malgré les taches pléthoriques et ubuesques dont l'accable l'administration, cet auteur donc connaît bien son sujet, étant lui même directeur d'école. Et c'est justement là que le bât blesse.
L'administration prône de grands principes pédagogiques ambitieux, je cite:

"l’enseignement des processus artistiques aux élèves, tout en intégrant des éléments de leur propre culture dans l’éducation, permet de cultiver chez chaque individu le sens de la créativité et de l’initiative, une imagination fertile, une intelligence émotionnelle, des valeurs morales, l’esprit critique, le sens de l’autonomie, ainsi que la liberté de pensée et d’action. "

Et pourtant la même administration vient de le punir pour son esprit critique,  ses valeurs morales, son intelligence émotionnelle  et  sa créativité, en le destituant de ses fonctions. 
Cher Jac, je suis positivement outrée. Et même horrifiée.  
Elle est sympa pourtant, ta dirlette. C'est vrai que je me retrouve bien dans ses mésaventures quotidiennes au pays d'Ubu et dans sa positivité malgré les épreuves.
 Et c'est vrai aussi que tout ceci se passe en 2013, dans le grand et beau pays de Voltaire, de Rousseau. Un pays où un grand nombre de hauts fonctionnaires sont à peu près aussi perméables à l'humour qu'un pittbull à qui on a pris son os. Enfonçons-nous cela bien profondément dans l'occiput. 

L'infâme blog subversif, c'est ici:
http://www.dirlo.fr/jac/ 

Eh, les amis, si demain il m'arrivait la même chose, je pourrai compter sur vous pour mon comité de soutien ? On ne sait jamais, je pourrais être punie moi aussi...





*(187 € de part fixe mensuelle, + 75 € de part variable pour une école de plus de dix classes, il est bon de le savoir, ce qui explique que si l'on fait  ça pour l'argent, on sombre rapidement dans la prostration et la déprime) 

02 octobre 2013

Ne pensez à rien!


"Détendez-vous. Faites le vide. Ne pensez à rien."
Voilà une injonction que j'entends depuis toujours. Régulièrement, les techniques de relaxation à la gomme arabique commencent par ce rituel improbable. Auquel, depuis toujours, je suis récalcitrante. Ne pensez à rien...ils en ont de bonnes! Je ne sais pas comment vous faites, vous, mais moi, il suffit que l'on me demande de ne penser à rien pour qu'aussitôt, une multitude de pensées se bousculent à l'entrée de mon cerveau comme si c'était le jour des soldes.  Des pensées hétéroclites, qui ne soupçonnaient même pas, une minute auparavant, qu'elles se nicheraient dans mon esprit. Et les voilà qui s'y promènent avec des aises et des grâces de chat en son appartement. En se faufilant. Et en s'enchaînant par associations comme les perles d'un collier.J'ai beau me répéter "Rien, rien, rien, je ne pense à rien", rien se transforme toujours en quelque chose.

"Fixez le bout de vos chaussures" Il paraît que ça aide...Eh bien pas du tout. Tenez, par exemple aujourd'hui, j'avais mis mes ballerines de princesse. Les rouges avec des coeurs. Les coeurs m'ont aussitôt fait penser que j'avais un petit peu tachycardé aujourd'hui. 
A la réflexion il me semble que j'ai trop bu de café...mince, j'ai oublié de payer à Marie-Chantal les cinq euros pour le café...Ah, j'ai aussi oublié de payer la baguette que je devais à la boulangère, je n'aime pas laisser des dettes, il faudra que j'y passe demain...

Tiens, demain, j'ai déjà un rendez-vous! ah oui, je dois aller chercher des papiers important à la Mairie. "En parlant de mairie, tu ne te présentes pas aux municipales cette année?"  m'a demandé mon copain Bob au rayon des fruits et légumes..."le maire aurait besoin d'une bonne ratatouille!" -"Non, cette fois-ci, les élections, très peu pour moi"...mais mmmh! quelle bonne ratatouille nous avons mangée dimanche, réchauffé, c'est encore meilleur, mon fils a dû se régaler avec les restes qu'il a emportés dans sa chambre d'étudiant...pourvu qu'il pense à payer son loyer, ils ne plaisantent pas à la cité U, c'est drôle, tout s'appelle U sur le campus, le resto U,  la B.U. (Bibliothèque Universitaire), ah! oui,j'y pense! je dois rendre mes livres à la bibli demain aussi, j'ai bien aimé le portrait de Dorian Gray, maintenant j'ai envie de lire une femme, Colette ou pourquoi pas Beauvoir, en voiture Simone, ah! Nina Simone quelle grande voix, j'aime découvrir des voix, de nouveaux univers musicaux, mon ami Eeguab m'a fait découvrir une chanson qui me trotte dans la tête, et qui me donne des frissons de la tête aux pieds, en parlant de pieds, si je revenais à mes chaussures?

Non,décidément, avec la meilleure volonté du monde, je n'y arrive pas. J'ai le moteur qui carbure du feu de dieu.Il tourne comme un 6 cylindres en V , 24 soupapes, une vraie horloge. Un petit bijou. 
"Ne pensez à rien"...  Oui oui! demain...

28 septembre 2013

Damien


photo net





Damien écrivait mal. Son graphisme incertain s’étirait en pattes de mouche ne suivant pas forcement les lignes violettes de ses cahiers d’écolier. Des cahiers toujours pleins de taches. Sa frimousse et ses mains aussi étaient toujours pleines de taches. D’encre et de peinture. Cela se mélangeait avec les minuscules points de rousseur qui étoilaient son visage autour de ses yeux verts. Entre sa main droite et sa main gauche, il n’était pas bien fixé, ne voulant faire de peine à aucune, il les utilisait en alternance.
Damien empilait chaque jour un bric-à-brac épouvantable sur son pupitre. Quand je passais entre les rangs, j’avais toujours peur de déranger le bel ordonnancement de ses constructions hétéroclites.
Damien était un rêveur.  Son casier était un incommensurable foutoir où une vache n’aurait pas retrouvé son veau… Il échafaudait ses règles, ses stylos, ses gommes et ses crayons comme il échafaudait ses rêves. Ceux-ci se promenaient au fond des galaxies, ils poursuivaient des destructeurs atomiques à coup de réflecteurs spatio-temporels. Un autre jour, avec sa boite de couleurs et un carnet d’orthographe, il avait érigé un temple maudit au fond de la forêt amazonienne. Il bricolait avec trois fois rien les trésors de son imagination embroussaillée. Il collectionnait les bouts de ficelle, les billes, les boutons, les petites boîtes d’allumettes. Je le laissais faire avec un œil mi-amusé mi-bienveillant. Certes, les conjugaisons et les règles de mathématiques lui échappaient parfois, tout occupé qu’il était à se retrouver dans la jungle de son désordre, et ses résultats scolaires n’honoraient pas son intelligence pratique et son génie de l’invention. Mais j’avais confiance dans ses capacités. Et puis il me prouva que l’on peut écrire comme un cochon, être « bordélique »en diable, ne pas être « scolaire » et devenir pourtant artiste et professeur aux Beaux Arts de Lyon.
De nos jours, un enfant comme celui-là est "en difficulté" ; on convoque une équipe éducative, on saisit la MDPH*, on met l’enfant dans les mains de spécialistes de tous poils, ergothérapeutes, orthoptistes, on diagnostique une dyspraxie, une AVS*  assise à côté de lui,range ses affaires et copie ses leçons à sa place. A moins qu’il n’ait droit à un ordinateur. Plus de place alors pour les bricolages inventifs, ceux qui développèrent les facultés créatrices de Damien.
Oui, de nos jours, la vie est dure pour les bricoleurs en herbe aux yeux rêveurs et aux doigts sales...
Je repense souvent à Damien et à sa tignasse de foin séché. Et je me demande si le progrès a toujours du bon.


*MDPH  Maison des Personnes Handicapées
*AVS     Auxiliaire de Vie Scolaire

24 septembre 2013

Eh, vous! heures propices...



Dans les films (romantiques de filles), il y a souvent une séquence où, soudain, l'on regarde la vie des héros se dérouler en accéléré. Le son est coupé, l'on voit simplement des scènes de la vie quotidienne se succéder. En général la musique qui accompagne est belle et douce, et encline à la nostalgie heureuse...Un peu comme celle que vous entendez si vous avez laissé le son. 
C'est un moment du film où tout va bien, le couple s'installe dans la maison, le bonheur rougit les visages, les enfants se poursuivent dans le jardin, les ventres s'arrondissent, il y a des gâteaux qui gonflent tout dorés, des polochons et des batailles de plumes. Les projets prennent forme, se réalisent, les bougies se soufflent, et, toujours, le bonheur.
Et le tout, sans un bruit, sans une parole. Juste la musique.Cela donne à la séquence une magie cotonneuse. Je suis sûre que les experts ou les amoureux de cinéma voient ce que je veux dire, même si ce n'est pas très facile à expliquer...J'adore ce genre de séquence. Je noie mon regard dans la rêverie. J'ai un sourire béat. Ça me fait du bien. Pendant ce temps-là, j'ai un ami qui, lorsque sa femme fait comme moi,  en profite pour aller...enfin, vous voyez, quoi. C'est un poète.Il dit que c'est l'heure "pro-pisse".

Je vous entends, vous allez me redire que les films, ce n'est pas la vraie vie.
Heureusement! Vous imaginez si  la vie s’accélérait d'un coup, sans prévenir? Si tous les bons moments se concentraient en trois minutes, au son d'une musique suave et envoûtante?
Remarquez, c'est un peu la sensation que j'ai, parfois, en ce moment, quand je regarde en arrière. L'impression que les vingt dernières années ont filé comme dans un rêve. 
Ce qui m'a rassurée, aujourd'hui, c'est que Charlène m'ait dit:" Oh la la!  Ce que ça passe vite! je n'en reviens pas d'être déjà en CM2!" (à la réflexion, je ne suis pas sûre qu'elle ait respecté la négative).
Je croyais pourtant me souvenir qu'à dix ans, je trouvais le temps affreusement long...mais le temps est un ruban de guimauve et la mémoire un vrai marshmallow.
Ou alors, il n'y a plus d'enfants.


19 septembre 2013

Gym tonique

´
tableau, E. Batier-Genève

Passé mon accès de nostalgie maternelle, due au départ incontournable de tous mes oiseaux hors du nid, et après avoir versé les larmes d'usage et neanmoins irrépressibles, moi, vous me connaissez (comme dit un ami à moi) j'ai décidé de ne pas me laisser gagner par le marasme existentiel et la mélancolie supputatoire.
De reprendre en main mes muscles légèrement avachis par l'abus du farniente estival et des glaces au caramel. 
Je me suis inscrite à la gym. 
Premier cours d'essai, lundi soir, je choisis, dans le menu au large éventail que propose le club, entre la zumba et le stretching postural, un petit cours tout simple, très indiqué pour commencer la semaine pas trop fort: "gym douce et étirements." 
Je me vois déjà prendre des poses de chatte au réveil, arrondissant le dos et tirant sur mes biceps sur une musique lénifiante et un petit tapis de mousse synthétique. Je laisse errer mon regard flou vers les nuages, signe évident de joie intense et diffuse de celle qui en reste rêveuse. Toute excitée, telle une puce, j'enfile ma tenue flashy et girly, noire et fluo, et mes chaussons de danse élimés que j'ai toujours gardés par devers moi. Au cas où.
Je prends place parmi les autres rats en collants, et là, d'entrée, je sens bien qu'il y a...comment dit-on déjà? Un testicule dans le minestrone, une valseuse dans le consommé...ah oui! une couille dans le potage: dès les premières mesures, la musique fait éclater des boum-boums de sauvage dans tout le gymnase, version soirée disco mais pour sourds et malentendants, ou défonçage de cloison à coups de masse. ( On est loin du tube aerobic des années quatre-vingts "Toutouyoutou" ou de sa version décalée " l'aperobic" , à elle la gym, à moi le tonic) 

 Je me dis "Ce doit être l'échauffement, ne cédons pas à un découragement inopiné et intempestif, et appliquons-nous à satisfaire ce charmant professeur qui sait si bien compter jusqu'à huit ". 
Au bout de trente minutes d'un enchaînement ininterrompu de mouvements cadencés, avec ou sans bâton, et d'un nombre incalculable de séries octosyllabiques, il faut me rendre à l'évidence: c'est beaucoup trop long pour un échauffement. Et mes jambes tremblotent, tétanisées par cette soudaine sollicitation exagérée de leurs possibilités. 

Au bout de cinquante minutes, j'ai enfin droit à quelques uns des fameux étirements que j'attendais...piètre récompense.Je suis lessivée sur mon tapis.
"Ah! me dit la prof quand je lui demande des explications, il y a une erreur sur le planning. Moi, je fais "gym dynamic" . Je me dis que le fait de l'écrire avec un "c" ne le rend pas moins fatigant...( Au passage, je me demande si cette folie de tout angliciser n'est pas irrémédiablement inéluctable, mais je me garde de confier mes états d'âme linguistiques à la jeune personne qui visiblement n'est pas concernée par la décadence de la langue)
Quoi qu'il en soit, je comprends mieux maintenant.  J'ai vraiment été très forte:  Sur ce #@%&☻ de programme hebdomadaire,  j'ai choisi directement la seule erreur parmi les trente-trois créneaux proposés. 
Je vais aller jouer au bingo, ça me paiera sûrement les cours de toute l'année...


16 septembre 2013

Ciao, l'ami, je t'aimais bien

Il était, je peux le dire, mon plus ancien et plus fidèle commentateur. Un ouvrier et fils d'ouvrier qui avait acquis une grande culture et une belle ouverture d'esprit. Doublées d'un sens de l'humour et d'une  gentillesse formidables.  Sa collection de timbres était une encyclopédie à elle seule. Il y a trois ans, je lui avais consacré un billet...
C'était mon "papiblog" préféré. Il est parti rejoindre Jean Ferrat, Léo Ferré, tous ses potes qu'il aimait tant, les anars, les communards, tous ceux qui s'en laissaient pas compter par les patrons. A la grande époque. Au temps d'avant.
Il s'appelait Walter mais dans la blogo, il était Patriarch.

Salut, toi! Tu ne viendras plus poser ton petit mot du matin, me parler des montagnes que tu voyais de ton balcon, d’Éliane qui te faisait des bisous dans le cou, et de tous tes enfants et petits enfants et de l'air frais du matin, que tu affectionnais , parce qu'il y a moins de pollution à ces heures-là, pour tes poumons, que l'asbestose avait fragilisés.
Elle a eu raison de toi, cette saleté de maladie, mais si tu as fini par griller ton disque dur, tu resteras pour toujours dans ma mémoire vive.

14 septembre 2013

Contrôle technique

-Tout va bien, Célestine?
-Oui l'Ange, oui, tout va bien! 
-La rentrée?
-Derrière moi. L'humour me sauve, comme toujours. Partir dans les petits matins gris, après des vacances de rêve,  pour retrouver un monceau de problèmes, mieux vaut en rire. Et c'est ce que je fais...
-Le bateau est parti?
-Fin comme un oiseau, hisse et ho!



-Les élèves?
-Bavards. Hétérogènes. Hyperactifs. 
Dyspraxiques. Déconcentrés. En perte de repères.Déstructurés. Pleins de lacunes. Insolents. Perturbés. Paresseux. Immatures. 

Mais tellement attachants! 
Un vrai défi que de les faire progresser, d'en faire de vrais élèves...gentils et autonomes.
Et le doux plaisir sans fin des copies à corriger...
L'humour me sauve!






-L'administration? 
-Pontifiante
-La mairie?
-Affligeante
-Les parents?
-Énervés
-Les collègues
-Sauvés comme moi par l'humour...
Et puis tu sais, mon ange, tu sais, j'ai une vie en dehors de l'école! Une vie belle, riche, passionnante, pleine de découvertes, de rencontres, de bonheurs petits et grands, pleine d'amour.
 "Institutrice mais pas que" tu te souviens?
-Oui,oui, apparemment, donc, tout va bien pour toi...je suis au chômage, quoi!
-Euh...l'Ange, ne t'éloigne pas trop quand même! L'humour me sauve mais je ne suis pas à l'abri d'un coup de mou dans la corde à nœuds...



10 septembre 2013

La pierre

Photo empruntée à mon cher Alain X































La pierre est chauffée par le soleil. J' aime m'asseoir là quelques minutes, quand je le peux, pour respirer. Une pause méditative et méridienne. J'ai senti, avec mes petits cils vibratoires, l'imminence de l'automne. Pour d'autres, ce seraient leurs rhumatismes qui se réveilleraient. Moi, je sens, simplement,  les yeux fermés, l'odeur de chaque saison avec précision. L'air n'a jamais le même goût. Je n'ai pas de mots pour décrire la saveur de celui de septembre, quand les ombres s'allongent et que les matins fraîchissent.

Aujourd'hui, sur la pierre, je me suis penchée sur ma vie, comme accoudée à un balcon sur la mer. Les tempêtes des derniers mois se sont apaisées. Je ressens comme un grand calme puissant. Le tumulte s'est tu.
Désormais, mes trois enfants sont devenus trois prénoms qui illuminent à intervalles réguliers l'écran de mon  téléphone et font battre mon coeur.
C'est mon dernier fils, à la voix si douce "Tout va bien, Moune! Ne t'inquiète pas. Je t'aime."... Et celle, grave et profonde de mon fils aîné " Salut Mum! comment tu vas? Ca fait un p'tit bout d'temps! " Et puis... "Euh, coucou ma p'tite maman, il me faudrait un peu d'argent..."ma prunelle, ma libellule, mon américaine envolée si loin...
Quelques mots, un sourire et je repars d'un pas léger, remplir ce grand vide qu'ils ont laissé, petit à petit, à force de projets, de caps, de déménagements, de réussites, de voyages d'études, de faux retours, de vrais départs...A force de grandir.
A force de temps. A force de vie.

Je le savais, depuis le début,  en regardant leurs petits bras blancs et doux et parfumés  dans leurs langes qu'ils me feraient ce coup-là. Je ne suis pas triste. Juste abasourdie que cela soit venu si vite. En un éclair. En un éternuement. 

 Je vous ai tant aimés, mes bébés! Mon coeur est tout gonflé de ce doux et amer sentiment du devoir accompli. J'essuie mes yeux de lapin myxomatosé par l'ambroisie. Mais non, je ne pleure pas!

J'ai encore mille vies à vivre, tant de projets, tant de bonheurs à découvrir, tant de saisons devant moi.
Tant d'amour à donner. Tant de rêves. Et le ciel est si bleu. Et je suis si bien entourée.

Un lézard s'est posé un instant sur la pierre. Il m'a semblé qu'il me souriait. Il ne sait pas, lui, ce que vit le coeur d'une mère.








07 septembre 2013

Rêve de fringues





J’ai fait un rêve idiot et amusant.
-Tiens, d’habitude, les rêves sont plutôt étranges et pénétrants…
-Oui, mais celui-là était vraiment saugrenu et poilant. Enfin, je crois que c’était un rêve…en fait je ne sais plus trop…J’étais dans ma chambre et je regardais mon armoire entrouverte avec cet air de songe vague et distant que l’on prend quand on ne sait plus ce que l’on est venu faire là, tu vois…
-Ah oui ! Ça m’arrive souvent : il suffit de revenir à son point de départ…
-Là n’est pas la question. Le fait est que j’ai entendu distinctement mes vêtements parler. Ils tenaient un étrange conciliabule.
-Ils te passaient un savon ?
-Non pourquoi ?
-Eh, con, s’il y a bulle, y’a savon ! Ha! ha!
-Bon si tu m’interromps tout le temps ! Tu ne veux pas savoir, pour mes fringues ?...
-Ah! oui , alors, qu’est-ce qu’elles disaient ?
-Voila, tout a commencé comme ça, avec le pull en cachemire, tout rose de plaisir, qui disait d’un ton feutré : «  J’aime l’envelopper à même la peau. Elle est si douce ! J’aime mouler ses petits seins ronds et pointus au bout…
-Hé hé ! Il commence bien, ton rêve !
-Attends, laisse-moi raconter la suite !
« Peuh ! Disaient les chaussettes, tu as le beau rôle ! Si tu crois que c’est drôle pour nous…Elle nous sort d'un tiroir pour nous enfermer aussitôt dans les chaussures ! Sans compter que, enfin…vous voyez bien… à la fin de la journée…hum…nous ne sommes plus dans de la première fraîcheur! »
« Moi, dit une petite robe noire décolletée en panne de velours, j’adore l’accompagner car elle m’emmène dans des endroits brillants et colorés, pleins de bulles et de musique. Mais je finis souvent roulée en boule sur un tapis… »
Puis les tee-shirts ont râlé que je ne les portais pas assez, et que je n’en avais que pour les petits hauts à bretelles, les robes à fleurs qui virevoltent et les chemisiers en satin.
Les jeans ont pris ma défense en affirmant qu’ils étaient indissociables des tee-shirts en question…Bref, le ton est monté, les manteaux s’en sont mêlés…Plus le ciré pleurait, plus les mitaines applaudissaient, les foulards s’agitaient, les caracos caracolaient, c’était un joli bazar dans mon armoire… Un corsaire haranguait les pantalons, pendant que le bustier bombait le torse.
-Et alors ? Et alors ?
-Alors…je me suis réveillée, et j’ai retrouvé pourquoi j’étais là, plantée devant mon dressing : j’avais une soirée, il fallait que je m’habille. Et  je me souviens aussi de ce que j’ai pensé à ce moment-là !
-Ah oui ? Quoi ?


-J’AI RIEN A ME METTRE !


02 septembre 2013

Un peu de poussière de craie...

Photo empruntée à un blogami


Elle rêvait d'une école toute fleurie de pervenches et de liserons bleus. 
Aux fenêtres des rideaux de mousse blanche flottaient au vent du matin. 
De petits chemins herbus serpentaient dans le jardin, et les balançoires transformaient aux récréations les enfants en métronomes.
Elle rêvait que les professeurs s'appelaient Jean Rivet, Pierre Gamarra, Jacques Prévert. 
Des bouquets d'hirondelles poussaient sur les arbres de la cour, les couloirs sentaient la myrtille et la châtaigne en automne, et sur le poêle, l'hiver, chaque flaque d'eau était un bonhomme de neige évanoui. Au printemps le jasmin y embaumait.
L'été incendiait les soirs.
Sur le tableau, un coeur était tracé dans un peu de poussière de craie. Toute sa vie...
Elle rêvait que les cahiers et les leçons avaient des noms étranges. 
Livre d'étoiles, cahier de bonheur simple, leçon de rosée du matin, petit carnet de résolutions courageuses, manuel de  rouge aux joues.
Elle rêvait en préparant son cartable.
Elle ne comptait plus ses rentrées des classes. 
 Quand on aime, on ne compte pas... disait sa grand-mère.
Mais rien ne l'empêcherait de compter les battements de son coeur quand elle se retrouverait pour la énième fois devant eux. 
Ses élèves.