Trois places de parking contiguës et libres, et machinalement, je viens me poser sur celle du milieu. Mon Ado Chéri me le fait remarquer en baillant, l'air de rien : "Pourquoi tu prends toujours celle du milieu?" Et là, de plein fouet, dans la moiteur de l'habitacle empli de l'humidité résiduelle émanant de nos transpirations post-sportives, paf, une question existentielle. Oui, pourquoi? Par quelles circonvolutions de mon cortex embrumé, mon inconscient s'est-il frayé un chemin pour me pousser à prendre celle-là plutôt que celles-ci? Et surtout, comment ai-je pu reproduire ce geste irréfléchi suffisamment souvent pour que mon fils s'en aperçoive, et en tire des conclusions hâtives et radicales dues à l'intransigeance de sa jeunesse?
-Ah bon? Toujours? Tu es sûr?
Eh bien, je n'ai pas d'explication rationnelle. A peine de vagues supputations intellectuelles sur mon penchant pour le juste milieu, le" ni trop ni trop peu", mon attitude conciliante de perpétuelle médiatrice qui surgirait sans crier gare au détour d'une situation aussi triviale que chercher à se garer.
Je me lance dans une diatribe sur ma quête personnelle pour suivre une bouddhiste Voie du Milieu, et sur ma satisfaction qu'à travers mes gestes involontaires, ce long travail spirituel transparaisse en filigrane.Vaguement épouvantée aussi à l'idée que mon fils puisse imaginer une seconde que mon geste ait pu être dicté par l'inquiétude de se faire rayer la carrosserie. Mais rien de tel n'effleure ma progéniture. Il sait que sa mère place les choses immatérielles bien au-dessus des tas de ferraille, et me voilà rassurée. On peut faire de la philo devant un supermarché, un lundi d'avril, au milieu des pots d'échappement et des caddies crissant sur l'asphalte échauffé par les premiers rayons dignes de ce nom...J'adore faire les courses avec mon fils.








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