15 novembre 2010

Un monde fou


Mad World

Il tourne, tourne sans fin, et pourtant ne tourne pas rond. C'est une chose étrange, à la fin, que le monde comme disait justement mon pote Aragon...Une tourmente, un cyclone nous entraîne sans arrêt dans une course folle, à une vitesse inimaginable, et il faut bien s'arrêter,un peu, pour contempler cette folie. Mais alors, quelle beauté! Quelle irrépressible beauté nous étreint! Le monde est fou comme on est fou d'amour, les yeux fermés, le cœur battant, prêts à d'inutiles et absurdes folies, mais sublimes.
Le monde est fou car nous le sommes, fous d'inquiétude torturée comme des Céline ou romantique comme des Chateaubriand, fous de peinture, puissamment imaginatifs comme des Dali ou des Picasso, fous de fantaisie et d'humour comme des Buster Keaton, fous d'ambition et de démesure comme des bâtisseurs de cathédrales, fous de passions visionnaires comme des Leonard ou des Jules Verne, fous de sciences comme Einstein ou Pasteur...
Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines nous ont ouvert la voie de toutes les audaces, à l'assaut des sommets, des terres inexplorées, des planètes lointaines.J'aime contempler la folle beauté du monde pour en oublier les atrocités. Je ne les nie pas.Je sais la guerre et sa folie meurtrière.
Mais je sais aussi que le monde n'avance dans la bonne direction que lorsqu'il est éclairé par la douce folie de rêveurs impénitents. A l'origine de toute grande chose en ce monde, il y a toujours un rêve. Un rêve un peu fou.
Image flickR



10 novembre 2010

On ne meurt pas qu'une fois...

 "On ne meurt qu'une fois" disait le maître d'école, nous donnant un moyen mnémotechnique   pour  nous rappeler que le verbe mourir ne prend qu'un "r".
Mais est-ce bien vrai? En réalité, on meurt plusieurs fois dans une vie. Comme si le destin nous exerçait, nous préparait avec une sorte de fatale bienveillance,  à faire notre deuil des gens que l'on aime. Et, charité bien ordonnée, il nous faut faire en tout premier le deuil de nous-mêmes.

Je suis morte plusieurs fois. Ce bébé joufflu n'est plus là pour sauter sur les genoux de ma mère en riant aux éclats, cette petite fille étonnée par le monde  ne court plus dans les allées d'un parc qui d'ailleurs n'est plus là,  lui non plus. Je fus aussi cette  jeune fille rêveuse, qui écoutait Simon et Garfunkel en écrivant dans son journal toutes ses folles utopies, je fus cette jeune femme pressée de vivre mille expériences, et cette jeune maman débordée et épuisée par ses journées-marathons. Où sont-elles? Elles ont disparu dans les corridors du temps. Je les cherche en vain.
Nous sommes entourés de fantômes, qui flottent autour de nos êtres chers comme des lambeaux de brume. Nos enfants devenus grands trimballent avec eux les cris muets, les gazouillis évanouis et les petites blessures enfuies de ces chers disparus: les enfants qu'ils étaient. Leurs comptines et leurs jeux se sont dissous, ont été absorbés comme de l'eau dans du sable chaud. 
Et nous scrutons, incrédules, sur les photos ou les films, leurs corps , leurs visages, ou leurs voix, et nous les regardons comme s'ils n'existaient plus. Il nous faut bien l'admettre: nous avons dans ces moments-là, étreints par la nostalgie,  les mêmes yeux lointains et humides que si nous regardions des photos de défunts.

La Mort, la vraie, n'est en somme qu'une mort de plus, et nous ne devrions pas être surpris quand elle arrive, ni étonnés de disparaître une fois de plus.La dernière.


photos Célestine (il y a...longtemps)

06 novembre 2010

Recette

Prenez une étonnante mobilisation citoyenne très réussie
agrémentée d'une belle énergie positive
Versez-y doucement ,
délicatement,
Une amie de toujours,
Une terrasse de restaurant
Une bonne nouvelle
un verre de martini-citron bien frais
Une tranche de saumon à la pomme et au gingembre
une conversation agréable
Une pincée de vieux souvenirs
Beaucoup de soleil pour faire rissoler le tout,
un soleil incroyable pour un mois de novembre.
Réservez à part votre soirée ciné.
Mélangez tous les ingrédients et laissez reposer
en faisant une bonne sieste.
Le moment venu, rajoutez un bon film, émouvant et triste (*)
et terminez par une soirée crêpes avec une autre amie
le tout avec un goût d'imprévu très prononcé.
Voilà assurément la recette d'un samedi particulièrement apprécié.

 












(*)

05 novembre 2010

Un cri dans la nuit

Un billet plein d'humanité vous attend chez Zénondelle.
Un cri dans la nuit. Une révolte que j'ai eu envie de vous faire partager.
Parce que les petits cailloux du Petit Poucet sont importants pour ne pas nous perdre dans cette forêt de préjugés et de haine.
Et que tous les courages sont les bienvenus.
 

01 novembre 2010

De l'élasticité du Temps.

Sujet toujours numéro un au classement des brèves de comptoir: la vitesse du temps qui passe.
-M'en parlez pas, ma p'tit' dame, c'est effarant! On est déjà en novembre, vous vous rendez compte!
-Oui, faut en profiter! Quand on a des bons moments, faut les prendre.
Certes, à être catapultés vers la mort, autant que ce soit comme des bouchons de bouteille de champagne, dans un pétillant éclat de rire. La vie est une grosse blague, dont la chute, certes, manque sérieusement de légèreté, on n'y peut rien...On ne peut  que se demander pourquoi tout semble aller toujours plus vite.
Ce temps qui accélère tient au nombre croissant de repères que la vie moderne sème  sur nos existences comme autant de petits cailloux, ou de petites épingles sur une carte marine. Des repères temporels; des balises. Il y a les fêtes, Halloween, Noël, Pâques, la fête des mères, des pères, des grand-mères, à quand celle des grand-pères, des cousins ou des fox à poils durs, et toujours de nouvelles "journées" , de la femme, des handicapés, des droits de l'enfant, de toutes les minorités subissantes. Tout cela n'est devenu qu'alibis pour ponctuer l'activité commerciale en oubliant le sens premier de la fête. Il y a les rendez-vous médiatiques périodiques, l'élection de Miss France, les César, les Molière, les Victoires de la musique,le carnaval de Nice,  la dictée de Pivot, le festival de Cannes, la féria de Nîmes, la Coupe du Monde de football ,Rolland Garros, Wimbledon, les jeux olympiques, le Tour de France, la Rentrée des classes, les soldes,la braderie de Lille,  le Blanc, les chocolats, le jardinage, les piscines, et on recommence...D'où cette sensation que tout s'emballe comme un manège fou.


Mais le temps est élastique. Il ne passe pas de la même façon tout le temps, ni pour tout le monde.
Du fond des époques reculées appelées les temps immémoriaux, le temps devait paraître très long  , sans moyens de communication, sans portable, sans ciné, sans avions, sans télé, sans promotions saisonnières, sans commémorations, sans agendas...
Au temps de Jacquou le Croquant, les saisons s'étiraient, interminables, glacées, les longues soirées à la chandelle, les nuits sans fin, les jours au goût de craie dédiés  à un travail éreintant dans les champs de l'aube au crépuscule, ponctué seulement par l'angélus et les vêpres, sans week-end, sans RTT, sans vacances, sans espoir d'un jour meilleur.
Le seul "repos" dominical  comportait encore des contraintes, dont la moindre n'était pas la messe à laquelle il fallait se rendre coûte que coûte, par tous les temps, pour être sûr de gagner cette vie éternelle si douce après la vallée de larmes. Sur le trajet, ils auraient eu tout le temps de se demander à quoi rimait cette vie absurde si l'ignorance qui leur tenait lieu de maigre manteau ne les  avait pas privés de tout raisonnement métaphysique.
Les mois d'hiver au fond du Périgord noir devaient durer des siècles. Des siècles de grelottements, de ventres noués par la famine, de sabots dans la neige, de guenilles, de crainte du loup dans la forêt, de nuits d'effroi à l'évocation du diable et des sorcelleries,  et de révoltes larvées, de poings fermés dans les poches trouées de leurs paletots...Des  siècles de tâches répétitives, de souffrance au labeur, d'horizons bouchés . Des siècles de  résignation itérative. Quand on est condamné à crever au travail, une vie entière, il est sûr que le temps stagne dans ces conditions.Il se fige dans l'horreur d'un présent toujours renouvelé, sans rien à espérer que la mort.
De nos jours, une population croissante, hélas, connaît encore cet étirement du temps dû aux mauvaises conditions de vie. La vie d'un sdf sous sa tente , sur les quais de Seine, face à Bercy, doit lui sembler beaucoup plus longue que celle des riverains leur lançant des regards dégoûtés en conduisant leurs enfants à l'école dans leur 4X4 rutilants. Pour lui, pas d'agenda surbooké, pas de réception à organiser, de places de spectacles à acheter sur internet, pas de problèmes d'intendance, de ménage, d'ordinateur en panne, de vacances à planifier, de voiture à faire réviser, de réunions de travail, de rendez-vous chez le pédiatre. Pas de shopping, pas de boîte de nuit. Pas de parking, ni de jogging, ni de footing, ni de leasing. Pas même le souci de conserver une retraite ou des acquis qui ne sont pas pour eux. Une vie hors de la vie, rien que la morne plaine de jours tous pareils sans lendemains qui chantent, à se les geler sous sa tente ou dans son carton et à chercher dans les poubelles sa dignité perdue.

Le temps qui passe a un prix. Ce qui fait son prix, ce n'est pas sa longueur, c'est la façon dont on remplit ses heures. Plus on les occupe agréablement, plus elles nous filent entre les doigts. C'est la rançon à payer pour avoir chaud , manger à notre faim, et vivre des expériences variées et intenses. J'essaie d'y penser chaque fois que j'ai envie de me plaindre que le temps passe trop vite.Tant que l'on a cette impression, c'est que la vie est belle. Et quand je veux arrêter le temps, je m'adosse à un chêne liège et je descends quelques arpèges. En goûtant le délicieux luxe de ne rien faire en méditant, et de laisser s'étirer le temps.

photo internet
"Jacquou le Croquant, film de Laurent Boutonnat, 2007



29 octobre 2010

Le petit singe vert

Il a une bonne bouille ce petit singe.
Il est  infatigable, intrépide,  joyeux et un peu énigmatique... il vit des aventures extraordinaires.
Mais où va-t-il? Que cherche -t-il? Après qui court-il?
N'a -t-il pas un certain don d'ubiquité?
Quand vous voyagerez, ouvrez les yeux. Vous l'apercevrez sûrement, caché dans un arbre ou accroché à une lanterne.
Il vous adressera son petit sourire espiègle.

Vous le voyez, n'est-ce pas? Non? Regardez bien, il est là où est restée votre âme d'enfant, ce tout petit supplément de folie, de poésie, de fantaisie qui met des arcs-en-ciel dans l'existence.


Si vous aimez le petit singe vert, vous pouvez le retrouver là:  http://huttedesbois.blogspot.com/
Merci à Hutte des Bois pour ses délires qui m'éclatent toujours autant...

26 octobre 2010

Rencontres

J'ai rencontré un ami que je n'avais pas vu depuis mes dix-huit ans. C'est dire si ça fait une paye comme on dit de par chez nous! 
Quelle émotion dans ces retrouvailles...Quelle pudique rougeur enfiévrant nos joues au moment du choc de la rencontre. Comme si, l'espace d'un instant, on avait eu le pouvoir d'abolir le temps. 
Les vieux souvenirs sont remontés à la surface des choses comme des bulles, certaines faisant un plop déçu quand l'un de nous deux ne se souvenait pas.  Mais si! rappelle toi! Non? tu ne vois pas? D'autres éclatant en feu d' artifice de complicité et d'éclats de rire . Ah oui, tu te souviens? Comment s'appelait-il déjà? Rhhoo! qu'il nous faisait rire, tu te souviens? Oh oui qu'on se souvient,au delà des mots, les odeurs,  les sons , les couleurs, les sensations , tout revient. Mais l'essentiel, le plus beau, le plus magique c'est  que nos regards, nos sourires,  nous ont semblé les mêmes, et cette joie de constater que l'on ne s'était pas trompé, jadis, que l'on appréciait chez l'autre des vertus qui sont toujours là! C'est irracontable. Trente deux ans ont passé. Et l'on s'est reconnu, un vrai miracle.

J'ai rencontré Paris, la ville-lumière, et je l'ai aimé, comme chaque fois. Je m'émerveille toujours bêtement devant ces lieux si littéraires, les bâtiments lourds de passé, les frontispices,  les portails, les escaliers, les parcs, les canaux, les noms de rues si familiers. Il n'y a qu'à Paris que les noms résonnent des mille et un écrits de Balzac à Simenon, de Rutebeuf à Dumas, de Molière à Jean Paul Sartre. Et les fantômes du cinéma, les Arletty, les Gabin, les Bourvil!  Paris est une bibliothèque où l'on croise l'ombre de ses héros à chaque carrefour. Et j'adore ça.     
                
J'ai rencontré mon fils, pris le temps de parler avec lui, de partager sa vie, et de découvrir un homme à la place de la silhouette de l'enfant sérieux qu'il était petit. A  huit ans, il voulait sauver les baleines, il a choisi d'être architecte,ça n'a rien à voir peut-être, en apparence. Pourtant, bâtir , de nos jours, ne peut se passer d'une vision écologique à long terme, sans laquelle l'homme sciera sa branche...Je ne peux m'empêcher, en tous cas, d'être fière de lui, mais quelle mère ne l'est pas de son rejeton, fût-il braqueur de banque ou mendiant au Népal...

J'ai rencontré enfin un livre qui m'a plu, une sorte d' essai philosophique présenté comme un roman, très justement, puisqu'il parle du roman de l'univers. "C'est une chose étrange à la fin que le monde" oui,  bien étrange,  que de se réveiller un matin et de se demander "qu'est-ce qu'on fait là?"et "pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien?"
Si on m'avait dit qu'un jour,  j'aimerais un livre écrit par Jean d'Ormesson, cet aristocrate de droite , cet académicien au phrasé ampoulé, qui ne figure pas, évidemment,  au nombre des amis de Brassens, Ferrat, Renaud et autres intellectuels de gauche! Oui, mais doit-on toujours s'abriter derrières les vieux clivages et s'empêcher d'aller fouiller derrière les étiquettes, pour écouter ce qu'un autre, apparemment différent et je dirais même diamétralement, peut avoir à nous dire et à nous apprendre? N'est-ce pas faire preuve d'ouverture d'esprit que de ne pas s'en laisser conter par un patronyme ou une image?
Qui aurait prédit, d'ailleurs, que ce même homme choisirait un vers d'Aragon comme titre à son livre? La vie est pleine de surprises. C'est une chose étrange, à la fin, que le monde...un bel alexandrin.
Bref, j'ai aimé ce livre et je ne saurais trop vous conseiller d'y jeter un œil, si vous aimez le frisson métaphysique des grandes interrogations, et le vertige que donne la quête d'une impossible réponse... Une histoire de l'univers et de l'humanité en accéléré pour les profanes, les candides comme moi, écrit délicieusement et simplement, avec cette petite pointe d'humour  désespéré d'un homme qui a aimé la vie passionnément et qui sent l'hiver approcher à pas de loup...



Post scripthomme
Dans la même veine, j'ai aussi rencontré  " un bel et sombre inconnu"
le dernier film de Woody Allen, avec dans le rôle d'icelui, un Anthony Hopkins émouvant en papy refusant de vieillir... et un Antonio Banderas qui a perdu de sa superbe. Mais  malgré son titre alléchant, pas de quoi en faire tout un fromage,  et je suis restée sur ma faim (fin?) le film n'est pas son meilleur film...

20 octobre 2010

Migraine

La migraine ne m'a pas quittée. Un cercle d'acier enserrant ma pauvre tête dont je ne suis pas parvenue à me débarrasser. Saint Ibuprofène, priez pour moi! Le surmenage sans doute des derniers jours. Mon corps somatise toujours à contretemps. Il y a de quoi...
Tentative de diagnostic...
Alors, d' abord,  il y a l'ambiance générale en France en ce moment, tensions, conflits, blocages, incompréhension, colère, intransigeance. Cette impuissance que l'on ressent à essayer de se faire entendre par un gouvernement aveugle et sourd. Ces injustices permanentes que nous vivons, l'affreux décalage entre les paroles de bois des ministres et leurs actes qui les trahissent. Ce sentiment de voir couler le bateau sans pouvoir rien  faire. Le sentiment de tout un peuple de se faire voler son histoire, ses conquêtes, son âme. Ce mépris que nous endurons de la part  des tenants de la classe dominante, qui se croient tout permis, l'étalage de leurs privilèges en guise de carte de visite . Et toujours la même rengaine jusqu'à la nausée dans les médias, chantant complaisamment d'une seule voix,  la même soupe.

Et puis il y a les petits tracas du quotidien, les petits soucis , panser les petits bobos, écouter, essayer de résoudre les questions auxquelles  toute maman doit répondre. 
Il y a ces paroles prononcées à mon encontre, gravées lourdement dans ma mémoire ,  qui reviennent, lancinantes, chaque jour, et qui ont laissé dans mon coeur une traînée noire comme les gaz d'échappement sur la neige. Pas un jour sans que j'y pense.
Et puis, là-bas, cette collègue qui souffre dans sa chair, là encore , un sentiment d'impuissance terrible, juste murmurer des mots de soutien et d'espoir, et prendre des airs légers qui puissent matérialiser cet espoir, lui donner corps, lui donner vie.
Mais aussi beaucoup d'émotions positives, heureusement, la joie, la fierté, le bonheur, celui de pouvoir se dire: "tiens, là, j'ai pas mal réussi" en secret bien sûr, devant le miroir, ou dans la psyché intimiste d'un blog anonyme au public tout acquis à sa cause. Parce que dans la vraie vie, il ne faut pas se réjouir de ses propres  réussites, ni de celles de ses enfants, cela n'est pas politiquement correct.

Au final, j'ai une palanquée de raisons d'avoir mal à la tête.. Sans parler des pétards, tambours, trompettes, mégaphones et vuvuzelas de la manif cet après midi qui ont fini de m'achever!
Je laisse le mot de la fin à  une jeune fille de bientôt soixante-dix ans qui m'a bien  fait rire aujourd'hui, quelle belle philosophie de la vie:
"A partir d'un certain âge, si tu te réveilles un matin et que tu n'as mal nulle part, c'est que tu es mort!"
A méditer.
image google

16 octobre 2010

Mille et une occasions...

...de se réjouir. 

Je tombe par hasard (?) sur le blog d'une jeune institutrice belge qui raconte ses débuts , ses difficultés pour décrocher un poste, ses premières angoisses, ses premiers émerveillements avec une candeur et une fièvre qui me ressemblent. Lorsque cela m'arrive, je veux dire de tomber comme cela sur un blog,  et pour peu que je sois accrochée par le thème, les mots ou l'histoire, et je remonte dans les archives jusqu'au tout premier post, et ensuite, cela se lit comme un roman.. Ma déception quand j'apprends tout à la fin qu'elle est partie à Singapour suivre son époux!..mais cela n'enlève rien au plaisir que j'ai eu à me retrouver dans son quotidien.

Un reportage à la télévision m'apprend l'existence, en forme de conte de fées , d'une autre femme, Lucia Iraci, belle sicilienne orpheline de père à deux ans,  ayant quitté son île natale après la disparition volontaire de sa mère, et qui s'est installée à Paris. Elle tient désormais un salon de coiffure réputé où elle coiffe gratuitement un jour par semaine des femmes abîmées par la vie, détruites, pauvres et seules. Une coiffeuse du coeur, en quelque sorte.

Bernard Werber sort son nouvel opus. Wouaou, encore une bonne nouvelle pour moi, qui adore ses livres. Et il  lance cette fois ses héros  Lucrèce et Isidore dans une enquête passionnante sur les origines de l'humour et du rire, enquête dont la victime se trouve être morte...de rire. Pas besoin d'en rajouter, je cours le lire. Je suis convertie, plus la peine de me démontrer l'utilité physiologique du rire, qui masse les organes et fait sécréter des endorphines. 
Téléscopage  incroyable de l'actualité, en même temps sur une autre chaîne, un reportage sur Annie Cordy, l'octogénaire belge en pleine forme qui crée une pièce de théâtre en ce moment à Paris...Une pêche d'enfer due très certainement à un entraînement intensif de ses zygomatiques... Et Bernard Werber d'ajouter avec son petit sourire espiègle:  "on soigne certaines maladies graves en faisant regarder aux gens des films drôles, des comiques, des bandes dessinées..."Il paraît que certaines personnes sont incapables de rire. Cette pathologie  porte un nom savant mais je l'ai oublié.


Nos députés pleins de bons sentiments dégoulinants, qui nous font la morale sur les retraites en nous culpabilisant, et en prêchant la rigueur au nom de la "justice" ne pensaient pas (sont-ils naïfs?) que l'on serait mis au courant de leur dernier exploit: rejeter à la quasi unanimité un amendement (le n°249) qui prévoyait un alignement de leur régime de retraite sur le régime général. La nouvelle tourne en boucle sur le net. "Travaillez, longtemps, cotisez, très longtemps, pendant que nous toucherons 1500 € de retraite après tout juste cinq ans de législature..." J'espère que cette turpitude mise au grand jour fera pencher la balance du côté du peuple...


photo internet

Méli-mélo

Elle a, comme la Chloé de l'Ecume des Jours,  un nénuphar qui lui pousse dans le ventre, et elle va devoir lutter pour l'extirper. Nous avons formé spontanément une chaîne d'amitié, nous allons lui écrire de nombreux petits messages, des anecdotes de l'école, des blagues, des mots tous simples qui vont l'aider à combattre cette chose. Et dieu que c'est rassurant de voir des êtres humains s'entraider, en ce monde brutal et insensible. Chacun se dit qu'il pourrait se retrouver à sa place et qu'alors, combien il apprécierait ces mots gentils, ces messages, ces petits signes qui raccrochent à la vie. Allez, après une semaine où les gorges se sont serrées, tout cet espoir qui jaillit, ça fait du bien.
Le ciel, plus que jamais, m'a paru brillant ce soir, et la lune gibbeuse riait , à demi cachée derrière son masque. 
Je me souviens d'un cours de philosophie en terminale, où notre professeur nous avait demandé, d'une manière originale, de nous approprier le cours en choisissant entre Rousseau et Voltaire, et de jouer, deux par deux, une saynète dans laquelle nous nous affronterions à coup d'idées. Ce genre de pugilat me plaît bien. J'étais Rousseau, et je défendis avec brio la thèse de la bonté naturelle de l'homme. Je dus être convaincante puisque mon Voltaire s'effondra sous le poids de mes arguments.
Cette petite heure de mon histoire personnelle décida certainement d'une part importante de ma vie, car mon penchant me porte toujours naturellement à chercher en mes semblables tout ce qu'il y a de meilleur. L'optimisme est pour moi  un art de vivre. Et j'ai ressenti dans vos messages une autre chaîne de solidarité, plus virtuelle, certes, mais pourtant si palpable, et tellement pleine de cet optimisme dont je me nourris! Merci à tous.


dessin internet

09 octobre 2010

Tristesse

La mort rôde alentour, au boulot, deux décès en deux semaines, l'ombre de la maladie qui plane  sur  ses proies comme un vautour, difficile d'en dire plus pour l'instant, si j'étais croyante, je prierais.Les arbres jaunissent, les ombres s'étirent. Je me sens si triste. Trop de choses difficiles à avaler cette semaine. Ces moments où l'on doit être fort,  ne pas sombrer, faire bonne figure. Ces moments , c'est idiot, où l'on voudrait seulement  être écoutée, être consolée, et où au contraire on vous envoie au visage ce que l'on pense être vos quatre vérités. Mais qui sait où est la vérité? Qui peut y prétendre? Mais que c'est dur de se faire reprocher d'être comme on est, et de voir fouler au pied le fragile édifice de ses convictions personnelles, tout ce à quoi l'on tient, à quoi l'on se raccroche,  au nom d'une étrange conception de l'amitié  qui voudrait que l'on se dise tout, y compris le pire. Et en même temps,  on se dit que ce n'est pas grave, son petit cas personnel, au regard de la souffrance des autres. Trop de mauvaises nouvelles, d'inquiétude, d'angoisse . Et même pas le droit de se plaindre. Alors je me réfugie dans l'écriture, mon havre, mon port d'attache, les jours où même entourée  je me sens seule face à moi-même, et à cette angoisse mortelle.
Allez, ça ira mieux demain sûrement.

05 octobre 2010

Célestine et ses petites cyclothymies

On a toujours plusieurs êtres qui cohabitent en soi, qui se bousculent, se fraient un chemin pour apparaître tour à tour dans la lumière, tandis que certaines faces plus sombres de notre personnalité restent tapies dans l'ombre. Je suis toujours un peu surprise de ce vacarme que font tous mes "moi" , parfois, quand l'attention (la tension?) se relâche et qu'un peu moins sur ses gardes l'on se prend à rêver...
Mais rien ne m'étonne davantage, vraiment,  que cette foule de sentiments contradictoires, subits, fugaces, lancinants qui m'étreignent dans une journée lambda. Difficile à expliquer...dans ces moments-là de " vagabondage mental", où mon esprit se met à battre la campagne, chaque minute développe en moi une nouvelle sensation,évoque un souvenir, et m'embarque dans une manière d'être. Je chavire, je me laisse bercer par une langueur délétère. Une odeur, un son, un mot, une pensée, une vision, et un instant plus tard, tout est balayé par une autre odeur, une autre son, .... Je me sens alors une liane, un roseau balançant à la brise, un blé qui ondule, une onde qui frémit. 
Je peux ainsi passer d'un bonheur absolu qui m'étreint comme un trop-plein de bien-être, comme une bulle de plaisir qui vient crever à la surface et me saoûle de son oxygène, à une tristesse infinie et soudaine, en passant par toute une palette de nuances indicibles: un frisson, une peine, un regret, une amertume, puis de la joie, de l'allégresse, une fébrilité jubilatoire qui presse mes lacrymales jusqu'à en expulser leur eau et à nouveau, comme un reflux, le ressac des ressentiments, des remords, des désespoirs, des vieux chagrins enkystés, des vieux rêves angoissés.... 
Je peux ainsi, en une heure de temps, passer plus de vingt fois d'un sentiment à l'autre, sans remuer un cil.  Avoir envie de soulever des montagnes, et l'instant d'après , de me terrer sans un trou de souris. De sautiller sur place de contentement , de m'émerveiller, ou de m'affaler dans mon découragement, de chanter et de pleurer, de vivre et de mourir, le tout intérieurement , sans rien laisser paraître.Il me semble même que dans ces moments-là, mon visage est encore plus lisse, mes yeux encore plus clairs, cependant qu'à l'intérieur c'est le Vésuve qui bouillonne...C'est amusant, ce jeu de cache-cache entre tous mes moi-mêmes, c'est surprenant cette capacité à éprouver , à  ressentir, à absorber comme une éponge molle tout ce qui passe. Mais c'est épuisant aussi, parfois, quand on voudrait que pour une fois, l'expression être d'humeur égale, d'humeur étale comme l'eau d'un lac, soit autre chose que lettre morte.

..."L'humeur du cyclothyme est chaude et mobile, passe facilement de la tristesse à la gaieté, de la joie à la douleur. Elle varie avec l'ambiance, est en accord avec la situation. On nomme aussi cet état syntonie. Les individus qui possèdent cette constitution ont leur humeur qui évolue par phases dont les changements, le plus souvent déclenchés par le milieu, se font brusquement. La tonalité de l'humeur imprègne toute la vie psychique, toute la conscience. Le cyclothyme est spontané, direct..."

WIKIPEDIA, article cyclothymie
Tableau John Constable , internet.

28 septembre 2010

Dialogue mycologique


"Non mais tu vas tout de même pas écouter ça! C'est moisi comme musique!"
Les ados choisissent leurs mots d'une façon judicieuse, somme toute. Une musique moisie, c'est, disons-le, comprenons-le bien, nous les adultes un peu demeurés qui ne connaissons rien à la musique,  un mélange de vieillot, de ringard et de malodorant qui figure  la vieille cave humide, le vinyle sorti tout droit d'un grenier, soulevant quand on le saisit un petit tchernobyl de poussière qui ferait éternuer un troupeau de mammouths. Tournant impérieusement le bouton de l'autoradio  malencontreusement resté branché sur Nostalgie, il me fait comprendre que ses pauvres tympans ne sauraient endurer plus longtemps ce supplice auditif: une chanson de Jean Ferrat sur un texte d'Aragon, "Heureux celui qui meurt d'aimer"  Actuel. Eternel.Sublime!
"D'aimer si fort ses lèvres closes Qu'il n'ait besoin de nulle chose..." C'est beau, non?
-C'est moisi.
Boby Lapointe?
-moisi.
Barbara, Léo Ferré!
-moisis.
-Gainsbourg, quand même!
-mouif...
Et même , o crime impardonnable, Francis Cabrel, mon modèle absolu , l'homme à la voix si juste, aux mots si magnifiques , ne trouve grâce à ses oreilles intransigeantes. 
-Bon là, d'accord,tu as raison: Sheila, Enrico Macias, Michèle Torr, on peut dire que ça sent le moisi...
Et puis soudain, l'embellie: Dire straits, Supertramp, U2, le son de mes vingt ans, et le mot moisi reste figé sur ses lèvres arrondies en cul de poule. Il aime!  
-Non, pas possible? Ce n'est point moisi! 
Ah quelle jouissance absolue de soudain trouver un terrain d'entente musical avec ma progéniture.
-Ca au moins, c'est de la bonne zique! murmure-t-il avec un air de connaisseur.
-Oui, moderne hein? Ca n'a que trente ans...réponds-je le regard lointain.
Il est vrai que le diamant, ça ne moisit pas.

23 septembre 2010

Pensées d'automne

Elle se dit que quelque part, il y a la morsure des premiers froids, au petit matin. Elle imagine ce lit craquant de feuilles roussies par la pleine lune, le bruit sec , au lointain, des cognées sur le tronc des chênes, les odeurs de mousse et de champignons.
Elle ferme les yeux et pense à de larges mains chaudes, dépassant d'un épais chandail, à cette force paisible de l'homme qui marche seul, dans sa forêt, qu'il connaît bien, de son pas lent et empreint de tout l'amour qu'il porte à ce coin de France, à ces vieilles pierres muettes de tant d'histoires. Elle se prend à rêver à la douceur de ces mains.
Elle a la faiblesse de penser que, quelque part, il aimerait cheminer avec elle sous ce ciel de premier jour du monde, dans le silence absolu de ces journées qui  traînent, sans cri, sans rumeur, sans la fureur de la ville excitée. Entendre le bruit de leurs  grosses chaussures battre  les pierres rondes et blanches des sentiers . Puis boire un verre de vin , et se laisser doucement bercer par la magie du moment. Sans hâte. Sans  poser de question. Sans même dire un mot.
Ça lui ferait du bien de s'éloigner du monde et de sentir l'odeur des premiers feux de feuilles, d'écouter  des mélodies inédites et plus graves chantées par des oiseaux moins insouciants déjà qu'à la belle saison, sentant  l'imminence du danger, et mettant dans leur chant toute leur urgence de vivre. Elle aimerait entendre  le crépitement des châtaignes qui grillent .Elle aimerait, parfois, cette vie simple et authentique qu'elle a lue dans le regard fier de l'homme.
Elle se dit que quelque part, il l'attend. Et cette pensée accroche à son visage un sourire de Joconde.

22 septembre 2010

Un replat

Ce n'est pas aux nombreux Belges qui fréquentent mon espace que je vais apprendre quelque chose sur la pratique de la bicyclette. Tout le monde connaît les grands champions que la Belgique a produits, les Maertens, Merckx, Van Impe, Boonen, De Vlaeminck...Cependant, n'oublions pas que le vélo, ce ne sont  pas seulement de longues lignes droites sur un plat pays. C'est aussi, c'est surtout, une lutte incessante contre une loi terrible et implacable: celle de la pesanteur. Monter des côtes, escalader des cols, mettre le petit braquet, économiser ses forces pour grimper toujours plus haut, voilà une école de la volonté que j'ai fréquentée dans ma prime jeunesse. Je me souviens être restée plantée sur place, bloquée dans mes cale-pieds, pour n'avoir pas su apprécier la dénivellée à sa juste valeur. Moment de grande solitude.
Mais où nous embarque-t-elle, Célestine, avec ses histoires de vélo? 
-Rassurez-vous, chers lecteurs, uniquement dans une de mes métaphores alambiquées dont j'ai le secret. Car, voyez-vous, depuis la rentrée, après avoir pris les commandes d'un paquebot assez énorme, j'ai quitté la crête des vagues pour des cimes plus... alpines; en deux mots, depuis trois semaines,  j'ai l'impression de me taper un col de première catégorie, avec des "rampes" à 12%, les connaisseurs apprécieront: un effort soutenu, intense, souvent "en danseuse",impossible de poser pied à terre sous peine de ne pouvoir remonter sur la machine. 
Et soudain, aujourd'hui, l'impression que ça se calme un peu, que je respire, que je peux lever la tête du guidon: un replat, ça s'appelle. Pffiouuu! ça fait un bien!Pour un peu, on croirait presque que ça descend...

photo internet : Tom Boonen,
champion, Belge, sexy  et beau comme un dieu!

16 septembre 2010

C'est le morceau de sucre qui aide la méd'cine à couler...


J'adore!
Merci, Hutte des bois.

13 septembre 2010

Petits bonheurs

Après la bourrasque de la rentrée, me voici en stage pour deux semaines, histoire de consolider ma formation de super manager...
Deux semaines où je vais me bercer de petits bonheurs, levant enfin le nez de mon guidon.

Ces petits bonheurs quotidiens qui s'offrent  à qui sait regarder. A qui sait écouter. A qui sait les cueillir délicatement, comme des abricots mûrs.

Au petit vent frais des matins de septembre, quand la peau frissonne après avoir eu si chaud, tout l'été, je pars à bicyclette et  décide de passer par le parc, pour voir les magnolias centenaires. L'or du matin s'étale en confiture sur leurs frondaisons, transformant l'heure en tableau. L'air est chargé d'effluves enivrants, les balayeurs sont toujours pleins de balais, rien de neuf depuis la chanson. Les odeurs d'une ville qui s'éveille sont toujours incomparables...

J'abandonne mon vélo pour la journée aux fientes d'oiseaux sous un platane, devant la gare. Dans le train qui m'emmène à mon centre de stage, une vieille dame sortie tout droit d'un film de Frank Capra me sourit bizarrement sous ses dentelles. Je m'amuse à lui inventer une vie aventureuse, ses petits yeux vifs derrière leurs carreaux cachent un secret abominable, elle a une odeur d'arsenic.

 Sans transition, je pense fugacement à la nuque enfantine de mon grand fils de quinze ans, penché sur ses cahiers. Un fin duvet blond sur son cou de cygne, une odeur de bébé, encore...s'il m'entendait parler ainsi de lui, mon cher petit homme en devenir!

Je redeviens l' étudiante que je n'ai jamais cessé d'être dans un coin de moi-même, et,  durant quelques jours, oh! quelle parenthèse agréable que de se laisser mener par un conférencier, de se remettre dans la peau de l'élève, sentir glisser le stylo sur le papier sans autre effort que celui d'écrire par plaisir. Des kilomètres d'écriture, de notes qu'on ne relira peut-être jamais, mais tant pis, ça ne fait rien, on les prend. Ce qui est pris n'est plus à prendre...

J'écoute le cliquetis de la pièce de monnaie dans la machine à café,  l'on refait le monde à la pause  en regardant le gobelet tomber avec son impeccable précision  et s'emplir de ce maléfique breuvage tant aimé...Ahhh! le café, mon compagnon des bons et des mauvais jours, chaud, fort et musclé comme un docker du port...

J'observe les visages alentours, les sérieux, les raffinés, les tourmentés, les résignés, les insouciants, les goguenards, les timides , les prétentieux, autant d'expressions différentes que de personnes assemblées là,  autant de vies , de caractères, d'expériences inédites que j'aimerais connaître, approfondir...et qui s'envoleront vers leur destin dans quelques jours sans avoir livré leurs mystères les plus intrigants...

Oui, des petits bonheurs qui, à leur habitude,  confirment mon  amour absolu de la vie, et se rassemblent pour ne former qu'un grand Bonheur, celui d'exister, celui de vivre chaque minute comme si elle était précieusement unique.






05 septembre 2010

Ca, c'est fait!

Une rentrée de directrice, ça  ressemblerait assez au passage des quarantièmes rugissants. La manœuvre se négocie avec prudence, savoir-faire et une bonne dose d'inconscience. Oui, surtout ne pas trop penser à tous ces êtres humains que l'on a soudain sous sa responsabilité: une trentaine d'adultes, mais surtout presque trois cents têtes blondes, enfin non, pas toutes blondes bien sûr, mais des frimousses tellement craquantes, les petits cartables neufs qui ballottent sur des dos courbés par le chagrin de quitter maman, ou raidis par la fierté d'être enfin un grand, de rentrer à la "Grande Ecole". Des parents inquiets, émus de voir leur progéniture grandir, ou en colère parce que leur rejeton n'est pas dans la "bonne" classe. Le maire et toute son équipe qui vous accaparent le temps d'une photo pour le journal, avec des sourires d'élus auto-satisfaits,  pendant que cinq cents personnes ont investi la cour de récré si calme il y a un jour à peine...
Et le capitaine de ce bateau, moi,  qui me dois de répondre à chaque question, de connaître la place de chaque chose, de régler un à un les  problèmes qui surgissent comme autant de récifs ou de lames de fond.
Les vieux loups de mer barrent leur classe avec maîtrise, mais le petit mousse frais émoulu tremblote un peu en faisant l'appel, la gorge serrée par le trac.
Des convois d'enfants échelonnés montent les escaliers dans ce silence respectueux et intimidé des premiers jours, quand ils ne se sont pas encore approprié l'espace, quand le sillage des bonnes résolutions de rentrée laisse, comme une frange d'écume sur les flots, un  respect plein de retenue  dans les jeunes consciences. "Tu seras bien sage avec la maîtresse, hein? Cette année, pas de punition! Tu écoutes bien les leçons..."
Les parents s'éloignent, rassurés, soulagés, presque un peu en manque subitement de cris, de chahut, de disputes, d'énervements, passant le relais aux "professionnels" de l'éducation. Les vacances des parents commencent quand celles des professeurs s'arrêtent...
Dans le bureau, les tâches se précipitent: classer, ranger, étiqueter, planifier, téléphoner, envoyer des mails, faxer, scanner. Gérer l'urgence, la pénurie, l'incompétence parfois , de certains interlocuteurs,s'organiser pour ne rien oublier, noter au fur et à mesure, prendre de longues respirations pour s'emplir d'énergie.
Rester ZEN. Voilà le maître mot. Remplir des tableaux, faire des dossiers, un pour chaque problème, collecter, anticiper, préparer, synthétiser, analyser, comprendre, écrire des courriers, faire des demandes, quémander parfois même.Pour l'école. Pas facile par les temps qui courent...
Et rester ZEN.
Bon, la rentrée, ça c'est fait. Le cap Horn est doublé, un océan  s'ouvre devant moi, je l'espère pacifique.