23 août 2013

Embruns

Les Plumes de l'été amorcent leur lente décélération,  Asphodèle nous emmène à la dérive...Profitons-en, le soleil décroît lui aussi, c'est la fin août...



Merci à Andiamo pour ce Corto plus vrai que le vrai





espérer, flotter, perdition, cap, sillage, bouteille, iceberg, vent, déambuler, bateau, continent, flots, amiral, génétique, sentiment, débarquer, faille et myrte, malhabile, muraille.


***






" Il n'importe que vous soyez malhabile si vous êtes sincère". 
Tels  furent les premiers mots que prononça le directeur de l'Ecole  Normale, où j'entrai après avoir obtenu ce qu'il appelait évidemment par son nom complet  le "Baccalauréat" avec une grande émotion dans la voix. Je garde encore en mémoire les accents vibrants de son discours de bienvenue dans "La Grande Maison" ...
Ses mots m'ont marquée profondément comme on peut l'être lorsque l'on a dix-sept ans et la fièvre au front. Oui déjà. Des mots qui s'adressaient à notre coeur bien plus qu'à notre cerveau. Qu'il en soit remercié à jamais!
Pour lui, le talent d'enseigner était  celui d'espérer. Pas de problème qui fût insoluble, pas de bouteille à l'encre. Nous n'avions pas besoin de grandes théories. Juste d'une foi inébranlable et quasi génétique en l'homme et en sa faculté de s'améliorer. Un discours qui aurait dénoté de nos jours, où certaines valeurs sont en perdition, et où l'on a bien du mal à les maintenir à flot dans la fameuse "Grande Maison".  
Cet homme sans faille, que tout le monde appelait  l'Amiral, déambulait dans les couloirs et les jardins, parmi les massifs de myrtes, sous les magnolias qui entouraient l’édifice bicentenaire. D'un pas tranquille. Sans jamais perdre jamais le cap, les yeux rivés sur quelque mystérieuse ligne bleue imaginaire, un horizon idéal ...C'est sans doute lui qui sans le savoir, m'a donné le goût des métaphores marines. Oui, comme vous le savez, j'aime parler de mon école comme d'un bateau dont les  élèves seraient les moussaillons...
Parfois, l'immensité de ma tâche m'apparaît comme une de ces vagues gigantesques, qui se transforment en véritables murailles d'eau. C'est très effrayant.  Je me demande si je vais réussir à faire flotter ce rafiot, ou s'il va sombrer en entraînant dans son sillage près de trois cents élèves. Je sens des vents contraires faire trembler la coque de toutes parts, je redoute quelque iceberg imprévu. Ce n'est pas toujours facile, ce poids sur les épaules. Ça me donne une sorte de vertige, aux alentours de la fin des vacances...Et des nuits un peu agitées. Les fameux cauchemars que font peu ou prou tous les enseignants avant la rentrée... Et cette impression (fausse bien sûr) de ne pouvoir compter que sur moi-même...
Ce soir je repense à mon directeur et à son regard bleu, à sa tranquille assurance  de loup de mer. Je me dis qu'il devait avoir, lui aussi, ses moments de doute.
 Et puis comme chaque année, je serre les poings et je  décide que je réussirai à emmener ce bâtiment d'une rive à l'autre, pour débarquer sur le nouveau continent avec le sentiment apaisant du devoir accompli.
Incorrigible optimiste moi? A ce niveau-là, c'est carrément irrécupérable!








20 août 2013

Concert d'été






Le saxophone a déchiré l'air du soir d'une première plainte. Un son chaud, une longue note tenue. 
Je laisse exhaler un "wouaou" admiratif. La soirée va être sublime. Un air doux souffle sur la ville,le vent est à la mer et le spectacle va tenir les promesses de l'affiche. Qui annonçait un vrai concert. Pas une simple musique d'ambiance que les gens subissent d'une fourchette distraite. La mienne est restée suspendue en l'air, suspendue à cette note magique, entre mon assiette et mes lèvres entrouvertes. 
Les musicos sont juste devant moi, j'ai évidemment l'impression qu'ils ne sont là que pour moi. J'ai toujours cette impression là. Où que j'aille. Depuis toujours. Par une sorte d'égocentrisme musical surdimensionné. Je suis comme ça. Je vis la musique intensément. Pas vous? Le monde disparaît dans une espèce de brume fade, les serveurs ne sont plus que des ombres glissant entre les tables, sans épaisseur. C'est comme si les notes de musique envahissaient complètement mon espace intérieur. 
Dans la bande, il y en a toujours un qui joue encore plus particulièrement pour moi. C'est celui qui a repéré que je connais certaines chansons par cœur, il doit savoir lire sur les lèvres...Bon, tant qu'à faire, c'est le plus mignon. Il a de petites lunettes rondes, une mèche qui revient constamment dans son œil vert ou marron, je ne vois pas bien, (vous pensez bien que par coquetterie je ne vais pas mettre mes lunettes) et un faux air de chanteur de Police sous son tee-shirt noir et la lumière des projecteurs. Il joue sublimement bien de la guitare (oui, tant qu'à faire (bis) j'ai choisi  le guitariste) et je suis intimement persuadée, au moment où il attaque un standard de blues, Traveling Riverside version Eric Clapton, avec une voix veloutée comme un arabica, qu'il ne doit pas être du genre à s'inquiéter d'être sur la scène pendant que d'autres font danser les filles. Depuis la nuit des temps, le piège à filles fonctionne. La magie opère. 
Je m'aperçois que je n'ai rien avalé depuis dix bonnes minutes, plongée dans ma contemplation béate. Entre deux chansons, de Johnny Cash à Chuck Berry en passant par les Wings et Chet Baker, je jette un sort à ma nage de noix de Saint Jacques.Et à la daurade qui me regarde avec des yeux de merlan frit. Histoire de parfaire ce moment de pure fête des sens, où les saveurs, les images et les sons se répondent avec une précision baudelairienne. Comme toujours. 
Every breathe you take, I'll be watching you. Alors, là, je frôle l'apothéose ataraxique. L'orgasme diatonique et même chromatique, ne lésinons pas! Une chanson de mon idole, n'en jetez plus, mon ami. Je vous l'avais dit, que le binoclard sexy se la jouait  Sting. Et il la chante divinement, en plus l'animal. Il me regarde derrière sa mèche fatale. Je respire plus fort.

Les concerts d'été, c'est tout ou rien. Parfois, on a des Nique Jagger qui se prennent pour Mick, et ça énerve les nerfs...mais parfois, parfois, on a de la chance, le chanteur tutoie les anges. 



16 août 2013

Aérolithes



 Chez Asphodèle  , cette semaine, je suis servie: le thème du mystère m'apporte sur un plateau des mots superbes , je ne vous dis que ça!



Image du Blog leylana2.centerblog.net
photo du net



Silence, secret, regard, brume, cacher, dessert, chambre, hibou, résoudre, gomme, œuf, intrigue, divin, oppressant, baigner, ésotérique, magie, luire, langueur, lanterne.




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Evidemment, je sais ce qu’il en est des étoiles filantes. De simples fragments de roches errant en silence dans la Voie Lactée. Des météorites qui frôlent soudain l’atmosphère terrestre et s’enflamment... Cette brume de songe, cette magie sidérante ne serait donc qu’une banale excitation thermique d’atomes et de molécules ?
 Et pourtant, comme j’aimerais croire aux légendes ésotériques qui entourent les Perséides ! Cette explication rationnelle n'est-elle pas un complot scientifique? Quel oppressant mystère, quel éternel secret étouffé dans l’œuf veut-on me cacher? Pourquoi rit-on lorsque, devant mon regard éberlué de hibou, vient luire soudain l'une de ces divines et fugaces guirlandes d’étincelles ?


Je ne puis me résoudre à la pensée que mes vœux les plus chers ne se réaliseront jamais. Déjà, dans ma chambre d’enfant, puis, plus tard, au fond de mes langueurs adolescentes,   j’aimais la pâle clarté des lanternes stellaires, et je m’inventais des mondes doux, baignés du tendre frou-frou des étoiles.
Déjà je lisais Rimbaud sous la Grande Ourse.  
Je n’ai pas changé. Je rêve toujours d’un monde sans intrigues et sans calculs. Je brûle d’envoyer paître dans les champs magnétiques les sceptiques à la gomme. Ou même carrément de les priver de dessert.



13 août 2013

La parenthèse attendue

Photo du net
Tu pars en te disant que parfois la vie est compliquée, absurde et sans issue. 
Et il aura suffi de quelques jours dans la montagne pour qu'une petite voix  vienne te chatouiller la conscience. Et que l'existence t'apparaisse désormais dans sa somptueuse et évidente simplicité. Comme ces constellations que tu frôles de la pointe de ton rayon laser. Dessinant pour l'auditoire ébahi les traits imaginaires qui relient les étoiles. 
Tu as médité,  repoussant doucement les pensées interlopes et toxiques, concentrant ton regard sur l'insignifiante splendeur d'une araignée d'eau et de son reflet sous l'eau. Ne pensant plus qu'à exister. Tu l'as regardée, la rivière, dénouer ses flots entre les herbes rousses. Tu as  écouté le chuintement doux du vent dans les pins, regardé ces rocs magistraux lancer leurs flèches vers le ciel comme des cathédrales. Appris des étoiles la pérennité des choses. Et en même temps leur tranquille fugacité. Rien ne dure, tout est là.
Tu as décidé de sentir couler la vraie vie dans tes veines, de goûter, toucher, respirer, jouir du temps qu'il fait, du temps qui passe, ils sont si étroitement mêlés! Tu as beaucoup ri, admiré des tableaux, savouré des mets, bu des vins généreux, beaucoup marché, et senti ton corps se remettre à vibrer...
C'était la parenthèse attendue,  celle des instants de pure joie, celle où les liens forts font vibrer les atomes qui se comprennent alors à demi-mot. Et même parfois sans mots du tout. Dans le plus parfait silence. Celui du coeur.
Mais celle des échanges, aussi, des fous-rires, des complicités.
Tu t'aperçois que depuis quelque temps tu te noyais dans le virtuel et l'éphémère, que ta voie, ton sens, ton chemin se perdaient dans une brume. Tu croyais que ta vie était ailleurs alors qu'elle était là. Parce que la vie c'est ça: jamais là où on l'attend, pleine de surprises et de détours.
La voix a repris, avec une clarté de source: "Ne te laisse pas dicter tes actions, aime les liens, recherche-les,  mais refuse les chaînes. Cesse de culpabiliser. Ne t'aliène à rien.  N'en fais qu'à ton coeur. Oublie ce qui n'est pas toi, ton sang, ta vie,  oublie ce qui n'est pas joie. Chéris ta liberté. Refuse les compromis et les à-peu-près. 
 Accepte de chialer comme un gosse et d'éclater de rire  même si on se moque de ta sensiblerie ou de ton  insouciance. Accepte de vieillir puisqu'on te  dit que  la beauté de l'âme est éternelle. Accepte d'être toi, et d'être fière de toi. Aime, puisque tu as fait d'aimer ta seule règle. Mais commence par t'aimer, toi."
Cette voix, qui donne le "la" au diapason de ta mélodie intérieure. Ce n'est ni dieu, ni ange ni démon. 

C'est la voix profonde de ton moi intime. Tu ne l'avais jamais entendue aussi distinctement. Tu en tires quelque leçon, sûrement. Et tu te dis qu'il te faudra désormais l'écouter plus souvent. Car elle t'apporte de la félicité. Et une grande paix énergique.



05 août 2013

Interdit aux hommes


 Avertissement: Les hommes entrant dans ce billet et/ou dans la zone des commentaires le font à leurs risques et périls.

Mercredi, j'ai rendez-vous avec Olga Laxie et Germaine Eloire pour partir quelques jours en randonnée dans mes montagnes préférées.Sentir l'odeur des pins, arpenter des petits sentiers pas trop pentus et bien ombragés,en faisant des haltes souvent. Eva Tfairfoutre dit qu'elle ne peut pas venir, elle fait sa bêcheuse, mais je sais bien qu'elle en crève d'envie. 
Bon, la randonnée, c'est officiellement, parce que, je peux bien vous le dire à vous, vu que cela restera entre nous, ce sera  surtout du pur délire entre filles.
A nous les séances d'onglothérapie, où l'on refait le monde à coup de dissolvant et de vernis. Les petits déj. au soleil, les papotages jusqu'à une heure indue..(indue à qui, on se le demande bien...) 
 La pancarte "interdit aux hommes" est déjà sortie, nettoyée, rutilante,  y a plus qu'à l'accrocher sur la porte avec un bout de sparadrap.
Bains de pieds, masques hydratants, manucure, on va se faire la totale, deux douches par jour minimum, farniente bronzette et pieds mouillés, bi, mono, mini ou même zerokini...
J'ai besoin de m'aérer la baguette magique. (oh! la joie de pouvoir sortir cette simple phrase de fée sans essuyer les sarcasmes et vos airs entendus, messieurs, toujours prompts à vous esbaudir dès que cela vous fait "peu ou prout" penser à votre flûte enchantée! Et ensuite, vous dites, avec une mine confondante "mais c'est toi qui as l'esprit mal tourné! Certes. Admettons.) 
J'ai quand même un furieux besoin de sentir le vent de la liberté me parcourir la glotte et me faire onduler le système pileux. De vivre à mon rythme...et de regarder les étoiles au fond des  yeux, dans un vrai ciel sans pollution lumineuse.
On va se raconter nos juillets, nos divagations, nos expériences de lévitation transcendantale, les derniers sortilèges à la mode, bref, l'actu des fées. Y aura des légumes dans le bac à bière, on dégustera du jus de tomate au sel de céleri, du poisson en papillotte et on se gorgera de vitamines pour entretenir nos teints de roses. Et péter des paillettes comme dit ma copine Stella Kilfaléalé, qui ne peut pas venir, mais elle, c'est pas parce qu'elle est bêcheuse...
  Ouh! que ça va faire du bien, cette parenthèse dans la parenthèse, ces vacances dans les vacances.
Mais rassurez-vous, messieurs, vous tiendrez quand même le haut du pavé dans la mare de nos conversations à bâtons rompus. Et nous respecterons le quart d'heure L.D.P*, selon la consigne syndicale. Le reste du temps, nous ne penserons que du bien de vous. Comme toujours.

^-^


*L.D.P = Langue de P...


02 août 2013

Irlandaise



Chez Asphodèle, le mot de la semaine est "racines". Ceux qui me connaissent bien savent que je vais me répéter...Mais ils me pardonneront car, comme on dit Bis repetita placent. Et vice versa. Dura lex sed lex. Alea jacta est. Errare humanum est.  Et caetera. ..Et toutes ces sortes de choses.



***

carotte, arbre, cheveux, famille, ancrer, arrachement, généalogie, ancêtre, souterrain, culture, terre, île, gingembre, planter, source, esclave,  jaillir, juvénile, joyau. 

***


Je rêverai encore longtemps de toi, avant de comprendre pourquoi, âpre terre de landes ébouriffées, égratignées par les vents du large, tu m'attires et me fascines. 

 Dans ma généalogie, je sais te devoir quelques gouttes de ce sang fier et abrupt que l'on retrouve dans ma famille, les cheveux carotte de mes cousins et mes quelques éphélides...

Je sentirai longtemps encore en moi ce bouillonnement souterrain qui me rend juvénile et qui relègue au rang de guimauve le gingembre et la mandragore, avant de comprendre ma fureur de vivre, ancrée en moi aussi sûrement que les pierres de granit des chemins de Cork ou de Galway, et dans mon corps, ô mon corps plein d'éclairs ruisselants, j'entends la rage des colons, leurs rêves de fortune et leurs arrachements d' esclaves.

Il me faudra traverser tes villages tout enluminés des lueurs laiteuses de ta pluie froide, m'imprégner de ta langue qui roule comme des rochers dévalant une pente, écouter jaillir de tes longs soirs ta musique d'opale et de sombre gaieté... 

Ô ta musique! en sentir le frisson imprimé à mes jambes, de bas en haut, de haut en bas, telle une houle. N'être plus que harpe et violon et flûte celtiques avec des fourmis jusques au bout des orteils, mon cœur, dansant et riant et pleurant à la fois...

 Être pour une nuit une fille de Tipperary, opulente et chaude,  perdue au fond d'un pub suant de bruit et de fumée, d'amour brut et de hareng saur, m'enivrer de bière rousse et  de whiskey jusqu'à en oublier mes mots. Jusqu'au matin frileux, façades blêmes et cris de mouettes apeurées au-dessus des toits, enroulée dans un pull de laine. Le regard sur l'horizon.

Pays émeraude. Pays joyau, planté sans détour dans  l'écrin bleu d'un océan furieux, la mer qui ronge le noir des falaises de Moher, le blanc de l'écume, le gris du ciel, ta presqu'île de Dingle, tes lacs du Connemara sont comme des yeux brillants de fièvre. Je pourrais faire miens ta culture millénaire, ton trop peu d'arbres, ton trop d'eau, tes murets arrachés au roc, et le bruit patient des charrettes, et des chevaux, et puis la tourbe, et le parfum meurtri de tes bruyères en fleurs, et l'herbe plus verte que dans un chromo saturé.
Je rêverai encore longtemps de l'Irlande.
Et quand j'aurai assez rêvé, j'irai boire à la source de mon rêve.



30 juillet 2013

Une lettre dans la nuit




 J'ai trouvé ta lettre, petite Cécilia, en allant relever le courrier de l'école. Un coup de poignard ne m'aurait pas fait plus mal, sous l'implacable soleil de l'été, ce soleil insouciant des drames qui se trament dans son dos...Un soleil qui est devenu noir subitement.

 J'aurais aimé te serrer dans mes bras et te dire que j'ai reçu tes mots de petite fille en plein coeur. Et que ta maman va guérir, que tu reverras Charlotte, et que la vie est belle. 
Mais je n'ai su que laisser ma gorge se serrer et mes yeux me piquer, dans cette rue déserte, devant mon école solitaire  livrée aux fientes des oiseaux et me dire que la vie, c'est parfois bien dégueulasse pour les petites filles de sept ans.






26 juillet 2013

Double jeu

Je continue ma petite série de l'été d'Asphodèle, j'ai la faiblesse de croire que vous aimez...Allez, à la carte, aujourd'hui, deux formules!

Les badins,  les primesautiers, les enjoués, les espiègles, les guillerets, les joviaux, les légers, bref ceux qui aiment quand je les fais rire, choisissez le premier texte.

Les poètes, les rêveurs, les penseurs, les sereins contemplatifs, les ténébreux bucoliques, les méditatifs, les sages, les profonds, bref ceux qui aiment quand je les émeus (sans faire l'autruche), choisissez le second texte.




***


retour, euphorie, liesse, valise, chant, solitude, larme, immortel, mouchoir, voyage, destination, horizon, retard, trajet, rupture, retraite, rater et incandescent, impétueux, inverser.


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Actualité...




Photo internet
Sur le trajet de retour de mon voyage à Paris, ma valise et mon coeur encore pleins de l'euphorie des derniers jours,  je fixe un point vague sur l'horizon orageux. Le chant ronronnant du Tégévé me berce.  Mais soudain mon regard est attiré par  le journal que mon voisin, sans doute habitué à la solitude d'une île  déserte, m'étale d'un geste impétueux sous le nez. 

Oh!!! mais que lis-je? Il paraît que les Grands Bretons en liesse acclament le "Royal Baby". (Je ne savais même pas qu'il était arrivé à destination! C'est vous dire si les soubresauts de la famille royale me passionnent!) 
Les Rosbifs ont la larme à l’œil comme si on avait assisté à la naissance d'un extra-terrestre, ou du premier être humain immortel... Bref, comme si ce n'était pas un mioche comme les autres! 
Mais, ils se fourrent le doigt dans l'omoplate jusqu'à l’œil! Qu'est-ce qu'ils croient? Qu'il ne va pas les salir, ses pampers en soie brodée, et avec du vrai caca de bébé, bien jaune et bien mou, et parfois même acide à rendre ses petites fesses incandescentes comme des lumignons? Qu'il ne va pas baver de grands fils de salive gluante en faisant ses dents sur l'hermine de papa ou le twin-set en Rhovyl de maman? 
Mais bien sûr qu' il ne va pas les rater, ses petits rots bien sonores sur le costume Prince de Galles de grand-père, (oh my God!) qui essuiera, avec un haut-le-coeur, de la pointe de son mouchoir en satin aux armes de Buckingham, le lait caillé, et cela aura la même odeur aigre que celui du morveux de Newham ou Harlesden...
Et il va pousser des vagissements perçants comme les autres quand il aura la dalle, ce trésor, sonorisant la nursery royale de ses cris de "little pig man" dont les nourrissons ont le secret, surtout la nuit, surtout si le biberon est  en retard d'une minute...peut-être même qu'il va tellement casser les oreilles de sa majesté archi-great-mummy Elisabeth en lui titillant les trompes d'Eustache jusqu'à la rupture, que, hé, imaginez!  cela la déciderait à prendre enfin sa retraite, comme Cousin Albert... Qui peut se targuer d'avoir  inversé le cours de l'histoire de la perfide Albion tout en ne pesant que sept livres? ...ce serait très fort, non? 
Moi, il me plaît bien, ce British Moutard. Il ira loin.





...Ou dualité. 


Souvent ma vie est une liesse, où le vent des hauteurs m'emporte dans son euphorie. Ces jours-là, le chant de mes artères fait dans mes veines un bruit de grelot. Je deviens ce torrent incandescent et sauvage dont le trajet serpente sur des plaines ineffables et sucrées. Je me sens grande et immortelle, et mon horizon infini semble s'étirer devant moi avec volupté. J'ai le temps dans mes mains. Je boufferais le monde. J'aime. Je vibre. Je vis.

Puis parfois tout s'inverse, c'est la rupture des digues, ce sont soudain des litres de larmes et des valises de mouchoirs trempés de sel. Ces jours de solitude où je pense que j'ai tout raté, oui, tout raté de ce voyage à la destination fatale et irréversible. Ces jours-là tout est en retard, rien ne va, rien ne vient.  Je me terre dans ma retraite au fond du sombre bois de mes illusions perdues. Je me trouve pitoyable, et petite, et sans joie. Mon horizon se bouche en lourds nuages gris. Le temps me glisse des mains. Le monde me bouffe. Je soupire. Je pleure. Je meurs. 

Et puis c'est le retour du bonheur à nouveau. Comme un cycle d'horloge. Et il sonne en mon cœur, fidèle à son trajet céleste, comme l'aiguille sur le douze.

Je suis une passante, impétueuse et solaire. Je ne sais rien. A part le goût de miel que la vie donne à mon cœur et mon âme. Et ces moments maudits de déréliction où je le cherche en vain sur ma langue amnésique.


19 juillet 2013

Transgression


Cette semaine, chez Asphodèle, le thème est l'interdit. Tout un programme!




Liberté, sens, découverte, régime, déraison, pantois, hasardeux, obligation, privé, barrière, demeurer, tabou, aventure, rouge, inceste (facultatif), honte, hallucinant, hangar.


Avez-vous compté le nombre de choses que l'on s'interdit dans une journée, et sur combien de barrières totalement arbitraires on se casse le nez? 
Remarquez, ce n'est pas d'hier!
On se pointe au monde, un hasardeux matin, petite chose braillarde et rouge, devant quoi tout le monde est en admiration. Et puis, dès que l'on commence à mettre un pied devant l'autre, on ne cesse de nous marteler, de nous pilonner la célèbre rengaine "Fais pas ci, fais pas ça".  Partir à la découverte du monde, à dix mois, se résume à aller rencontrer une hallucinante suite d'interdits. Avec à la clef, la terrible sentence:" Privé de dessert!" que d'ailleurs certains adultes perpétuent en se mettant au régime sec.
Certes, je ne vais pas vous parler des tabous moraux, véritables lignes à haute tension, que sont l'inceste, le cannibalisme et autres joyeusetés de la nature. 
Certes, il faut une morale, sinon ce serait la jungle (comme disait ma grand-mère) quoique...l'on assiste constamment à de petits arrangements avec le Décalogue. Moïse et son fan-club en demeureraient pantois: " Eh, dis donc, les gars! Vous savez, nos vieilles tables de la loi...oh! punaise, il n'en reste plus grand chose! Ça tue, ça vole, ça fait des faux témoignages tous azimuts, et ce jusqu'au sommet de l'Etat! ça part dans tous les sens cette affaire!
-Tu l'as dit, Momo, quelle déraison! Et ils travaillent même le dimanche, cloîtrés  dans des hangars appelés "grandes surfaces"...
-Ouep! la gêne éthique n'est plus de rigueur, on dirait!
-Je me demande si elle l'a été un jour..."

Bon. Tout ça, c'est bien beau. Mais moi j'ai envie de parler du goût délicieux de l'interdit... Du bonheur de faire péter une obligation sinistrement ennuyeuse et de rester tranquillement chez soi à manger des pizzas...
Mmmm! le fruit défendu, quelle saveur il donne à la liberté! L'ivresse des sentiers non battus...jouer à la marelle, voler des cerises, dire des gros mots,  manger un paquet entier de fraises tagada, marcher dans le jardin toute nue sous la lune, bref, faire un truc par jour qui "ne se fait pas", même que "personne ne sait pourquoi"...
-Tu n'as pas honteZazie, sors de ce corps tout de suite!
-Je sors si j'veux! Interdit, mon cul!













13 juillet 2013

Apparition



  Asphodèle  remet ça pour mon plus grand bonheur scriptural! Les fameuses plumes, que j'ai failli louper, tant mon acuité "bloguesque" m'a fait défaut ces temps-ci...
De la fantaisie, le thème de l'eau, et le plaisir de danser sur les mots. Et quels mots! Rien que du premier choix...



Femme Avec Le Chien Terrier Minuscule Images libres de droits - Image: 8372809
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aube, fontaine, débit, grand, fraîcheur, cascade, baignade, chute, flux, dérive, trésor, noyade, trouble, goutte, glisser, gorge, grain.


***

A l'aube, terrasse du café de la Fontaine, à Carqueiranne.  
Un débit de boissons banal, mais grand théâtre de la comédie humaine que moi, Auguste Bataille, écrivain en mal de renommée, je me plais chaque jour à observer. Les tilleuls, bonhommes, offrent leur fraîcheur odorante à la placette. (Ciel, je n'écris vraiment que du brouet!) 
Mais qui est donc cette fille en robe rouge qui pleure en silence? Bon dieu, pourquoi semble-t-elle à la dérive, comme une suicidée au bord de la noyade? Sur son visage brouillé, des gouttes de pluie salée glissent en cascade de ses yeux pers, et collent par paquets ses cheveux fins et doux. Elle est sublime. Je cache mal mon trouble derrière mon journal du matin. Mon flux sanguin s'accélère et boursoufle mes extrémités...
Quelle gorge affolante! quel grain de peau! Quelle chute de reins! Je l'imagine nue sortant de la baignade, et moi lui offrant, conquérant, de la consoler du rustre qui l'a fait pleurer...
Mais soudain, me dégrisant, déboule entre ses jambes un affreux roquet noir et blanc, et voilà la belle qui s'écrie dans un sanglot mû en éclat de joie: "Trésor! Mais où étais-tu, vilain chien!" Et je les vois tous les trois, elle, son clébard et sa croupe moulée dans le nylon rouge, s'éloigner vers mon oubli.
Je me sens retomber comme un soufflé.










11 juillet 2013

Splendide Hasard





Voici venu le temps où je me sens revivre. 
Mon corps se met soudain à l'unisson du temps.
 Aux brassées de chaleur succèdent tout à trac
De grands orages électriques et sauvages.
 On s'alanguit, comme en un mol après-midi, 
Les fruits ronds et sucrés sont remplis de soleil. 
Et les matins laiteux s'enchantent dans la brume 
 Légère qui précède un nouveau jour joyeux.
En un mot comme en mille, enfin j'aime l'été. 
Quand peut-on mieux aimer, admirer, contempler
le ballet sidérant de ses chères étoiles? 
Et quand mieux déguster, le torse frissonnant 
d'un vent délicieux et  tiède et insistant, 
le phare étincelant de la ville, éphémère,
 vibrant sous la clarté des astres éternels?
Quand peut-on mieux sentir dévaler dans sa bouche
et sa gorge les frais breuvages estivaux, 
 Le flot d'un blond champagne ou d'un vin italien?

Tout est plus fort, l'été.
Les parfums, les couleurs, la musique.
Et l'amour.
Et la vie.
Et la mort.

L'été, tout est plus fort.








Splendide hasard,
Splendide nuit,
Y a des regards
Qui donnent la vie.
Splendide amour,
Passions déchues,
Doit-on mourir
D'avoir vécu ?
Les souvenirs volent
Comme des nuages
Et s'évaporent
Les paysages,
J'appelle la vie
Un splendide hasard.

Splendide hasard,

Splendide étoile,
Eveillez la passion en moi,
Splendide amour,
Vertiges bizarrres,
Envoyez mon coeur au combat.
Et toutes les flammes de mon corps,
Voudraient brûler bien plus fort,
J'appelle la vie
Un splendide hasard

Michel Berger








07 juillet 2013

Hors temps



Ah, oui...euh...Bonjour les amis! Je me présente: Cookie, chat de Célestine à plein temps. Ce n'est pas une sinécure tous les jours, mais bref...passons!
Plaît-il? Vous la cherchez? Ah, pas de chance, elle n'est point céans. (Veuillez excuser mon langage chat-ié, mais je suis un chat du monde, vous comprenez, et mes allures de gouttière ne sont que la regrettable preuve d'une frasque d'un lointain ancêtre...) Comment ça, je prends un ton guindé? 
...
Ma maîtresse est partie se ressourcer, m'a-t-elle dit... dans le "hors-temps", à ce qui paraît...Je n'ai pas très bien saisi où se trouvait cet endroit, ce doit être un truc de fée, je suppose. En tous cas , elle a laissé son cartable, et moi, suis-je drôle! je m'esbaudis moi-même... je m'en suis fait un petit nid douillet. C'est follement amusant!
...
Aux dernières nouvelles, elle "lave son âme à grande eau claire"...Vous savez, elle est terriblement bizarre, n'est-ce pas, avec ses expressions alambiquées. Laver son âme, je vous demande un peu...pff! Pourquoi pas rincer ses neurones, ou essorer son esprit? 
Ah aussi? Ah bon, c'est la grande lessive, alors, si je comprends bien...Enfin, pour ce que je peux saisir de tout ce méli-mélo... Elle m'a dit que vous comprendriez...et qu'elle n'oublierait personne en rentrant...Moi, je ne fais que transmettre, hein! Juste pour qu'elle n'oublie pas de me donner des croquettes avant de partir.C'est quand même le plus important, au regard de ces coquecigrues...
Mais tout cela est d'un épuisant...Brisons là, je retourne à ma sieste.








01 juillet 2013

Force vitale

C'est toujours à un moment inattendu et fugace que la force vitale choisit de m' entrer dans la peau. Comme une évidence.
Comme le murmure de l'eau dans les gouttières au coeur d'une nuit d'averse. Comme les piaillements aigus des mouettes au bout de la grève blonde.

Je marche un soir de juillet, sur une vaste place rose,  le vent agitant son ombrelle de feuillages au froissement de papier dans le sombre soleil crépusculaire.

Et soudain, c'est difficile à expliquer, avez-vous déjà ressenti cela? il semble que la Vie entre en moi, qu'une vague orgasmique me soulève, m'attise, m'enveloppe, me vibrionne, me fibrille, me tachycarde. Cela part du fond de mon ventre, remonte le long de mes vertèbres, plonge dans mon estomac, agite le duvet sur mes bras et mes jambes d'une houle tiède, d'une sorte de souffle silencieux qui pénètre mes poumons. Un air frais de menthe bleue. Un soupir, comme un muet sanglot, se bloque dans ma gorge, et je sens soudain la Vie véritablement parcourir mes atomes. Et une gratitude éperdue qui m'inonde, je ne sais trop envers qui au juste...

Plus rien d'autre n'est important, et tout s'oublie, des derniers jours, de ce qui n'était pas animé par cette  déferlante joie. 
 Et si je ne me trouvais pas là, au cœur de la ville haute, parmi les passants du soir courant après leurs songes, je pousserais le cri primal. Je libérerais cette formidable énergie mystérieuse qui m'envahit, et qui semble venir des confins des étoiles.  Je crierais mon amour de la vie aux platanes et aux tournesols ébahis. 

Mais je ne suis pas seule, sur le pavé encore chaud de cette place à demi-vide, et le poids des conventions est une enclume trop lourde, à moins qu'elle ne me protège, peut-être,  des regards réprobateurs que l'on ne manque pas d'essuyer quand on sort des balises habituelles. 

Alors  je me contente d'accrocher à mes lèvres un sourire à la Vermeer. Un sourire introspectif de jeune fille à la perle. Que cache-t-elle, cette mignonne, derrière cet énigmatique et adorable plissement de sa bouche enfantine? 
Que sait-on des frémissements de sa perle,  des sentiers sinueux qu'elle trace de ses doigts sur sa peau, de l'écume à son front, de ses désirs cachés, de ses fièvres vitales? 
Que sait-on des fils tendus sur lesquels elle danse, badine et court-vêtue, au-dessus du lac de ses rêves? Que sait-on de ses éblouissements électriques?
Elle regarde le monde, désinvolte et naïve, tout comme moi. Sage et lisse en apparence. Strombolienne en profondeur.
Elle sent la vie battre dans ses poignets et couler dans son corps, et la force invisible de la sève passer dans  son sang. Elle se sent sœur avec les arbres, avec la mer, avec le vent. Elle aime la Vie. Elle est la vie.
Et moi, quel bonheur! je suis juste comme elle. Vivante! 
Et tout le reste n'est que lie. Et ratures.
Peanuts, quoi.