Les Plumes de l'été amorcent leur
lente décélération, Asphodèle nous emmène à la dérive...Profitons-en, le soleil décroît lui aussi, c'est la fin août...
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***
" Il n'importe que vous soyez malhabile si vous êtes sincère".
Tels
furent les premiers mots que prononça le directeur de
l'Ecole Normale, où j'entrai après avoir obtenu ce qu'il
appelait évidemment par son nom complet le "Baccalauréat" avec une
grande émotion dans la voix. Je garde encore en mémoire les accents vibrants de
son discours de bienvenue dans "La Grande Maison" ...
Ses
mots m'ont marquée profondément comme on peut l'être lorsque l'on a dix-sept
ans et la fièvre au front. Oui déjà. Des mots qui s'adressaient à notre coeur bien plus qu'à notre cerveau. Qu'il en soit remercié à jamais!
Pour
lui, le talent d'enseigner était celui d'espérer. Pas de problème qui fût
insoluble, pas de bouteille à l'encre. Nous n'avions pas besoin de grandes
théories. Juste d'une foi inébranlable et quasi génétique en l'homme et en sa
faculté de s'améliorer. Un discours qui aurait dénoté de nos jours, où
certaines valeurs sont en perdition, et où l'on a bien du mal à les
maintenir à flot dans la fameuse "Grande Maison".
Cet
homme sans faille, que tout le monde appelait l'Amiral, déambulait dans
les couloirs et les jardins, parmi les massifs de myrtes, sous les magnolias
qui entouraient l’édifice bicentenaire. D'un pas tranquille. Sans jamais perdre jamais le cap, les yeux rivés sur quelque
mystérieuse ligne bleue imaginaire, un horizon idéal ...C'est sans doute lui qui sans le savoir,
m'a donné le goût des métaphores marines. Oui, comme vous le savez, j'aime
parler de mon école comme d'un bateau dont les élèves seraient les
moussaillons...
Parfois,
l'immensité de ma tâche m'apparaît comme une de ces vagues gigantesques, qui se
transforment en véritables murailles d'eau. C'est très effrayant. Je me
demande si je vais réussir à faire flotter ce rafiot, ou s'il va sombrer en
entraînant dans son sillage près de trois cents élèves. Je sens des vents
contraires faire trembler la coque de toutes parts, je redoute quelque iceberg imprévu.
Ce n'est pas toujours facile, ce poids sur les épaules. Ça me donne une sorte
de vertige, aux alentours de la fin des vacances...Et des nuits un peu
agitées. Les fameux cauchemars que font peu ou prou tous les enseignants avant la rentrée... Et cette impression (fausse bien sûr) de ne pouvoir compter que sur moi-même...
Ce
soir je repense à mon directeur et à son regard bleu, à sa tranquille
assurance de loup de mer. Je me dis qu'il devait avoir, lui aussi, ses
moments de doute.
Et puis comme chaque année, je serre les poings et je
décide que je réussirai à emmener ce bâtiment d'une rive à l'autre, pour
débarquer sur le nouveau continent avec le sentiment apaisant du devoir
accompli.
Incorrigible optimiste moi? A ce niveau-là, c'est carrément irrécupérable!







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